Maux & Cris

462 Textes, Poèmes, Livres, Rêves et autres billevesées

Ce matin, deux news se télescopent pour célébrer la moche tournure que prend notre monde !

1.Le festival Jazz aux écluses met la clé sous la porte !
2.D’immondes graffitis souillent la mémoire de Simone Veil !

Quel rapport ? A priori aucun, la culture et l’antisémitisme n’ont pas grand chose en commun. L’une nous élève, l’autre nous abaisse. L’une crée de la richesse et de l’intelligence, l’autre crée de la haine et du chaos. L’une transcende notre état d’humain, l’autre la nie.
Pourtant c’est lié.

La culture est attaquée, ici c’est une attaque indirecte, la lassitude des bénévoles s’apparentant au mythe de Sisyphe qui pousse éternellement son rocher jusqu’en haut de la montagne. La culture est attaquée, car abandonnée aux mains des bénévoles, alors que cela devrait être un enjeu national. Un état (cela inclut aussi les collectivités locales) qui veut élever son peuple lui donne accès à la culture, encourage et facilite sa consommation. Il ne doit pas abandonner les bénévoles, mais au contraire les aider et leur faciliter la vie. Les bénévoles sont investis d’une mission qui leur fait accomplir des merveilles, mais toute bonne volonté a ses limites. Le désengagement de l’état et des collectivités locales est pernicieux, car silencieux, mais c’est lui qui fait que la limite des bonnes volontés est dépassée.

L’antisémitisme est le fait de gens qui n’ont pas de culture, si ce n’est celle de la haine, encore qu’il faille me prouver que l’on puisse impunément associer deux mots appartenant à des référentiels disjoints irréconciliables. Quelle dose de connerie, de haine faut-il accumuler pour s’en aller insulter la mémoire d’une personne décédée, qui plus est brillante, ayant apporté beaucoup à notre société, respectée de tous, enfin presque… L’absence de culture crée des victimes de la vie, et certaines de ces victimes peuvent devenir des bourreaux que l’on enverra insulter, maltraiter puis tout aussi bien, au bout du processus, tuer.

Ce matin, je suis doublement triste… je pleure toutes ces belles notes qui ne seront jamais jouées, jamais entendues, jamais partagées, ces moments de bonheur et de partage qu’ont parfois les musiciens sur scène et les auditeurs dans la salle. Et je pleure devant ce désastre humain inexcusable que la bêtise engendre, avec son puant cortège d’inhumanités.

En fait c’est cela, la musique unit les cœurs et transcende des individus unitaires, chacun porteur de ses valeurs et de son histoire, en un ensemble d’humains liés par une culture commune.

La culture sauvera l’humain pour peu qu’on daigne lui en donner le loisir.

Il n’a pas dix ans, c’est l’hiver dans sa région de moyenne montagne, il y a de la neige, il fait froid et les élèves font de longues glissades dans la cour de l’école, parallèle au préau (trouve-t-on encore des préaux dans les écoles modernes ?) Une piste est construite sur plusieurs mètres de long, dans le sens de la légère pente, l’école étant à flan de colline. La piste luisante court jusqu’au mur d’enceinte.

C’est la récré, il sort comme les autres élèves de sa classe, un entonnoir d’enfants surexcités par la sonnerie et par le fait de déployer un corps engourdi par l’immobilité des enfants trop sages. Les enfants vont partout dans la cour mais vite, certains se regroupent autour de la piste de glissade. Pendant que l’un prend son élan, les autres sont le long de la piste et crient, vocifèrent, encouragent.

Son tour arrive, il s’élance, glisse comme un fou, mais avant la fin de la glissage est déséquilibré, il ne contrôle plus rien et va s’écraser contre le mur. Moralité, les deux incisives qu’il avait si belles, si blanches, sont explosées, tout comme sa lèvre. Il est défiguré et super vexé.

Ce jour-là, sa maman n’étant pas à la maison, il doit rentrer chez ses grands-parents. Lorsqu’il sonne à la porte et que Bonne-Maman lui ouvre, elle fait une tête horrifiée en voyant la sienne.

