Leftfoot

Leftfoot

Il y a six jours, tu pris connaissance de ce courrier d’un certain Leftfoot évoquant une Maladie de riche. Se plaignant d’une certaine Madame Goutte, dont l’unique but dans la vie au moins à ce moment, semblait se réduire à lui nuire, avec constance et application.

Mais les choses sont rarement aussi simples à conter et Leftfoot, sans doute en proie à la douleur, était resté à la surface des choses. Avant 2012 (Notes 1 et 2), cette Madame Goutte se serait fait appeler Mademoiselle. La précision n’est pas que sémantique, vous l’allez voir.

Madame Goutte est danseuse. Le muscle fin dessiné par la pratique de la barre, des positions, des sauts de toute religion, le pied rompu par les pointes, la grâce qu’elle met dans chaque geste n’est en rien calculée. Tout chez elle est danse, de sa tête fièrement levée aux bouts de ses doigts si tendus loin d’elle qu’elle parait encore plus fine et plus longue, chaque partie d’elle travaillant à mettre son existence au service de la beauté.

Leftfoot n’est qu’un homme, chargé de faiblesses et de clichés. Nullement prêt à évaluer la profondeur des sentiments, incapable de distinguer la véracité des personnes des artifices calculés, il est, ce faisant, la victime idéale pour celle qui sait jouer avec les codes de la séduction. En période de chasse, un plaisantin aurait même pu dire « Il est ce faisan ! ».

Imagine la scène ! Leftfoot, nu, assis sur un tabouret au milieu d’une piste de cirque. Autour de lui, Goutte enchaîne des sauts et des pas de danse ultra modernes, mélange de hip hop et de classique totalement assumé. Goutte est également nue. Contrairement à la majorité des danseuses, sa poitrine n’est pas qu’un fantasme. Bien que ses seins soient lourds et fermes, ils ne subissent que légèrement la danse. Les envolées et l’effet de la pesanteur contrastent avec ses muscles fermes et dessinés.

Les pieds de Goutte, lorsqu’ils touchent le sol après un saut, font gicler un peu de poussière, un peu comme la couronne qui s’élève autour d’une goutte de lait qui vient de tomber.

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Leftfoot entend le bruit des pieds qui frappent le sol. Cela résonne presque aussi fort que les sabots des chevaux de course au grand galop devant les tribunes. Un bruit venu du passé, immémoriel, et chargé de tant d’existence et de force que Leftfoot est bouleversé, saoulé par ce sublime tourbillon à lui seul destiné. Il voudrait entrer à l’intérieur de lui-même pour comprendre toute cette beauté.

Il aimerait résister, se montrer fort, mais ne peut rien faire. Son érection est une folie incontrolable. Il est raide dingue. Goutte l’a vu, s’en amuse. Son corps en action se charge peu à peu d’humidité. La poussière commence à coller à ses mollets. Parfois au détour d’un saut, la poussière tache une autre partie de son corps, augmentant ainsi la sauvagerie du moment.

Goutte pousse des cris qui appuyent ses gestes. Leftfoot ne les entend pas. Il regarde la délicieuse bouche de Goutte se déformer mais aucun son ne lui parvient. Il bande toujours comme un fou, mais commence à avoir peur. La situation lui échappe totalement, il ne comprend pas le jeu. Il se sent de plus en plus victime.

Goutte le défie, interpelle sa virilité, le fait douter de son existence. Après l’avoir taquiné, elle se moque de lui, le ridiculise. Elle est toréador. Il tape faiblement du sabot, du sang gicle de sa bouche et de ses naseaux. Comme tout taureau, il sait qu’il ne sortira pas vivant de cette danse macabre.

Mais l’agitation cesse, elle s’approche de lui, doucement, le souffle court. Elle lui colle ses seins sur le visage, il essaye de lui en sucer un, mais elle s’échappe, se place derrière lui, fait glisser ses mains sur son torse. Il lui attrape les mollets, fermes, si vivant et tente de remonter les mains sur ses cuisses. Elle se recule pour lui échapper, lui pince les tétons, revient devant lui, pose une jambe sur son épaule et lui appuie son sexe humide sur la bouche.

Il s’enfouit dedans, respire cette odeur suave et acide, aspire le clito en le titillant du bout de la langue, le relache, recommence. Elle frémit, s’écarte, redescend sa jambe et s’asseoit doucement sur son sexe tendu.

