Billet double confinement – semaine 7

Billet double confinement – semaine 7

28/4/2020

Le petit billet est très touché et reconnaissant…

Vous avez été adorables. Vous n’avez pas idée de mon bonheur à lire vos inquiétudes, vos encouragements, votre compassion, vos manifestations d’amitiés, vos conseils, votre humour et tous vos mots. J’ignore comment vous dire le bien que cela m’a apporté. Comment dire que l’on se sent appartenir à une fratrie, une communauté extrêmement informelle constituée presque autant de personnes que je connais dans la vraie vie, que de personnes avec qui les liens ne sont encore que virtuels. Je n’ai jamais été déçu par celles et ceux qui sont passé(e)s d’un monde à l’autre.

Le fond de l’histoire ne serait-il pas simplement l’amitié. Le concept existe depuis longtemps, il a fait ses preuves. En ces temps de confinement, se développe-t-elle plus par le simple fait que l’on ne voit pas ses amis, peut-être même plus encore par le simple fait de savoir que l’on ne peut pas les voir. Il parait que l’humain désire plus que tout ce qu’il ne peut pas avoir.

Vous êtes fidèles à mes petits billets, pourtant inégaux, j’en suis bien conscient. Vous m’encouragez à continuer. Ce billet me procure la motivation pour écrire une feuille A4 par jour. C’est nouveau de m’assigner à cette production régulière, quelque chose après quoi je courrais depuis plusieurs années. Ce confinement me confine à écrire. Désolé, je ne pouvais pas l’éviter celle-là…

Je compte profiter de ce temps pour trouver les grandes lignes qui me permettront d’écrire quelque chose de plus long. Jusque-là, je n’ai pas gardé grand-chose des idées venues, mais bon, ce n’est pas fini. Serais-je trop strict ?

Une bonne nouvelle que je partage avec plaisir. Un de mes textes participe à un concours organisé par la médiathèque d’une ville de moyenne taille, dotée d’une politique culturelle plutôt ambitieuse. Alea jacta est !

Autre bonne nouvelle, dix de mes textes participent à un concours lancé par la maison d’édition qui va m’éditer pour la première fois (cf. les épisodes précédents). Il y a dedans un poème que nombre d’entre vous ne doivent pas connaître et que je posterai tout à l’heure. C’est un texte important pour moi, car fondateur. Vous verrez, c’est marqué dedans !!

Un petit volet médical pour finir de vous rassurer. Une fois le résultat de mon ECBU dans les mains, j’ai tenté de contacter mon médecin généraliste. En début de matinée, on a pris mon numéro de téléphone, avec la phrase peu engageante « on vous rappellera ». À 14h00, rien, je rappelle. A la quatrième fois j’ai l’assistante. Il faut prendre rendez-vous et il n’y a pas de place avant demain matin.

Je contacte donc mon oncologue à l’hôpital Foch. Elle me connait sous toutes les coutures depuis des années. Je lui dis ce qu’il y a sur le résultat d’analyse. « Je vous envoie l’ordonnance. Nous avons déjà échangé par mail ? ». Oui. Durée de l’appel téléphonique : trois minutes. Dans les cinq minutes j’avais mon ordonnance. Notez bien qu’elle ne me redemande pas mon courriel. Je vous épargnerai tout commentaire inutile.

Il y a deux heures environ, je regardai Arte concert, une émission consacrée à Rostropovitch. Il jouait la sarabande de la suite numéro deux de Bach. C’était d’une beauté fulgurante. L’image était curieuse, des années 1960 je crois. Le fond d’écran montrait les musiciens de l’orchestre dans l’attente de jouer. Il y avait la vie, si bien personnifiée par Rostropovitch, entourée par des têtes de morts. L’une était absente. Merde, tu joues avec Rostropovitch, et t’es pas là pour en profiter ! D’un autre visage ne sortait que des sentiments négatifs, envie, méchanceté, je ne sais quoi. Tous sentaient la mort ou, dans le meilleur des cas, le vide.

Je ne vous quitterai pas sur quelque chose de négatif. Cette journée et les précédentes sont pleines de la chaleur de vos témoignages d’amitiés. Mille fois merci.

Bonne journée les ami(e)s ! Je vous aime collectivement et individuellement !