Les seules choses dont il se souvient ensuite c’est le passage qu’il a du faire chez le dentiste de la famille qui lui a posé deux jaquettes qu’il gardera jusqu’à ses trente ans. Elles seront remplacées par une solution plus pérenne toujours en place trente cinq ans plus tard grâce à une dentiste de la famille.

Somme toute, un bête accident ! En y repensant, et ce sera éclairé par la suite de l’histoire, il est certain qu’un petit farceur a glissé son pied sur la piste au dernier moment afin de le faire choir.

Quelques années plus tard, une fois passé de l’autre côté côté du bâtiment, dans la cour des grands, il a bien dix ans, les cheveux coupés extrêmement courts peut-être suite à une invasion de poux, il est poussé contre le mur du bâtiment et tous les enfants sont autour de lui et l’invectivent, le traitent de petit moine (rapport à ses cheveux ras) et de nom d’oiseaux dérivés de son nom de famille…

Il se souvient de l’effarement, de l’étonnement ressenti. Il ne se souvient pas d’avoir eu peur physiquement, mais il se souvient d’une solitude extrême, d’une injustice totale. Il se souvient qu’un élève, un seul n’a pas hurlé contre lui et a pris sa défense.

Il en retire une méfiance contre les troupeaux d’humains qui comme le chantait Brassens :

« Le pluriel ne vaut rien à l’homme et sitôt qu’on
Est plus de quatre on est une bande de cons.
Bande à part, sacrebleu ! c’est ma règle et j’y tiens.
Dans les noms des partants on n’verra pas le mien. »

Le harcèlement cela peut ressembler à cela, à quelque chose que l’on ne comprend pas, que l’on tait, que l’on ne raconte pas à ses parents, que l’école n’instruit pas, que l’on porte sa vie durant ou presque. Quelque chose avec laquelle on se construit, quelque chose qui empêche d’être totalement serein et décontracté. Et c’est souvent bien pire…

Un rêve récurrent m’a poursuivi des dizaines d’années. J’étais l’accusé au milieu d’un amphithéâtre plein d’autres humains qui me conspuaient, genre scène de la révolution française, avec le même risque d’y perdre ma tête. Les réveils étaient difficiles et peu encourageants, le fait de ne jamais en sortir vainqueur démoralisant au possible, comme une chute sans fin dans l’échec et sans remise de peine possible.

Mes ami(e)s, sachez que, tout comme nos rêves influent sur notre vie, nous pouvons agir sur nos rêves. Donc, à un moment où cette histoire était devenue un boulet trop encombrant et lourd à tirer, je me suis décidé à m’endormir en faisant tourner mon maudit rêve avec une fin heureuse. Cela a marché et dès qu’il a inclut sa fin heureuse, je ne l’ai plus jamais recroisé.

Un pérégrin pusillanime exhalant des miasmes nidoreux, sans doute dus à l’abus de boissons capiteuses, est attiré par de coruscants et flavescents cailloux. Vive la sérendipité, se dit-il ! Poussé par son irréfragable envie, il avance sa diligente main pour les faire siens lorsque son alcacrité est stoppée par une obséquieuse mais sèche et dirimante objurgation de l’agent, étouffé par une aveugle obduration. « Foin de ta dichotomique attitude, je ne suis pas un quelconque factieux poussé par une infrangible avidité. Pose un regard holistique sur moi l’ami plus que sur ton règlement, ne serait-il pas apocryphe d’ailleurs ? » « Exhaustive tentative de prévarication, manant, je t’embastille. »

Cette mission, que je me suis sadiquement attribuée, est d’assembler en peu de lignes vingt deux mots rares pour enrichir son vocabulaire que j’ai trouvés ici et que je rappelle juste après.

Alacrité – L’alacrité est une disposition à l’allégresse, à la bonne humeur, un état de vigueur et d’entrain. 

Apocryphe – Ce qui est apocryphe, en parlant d’un texte ou d’un autre document, est inauthentique, douteux, attribué à tort à un auteur ou relatant une histoire dont l’authenticité n’a pas été validée par une autorité.

Capiteux – Ce qui est capiteux monte à la tête, enivre facilement, trouble les sens, conduit vers une certaine langueur. 

