Billet du 18 avril 2020

Billet du 18 avril 2020

Je te fiche mon billet que j’écoute une merveille …

Du Coltrane arrangé par Christophe Dal Sasso avec l’aide de Lionel Belmondo et joué par un big band de folie.

Se frotter à John Coltrane et son album mythique c’est chaud comme la braise, un peu comme monter l’Everest en tongue, aller surfer Nazaré la clope au bec avec la perche à selfie dans l’autre main. Attend, j’en ai une autre. Ou comme aller boxer Tyson et commencer par lui administrer un traitement à base de coup de pied dans les couilles. Je ne suis pas très sûr de l’image, pourvu que Tyson ne lise pas le Français, sinon c’est direct l’ISS, déguisé en Thomas Pesquet.

Pour résumer, se frotter à Coltrane c’est un truc qui peut t’envoyer directement et pour longtemps dans les geôles des gardiens de l’orthodoxie Coltranienne. C’est là que je suis comme un con, c’est ultra jouissif à écouter mais je ne suis pas vraiment armé pour le décrire. Ce billet se veut être juste une déclaration d’amour. Pas plus.

L’harmonie du quartet est là, multipliée, magnifiée et jamais trahie. Les arrangements sont riches et variés, les interventions développées. Coltrane est dans chaque note de chaque accord et dans chaque ligne mélodique. D’ailleurs Libération ne s’y est pas trompé : «« Mon Dieu, quelle merveille de prestation ! John Coltrane méritait que son chef-d’œuvre A Love Supreme (1964) soit revisité avec panache. (…) L’interprétation en grande formation impulse une dimension nouvelle à la carrure de Coltrane. Si ce dernier avait pu assister à cette version valorisante de son œuvre, il aurait certainement applaudi avec le public enivré… A tout rompre. Pendant dix minutes. » — Bruno Pfeiffer »

Je m’autorise un exemple. Prenons la fin de Resolution par Coltrane, après la dernière exposition du thème par Coltrane. Elvin Jones fait un roulement sur la caisse claire en augmentant le volume, laisse une petite dépression, comme un tout petit trou d’air, glisse un pied, McCoy Tyner égrenne son accord et Garrison pose la note finale bien ronde qui résout et nous redépose au sol.

Dans la version Belmondo / Dal Sasso, le roulement de batterie se transforme en solo de batterie qui ferme seul le morceau. On se dit que c’est vraiment différent. Oui, mais c’est là que l’arrangement par le duo et le traitement par les instrumentistes est remarquable. Du début à la fin, l’esprit de Coltrane est présent, sans cesse respecté. Les chorus sont éminemment Coltraniens, dans la recherche systématique d’au-delà, un besoin de pousser les limites de son savoir, mais la mélodie et le chant Coltranien restent toujours présents, guidant de part et d’autre les musiciens aventuriers mais immensément respectueux.

Tous ces musiciens listés ci-après sont merveilleux. Ecoutez-les. Un jour, lorsque ce confinement ne sera plus qu’un souvenir, allez les voir jouer sur scène, c’est là que tout se passe.

Line-up : Stéphane Belmondo, Erick Poirier, Laurent Agnès (trompette), Merrill Jerome Edwards (trombone), François Christin (cor), Bastien Stil (tuba), Dominique Mandin (sax alto), Lionel Belmondo, Sophie Alour, Guillaume Naturel (sax ténor, clarinette ou flûte), Laurent Fickelson (piano), Clovis Nicolas (contrebasse), Philippe Soirat ou Dre Pallemaerts (batterie), Christophe Dal Sasso (arrangement, direction), Allonymous (voix).

Line-up récupéré sur le site Jazz&People.

