Le marionnettiste

Le marionnettiste

Avant de lire cet article, je vous conseille de lire les épisodes précédents :

  1. L’entrée
  2. L’entrée – suite

Il se lève de son siège moelleux en cuir, fait deux pas et redresse le second disque de platine de la série de 10 que les winners de sa maison de disque ont gagné ces dernières années. Pourquoi ce putain de disque est-il donc toujours en biais ? Il a horreur de ce qui n’est pas bien aligné. Il prend son smartphone et appelle Kevin.

« Kevin, je peux te demander de passer quand tu as deux minutes, s’il te plait, un des nos disques de platine fait le con sur le mur. Tu peux gérer ? »

« OK Paul ! Pas de souci. Je finis de régler les moniteurs et j’arrive ».

« Que se passe-t-il avec les moniteurs ?

« T’inquiète ! On a fait rentrer une paire de moniteurs dernier cri. Faut adapter l’acoustique. Tu viendras écouter après. C’est une pure merveille. On devait toujours pousser les basses en cabine. Ces moniteurs vont corriger ça. A tout' »

« Alexa ! Joue-moi Love for Chet ! »

Cet album de Stéphane Belmondo est un de ses préférés, avec Jesse van Ruller à la guitare et Thomas Bramerie à la basse. Cette formule restreinte sans batterie et sans piano donne une rondeur à la musique. Le bugle de Stéphane Belmondo vient glisser en douceur sur la trame harmonique si bien distillée par Jesse van Ruller et soutenue en finesse par Thomas Bramerie. Plus loin il y aura la chanson d’Hélène, qui sait lui tirer des larmes, à lui pourtant si dur en affaire.

Il aime les musiciens engagés dans leur musique et les soutient tant qu’il peut, mais il doit aussi faire du business, non qu’il soit profondément attaché au fric. Le fric c’est juste un moyen de faire éclore de la belle musique. Au fond de lui, c’est ça qu’il aime, se dire qu’il a aidé à ce que des albums fantastiques soient mis à disposition du public.

Il a récemment assisté à un concert fabuleux où les deux frères Belmondo, Lionel et Stéphane avaient reformé le Belmondo Quintet, avec Eric Legnini au piano, Sylvain Romano à la contrebasse et Tony Rabeson à la batterie. Ça avait joué sa mère, les frères sortaient exténués de leurs solos et à la fin Eric Légini avait laissé sa place à Jacky Terrasson venu assister au concert, et qui avait mis le feu avec son jeu percussif et les défis que se lançaient réciproquement Terrasson et Stéphane.

Il était ressorti rempli de ce concert. Rempli de beauté et de reconnaissance. « Putain qu’est-ce que je les aime tous ces musicos ! » Tiens c’est le moment de la chanson d’Hélène. Il se barre dans le film de Claude Sautet et reste bloqué sur l’image de Romy, la belle Romy avec Picoli, l’association de la carpe et du lapin des Choses de la vie. C’est Philippe Sarde qui avait pondu la musique. Ce morceau a été repris par tant de gens.

Bon, c’est pas tout, back to business. Il cherche Antoine sur ses contacts et clique sur Call, en même temps que dans sa tête s’installe un mélodique « Clic – clac – cloc, c’est qui qui débloque ? »

« Salut Antoine, c’est Paul, tu as deux minutes ? »

Antoine est sur son vélo. « Deux secondes, Antoine, je m’arrête ». Il freine, jette un coup d’oeil sur sa droite et derrière lui, pas de danger, se rapproche du trottoir, pose le bout du pied droit au sol, se retrouve un peu de traviole, il ne faudra pas que ce call dure trop….

« Ayé, scuse-moi, je suis en vélo rue de Rivoli. Comment vas-tu Paul ? »

« Bien merci. J’ai besoin de te voir, rien de grave, bien au contraire, j’ai pensé à un truc. Je voudrais t’en parler. Tu es pris vers 19 heures ce soir ? »

« Je devrais pouvoir m’arranger. Je viens te voir au studio ? »

« Oui je t’expose le truc et on va boire un truc après. »

« Ça marche. A tout' ».

