M. Leftfoot & Mme Goutte

M. Leftfoot & Mme Goutte

Lire d’abord Leftfoot.

Leftfoot est de retour. Nous l’avions laissé pantelant, excité, tendu comme une arbalète, victime d’une Madame Goutte très en forme et avide de profiter de lui.

Vous attendiez peut-être une suite détaillée, avec moult descriptions de moiteurs, de touffeurs, de fluides d’amour. Vous ne l’aurez pas. Inventez-la vous-même, je vais vous donner des axes. Enfin plus exactement, un axe.

A la même époque où elle commerçait avec Leftfoot, Goutte avait rencontré un photographe qui officiait dans Lui ou Play-boy. Lorsqu’il m’a rapporté l’histoire, des lustres s’étaient écoulés et certains détails s’étaient estompés de son souvenir. En tout cas l’un de ces deux, il en était certain, il l’avait même acheté.

Des photos de Goutte avait été publiées plus tard dans ce magazine sous le titre évocateur de Sexercices. Le physique de Goutte, rompu à la danse, lui autorisait à s’amuser avec. Elle aimait ainsi se faire prendre alors qu’elle tirait sur son organisme, comme en faisant le grand écart, ce qui ne manquait pas d’exciter Leftfoot au-delà de ce qu’une sexualité normale lui avait permis d’entrevoir jusque-là.

Goutte lui avait parlé des sexercices qu’elle avait inventé. Elle lui avait montré et fait tester ces positions inhabituelles, pour son plus grand bonheur, il le reconnaissait bien volontiers. Elle lui avait parlé de sa rencontre avec un photographe, mais sans qu’un lien avec les sexercices ne soit jamais fait. C’est à ce moment que leur relation perdit en intensité, Goutte lui échappa, attirée par de fumeuses et illusoires paillettes. Leftfoot ne se sentait pas de se battre pour quelqu’un ne montrant pas plus d’intérêt pour leur relation.

Quelle ne fut pas sa surprise, lorsque, quelques semaines plus tard, il découvrit l’article. Goutte, ses jambes écartelées à 180 degrés, plaquées au sol de chaque côté d’elle laissant entrevoir son sexe. Elle avait toujours les mêmes seins lourds et fermes, souriait à l’objectif, mûtine et provoquante, ses longs cheveux un peu en bataille. Il avait ressenti une impression bizarre, comme si on lui avait volé une parti de son intimité. Il se sentait dépossédé de sa vie privé, alors qu’il s’agissait uniquement de celle de Goutte.

De Goutte, il gardera les souvenirs d’une fille entière, très saine, très sympa, à l’époque en terminal dans une classe sport-étude où elle pratiquait la danse plusieurs heures par jour, physiquement super affutée, et vibrante d’une énergie sans fin. Avec elle, les heures de sommeil étaient rares, les baises copieuses et drôles.

Il se souvient du pont de l’amour, souvenir d’un dessin de Reiser qui mettait au pinacle les fluides corporels reliant leurs sexes après l’acte, des rires que cela engendrait. Il se souvient de sauts qu’elle lui montrait dans son appartement, de la puissance explosive dont elle faisait alors preuve.

Il se souvient aussi d’une soirée avec toute la classe de Goutte, professeur inclus, d’avoir fait une mousse au chocolat pour la troupe, et surtout d’avoir ressenti la pire gêne de sa vie en confrontant sa propre maladresse et l’incurie de son corps de sportif léger, à l’harmonie gestuelle des danseurs. Au milieu d’oiseaux élégants, il était le cygne noir, ou l’albatros de Baudelaire.

Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d’eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid !
L’un agace son bec avec un brûle-gueule,
L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait !

Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.

Si vous cherchez le terme sexercice sur internet, vous trouverez des références de sites porno, des exercices permettant d’assouplir ou de muscler son corps. Mais vous ne trouverez pas les photos de Madame Goutte, peut-être parce qu’elle n’a jamais existé… mas vous trouverez aussi cette vidéo de Kylie Minogue, qui s’approche de l’esprit de cet article : Sexercize par Kylie Minogue

 

Leftfoot

Leftfoot

Il y a six jours, tu pris connaissance de ce courrier d’un certain Leftfoot évoquant une Maladie de riche. Se plaignant d’une certaine Madame Goutte, dont l’unique but dans la vie au moins à ce moment, semblait se réduire à lui nuire, avec constance et application.