En préparant ce billet, je découvre que Lionel Belmondo, rencontré grâce à mon ami Cyril Rivette, merci mon cher Cyril, a entre autres enseigné au conservatoire du 9ème, le fameux conservatoire Nadia et Lilly Boulanger. Coïncidence ! Après avoir travaillé la guitare avec le merveilleux Michel Perez, et l’harmonie avec le regretté Bernard Maury, j’ai suivi ce dernier lorsqu’il a créé le Département Jazz au Conservatoire Nadia et Lilly Boulanger en 1994 et 95. Plus tard, Bernard Maury participera à la création de la Bill Evans Piano Academy. Dans ce cadre je me souviens d’une fabuleuse master-class de Michel Petrucciani, de l’humanité et de l’humour dont il avait fait preuve vis-à-vis des élèves, dont certains étaient déjà très accomplis.

Christophe Dal Sasso m’a fait le plaisir de me permettre d’assister à la captation de « The Palmer Suite », une création commandée par le fameux Chateau Palmer, éminent Margaux, 3ème grand cru au classement de 1855, encore grâce à l’entremise de mon ami Cyril.

Mes ami(e)s écoutez de la belle musique. Elle vous recentrera l’âme et fera disparaître quelques temps la lourdeur du présent confinement. Pensez à ces musiciens qui ne peuvent pas travailler en ce moment, comme au personnel de santé qui, à l’inverse, est sollicité à 300%.

Ecouter l’album sur Deezer

2.0 Euterpe en sa beauté

2.0 Euterpe en sa beauté

Les deux sont du sud, l’un de Hyères, l’autre de Bayonne. Ils ont presque le même âge. Les deux sont d’une fratrie de musiciens et ont une carrière bien remplie sous leur nom ou en collaboration avec les plus grands.

En 1999 ils ont déjà collaboré à un album duo appelé Ameskeri, ce que veut dire Rêver ou songe en langue Basque. Vingt ans après ils ont remis le couvert. Une envie, plus qu’une obligation, de voir ce qu’il pourrait sortir de leurs instruments vingt ans après. Vingt ans se sont écoulées et des musiciens évoluent beaucoup dans cette durée.

Pour en savoir plus sur leurs histoires, leur rencontre, leurs influences, leur positionnement de musicien, écouter l’interview faite par Art-District.Radio, document très intéressant fait par cette webradio qui dépasse le cadre stricto sensu de l’album.

J’ai d’ailleurs ajouté en pied de cette chronique quelques liens vous permettant d’écouter quelques interviews des deux musiciens enregistrés à la sortie de l’abum, ainsi que les accès à l’album.

Que peut-on attendre d’un duo de deux musiciens de cette trempe ? Leur expérience, leur âge nous laisse entendre que leur art sera allégé de tout superflu et ne laisser sortir que l’essentiel, une musique « à l’os ». Nous attendons le beau son épuré et mélodique de Stéphane Belmondo associé au jeu riche, percussif et aventureux de Sylvain Luc.

J’ai des albums des deux, j’ai vu les deux jouer sur scène. J’ai eu l’occasion d’assister à une master-class de Syvain Luc il y a 20 ou 25 ans à Nanterre. J’aime les deux. D’un côté j’attends énormément de cet album, je me réjouis du plaisir que je vais prendre à les écouter ensemble, d’un autre côté je serais dévasté si le résultat n’était pas à la hauteur de mon attente.

La dernière scène où j’ai vu l’un des deux sur scène était le Belmondo quintet reformé qui se produisait au Sunset en février 2019. Les deux frères sur scène c’est spécial. L’un est un dandy de la ligne mélodique, l’autre un chercheur volubile. C’est Chet Baker ou Miles avec Coltrane ou Parker. Quand Stéphane Belmondo a joué son chorus, il se rassoit tranquillement sur son siège, un sourire accroché, comme si rien de spécial ne s’était passé. Quand Lionel Belmondo a fini son chorus, il est à bout de souffle tellement il a donné, fouillé, et il a besoin d’un petit temps pour remonter à la surface. L’un maitrise le son, la mélodie et le sens. L’autre descend dans ses tréfonds et ne nous cachera rien des belles et des bêtes qu’il y trouve. Un grand moment de musique. Jacky Terrasson était passé à la fin pour jouer quelques pièces avec son ami Stéphane.