« Clic – clac – cloc, c’est qui qui débloque ? Flique – flaque – floque, la blonde qui se déloque ! » N’importe quoi ! Il s’asseoit, se retourne et regarde par la fenêtre. Le parvis de la Défense s’étire jusqu’au Louvre. Quelle vue phénoménale depuis ce bureau ! Il n’a pas pu résister lors de la visite. Bien sûr il aurait dû prendre moins cher ailleurs, mais profiter de cette vue de folie, quelle aubaine ! De toute façon, la gestion du fric ne l’a jamais fait vibrer. Il connait un tas de gens qui ne font que ça, ne pensent qu’a ça. Même s’ils tentent de donner l’impression d’être plus dans la gestion de l’humain ou de la technique, il y a toujours un moment où l’avidité ressort, au détour d’un mot, d’un geste.

Comme au début où il bossait. Un mec qui monte sa boîte. Le truc super motivant. Au début ils avaient été quatre à bosser nuit et jour et week-end, sans compter leur temps ni leur énergie. En un an ils étaient dix. Un vendredi, ils avaient été manger ensemble au restaurant. Chacun avait payé sa part et l’autre enfoiré avait demandé une facture de l’ensemble afin de se faire rembourser la totalité en note de frais. Quel enculé !

En un an, la première année d’exploitation le crétin avait bouffé le capital en notes de frais. Tout y passait, des soins esthétiques de sa compagne à Courchevel au chauffage de son domicile. Paul avait été demandé des comptes à son boss, le ton était monté et ils avaient été à deux doigts de se foutre sur la gueule tous les deux. Paul ne supportait pas l’injustice, c’était plus fort que lui. Il avait ainsi vécu son unique licenciement, pour une raison délicieuse : incompatibilité d’humeur.

Depuis il avait toujours sur lui un détecteur à enculé et ceux-là il prenait plaisir à les niquer. Avec eux il était sans pitié. Son côté ange blanc se travestissait en démon à la grande surprise de ses victimes.

Antoine, c’était autre chose. Le mec était cool. Jamais une embrouille, bosseur, des idées comme s’il en pleuvait, des riffs de guitare incisifs, métalliques, modernes. Il lui faisait un peu penser au guitariste de Doctor Feelgood, comment s’appelait-il déjà ? Jaco Pastorius ? Non mais mais ça va pas. Non Wilko Johnson, oui c’est ça Wilko Johnson. Sur scène il avait un jeu de folie ce mec, un jeu sec comme un coup de trique, presque psychotique, d’ailleurs il se déplaçait de la même manière sur scène. Jaco Pastorius !! Sa mémoire lui faisait des blagues de temps à autres ! Il s’en inquiétait sans vouloir l’admettre.

Il y avait du Wilko en Antoine, mais ce dernier avait beaucoup plus de capacités. Il pouvait jouer de tout, même du jazz. Il s’était dit qu’associer Antoine avec Claire, la belle à la voix de folie, c’était le germe d’un beau projet. Paul savait les histoires entre eux, les je t’aime, les je t’aime plus. Mais il savait aussi que musicalement, ils n’avaient jamais bossé ensemble et c’est là où il voulait les emmener.

Musique conseillée :

Love for Chet par Stéphane Belmondo

Doctor Feelgood (avec Wilko Johnson)

Michel Cymes

Michel Cymes

Il est un lieu que la prise d’un médicament anti-cancer m’oblige à fréquenter plus souvent que je le voudrais. J’aurais préféré qu’il m’emmenât vers d’autres va-et-vient, charnels, fluidiques et partageurs. Mais non, l’idiot me retourne les boyaux plus que les sens. L’idiot n’est pas le bon terme, il me sauve la vie en empêchant la tumeur de métastaser en réduisant la vascularisation dont elle se nourrit pour croître et se multiplier, la salope…

Le sujet n’est pas tellement là. Dans ce lieu, par moi assidûment fréquenté, nous disposons quelques lectures, petits livres drôles proposés par les enfants, des magazines d’histoire et le magazine Dr Good de Michel Cymes, notre bon docteur, qui répand et diffuse la connaissance médicale à de potentiels patients mais surtout à celles et ceux qui bénéficient d’une bonne santé et voudraient savoir comment la conserver.