Mais les choses sont rarement aussi simples à conter et Leftfoot, sans doute en proie à la douleur, était resté à la surface des choses. Avant 2012 (Notes 1 et 2), cette Madame Goutte se serait fait appeler Mademoiselle. La précision n’est pas que sémantique, vous l’allez voir.

Madame Goutte est danseuse. Le muscle fin dessiné par la pratique de la barre, des positions, des sauts de toute religion, le pied rompu par les pointes, la grâce qu’elle met dans chaque geste n’est en rien calculée. Tout chez elle est danse, de sa tête fièrement levée aux bouts de ses doigts si tendus loin d’elle qu’elle parait encore plus fine et plus longue, chaque partie d’elle travaillant à mettre son existence au service de la beauté.

Leftfoot n’est qu’un homme, chargé de faiblesses et de clichés. Nullement prêt à évaluer la profondeur des sentiments, incapable de distinguer la véracité des personnes des artifices calculés, il est, ce faisant, la victime idéale pour celle qui sait jouer avec les codes de la séduction. En période de chasse, un plaisantin aurait même pu dire « Il est ce faisan ! ».

Imagine la scène ! Leftfoot, nu, assis sur un tabouret au milieu d’une piste de cirque. Autour de lui, Goutte enchaîne des sauts et des pas de danse ultra modernes, mélange de hip hop et de classique totalement assumé. Goutte est également nue. Contrairement à la majorité des danseuses, sa poitrine n’est pas qu’un fantasme. Bien que ses seins soient lourds et fermes, ils ne subissent que légèrement la danse. Les envolées et l’effet de la pesanteur contrastent avec ses muscles fermes et dessinés.

Les pieds de Goutte, lorsqu’ils touchent le sol après un saut, font gicler un peu de poussière, un peu comme la couronne qui s’élève autour d’une goutte de lait qui vient de tomber.

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Leftfoot entend le bruit des pieds qui frappent le sol. Cela résonne presque aussi fort que les sabots des chevaux de course au grand galop devant les tribunes. Un bruit venu du passé, immémoriel, et chargé de tant d’existence et de force que Leftfoot est bouleversé, saoulé par ce sublime tourbillon à lui seul destiné. Il voudrait entrer à l’intérieur de lui-même pour comprendre toute cette beauté.

Il aimerait résister, se montrer fort, mais ne peut rien faire. Son érection est une folie incontrolable. Il est raide dingue. Goutte l’a vu, s’en amuse. Son corps en action se charge peu à peu d’humidité. La poussière commence à coller à ses mollets. Parfois au détour d’un saut, la poussière tache une autre partie de son corps, augmentant ainsi la sauvagerie du moment.

Goutte pousse des cris qui appuyent ses gestes. Leftfoot ne les entend pas. Il regarde la délicieuse bouche de Goutte se déformer mais aucun son ne lui parvient. Il bande toujours comme un fou, mais commence à avoir peur. La situation lui échappe totalement, il ne comprend pas le jeu. Il se sent de plus en plus victime.

Goutte le défie, interpelle sa virilité, le fait douter de son existence. Après l’avoir taquiné, elle se moque de lui, le ridiculise. Elle est toréador. Il tape faiblement du sabot, du sang gicle de sa bouche et de ses naseaux. Comme tout taureau, il sait qu’il ne sortira pas vivant de cette danse macabre.

Mais l’agitation cesse, elle s’approche de lui, doucement, le souffle court. Elle lui colle ses seins sur le visage, il essaye de lui en sucer un, mais elle s’échappe, se place derrière lui, fait glisser ses mains sur son torse. Il lui attrape les mollets, fermes, si vivant et tente de remonter les mains sur ses cuisses. Elle se recule pour lui échapper, lui pince les tétons, revient devant lui, pose une jambe sur son épaule et lui appuie son sexe humide sur la bouche.

Il s’enfouit dedans, respire cette odeur suave et acide, aspire le clito en le titillant du bout de la langue, le relache, recommence. Elle frémit, s’écarte, redescend sa jambe et s’asseoit doucement sur son sexe tendu.