Alors Régis, cet album ? Oui, je vais vous en causer. Au détour d’un post Facebook j’ai dit qu’il était « beau » et si j’écris cette chronique c’est pour répondre à mon excellent ami Cyril qui trouvait ce « beau » un peu court.

L’album 2.0 est sorti chez Naïve le 18 octobre 2019. Sur quatorze morceaux, seuls deux morceaux ne sont pas d’eux. Les autres sont des compositions de Luc ou de Belmondo. Trois sont même des improvisations (« 2.0 », « 2.1 », »2.2″).

Oui c’est album est beau. Il est aussi la quintessence, du nectar de musique. Les notes sont rondes, pleines de sens. Le jeu aux doigts de Sylvain Luc arrondit l’univers sans la dureté du médiateur. On connait son jeu percussif, il est maintenant présent avec finesse et donne du corps. Stéphane Belmondo survole avec le son très rond de son bugle, ou un peu plus incisif de sa trompette comme sur « It’s Real ». Il nous raconte les personnages qui évoluent dans le riche décor créé par Sylvain Luc.

Le duo fonctionne à merveille, les deux se complétant à la perfection. A noter que plusieurs fois sur l’album les deux reprennent des phrases de l’autre. Habitude de défi souvent utilisée par les improvisateurs voulant s’affirmer, mais ici ce n’est pas pour s’affronter ou passer devant l’autre, mais pour marquer leur respect mutuel.

La musique de cet album est aérienne, elle ne s’impose pas, elle suggère et laisse de la place à nos rêveries. Le son est épuré, et d’ailleurs je trouve la qualité du son vraiment excellente.

De temps à autres, comme dans « 2.1 », un des morceaux improvisés sauf erreur de ma part, on voit bien les reprises de motif, les mélodies sont des phrases descendantes qui se succèdent, comme des vagues. Puis Sylvain Luc prend le morceau et l’emmène ailleurs jusqu’à sa fin.

Tiens un morceau avec une basse (« Joey’s Smile »), qui descend chromatiquement, puis crée une espèce de retard en restant sur la même note, avant de repartir vers le bas tout en douceur. Les accords tissés en fond offrant au bugle un espace ouvert que ce dernier peuple des notes essentielles. Une petite dissonance discrète de fin.

Sylvain Luc joue aussi de la basse, il aime bien en jouer pour un soir. Suite à la demande de Louis Winsberg, il avait d’ailleurs pris la basse de sa formation quelques temps, mais s’est senti vite frustré de ne pas pouvoir ajouter ses propres couleurs harmoniques. Tout de même, Louis Winsberg s’est payé le luxe d’avoir Sylvain Luc comme bassiste, comme d’autres se sont payés le luxe de jouer avec Biréli Lagrene à la basse.

Le motif d' »African Waltz » me fait penser à une musique qui collerait parfaitement avec la série Oggy et les cafards, que je regardais avec mes enfants lorsqu’ils étaient petits. Une forme de glissade à connotation humoristique, un pied de nez à la normalité. Une basse aux cordes étouffées qui percute plus qu’elle ne note. Là-aussi une descente chromatique…

Et c’est là que la technique me trahit. Un download en cours, il ne lui reste pourtant que 3 minutes, bloque le streaming et la musique hoquette puis s’arrête, reprend et s’arrête de nouveau. Au secours, je veux la fibre !!!! Maintenant, de suite….

Frustration des frustrations… A peu près la même que lorsque je me régalai à écouter Coltrane dans Love supreme sous la douche, et que la batterie de mon enceinte portable a rendu l’âme, à un moment où John allait résoudre…

« The melancoly of Rita » : Sylvain Luc propose une trame harmonique et rythmique fouillée sur laquelle Stéphane Belmondo envoie des mélodies aux notes rondes assez détachées. Chaque musicien rebondit sur les phrases de l’autre. Cette musique, hors du temps, fait écran à tous nos tracas, nous attrape en douceur et nous emmène dans un territoire plein de zénitude.