Coruscant – Ce qui est coruscant (prononcer koruskan) brille intensément, scintille vivement, étincèle, éclate par sa lumière aux yeux de celui qui regarde. 

Dichotomie – Dans son sens le plus courant, la dichotomie est l’état de quelque chose qui est divisé en deux contraires.

Diligent – Diligent est un adjectif. Quelqu’un de diligent effectue une action avec rapidité et efficacité.

Dirimant – Ce qui est dirimant empêche sans aucun recours. Un obstacle dirimant est prohibitif.

Exhalaison – Une exhalaison est une odeur, un gaz, une vapeur, un effluve qui émane d’un corps ou qui se dégage d’un lieu.

Exhaustif – Ce qui est exhaustif épuise les forces, épuise quelque chose, est complet.

Factieux – Un factieux trouble le repos de l’État, s’oppose au pouvoir en menant une action pour le renverser, provoque la révolte, cherche à susciter le désordre.

Flavescent – Ce qui est flavescent est d’une couleur entre jaune et or, une sorte de blond, comme les blés arrivés à maturité.

Holistique – Ce qui est holistique prend en compte une chose dans sa totalité, analyse quelque chose sans le diviser en parties, traite le tout plutôt qu’une section.

Infrangible – Ce qui est infrangible est incassable, indestructible, impérissable et, par extension, solide.

Irréfragable – Ce qui est irréfragable est incontestable, irréfutable, inattaquable. On ne peut contredire ce qui est irréfragable.

Nidoreux – Ce qui est nidoreux a un goût d’œuf pourri ou dégage une odeur d’oeuf pourri, d’œufs couvés, de brûlé (Académie).

Obduration – L’obduration est l’endurcissement intérieur, le fait de dessécher son cœur, de devenir insensible, intraitable, sourd à l’appel du prochain.

Objurgation – Une objurgation est un blâme, un violent reproche, une ardente semonce adressée, par exemple, par un avocat à son auditoire. Au pluriel, des objurgations sont des paroles pressantes, insistantes, pour faire changer d’avis, pour éloigner quelqu’un d’une idée.

Obséquieux – Être obséquieux, c’est être poli à l’excès, marquer trop d’égards, porter trop d’attention, se montrer servile, à tel point que l’on soupçonne l’hypocrisie de cette attitude.

Pérégrin – Un pérégrin est un étranger, un voyageur qui est dans un pays dont il ne vient pas, un nomade, un pèlerin.

Pusillanime – Quelqu’un de pusillanime a l’âme timide, manque de courage, de cœur, de fermeté ; un pusillanime est timoré, irrésolu et assez lâche.

Prévarication – Une prévarication est un manquement aux devoirs d’une fonction ou d’une charge, une infraction, une faute, une transgression grave. On parle surtout de la prévarication d’un fonctionnaire ou d’un élu.

Sérendipité –  La sérendipité est un concept qui désigne la capacité de l’être humain à faire des trouvailles heureuses, sans avoir planifié auparavant sa découverte. La sérendipité, c’est trouver ce que l’on ne cherchait pas. Ce concept permet de parler de l’existence de découvertes non-anticipées.

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(n.m.) Collectionneur de cordes de pendus. On peut dire également schoïnopentaxophile, ce qui présente une certaine économie de lettres, avec lesquelles il n’est pas possible de composer grand chose, si ce n’est :

IST : Infection Sexuellement Transmissible, acronyme plus moderne et précis que les MST de ma jeunesse. Bon, je passe mon tour, merci… mais aussi bien d’autres choses, comme indiqué dans wikipedia. C’est un aéroport d’Istambul, des fuseaux horaires autant que le verbe être à la troisième personne du présent en allemand. Une chose est sûre, au scrabble, aucun intérêt.

ITS : idem ci-dessus mais en anglais mais aussi un morceau d’ADN, un jeu de balises XML plein d’autres choses. cf. wikipedia. Toujours rien au scrabble.