Sur ce, je vous laisse, j’ai des trucs à faire…

Notes

1 Circulaire n°34682 du 21 février 2012 pour l’utilisation de Madame et non plus Mademoiselle. François Fillon, premier ministre, concrétise la proposition de la ministre des Solidarités, Madame Roseline Bachelot.

2 Le 26 décembre 2012, le Conseil d’État valide la suppression du « Mademoiselle » dans les documents administratifs

Maladie de riche

Maladie de riche

Bien chère madame Goutte,

vous le savez, je suis un garçon gentil, ouvert et policé. Sachant cela, vous êtes entré dans ma vie sans y être invitée, sournoisement, discrètement, au début surtout. Ceci dit, si vous aviez attendu un signe de ma part vous ouvrant les portes de mon corps, vous eussiez dû repasser, je le crains, lors de ces fameuses calendes grecques dont on nous rebat tant les oreilles.

Vous ne faites pas partie des gens que j’ai plaisir à voir. Vous en êtes l’antithèse, le parfait contraire. Au lieu d’amener la joie, ce que tout ami ferait, votre visite me met à la peine. Vous avez tenté de me faire croire que vous ne souhaitiez que briser une triste et longue monotonie, celle de ma vie, par une surprenante nouveauté, un sursaut du destin, une scintillante licorne. Que nenni, que non pas, il n’en est rien. Ma vie, même un peu contrainte par les fameux éléments extérieurs à ma volonté, va bien, merci ! Nul ennui, nulle tournerie en rond ou ratatination !

Ma plume glisse sur le papier numérique et m’invente des histoires. Je lui prête même l’intention de tirer les fils d’une histoire plus longue. Quelle monotonie survivrait à un tel régime ? Si elle existait, elle ne serait qu’étroite, sans corps, sans coeur, une ombre si ténue que l’éclat d’un lampyre la renverrait dans d’ obscures limbes pour les siècles des siècles, amen !

Objection ! Argument non recevable !

Sinon j’aurais abusé de viandes plocplocantes dans des sauces parfumées chargées d’onctueuses crèmes et de délices dignes de la grande bouffe, une orgie de charcuteries dûment arrosées de vins blanc minéraux aux parfums de fleurs blanches et à l’acidité un peu verte, des délices d’abats, de rognons, d’andouillettes de chez Bobosse, la Rolls de l’andouillette à la ficelle, de tripes à la mode de Caen, de pâté de tête ou bien persillé, un méga plateau de fromages tous plus beaux et goûteux les uns que les autres, ou alors un plateau de délicieux fruits de mer, des tonnes de morceaux de chocolat, des asperges, du chou farci ou farceur.

Certes la dernière semaine on m’aurait vu me glisser dans le cornet de l’andouillette, des tripes, du fromage et un verre de vin blanc par repas jusqu’au décès de la bouteille plusieurs jours après. Mais ce n’est pas cela qui a joué, chère madame Goutte !

Ce qui a joué c’est bien plus surement le traitement que je prends pour pêter la gueule à mon cancer. Cet idiot, non content de remplir parfaitement sa mission principale, qui est de veiller à ma survie, si j’avais le moindre sens religieux, je l’en bénirais, je me contenterais donc de l’en remercier, s’en invente d’autres bien moins recommandables, comme faire grimper le taux d’acide urique.

Vous voyez, chère madame Goutte, vous avez faux sur toute la ligne. Votre imposture étant maintenant rendue publique, sachez que je ne compte pas vous offrir l’hébergement plus longtemps. J’ai lâché mes avocats sur vos basques, ils vous coursent à travers les steppes arides de vos déambulations et vous y courseront encore longtemps. Vous devez commencer à sentir leur haleine de fumeur vous picoter les miches. Sous peu ils planterons leurs crocs vengeurs sur votre cul malingre !

Allez oust, vieille salope, déguerpissez hors de mon pied. Je voudrais le prendre et vous m’en empêchez.

Veuillez recevoir, chère madame Goutte, l’expression de ma haine la plus féroce. Fuyez loin et plus jamais ne revenez.

Avec mon mépris le plus extrême,

Régis Leftfoot

Chronindésirables

Quelques jours avec les effets indésirables….

Jour 1 et Jour 2

Rien

Jour 3

Dans la nuit de mardi à mercredi, les douleurs des doigts sont revenues, assez fortes pour me réveiller vers 4h00 du matin et m’empêcher de me recoucher. La douleur est proche d’une piqûre de guêpe mais en continu et avec des battements. Ce sont surtout les pouces qui se font remarquer. La peau est dure, tendue et le fait de plier le pouce génère une douleur vive.