Que dire de « 2.0 » ? Vous aviez oublié que cet abum contenait des morceaux improvisés. « 2.0 » vous le rapellera. Un instrument distille des notes cristallines et vibrantes, je pencherait pour un Glokenspiel, mais sans être certain et sans savoir qui en joue. Sylvain Luc égrenne une harmonie dont la logique est souvent surprise, ou nous assène des lignes percutantes. Stéphane Belmondo joue du bugle et de la trompette. La post prod a ajouté de la réverb et de l’écho. Un mélange de minimalisme, de structure, de déstructure, d’harmonie claire ou asbconse, de petites notes fermées mais aussi quelques envolées. Une longue descente, puis Sylvain Luc reprend une partie plus sauvage tempérée par le cristallin Glokenspiel qui fade out pour finir.

Puis « Evanescence », un morceau plus classique entre ciel et terre où le guitariste instaure un cadre légèrement mélancolique où le bugliste (je crois…) développe une histoire de vie au-delà d’une mélodie. Une guitare assez aérienne faisant place au rêve versus un bugle plutôt terrien conteur de vie. L’un nous envoie au ciel, le second l’humanise, le peuple…

Je citerai encore « Mort d’un pourri », reprise de Philippe Sarde pour le film du même nom où Stéphane Belmondo s’exprime joliment à l’accordéon, son premier instrument. A noter que l’accordéon fait aussi partie de la vie de Sylvain Luc qui a joué avec Richard Galiano, Lionel Suarez ou encore son frère Gérard Luc.

Je vais arrêter ici, ne souhaitant faire une liste exhaustive des quatorzes pièces. Celles sur lesquelles je n’ai pas zoomé méritent autant votre intérêt que celles cités ici. J’ai titré ce texte « 2.0 Euterpe en sa beauté ». Cette nuit, dans un demi-sommeil, j’imaginais écrire « 2.0 Les serviteurs d’Euterpe », mais à l’instant je recule car ces messieurs ne sont pas des serviteurs mais des guides, ils jettent dans nos oreilles séduites des univers de beauté. Vingt ans après les premières rêveries, le songe est toujours de mise et il est foutrement agréable.

Pour résumer et pour mon ami Cyril, je maintiens, c’est beau !

Emission Club Jazz à FIP du 21/10/2019

Interview audio par Art-district.radio

Pour écouter / acheter l’album 2.0

« The Melancholy of Rita » chez TSF JAZZ

Tout passe (dit-on)

Tout passe (dit-on)

Tout d’abord, je tiens à m’excuser auprès de mes abonnés pour ce long silence. Il est dû à quelques petits tracas de santé, en bonne voie de solutionnement, qui m’ont bien fatigué.

Jusque-là, même si je l’évoque directement ou indirectement de temps à autre, je n’ai pas trop mis en avant ici mes incursions musicales.

Je me permets de contredire cette habitude en vous faisant part d’une musique composée pour mon ami Denis Schneider avec qui, et d’autres acolytes comme Jean-Claude Le Verge (Basse) et Alain Bonnaud (Voix), avons tricoté des mélodies, des harmonies et des textes et sévi sur de petites scènes parisiennes pendant une dizaine d’années sous les noms de Sans tambour ni trompette (je confirme, il n’y avait ni l’un ni l’autre), puis les zUVés.

Avec Denis, nous avons également accompagné l’auteure-compositrice-chanteuse Anne-Claire Guilloteau pendant deux ans. Avec Jean-Claude, que je connais depuis vingt-cinq ans, j’avais joué en duo, trio et quartet de jazz.

Nos répétitions des zUVés étaient un joyeux mélange de travail et de rires peu contenus, ce qui a garanti notre durée et scellé une belle amitié.

La présente musique Tout passe (dit-on) me tient particulièrement à coeur par son contexte émotionnel.