Sur ce, je vous laisse, j’ai des trucs à faire…

Notes

1 Circulaire n°34682 du 21 février 2012 pour l’utilisation de Madame et non plus Mademoiselle. François Fillon, premier ministre, concrétise la proposition de la ministre des Solidarités, Madame Roseline Bachelot.

2 Le 26 décembre 2012, le Conseil d’État valide la suppression du « Mademoiselle » dans les documents administratifs

Maladie de riche

Maladie de riche

Bien chère madame Goutte,

vous le savez, je suis un garçon gentil, ouvert et policé. Sachant cela, vous êtes entré dans ma vie sans y être invitée, sournoisement, discrètement, au début surtout. Ceci dit, si vous aviez attendu un signe de ma part vous ouvrant les portes de mon corps, vous eussiez dû repasser, je le crains, lors de ces fameuses calendes grecques dont on nous rebat tant les oreilles.

Vous ne faites pas partie des gens que j’ai plaisir à voir. Vous en êtes l’antithèse, le parfait contraire. Au lieu d’amener la joie, ce que tout ami ferait, votre visite me met à la peine. Vous avez tenté de me faire croire que vous ne souhaitiez que briser une triste et longue monotonie, celle de ma vie, par une surprenante nouveauté, un sursaut du destin, une scintillante licorne. Que nenni, que non pas, il n’en est rien. Ma vie, même un peu contrainte par les fameux éléments extérieurs à ma volonté, va bien, merci ! Nul ennui, nulle tournerie en rond ou ratatination !

Ma plume glisse sur le papier numérique et m’invente des histoires. Je lui prête même l’intention de tirer les fils d’une histoire plus longue. Quelle monotonie survivrait à un tel régime ? Si elle existait, elle ne serait qu’étroite, sans corps, sans coeur, une ombre si ténue que l’éclat d’un lampyre la renverrait dans d’ obscures limbes pour les siècles des siècles, amen !

Objection ! Argument non recevable !

Sinon j’aurais abusé de viandes plocplocantes dans des sauces parfumées chargées d’onctueuses crèmes et de délices dignes de la grande bouffe, une orgie de charcuteries dûment arrosées de vins blanc minéraux aux parfums de fleurs blanches et à l’acidité un peu verte, des délices d’abats, de rognons, d’andouillettes de chez Bobosse, la Rolls de l’andouillette à la ficelle, de tripes à la mode de Caen, de pâté de tête ou bien persillé, un méga plateau de fromages tous plus beaux et goûteux les uns que les autres, ou alors un plateau de délicieux fruits de mer, des tonnes de morceaux de chocolat, des asperges, du chou farci ou farceur.

Certes la dernière semaine on m’aurait vu me glisser dans le cornet l’andouillette, les tripes, du fromage et un verre de vin blanc par repas jusqu’au décès de la bouteille plusieurs jours après. Mais ce n’est pas cela qui a joué, chère madame Goutte !

Ce qui a joué c’est bien plus surement le traitement que je prends pour pêter la gueule à mon cancer. Cet idiot, non content de remplir parfaitement sa mission principale, qui est de veiller à ma survie, si j’avais le moindre sens religieux, je l’en bénirais, je me contenterais donc de l’en remercier, s’en invente d’autres bien moins recommandables, comme faire grimper le taux d’acide urique.

Vous voyez, chère madame Goutte, vous avez faux sur toute la ligne. Votre imposture étant maintenant rendue publique au grand jour, sachez que je ne compte pas vous offrir l’hébergement plus longtemps. J’ai lâché mes avocats sur vos basques, ils vous coursent à travers les steppes arides où déambulez et vous courseront encore longtemps. Vous devez commencer à sentir leur haleine de fumeur vous picoter les miches. Sous peu ils planterons leurs crocs vengeurs sur votre cul malingre !

Allez oust, vieille salope, déguerpissez hors de mon pied. Je voudrais le prendre et vous m’en empêchez.

Veuillez recevoir, chère madame Goutte, l’expression de ma haine la plus féroce. Fuyez loin et ne revenez plus jamais.