Dans les actes du quotidien, nous prenons sans arrêt des choses entre le pouce et l’index, et à chaque fois, la douleur se rappelle à nous, rendant certains gestes difficiles voire impossibles à réaliser, comme de tourner une clé dans la serrure ou retirer le câble du connecteur de charge de son iPad.

Rapidement, nous mettons en place des stratégies de contournement, plus ou moins habiles, efficaces et qui peuvent parfois confiner au ridicule… Le Doliprane aide énormément et l’utilisation de crème, comme de l’aloe vera, semble apporter du confort.

Jour 4

Les douleurs aux doigts sont toujours là. Les diarrhées sont de retour jusqu’à 11h00 puis après 18h00. Comment parler de ce sujet sans faire trash ? Je dirais juste que les allers et retours aux toilettes sont fréquents, peu prévisibles, urgents et que parfois il faille rester sur le trône assez longtemps pour avoir des fourmis dans les jambes, surtout la droite pour ce qui me concerne, et pour avoir de la difficulté à faire les premiers pas. A partir de ce moment il est impossible de prévoir une sortie hors de la maison dépassant la demie-heure. Il faut écouter son corps et faire confiance à l’absence de tout signe précurseur. L’immodium est notre ami pour lutter contre ces diarrhées, à raison de 3 par jour plus un quatrième en cas de crise.

Jour 5

Cette nuit petite diarrhée légère. Je me suis endormi hier soir avec de légères douleurs au doigts. Ce point a l’air en décroissance ce matin.

Dix, neuf, quatre

D’accord, je suis un matheux, en tout cas plus qu’un littéraire. Ma forme de mémoire s’est toujours montrée récalcitrante à ingurgiter des informations non comprises. C’est ainsi que j’ai toujours été minable dans les matières de connaissance brute. À titre d’exemple, et je ne grossis pas le trait, les deux seules dates de notre histoire que j’ai pu enregistrer pendant ma scolarité sont 1515 et 1789.

1515 est une friandise pour un matheux qui y entend une forme de palindrome lorsqu’il est prononcé (quinze cent quinze). Quand à 1789, il se pourrait fort que l’idée d’une révolution m’ait fait tourner la tête… c’est toujours mieux que si elle l’avait fait tomber dans le panier…

Ces trois chiffres ne sont pas des nombres premiers, ils ne forment pas une suite. Si on les additionne, on obtient 23, mais on s’en fout !! Non, ce n’est pas mon âge ! 184 ans, ça va pas non !!! Mais alors quezaco, comme disait mon grand père !

C’est en fait relatif aux médicaments que j’absorbe quotidiennement, à savoir dix gélules ou comprimés de neuf médicaments différents pris à quatre moments de la journée.

7h30 : 1 gellule pour lutter contre le dérèglement de la thyroïde généré par le médicament anti cancer


9h30 : 2 gellules anti cancer, 1 gellule contre les diarrhées, 1 comprimé anti hypertension pour le traitement de fond + une gellule d’un autre anti hypertension si la tension monte de trop  

12h00 : 1 gellule d’un anti remontée acide, 1 gellule contre les diarrhées, 

20h00 : 1 comprimé pour faire baisser l’acide urique, 1 contre les diarrhées, si la tension est trop haute 1 gellule de l’antihypertenseur d’appoint


Avant le traitement anti cancer, je prenais déjà 1 comprimé pour traiter mon hypertension, précieux héritage familiale.

Ce qui est pénible, dans mon cas et je me garderai de généraliser, ce n’est pas le cancer lui-même mais les effets secondaires générés par le médicament salvateur. Je prends donc des médicaments qui en minorent ou empêchent la survenue de ces effets indésirables.

Je m’autorise à lister les effets secondaires que j’ai déjà subi :