C’est un challenge que de rester en bonne santé aujourd’hui, eu égard à la quantité de saloperies que l’on respire, que l’on boit ou que l’on mange. Le nombre de personnes atteintes de maladies est effrayant. Je suis plus sensible à celles atteintes d’un cancer. Peut-être m’y retrouve-je plus ? Une forme de solidarité, l’appartenance à une communauté, je n’en connais pas la raison. Que les personnes atteintes d’une autre pathologie ne me jettent pas de cailloux, je les respecte tout autant, mais les connais moins de l’intérieur. Pour les cailloux, sinon, j’aime bien les galets un peu torturés…

Hier, je découvrais qu’une amie auteure de textes et de chansons étaient dans cette même communauté. Précédemment nous avions échangé sans que jamais ce sujet ne fût évoqué. Elle était justement en pleine séance de chimio, je lui demandais si elle connaissait des gens en bonne santé, amené, comme je l’étais, à en douter sérieusement.

Bref, ce lieu fortement fréquenté dont je parlais plus haut, on s’y assoit plus ou moins fréquemment, pour ma part, comme indiqué plus avant, c’est avec une certaine assiduité dont je ne retire aucune fierté, soyez-en certains. Et lorsque je m’assieds, que vois-je ? La photo parle d’elle-même, l’oeil de Monsieur Michel Cymes, cet oeil interrogateur, moqueur et qui frise gentiment, m’accompagne en me fixant.

Je prends cela, bien entendu, non comme le signe d’une surveillance médicale ou comme le témoignage d’une coupable indiscrétion mais plutôt comme un accompagnement bienveillant.

Ce magazine a été maintes et maintes fois parcouru. Je peux vous donner les limites des catégories de tension : normal, modérée, légère, ça pue, trop tard… Je peux vous expliquer la différence entre le bicarbonate de soude, produit grossier limité à faire le ménage et le bicarbonate de sodium, produit affiné utilisable en cuisine. Je peux vous dire ce qui est bon pour vos reins, moi qui n’en ait plus qu’un. Je peux vous dire qu’il ne faut pas consommer de l’alcool car cela fait monter la tension, mais que deux pages après, l’alcool peut fait baisser la tension. Selon votre tension, lisez l’une ou l’autre… Je rigole !

J’aime ce magazine, comme j’aime Michel Cymes. J’aime ses prises de position et le rejoins sur certaines, sur les anti-vacc par exemple. J’ai aimé ses émissions et les fou-rires qu’il générait chez Marina Carrère d’Encausse. Evidemment je l’envie d’avoir pu réaliser des émissions avec Adriana Karembeu, tout en continuant d’exercer son métier premier.

Maintenant, si quelqu’un pouvait lui dire de regarder ailleurs lorsque je trône, cela m’arrangerait beaucoup, double lol, xptdr, ….

Kziit kziit !

Kziit kziit !

Il s’agit d’un challenge : écrire un texte sur une image imposée.

Kziitt kziit ! Kziitt kziit !

« Putain c’était pour déconner mec ! Arrête-toi ! T’es chiant de prendre la mouche comme ça pour une vanne de merde ! Je m’excuse ! Allez reviens, quoi ! »

Kziitt kziit ! Kziitt kziit !

Il met sa main en casquette pour se protéger du cagnard et accélère le pas pour le rattraper. Il entend juste le pas lent et pesant de Jules, le sien presque imperceptible, ces cigales insistantes, le petit choc de la bouteille de Jules sur la fermeture éclair de son blouson, et son coeur qui bat.