Avec mon mépris le plus extrême,

Régis Leftfoot

Le marionnettiste

Le marionnettiste

Avant de lire cet article, je vous conseille de lire les épisodes précédents :

  1. L’entrée
  2. L’entrée – suite

Il se lève de son siège moelleux en cuir, fait deux pas et redresse le second disque de platine de la série de 10 que les winners de sa maison de disque ont gagné ces dernières années. Pourquoi ce putain de disque est-il donc toujours en biais ? Il a horreur de ce qui n’est pas bien aligné. Il prend son smartphone et appelle Kevin.

« Kevin, je peux te demander de passer quand tu as deux minutes, s’il te plait, un des nos disques de platine fait le con sur le mur. Tu peux gérer ? »

« OK Paul ! Pas de souci. Je finis de régler les moniteurs et j’arrive ».

« Que se passe-t-il avec les moniteurs ?

« T’inquiète ! On a fait rentrer une paire de moniteurs dernier cri. Faut adapter l’acoustique. Tu viendras écouter après. C’est une pure merveille. On devait toujours pousser les basses en cabine. Ces moniteurs vont corriger ça. A tout' »

« Alexa ! Joue-moi Love for Chet ! »

Cet album de Stéphane Belmondo est un de ses préférés, avec Jesse van Ruller à la guitare et Thomas Bramerie à la basse. Cette formule restreinte sans batterie et sans piano donne une rondeur à la musique. Le bugle de Stéphane Belmondo vient glisser en douceur sur la trame harmonique si bien distillée par Jesse van Ruller et soutenue en finesse par Thomas Bramerie. Plus loin il y aura la chanson d’Hélène, qui sait lui tirer des larmes, à lui pourtant si dur en affaire.

Il aime les musiciens engagés dans leur musique et les soutient tant qu’il peut, mais il doit aussi faire du business, non qu’il soit profondément attaché au fric. Le fric c’est juste un moyen de faire éclore de la belle musique. Au fond de lui, c’est ça qu’il aime, se dire qu’il a aidé à ce que des albums fantastiques soient mis à disposition du public.

Il a récemment assisté à un concert fabuleux où les deux frères Belmondo, Lionel et Stéphane avaient reformé le Belmondo Quintet, avec Eric Legnini au piano, Sylvain Romano à la contrebasse et Tony Rabeson à la batterie. Ça avait joué sa mère, les frères sortaient exténués de leurs solos et à la fin Eric Légini avait laissé sa place à Jacky Terrasson venu assister au concert, et qui avait mis le feu avec son jeu percussif et les défis que se lançaient réciproquement Terrasson et Stéphane.

Il était ressorti rempli de ce concert. Rempli de beauté et de reconnaissance. « Putain qu’est-ce que je les aime tous ces musicos ! » Tiens c’est le moment de la chanson d’Hélène. Il se barre dans le film de Claude Sautet et reste bloqué sur l’image de Romy, la belle Romy avec Picoli, l’association de la carpe et du lapin des Choses de la vie. C’est Philippe Sarde qui avait pondu la musique. Ce morceau a été repris par tant de gens.

Bon, c’est pas tout, back to business. Il cherche Antoine sur ses contacts et clique sur Call, en même temps que dans sa tête s’installe un mélodique « Clic – clac – cloc, c’est qui qui débloque ? »

« Salut Antoine, c’est Paul, tu as deux minutes ? »

Antoine est sur son vélo. « Deux secondes, Antoine, je m’arrête ». Il freine, jette un coup d’oeil sur sa droite et derrière lui, pas de danger, se rapproche du trottoir, pose le bout du pied droit au sol, se retrouve un peu de traviole, il ne faudra pas que ce call dure trop….

« Ayé, scuse-moi, je suis en vélo rue de Rivoli. Comment vas-tu Paul ? »

« Bien merci. J’ai besoin de te voir, rien de grave, bien au contraire, j’ai pensé à un truc. Je voudrais t’en parler. Tu es pris vers 19 heures ce soir ? »

« Je devrais pouvoir m’arranger. Je viens te voir au studio ? »

« Oui je t’expose le truc et on va boire un truc après. »

« Ça marche. A tout' ».