  • Fatigue pouvant être légère ou profonde selon le dosage. Le dosage d’attaque me met minable en quelques semaines : faiblesse obligeant par exemple à m’arrêter plusieurs fois dans l’escalier menant à l’étage pour reprendre mon souffle. Il m’est arrivé de me trouver en détresse respiratoire juste en prenant ma douche. Heureusement, le dosage un peu plus faible du traitement habituel ne fatigue pas autant.
  • Blanchiment des cheveux. M’en fous, ils étaient déjà bien blanc. C’est même mieux, car là ils sont totalement blancs, j’évite donc la couleur pisseuse peu agréable.
  • Teint pouvant être plus ou moins jaune, parfois vert ou gris
  • Diarrhées. Ce point devient rapidement pénible, fatiguant et limite les mouvements. Le cycle de traitement de six semaines est maintenant organisé en deux sous-cycles de deux semaines de traitement et une semaine de repos. Mes amis savent que je réserve mes sorties pour la semaine sans traitement, avec un décalage de deux jours, afin de laisser le médicament disparaitre de mon organisme. Je les remercie de leur patience.
  • Montée d’urée. Génère le besoin d’un médicament pour limiter cette montée. Malgré tout, il suffit de manger un peu trop de charcuterie et de boire du vin blanc (c’est un exemple) pour faire une crise de goutte. Là c’est pas la fête, il faut alors remplacer le médoc anti-urée par un autre qui traite la crise. Evidemment, ce médoc a lui-même des effets secondaires, dont les diarrhées. C’est très pénible mais il stoppe la crise en 24 heures.
  • Dérèglement de la thyroïde. On a tout le temps froid et la voix devient celle d’un vieillard. En prenant le médoc, d’autres effets peuvent survenir, comme l’irritabilité. Pas toujours facile pour l’entourage. 
  • Douleurs ou plaies aux doigts (main et pieds). Penser à s’hydrater regulièrement avec de la crème. Cela peut aller jusqu’à interdire de jouer de la gratte.
  • Remontées acides. Ce truc là, ça frappe la nuit lorsque l’on est couché sur le côté droit. On s’habitue à éviter le côté droit. 

Ne suis-je pas un bon sponsor pour l’industrie pharmaceutique !!

Il y a des nuits…..

Il y a des nuits… comme ça… dont on se souvient parce qu’elles nous ont emmené loin dans des beautés d’ivresse, de folie, d’échanges d’idées ou de fluides, dans des éclats de rires et d’extases. Des nuits qui ont scellé les belles amitiés et les beaux amours. Des nuits où le petit matin arrive trop tôt, qui nous laisse hagard, épuisé de sexe et de défonce.

Des nuits où chaque cellule a vibré aux plus hautes fréquences, où l’on a tutoyé les anges, les dieux et parfois nos démons..

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Il y a aussi des nuits… comme la dernière… que l’on voudrait oublier au plus vite. Une nuit qui commence pourtant bien avec la lecture de quelques chapitres du livre qui nous emmène hors le quotidien, loin vers des aventures cubano américaines de traffic de rhum dans les années de la prohibition. Sexe and drug and rock’ n roll, que ne renierait pas Ian Dury !

Puis vers 1h30, je pose mes gangsters sur la table de nuit et passe de la lumière à l’obscurité. Sylvie dort à mes côtés. Je trouve ma position et en quelques minutes je bascule dans un sommeil profond.

Mes rêves ont encore le goût du livre, les personnages venant me visiter. Tout est bien.

Sauf que j’ai une sensation qui monte doucement du côté des intestins, très localisée, assez aigue, qui monte vers la douleur, une douleur pointue, vive. Puis, arrivée à son apogée, la chose disparaît totalement en une seconde. Je reste surpris, soupçonneux et tente de me rassurer. Je fini par me détendre et replonge dans le sommeil.

Le répit est de courte durée, la douleur revient et suit le même scénario. Il est 3h00, ma nuit est fortement compromise. J’éteins mon réveil et descend m’installer dans le salon, bien au chaud entre le canapé et la couverture léopard.

Quand la douleur revient, je ne peux que me réfugier dans les toilettes, dont je ressors un peu plus fatigué. Le retour sur le canapé, le léopard, la chaleur revient, et très vite la douleur me projette encore vers les toilettes.

Le reste de la nuit je jouerai ce schéma jusqu’au petit matin où je croise Lola qui se lève et prépare son petit déjeuner. J’ai finalement pu dormir de 6h30 à 7h30 avant d’aller me doucher, m’habiller et partir au travail.

J’ai repris le médicament depuis deux jours. Il ne reste qu’à espérer que cela ne se reproduise pas la prochaine nuit. J’ai à peine récupéré de mon mollet si douloureux que ma démarche s’apparentait à celle d’un accidenté des pistes de ski, et me voilà déjà face à un autre effet secondaire…

Ça y est, tu commences à être jaune !

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Nous sommes jeudi 2 février 2017 et ce soir Lola me regarde en finissant de manger et me dis en souriant « ça y est tu commences à être jaune ».