Kziitt kziit ! Kziitt kziit !

Foutues cigales, exhibitionnistes par leur chant mais si timides lorsqu’on veut les localiser. Il faut vraiment insister, faire confiance à ses oreilles et à sa vue pour les voir. S’approcher doucement pour ne pas interrompre leur activité….

Kziitt kziit ! Kziitt kziit !

« Jules, mon pote ! Ce chemin ne te mènera nulle part sauf à choper une insolation, et une fois en haut, tu n’auras plus qu’une solution : redescendre. En haut, ta binouze sera chaude, et t’as même pas de décapsuleur. Viens je t’emmène à Saint Didier, on va se taper une bonne bière bien fraiche à l’ombre des marronniers. »

Kziitt kziit ! Kziitt kziit !

Le bisou et son côté obscur

Le bisou et son côté obscur

C’est une petite dame à tête blanchie dont la peau s’est petit à petit rapprochée des os. Elle a trois enfants qui sont tous dans la cinquantaine. Lorsqu’elle en voit un, elle dit « Bonjour Monsieur ! ». Elle a perdu son mari l’été dernier mais a oublié les cinquante cinq ans de vie commune. Toute une vie disparue, partie en fumée, évaporée.

Les années précédentes l’ont vu perdre le goût des choses. Le sourire qu’elle arborait très souvent « avant » a été remplacé par un visage fermé, comme un masque qui la protègerait. Mais de quoi, bon sang ? Autour d’elle un mari aimant, des enfants qui passent régulièrement partager le repas du dimanche, les petits enfants qui grandissent. Elle se protégeait d’elle-même, de cet ennemi intérieur qui grignote sa vie, petit à petit, inexorablement. Elle ne peut rien y faire, personne ne peut rien n’y faire. C’est peut-être bien ce constat d’impuissance qui ferme son visage.

La mort de son mari a été le point de bascule. Elle a largué les amarres la retenant à la vie et ses souvenirs à ce moment-là. Placée dans un Ehpad depuis la fin de l’été dernier, elle sourit maintenant, ostensiblement, trop, ne tient plus en place, ne peut pas rester à table, se lève et va se balader. Sa peau se rapproche plus encore de ses os, on craindrait même qu’elle ne les traverse.

Elle qui n’aimait plus les gens, les aime de nouveau, mais ne sait plus gérer cela. Elle va vers eux et sans crier gare leur fait un bisou. Un bisou, quoi de plus innocent. Un bisou c’est le signe d’une proximité forte, une déclaration de tendresse, un signe d’affection, le signe que l’on fait partie du cercle de la famille ou des amis proches. La ou le bisouté(e) est donc préparé à recevoir l’offrande.

Pour des personnes qui se connaissent pas ou peu, il s’agit d’une intrusion dans son espace vital. Je me souviens d’une formation où on nous faisait faire le test de se rapprocher physiquement d’une autre personne jusqu’à sentir le point où l’espace vital était atteint. On le sent physiquement. On sent une gêne, une forme d’agression. Difficile de préciser si l’agression concerne sa personne ou juste ce fameux espace vital.

Il y a trois semaines, nous avons été sollicité par l’Ehpad qui nous rapportait craindre des gestes un peu violent de la part des bisouté(e)s et aussi que le fait de ne pas tenir en place  posait souci, en particulier au moment du repas. Ils ont proposé de la placer dans une zone protégée de l’Ehpad, une zone avec moins de monde, plus surveillé.

Au bout de deux semaines de présence dans cette zone, un monsieur bisouté l’a repoussé, elle est tombée. Son col du fémur a lâché. Pour un bisou ! Rappelons-nous qu’il s’agit d’un bisou.

Les emmerdements, ça vole en escadrille. Non ! Pas en espadrille, en escadrille !

illustration : Le baiser de l’aïeule, par Jean Dampt

Cons et Anti-vacc

Cons et Anti-vacc

Avec mon amie Carole, nous sommes fiers de vous présenter une stratégie ultra innovante pour venir à bout des cons et des cons d’anti-vacc. C’est le fruit d’un long travail commun, de nombreuses séances de brainstorming, bercées d’une insolente modernité et de partis pris osés.