TIS : Rien de bien bandant. cf. wikipedia. Scrabble ? pas mieux…

TSI : Technologie et sciences industrielles, une voie d’orientation d’études en classe prépa française, Technique et Science Informatiques, une revue scientifique généraliste d’informatique en langue française, une lettre de l’alphabet glagolitique, vieil alphabet slave antérieur à et remplacé par l’alphabet cyrillique. Cet alphabet est superbe : wikipediaPour tout savoir sur le TSI. Scrabble ? forget it…

SIT : Vous avez tous en tête le fait de vous asseoir dans un pays anglophone. Oui, mais pas que… Ça va de l’élevage d’insectes mâles stériles, à une ancienne monnaie de la Slovénie, le Tolar, à ne pas confondre avec le taulard, même si certains peuvent être Slovènes, en passant non par la Lorraine, avec mes sabots, mais par l’heure Internet Anglaise. Wikipedia. Que dalle pour le Scrabble…

STI : encore un aéroport, Dominicain cette fois, un indice de qualité de transmission de la parole (que ne l’utilise-t-on pas plus en ce moment ?) ou le baccalauréat Sciences et Techniques Industrielles. Wikipedia. Scrabble ? je vous l’ai dit, c’est mort…

Finalement, ça ne doit pas courir les rues les schoïnopentaxophilistes, vu que les pendus non plus… Mais le fait qu’il puisse en exister n’est pas pour me déplaire, amateur de bizarreries que je suis, tout en m’inquiétant que certains puissent aller jusqu’à collectionner la corde de pendu !

Depuis l’antiquité, la corde de pendu serait pourvue de pouvoir magique et porterait chance. En tout cas, ce n’est pas au pendu qu’elle porte chance. Vers la fin du moyen-âge, en 1479, un serf a eu un de ses fils pendu pour avoir cueillit un fruit dans le verger du roi Louis XI. La corde utilisée lui fut donnée. Le lendemain elle se serait transformée en corde d’or…

Pour les gourmands, j’ai fait une recherche gogol sur les images associées à
schoïnopentaxophiliste. Voici la première affichée, sachant qu’absolument aucune des photos proposées n’a le moindre rapport avec le sujet.

la limite des moteurs de recherche

Bien calé au fond de mon lit, je pose mon livre sur la table de nuit en prenant garde de ne pas faire tomber ce pratique petit réveil de voyage, qui une fois tombé au sol, expulse son micro pied et joue à cache-cache avec les moutons. Le carnet de note est là aussi avec son stylo au cas où. Ce soir, ce n’est pas au cas où… mais plutôt propice à se relaxer via quelques exercices de respiration.

D’abord les pieds. Ils sont lourds, de plus en plus lourds pendant que je maîtrise ma respiration. Ne pas bouger un centimètre carré et remonter doucement, les mollets, les jambes, genoux, pour finir par la tête, alouette, gentille alouette. L’exercice est un apprentissage de la lenteur, toute pensée ou geste brusque pouvant casser l’histoire et obliger à tout recommencer. Après quelques minutes, je me sens léger comme un souffle, apaisé par une respiration lente, profonde qui ne requiert aucun effort. C’est là que je décolle de mon lit, me voit couché, les yeux fermés, avec un léger sourire plein de tranquillité. Après quelques instants, je traverse les plafonds et le toit, admire le ciel entre les nuages peu épais, et me retourne pour voir la rue, laissant l’immensité du ciel dans mon dos.

Il assez assez frais. Rien de gênant, bien au contraire. Je visualise mon amour, bien au chaud chez elle. Je sais la musique qu’elle écoute en ce moment, un livre entre les mains, un livre sur la pub, son domaine de prédilection. Comment moi, fondamentaliste publiphobe, puis-je être en amour avec une fille dingue de ce qui ne représente pour moi qu’une déviance, une pénibilité, une nuisance voulant me forcer à acheter ce dont je n’ai aucun besoin. Je dois d’ailleurs à ces fréquentes injections d’injonctions de ne presque plus regarder la télévision.

Je visualise mon amour et part à fond au-dessus des rues dont je connais chaque maison, chaque retrait, chaque place. Ce qui prendrait plus de trente minutes en voiture est ici parcouru en une respiration, celle de l’amour. Je vole, c’est dingue, incroyable, impossible, mais je vole.

© Régis Vignon 2014