Pour comprendre, il faut savoir que je prend actuellement un traitement ciblé de type anti angiogénique. Objectif : diminuer la vascularisation de manière à priver la tumeur de l’oxygène dont elle a besoin se développer. Une fois asphyxiée, la tumeur doit mourir.

Le traitement a une liste d’effets secondaires longue comme mon bras, plus ou moins pénibles. L’un d’entre eux est un teint jaune, que j’ai eu lors du cycle précédent.

Un cycle de traitement comporte une phase de quatre semaines de prise du médicament suivi de deux semaines sans.

Lors du premier cycle, la couleur jaune est apparue au bout de deux semaines. Et là, nous sommes le troisième jour du cycle et la couleur jaune est déjà là. Aujourd’hui je ressens aussi les premiers signes de fatigue.

Ça promet !!

Oupsçacoule !

L’ordi portable est ouvert sur la table, son alimentation est branchée sur la multiprise posée sur le sol derrière le poêle à granulés qui ferme le coin de la pièce. Ce dimanche en fin d’après-midi j’ai assez travaillé. J’arrête l’ordi, le ferme et me penche pour débrancher la prise et je sens immédiatement la sensation annonciatrice du sang qui coule dans mon nez. Le temps d’arriver sur le paquet de mouchoirs en papier, en sortir un, le presser sous mon nez et oups, hommage au pays du soleil levant, une tâche rouge vif tranche sur le blanc du mouchoir.

C’est sous la douche, en se mouchant, en se baissant… C’est habituel, quasi quotidien.

C’est ça un effet secondaire du traitement contre le cancer…

… ça et aussi la peau sèche, qui devient sensible à la chaleur de l’eau sous la douche et prend une couleur rouge un peu comme une allergie sur le front, les poignets et les bras. La peau semble se parcheminer et devient rugueuse. Mais ce n’est pas systématique !

C’est aussi la bouche sèche, très sèche qui donne envie de boire en permanence et perturbe l’élocution. Et puis également les gencives facilement blessées par la brosse à dents. Attention aux blessures gênantes et récurrentes. Du coup, il faut adopter une brosse à dents et un dentifrice particuliers. Tout ce qui est pourvu d’alcool est à éviter. Beaucoup de dentifrices contiennent de l’alcool. Tout comme le whisky, que j’aime tant, et qui maintenant me brûle le palais, ou la sauce salsa qui m’allume l’avant de la bouche.

Les brûlures d’estomac quasi permanentes sont gênantes, avec leur train de remontées acides, mais par chance, un médoc règle ça très bien.

La chaîne intestinale se dérègle par moment, et c’est à ce moment qu’il est préférable d’avoir des « petits coins » accueillants. Les hémorroïdes sont en option, comme une cerise sur le gâteau, qui se traitent par une mise sur orbite d’un suppositoire et par l’utilisation d’une crème avec laquelle il convient de se « beurrer la raie » (belle expression fleurie, n’est-ce pas !) deux fois par jour.

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C’est une montée d’hypertension qui fait ajouter un second anti-hypertenseur, dont il faut régler la posologie avec l’aide du médecin et l’outil de prise de tension, qu’il faut avoir chez soi et utiliser plusieurs fois par jour afin de pouvoir suivre l’évolution.

Dans mon cas, je me garderai bien de généraliser, ce qui est vrai pour moi ne l’étant pas forcément pour un(e) autre, prendre le médicament anti angiogénique m’ajoute 3,5 points de tension.

Et puis c’est un teint d’abord gris-vert puis jaune qui vous donne une mine de chat foireux et modifie le rapport à l’autre. À partir du moment où vous annoncez la nouvelle à une personne autour de vous, elle se répand à la vitesse de l’éclair. La plupart des gens vous demandent des nouvelles avec bienveillance, mais certains ne sont pas à l’aise avec la maladie et prennent un air plein de commisération, qui nous met mal à l’aise quand nous aimerions conserver les mêmes rapports humains qu’avant.

C’est aussi des tâches noires sur les ongles, une bouche qui se gerce, des maux de tête, et cette fatigue, rendant tout plus difficile, comme de monter l’escalier, où une fois arrivé à la salle de bain, il faut s’asseoir trente secondes pour reprendre son souffle.

C’est également de nouveaux rituels de prise de médicaments, comme une ronde ou parfois on se dit « bon, c’est quoi déjà à ce moment-là ? », des rituels pour se passer sur les bras les mains et la bouche un baume fabriqué sur mesure par la pharmacie.

En fait c’est plein de nouvelles choses à intégrer, à gérer.