« Clic – clac – cloc, c’est qui qui débloque ? Flique – flaque – floque, la blonde qui se déloque ! » N’importe quoi ! Il s’asseoit, se retourne et regarde par la fenêtre. Le parvis de la Défense s’étire jusqu’au Louvre. Quelle vue phénoménale depuis ce bureau ! Il n’a pas pu résister lors de la visite. Bien sûr il aurait dû prendre moins cher ailleurs, mais profiter de cette vue de folie, quelle aubaine ! De toute façon, la gestion du fric ne l’a jamais fait vibrer. Il connait un tas de gens qui ne font que ça, ne pensent qu’a ça. Même s’ils tentent de donner l’impression d’être plus dans la gestion de l’humain ou de la technique, il y a toujours un moment où l’avidité ressort, au détour d’un mot, d’un geste.

Comme au début où il bossait. Un mec qui monte sa boîte. Le truc super motivant. Au début ils avaient été quatre à bosser nuit et jour et week-end, sans compter leur temps ni leur énergie. En un an ils étaient dix. Un vendredi, ils avaient été manger ensemble au restaurant. Chacun avait payé sa part et l’autre enfoiré avait demandé une facture de l’ensemble afin de se faire rembourser la totalité en note de frais. Quel enculé !

En un an, la première année d’exploitation le crétin avait bouffé le capital en notes de frais. Tout y passait, des soins esthétiques de sa compagne à Courchevel au chauffage de son domicile. Paul avait été demandé des comptes à son boss, le ton était monté et ils avaient été à deux doigts de se foutre sur la gueule tous les deux. Paul ne supportait pas l’injustice, c’était plus fort que lui. Il avait ainsi vécu son unique licenciement, pour une raison délicieuse : incompatibilité d’humeur.

Depuis il avait toujours sur lui un détecteur à enculé et ceux-là il prenait plaisir à les niquer. Avec eux il était sans pitié. Son côté ange blanc se travestissait en démon à la grande surprise de ses victimes.

Antoine, c’était autre chose. Le mec était cool. Jamais une embrouille, bosseur, des idées comme s’il en pleuvait, des riffs de guitare incisifs, métalliques, modernes. Il lui faisait un peu penser au guitariste de Doctor Feelgood, comment s’appelait-il déjà ? Jaco Pastorius ? Non mais mais ça va pas. Non Wilko Johnson, oui c’est ça Wilko Johnson. Sur scène il avait un jeu de folie ce mec, un jeu sec comme un coup de trique, presque psychotique, d’ailleurs il se déplaçait de la même manière sur scène. Jaco Pastorius !! Sa mémoire lui faisait des blagues de temps à autres ! Il s’en inquiétait sans vouloir l’admettre.

Il y avait du Wilko en Antoine, mais ce dernier avait beaucoup plus de capacités. Il pouvait jouer de tout, même du jazz. Il s’était dit qu’associer Antoine avec Claire, la belle à la voix de folie, c’était le germe d’un beau projet. Paul savait les histoires entre eux, les je t’aime, les je t’aime plus. Mais il savait aussi que musicalement, ils n’avaient jamais bossé ensemble et c’est là où il voulait les emmener.

Musique conseillée :

Love for Chet par Stéphane Belmondo

Doctor Feelgood (avec Wilko Johnson)

Michel Cymes

Michel Cymes

Il est un lieu que la prise d’un médicament anti-cancer m’oblige à fréquenter plus souvent que je le voudrais. J’aurais préféré qu’il m’emmenât vers d’autres va-et-vient, charnels, fluidiques et partageurs. Mais non, l’idiot me retourne les boyaux plus que les sens. L’idiot n’est pas le bon terme, il me sauve la vie en empêchant la tumeur de métastaser en réduisant la vascularisation dont elle se nourrit pour croître et se multiplier, la salope…

Le sujet n’est pas tellement là. Dans ce lieu, par moi assidûment fréquenté, nous disposons quelques lectures, petits livres drôles proposés par les enfants, des magazines d’histoire et le magazine Dr Good de Michel Cymes, notre bon docteur, qui répand et diffuse la connaissance médicale à de potentiels patients mais surtout à celles et ceux qui bénéficient d’une bonne santé et voudraient savoir comment la conserver.