Denis était marié à Brigitta, jeune femme rencontrée pendant ses études en Allemagne. Toujours souriante, Brigitta était d’une gentillesse et d’une douceur sans faille. Une saloperie de cancer l’a mise à terre et a laissé Denis totalement bouleversé. Nous aussi, qui la vîmes chaque semaine pendant des années, nos répétitions se faisant chez eux, avons été très affectés.

Quelques temps après, en 2011 j’appris être atteint d’un cancer du rein, lequel rein m’a été retiré en janvier 2012, le quatre janvier, ma mémoire a fixé la date.

Suite à ces événements, nos répétitions ont été suspendues.

Là j’ai un doute, et ma mémoire défaillante ne saura pas le dissiper. Denis avait-il écrit le texte et me l’avait-il passé pour que je tente de poser une musique dessus ? M’avait-il parlé de l’idée, à partir de laquelle je composai ? Sans certitude, je penche pour la première version.

Toujours est-il que pendant l’été 2012, je pense avoir trouvé quelque chose pouvant coller. Une musique simple, en mode mineur, qui exprime de la tristesse mais pas que cela… Denis vient me voir dans ma campagne proche de Giverny. Je lui joue, il chante (à ce moments il avait déjà les paroles…) et la chanson se finit par ses pleurs.

Denis trouvait ma musique en parfaite adéquation avec ce qu’il ressentait et voulait exprimer. Nous l’avons un peu travaillé ensemble et hop ! dans la boîte. Il faut dire que Denis est un fin littérateur et un très bon interprète.

Vous savez maintenant pourquoi je tiens tant à cette musique. Il n’y a rien de trop dans cette chanson, qui me met la larme à l’oeil, l’émotion du décès de Brigitta et celle partagée lors de cet été 2012 sont encore si présentes.

Tout passe (dit-on)

Jazz es-tu là ?

Jazz es-tu là ?

Il y a onze jours que je n’ai pas écrit quoi que ce soit. Affolée par ce vide qui me gagne, ma muse s’est fait la malle, sans bruit, sans explication, juste comme ça, en douceur, aussi doucement que la chute d’une plume de duvet d’un juvénile sur un vieux parquet, tu sais celui dont certaines lattes grincent lorsque tu poses le pied dessus, tu reviens vérifier, tu reproduis le grincement, et pour un peu ton âme joueuse cherche les lames musiciennes et te voilà à inventer une musique qui n’amuse que toi. Forcément, tu entends « bon ça va, on a compris, tu peux arrêter maintenant steuplé ? ».

Tu as taquiné ta guitare, un petit motif descendant avec des bouts d’accords renversés. C’est ça les musiciens, ça renverse dynamiquement l’échiquier pour créer la surprise. L’oreille attend la note que le cerveau sait devoir arriver. Si elle arrive, la dopamine (hormone de satisfaction) se libère, comme une friandise pour récompenser d’avoir bien travaillé. Le phénomène du rush, anticipation de la montée du plaisir vers une résolution, un refrain, une séquence particulièrement jouissive, est un phénomène que l’on retrouve aussi chez les toxicos, les alcoolos et les joueurs. « Sex and Drugs and Rock and Roll Is very good indeed » chantait Ian Dury en 1979. Tiens, encore un que j’ai vu en concert…

Pour en savoir plus sur la musique et les hormones.

Cela peut tout aussi bien être très joli, mais cela restera juste chiant. L’idée est donc de ne pas arriver là où on est attendu, mais ailleurs dans un autre paysage, une autre couleur. Comme un plat que l’on t’amène. Tu y vois un légume. Ton cerveau sait déjà le goût que cela va avoir dans ta bouche. Mais le cuisinier est un farceur et il a déguisé autre chose en légume. Et ta bouche est surprise. C’est l’aventure, ton cerveau  doit acquérir cette nouvelle connaissance, en background, les mécanismes se mettent en branle pour stocker l’information au bon endroit et créer un chemin d’accès pour te permettre de retrouver la sensation.