Les résultats de nos tests ont été plus qu’encourageant, bien au-delà de nos espérances, que la raison et notre prudence nous avait fait placer bien en deça. les protocoles d’études clinique ont été écrits et validés. Les premiers retours de ces études cliniques (double aveugle) sont très favorables et sans vouloir vous embêter avec des chiffres, notez que le taux de réussite est de 98%. Oui, et vous l’avez noté, c’est bien au-delà de ce qui est généralement constaté.

Mais avant de vous dévoiler notre procédé, je dois vous avouer que nous avons pioché, Carole et moi, dans nos vies, nos envies et notre histoire personnelle. Nous avons demandé à nos enfants respectif d’inventer la téléportation et l’ubiquité pour ma part, et un vaccin anti-cons pour Carole.

Lors de nos premiers entretiens je taquinai Carole « et si on tombe sur des cons d’anti vacc ». Toujours ce sens du détail, qui parfois nuit au résultat lorsque l’arbre cache la forêt. Avec son côté volontaire et débridée, Carole me répondit « deux baffes ». C’était l’idée majeure.

Le plus gros problème a été le nommage de nos populations. Vous n’avez pas été sans remarquer que les acronymes des deux populations sont identiques : CAV pour Con qui Accepte le Vaccin et CAV pour Con Anti-Vacc. Après avoir longuement délibéré et avec l’assistance d’une entreprise spécialisée, nous avons adopté : CONCON pour les premiers et CONCAV pour les seconds. Ce gros problème a pu être géré sans glissement de planning, nous en somme très fiers.

Evidemment le fameux secret des affaires, qui fait tant jaser (à prononcer avec l’accent canadien s’il vous plait, et même si cela ne vous plait pas d’ailleurs), devrait nous inciter à rester prudents et ne pas dévoiler le process d’administration du vaccin, mais nous comptons bénéficier de l’avance donnée par l’innovation apportée par notre solution. Du coup, je dévoile les secrets qui sont les nôtres.

Process Ref. CONCON v2.1 : Les populations acceptant le vaccin seront vaccinées.

Process Ref. CONCAV v2.4 : Carole et moi nous téléportons à portée de main du patient. Carole lui colle deux baffes. Le patient est choqué, je profite de la surprise pour lui administrer le vaccin d’un geste précis et rapide, ma marque de fabrique. Carole lui administre deux autres baffes parce qu’elle aime bien, ça lui fait plaisir et la détend, et ce qui peut faire du bien à Carole, c’est bon. Nous sautons dans le téléporteur et partons vers le prochain patient.

Process Ref. TROCON v2.2 : certains CONCON pourraient finalement rejeter le vaccin, sans être forcément anti-vacc de manière générale. Le process CONCAV v2.4 leur sera appliqué.

Evidemment, vu les cohortes à traiter, nous avons dû plancher sur l’industrialisation du process. Pour cela, à des fins de rentabilité et pour raccourcir la durée totale de l’opération et bénéficier de l’effet surprise, paramètre fondamental, nous avons intégré l’ubiquité dans nos process.

Espérant oeuvrer ainsi pour un monde meilleur, Carole et moi vous adressons nos salutations les plus enjouées ainsi qu’un gros bisou.

P.S.

  • Aucun animal n’a été utilisé lors de nos études cliniques.
  • Les situations et les populations sont totalement imaginaires. Nan, j’déconne….

Nous avons ensuite travaillé sur les critères d’identification du simple con qui accepte le vaccin et de celui qui présente des caractères évidents d’ anti-vaccisme, les stratégies d’application du traitement pouvant être différenciées.