C’est un challenge que de rester en bonne santé aujourd’hui, eu égard à la quantité de saloperies que l’on respire, que l’on boit ou que l’on mange. Le nombre de personnes atteintes de maladies est effrayant. Je suis plus sensible à celles atteintes d’un cancer. Peut-être m’y retrouve-je plus ? Une forme de solidarité, l’appartenance à une communauté, je n’en connais pas la raison. Que les personnes atteintes d’une autre pathologie ne me jettent pas de cailloux, je les respecte tout autant, mais les connais moins de l’intérieur. Pour les cailloux, sinon, j’aime bien les galets un peu torturés…

Hier, je découvrais qu’une amie auteure de textes et de chansons étaient dans cette même communauté. Précédemment nous avions échangé sans que jamais ce sujet ne fût évoqué. Elle était justement en pleine séance de chimio, je lui demandais si elle connaissait des gens en bonne santé, amené, comme je l’étais, à en douter sérieusement.

Bref, ce lieu fortement fréquenté dont je parlais plus haut, on s’y assoit plus ou moins fréquemment, pour ma part, comme indiqué plus avant, c’est avec une certaine assiduité dont je ne retire aucune fierté, soyez-en certains. Et lorsque je m’assieds, que vois-je ? La photo parle d’elle-même, l’oeil de Monsieur Michel Cymes, cet oeil interrogateur, moqueur et qui frise gentiment, m’accompagne en me fixant.

Je prends cela, bien entendu, non comme le signe d’une surveillance médicale ou comme le témoignage d’une coupable indiscrétion mais plutôt comme un accompagnement bienveillant.

Ce magazine a été maintes et maintes fois parcouru. Je peux vous donner les limites des catégories de tension : normal, modérée, légère, ça pue, trop tard… Je peux vous expliquer la différence entre le bicarbonate de soude, produit grossier limité à faire le ménage et le bicarbonate de sodium, produit affiné utilisable en cuisine. Je peux vous dire ce qui est bon pour vos reins, moi qui n’en ait plus qu’un. Je peux vous dire qu’il ne faut pas consommer de l’alcool car cela fait monter la tension, mais que deux pages après, l’alcool peut fait baisser la tension. Selon votre tension, lisez l’une ou l’autre… Je rigole !

J’aime ce magazine, comme j’aime Michel Cymes. J’aime ses prises de position et le rejoins sur certaines, sur les anti-vacc par exemple. J’ai aimé ses émissions et les fou-rires qu’il générait chez Marina Carrère d’Encausse. Evidemment je l’envie d’avoir pu réaliser des émissions avec Adriana Karembeu, tout en continuant d’exercer son métier premier.

Maintenant, si quelqu’un pouvait lui dire de regarder ailleurs lorsque je trône, cela m’arrangerait beaucoup, double lol, xptdr, ….

Kziit kziit !

Kziit kziit !

Il s’agit d’un challenge : écrire un texte sur une image imposée.

Kziitt kziit ! Kziitt kziit !

« Putain c’était pour déconner mec ! Arrête-toi ! T’es chiant de prendre la mouche comme ça pour une vanne de merde ! Je m’excuse ! Allez reviens, quoi ! »

Kziitt kziit ! Kziitt kziit !

Il met sa main en casquette pour se protéger du cagnard et accélère le pas pour le rattraper. Il entend juste le pas lent et pesant de Jules, le sien presque imperceptible, ces cigales insistantes, le petit choc de la bouteille de Jules sur la fermeture éclair de son blouson, et son coeur qui bat.

Kziitt kziit ! Kziitt kziit !

Foutues cigales, exhibitionnistes par leur chant mais si timides lorsqu’on veut les localiser. Il faut vraiment insister, faire confiance à ses oreilles et à sa vue pour les voir. S’approcher doucement pour ne pas interrompre leur activité….

Kziitt kziit ! Kziitt kziit !

« Jules, mon pote ! Ce chemin ne te mènera nulle part sauf à choper une insolation, et une fois en haut, tu n’auras plus qu’une solution : redescendre. En haut, ta binouze sera chaude, et t’as même pas de décapsuleur. Viens je t’emmène à Saint Didier, on va se taper une bonne bière bien fraiche à l’ombre des marronniers. »

Kziitt kziit ! Kziitt kziit !