La surprise est vite remplacée par autre chose, il faut maintenant que la nouvelle tonalité, le nouveau goût soit également bon pour en jouir. Les très bons sont ceux qui vous surprennent avec délice, sans faute de goût. Une rupture franche, sèche sera pardonnée si l’on atterrit sur une belle séquence musicale ou gustative.

Musique à écouter en lisant cet article : Plume / Escaping the dark side.

Induire une suite et ne pas la respecter, dévier vers ailleurs, emmener l’auditeur vers des inattendus c’est la recette d’un bon jazz. J’avais un ami qui n’aimait pas les concerts car il n’aimait pas les surprises et voulait retrouver toujours le même plaisir. Il avait de bons gouts musicaux, nous en partagions beaucoup d’ailleurs, excepté le jazz qu’il n’aimait pas, trop déroutant, trop hermétique pour lui, le qualifiant de musique pour initiés, pour savants. Cet ensemble de noms d’oiseaux que donnent au jazz ceux qui n’ont pas essayé ou n’ont pas eu l’occasion de le faire et qui se cachent derrière le fait qu’ils ne seraient pas assez « savants » pour y entendre quelque chose.

Certains de mes amis n’entendent rien à la technique musicale, qui ne les intéresse pas, ne les concerne nullement. Certains d’entre eux sont pourtant de grand amateurs et d’excellents connaisseurs de cette musique. Je les admire car ils m’impressionnent beaucoup. Pourtant tout est là ! Pas besoin d’être savant pour apprécier la musique de jazz, nul apprentissage en conservatoire n’est requis, juste de la curiosité, du bon goût, de la mémoire et une méthode d’initiation que je qualifierais de « à l’arrache », la même qui te fait tomber dans le dictionnaire et y passer des heures en bondissant d’un mot à un autre.

Entrer en profondeur dans l’oeuvre d’un musicien, écouter l’ensemble de sa production. Au travers, tu découvriras ceux qui ont participé à cette oeuvre et ainsi de suite. C’est un processus récurrent, en arborescence, avec l’avantage que tu n’as pas à revenir au point de départ initial. Tu découvres au fil du temps des oeuvres et des musiciens qui t’accompagneront toute ta vie. Rares sont ceux que tu délaisseras. Ils seront de plus en plus nombreux à t’accompagner, à t’enseigner, à te rendre de plus en plus riche.

Et chaque écoute te déversera de plus en plus d’hormone… surtout avec ce dernier opus de Plume…

 

 

Notes

A écouter en lisant l’article Plume: Escaping the dark side

Rappel du Sex & Drugs & Rock & Roll de Ian Dury pour les hormones et le rush

Pour en savoir plus sur la musique et les hormones.

Musique

Troisième mot offert par l’événement #1 facebook, Musique revêt pour est juste un des mes piliers fondamentaux. Depuis toujours ma compagne, elle m’a tant pris et tant donné que je ne pouvais que la traiter différemment. J’ai donc acrostiché et téléstiché, de concert bien entendu.

Même si l’endroit idéal pour en jouir c’est l’auditoriuM
Utile par son acoustique qui en fait un bijoU
Sa pratique fait partie de mes vitaux besoinS
Idem respirer, écouter une pièce de ScarlattI
Quadruples croches pour se sentir fier comme un coQ
Unique musique, mon fidèle absolU
Eternellement, je t’aimerai toute ma viE

Culture ou Haine

Ce matin, deux news se télescopent pour célébrer la moche tournure que prend notre monde !

1.Le festival Jazz aux écluses met la clé sous la porte !
2.D’immondes graffitis souillent la mémoire de Simone Veil !

Quel rapport ? A priori aucun, la culture et l’antisémitisme n’ont pas grand chose en commun. L’une nous élève, l’autre nous abaisse. L’une crée de la richesse et de l’intelligence, l’autre crée de la haine et du chaos. L’une transcende notre état d’humain, l’autre la nie.
Pourtant c’est lié.