L’entrée (suite)

L’entrée (suite)

Lire d’abord : L’entrée

La porte s’ouvre, il a une montée d’adrénaline, mais non c’est un couple. Un frisson le surprend. Écoeuré de se constater aussi émotif, il entreprend la lecture de la carte. Du standard, rien d’original. Tiens, une cassolette de rognon et ris de veau à l’anis. C’est bon ça, et il y a une éternité qu’il n’a pas goûté à ce mélange qu’il adore. Côté boisson, un verre de quoi ? Il faut du rouge pour le rognon et du blanc avec le ris de veau. En plus cuisiné avec de l’anis….

« Bonjour Antoine, je suis un peu en retard ! »

Elle est là, devant lui, souriante, un turban sur les cheveux, un blouson de cuir, un jean, des bottes de motos. En se levant trop vite, il brusque un peu la table, un verre vacille, il le fixe de sa main gauche.

« Bonjour Claire ! Arrête, tu ne sais pas être en retard, tu devrais essayer un jour pour voir ce que ça fait. Ceci dit, je suis comme toi, ça doit être dans les gênes ce truc. Tu as changé de moto ? » 

« Comment tu fais pour être à chaque fois plus belle ? C’est objectivement impossible et pourtant… » lui chuchote-t-il doucement en lui faisant une double bise.

« Ch’est mon destchin de femme fatchale, que veux-tchu ! » lui assène-t-elle de sa voix la plus grave en tordant la bouche pour mouiller ses t et moquer les snobs. « Non, toujours la même Hornet de chez Honda »

« Tu le fais trop bien ! Je suis super content de te voir. Ça fait une paille ? Bien six mois, non ? »

« C’était au studio bleu en février dernier. On finissait les répétitions avec mon groupe et toi tu enregistrais une partie de guitare, sur quoi d’ailleurs ? »

Il cherche « C’était pour une pub pour des saucisses, je crois. Le genre de saucisse que je ne mangerai jamais de ma vie. Par contre, ça me fait bouffer ! Je me souviens qu’il avait fallu faire une dizaine de prises. Jamais contents ces mecs. Ton album a bien marché d’après ce que j’ai vu ! ».

« Oui, ça va, je ne me plains pas ! Surtout, on tourne pas mal avec le groupe, même si on galère un peu pour caler les dates, vu les engagements des uns et des autres. Le public nous fais de bons retours, ça fait plaiz. T’as un truc pour moi ? »

Antoine se frotte le menton « Je travaille sur un projet. Le nom pourrait être ‘in fine’, le concept est de zoomer la course débridée de l’humain vers son autodestruction. Je sais que le thème est plus qu’éculé en ce moment, mais je ne vois rien de plus important que notre survie. Déjà trois morceaux finalisés, les voici sur cette clé. Tu écouteras, si tu veux bien. J’aimerais avoir ton avis et surtout, j’ai une proposition à te faire ».

« On a fait le tour de ce qui était possible entre nous », dit Claire, son visage s’assombrissant un peu.

« Oui, je sais, et ça me désole. Non c’est pas ça, j’aimerais d’inclure dans le projet. Ta voix pourrait tout sublimer. Ta manière de l’utiliser, en particulier la rauque attitude colle parfaitement au côté déchirant de cette fuite en avant de l’humanité. » 

« L’idée me plait bien a priori. Le concept me va bien, tu sais mon engagement. Mais d’une part, j’ai peu de temps libre pour de nouveaux projets, et surtout je ne veux plus participer à des projets sans m’investir sur le plan création. » Elle guette la réaction d’Antoine au fond de ses yeux.

Les yeux d’Antoine sourient « Heureux que tu me dises cela, car c’est justement ce que je veux te proposer : une collaboration ouverte sur un projet commun, quitte à effacer ce qui est déjà fait, et reprendre au début sur de nouvelles bases. On commande ? »

écoute conseillée : Zazie – Nos âmes sont

L’entrée

L’entrée

 

Il se gare, facilement, les places libres sont légion, regarde l’heure sur le cadran de sa voiture, 12h15, et coupe le contact. Le calme envahit l’habitacle. Il aime ce moment après une heure où le bruit du moteur, même peu important sur ce modèle, reste présent et grappille un peu d’énergie à son cerveau, qui préfèrerait se concentrer totalement sur la musique.

Aujourd’hui, le trajet lui a paru moins long grâce à quelques pièces de Marin Marais jouées à la viole de gambe par Jordy Savall à l’occasion du film « Tous les matins du Monde ». Oui, sa prochaine voiture sera encore plus silencieuse et il choisira une meilleure sono. Pas pour le volume, pas du genre à faire chier les riverains avec une basse boom boom sur une musique de merde, mais pour avoir la meilleure restitution.

Un quart d’heure d’avance, c’est sa précaution habituelle pour parer à tout souci potentiel mineure sur la route. Il entre dans le restaurant. « J’attend une amie ». On l’oriente vers une table discrète dans un renfoncement jouxtant la porte d’entrée. Il regarde autour de lui. « Serait-il possible d’avoir cette table là-bas, s’il vous plait ? ». Face à la porte d’entrée, à l’autre bout de la salle, elle présente l’avantage de coller parfaitement à son scénario.

« Une pression, S’il vous plait ? ». Ça y est, il est au bon endroit, il a le temps de se rejouer le film. Il est un peu trop tôt, le restaurant est encore vide. Beaucoup d’hommes seuls. Il connait de l’intérieur ces moments de solitude. Celui du restaurant, le soir surtout, à midi il était souvent accompagné par ses clients. Mais le restaurant du soir pouvait être d’un tel déprimant. Pour peu que la chambre fut également terne, vieillote, les larmes lui seraient presque venues aux yeux, aux lèvres par grosses perles. Quelques soirées de déprime dans de petites villes de province, auquelles le meilleur livre ne pouvait pas rien. 

L’un est absorbé dans sa lecture. L’autre voudrait se fondre dans le paysage, bouffé de timidité et de mal être. Ici, un smartphone addict, en train de tenter d’exister sur un réseau social quelconque.

Deux serveurs, un paraxode. Le plus jeune a l’expérience, le plus ancien a commencé hier, après chaque geste, il requiert l’acquiescement de l’autre, qui s’exécute d’un discret mouvement de menton. Le jeune se dit que cela ne va pas durer, si à la fin du service, il continue son cirque, il gicle…  

Un groupe de quatre personnes, repas de travail. Le mâle alpha, un peu plus agé, futur vieux beau, un peu épais, très sûr de lui même et de son costard gris sobre. A sa gauche, une femme, petite, pas trop mince, joli visage, fringuée classe, genre commerciale, qui observe les réactions sur le visage d’alpha. Comment gère-t-il ses émotions ? L’atout séduction a-t-il sa place dans ce moment ? Comment gagner ? Face à eux, deux zombis, interchangeables cons habituels. Ils vont jouer à la parade rituelle du contrat. 

Il revient à son histoire, excédé d’avoir perdu du temps à observer ces nases, même si cela n’a duré qu’une respiration.

Elle va entrer, là juste face à lui. Et le temps va se suspendre, comme à chaque fois. Elle va bouffer tout l’espace-temps. Ses cheveux noirs, en pétard autour d’un sourire éclatant et de ses yeux verts. Sa silhouette de femme heureuse, assumée, fière viendra vers lui de sa démarche souple. Et ce spectacle arrêtera les conversations. Elle ne le fait pas exprès, rien d’ostentatoire, c’est malgré elle. Elle ne triche pas, ne se montre pas, elle est comme ça, à capter la lumière, l’attention des autres. Elle sait l’effet qu’elle produit, sait en jouer lorsqu’il le faut, mais pas là. 

Avec lui, elle est sans affectation. Leurs deux êtres sont connectés sans artifice, sans gêne. 

Un regard sur le smartphone, c’est l’heure…

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Pour écouter la musique de « Tous les matins du monde » cliquer ici.