La culture est attaquée, ici c’est une attaque indirecte, la lassitude des bénévoles s’apparentant au mythe de Sisyphe qui pousse éternellement son rocher jusqu’en haut de la montagne. La culture est attaquée, car abandonnée aux mains des bénévoles, alors que cela devrait être un enjeu national. Un état (cela inclut aussi les collectivités locales) qui veut élever son peuple lui donne accès à la culture, encourage et facilite sa consommation. Il ne doit pas abandonner les bénévoles, mais au contraire les aider et leur faciliter la vie. Les bénévoles sont investis d’une mission qui leur fait accomplir des merveilles, mais toute bonne volonté a ses limites. Le désengagement de l’état et des collectivités locales est pernicieux, car silencieux, mais c’est lui qui fait que la limite des bonnes volontés est dépassée.

L’antisémitisme est le fait de gens qui n’ont pas de culture, si ce n’est celle de la haine, encore qu’il faille me prouver que l’on puisse impunément associer deux mots appartenant à des référentiels disjoints irréconciliables. Quelle dose de connerie, de haine faut-il accumuler pour s’en aller insulter la mémoire d’une personne décédée, qui plus est brillante, ayant apporté beaucoup à notre société, respectée de tous, enfin presque… L’absence de culture crée des victimes de la vie, et certaines de ces victimes peuvent devenir des bourreaux que l’on enverra insulter, maltraiter puis tout aussi bien, au bout du processus, tuer.

Ce matin, je suis doublement triste… je pleure toutes ces belles notes qui ne seront jamais jouées, jamais entendues, jamais partagées, ces moments de bonheur et de partage qu’ont parfois les musiciens sur scène et les auditeurs dans la salle. Et je pleure devant ce désastre humain inexcusable que la bêtise engendre, avec son puant cortège d’inhumanités.

En fait c’est cela, la musique unit les cœurs et transcende des individus unitaires, chacun porteur de ses valeurs et de son histoire, en un ensemble d’humains liés par une culture commune.

La culture sauvera l’humain pour peu qu’on daigne lui en donner le loisir.

Musique industrielle

Lorsque l’on entre dans la salle de l’IRM, l’anneau trône au centre de la pièce, comme une bouche dont sort une langue droite sur laquelle je vais m’allonger.Je passe sur les préparatifs, un produit devant être m’être injecté en cours de séance, et sur le casque que l’on va me poser sur les oreilles, car l’IRM est particulièrement bruyant. C’est cela que je vais tenter de relater.

La séance est une succession de phases ponctuées par un bruit métallique assez industriel, court, fort, mat et vibrant, qui s’arrête aussi vite qu’il est arrivé et se répète un grand nombre de fois, puis rien, puis la séquence recommence.

A chaque Tac, c’est comme si quelque chose venait se caler sur l’angle suivant, et un TAC après l’autre, finissait par faire un 360° de votre serviteur.

Je me demande combien de temps va durer ce découpage en tranche fine comme je l’imagine mais sans ressentir aucune douleur.

Pour passer le temps, je me mets à compter le nombre de coups et arrive assez vite à 55.

Le comptage semble faire passer l’examen plus vite. Une fois je me suis interdit de compter de manière à mieux percevoir les bruits. J’en suis ressorti avec des bruits industriels variés : bruit court et sec de crantage, Tac plus fort de réglage, séquence de tirs entrecoupée par une voix féminine « inspirez et bloquez votre respiration » avant le tir puis « vous pouvez respirer normalement ».

Le temps s’écoule, d’une vague à l’autre. Le tout durant une trentaine de minutes. En tant que musicien, j’ai tenté en vain de trouver un alibi musical, mais il n’en est rien ressorti. Il s’agit d’une non-musique, sans tension sans ressort dramatique si ce n’est ses propres angoisses, et sans résolution, la seule étant l’infirmier ou l’infirmière qui vous libère d’un sybillin « c’est fini, monsieur ! ».

Pour ma part, c’est tous les trois mois. Juste après un scanner abdominal. Un combo quoi !

IRM : Imagerie par Résonance Magnétique