 

29/4/2020

Le petit billet a envie de poéter…

Mes enfants ont hérité du goût de leurs parents pour la musique. Les deux ont évolué à leur manière sans que nous leur imposions quoi que ce soit. Ils ont développé l’immense majorité de leurs univers musicaux à leur façon. Les deux ont acquis une culture qui me laisse le cul par terre. Les deux font de la musique, Lola fait de la basse et du ukulélé, Paul de la batterie, un peu de piano. Les deux chantent sans se l’avouer. Les deux ont une oreille précise. Lola en deuxième année de prépa n’a plus le temps de toucher à l’instrument. Paul pratique sa batterie tous les jours.

Et c’est là que je veux en venir. Super connaisseur en métal, il ne joue que cela. Et quand les baguettes volent de tom en tom, écrasent les cymbales et que ses pieds bombardent la double pédale, même s’il n’en met pas à côté, il est aisé de constater que la maison n’est pas assez grande et sa chambre pas assez isolée pour avoir la moindre chance d’échapper à la pression acoustique.

J’ai essayé de le mettre au jazz, mais il a décidé que c’était hors de sa portée. Cela dit, pour m’y être frotté, je pense comme lui. Mais tout n’est pas perdu, il écoute un peu de jazz et les morceaux de métal qu’il affectionne le plus sont ceux avec des métriques complexes. Si en plus le morceau comporte plein de changement de métrique, genre celui où les musiciens s’amusent à mettre toutes les métriques possibles, il ne l’aime que plus. Je garde donc espoir.

Je m’excuse de vous parler de cela, en fait au départ c’était juste pour expliquer que je n’arrivais pas à me concentrer pour écrire ce fichu billet à cause du bruit… qui vient de s’arrêter d’ailleurs.

 

Pris de l’envie de poéter

Avant que survienne l’été

Ne pas être une baudruche

Je ricane sous ma capuche

 

Celui qui me verrait pigeon

Planqué au sein de l’ivraie

Poussera au fin fond de Dijon

D’horribles cris d’orfraies

 

Le poète se sent libre

A sa guise de jouir

Chaque mot polir

Devient caresse ou calibre

 

Va chier contrainte

Je piétine ton étreinte

Tu veux me confiner ?

Plutôt dans le Dauphiné

 

Certains mots parfois

Semblent de guingois

Leur vérité nous est donnée

Après des mois ou des années

 

Poéter au milieu de la mitraille est peine perdue.

Laisser l’esprit souffler et produire ses fruits,

À la fin d’une répétition ardue

Le mot vibrera du doux silence construit.

 

N’est-ce pas étrange que des vers au même nombre de pieds diffèrent autant par leur longueur ? D’ailleurs, s’ils en ont, pourquoi rampent-ils ? Certains verres ont un pied, mais ne savent pas marcher sans un bon coup de main. Comment appelle-t-on un vers à mille pieds ? Comment va Benjamin du même nom ?

Il est bien temps de vous laisser, ça fume là-haut ! Attendons de savoir si notre Région est notée verte ou rouge pour avoir idée de la liberté qui sera nôtre. Pour l’heure, et pour longtemps dans le cas des vieilles choses comme moi, restons confinés.

Belle journée ami(e) lect(eur)(rice) !

 

30/4/2020

Le petit billet s’interrogeait…

sur ce qu’il allait aborder quand une conversation sur un blog WordPress ami et une autre sur Facebook lui amène son sujet.

Un de mes contacts WordPress Lyonnais produit des articles en français et en anglais, langues et cultures qu’il manie parfaitement toutes deux. L’idée y est aussi bien tournée que la langue, et la photo qui accompagne, souvent en noir et blanc, est belle et signifiante. Dans l’une de ses dernières publications, il cite Camus « Il n’y a qu’un problème philosophique vraiment sérieux : le suicide. Juger que la vie vaut ou ne vaut pas la peine d’être vécue, c’est répondre à la question fondamentale de la philosophie. ».

Un échange de commentaires s’ensuit. L’une propose « se dire que si la vie n’a pas de sens, peut-être que la mort en a un… ». Je lui réponds « Le seul sens à tout cela ne serait-il pas uniquement celui que l’on veut bien y mettre ! » et vous me reconnaitrez dans la suivante « vivons pleinement la vie afin qu’elle ait du sens. ». Pour finir, John, car c’est son prénom me cloue d’un superbe « En ce qui me concerne – et j’ai encore le désir de vivre au moins des années – , j’aime beaucoup cette phrase d’Emil Cioran qui poursuit un peu le vôtre à sa manière :  » Si la mort n’avait que des côtés négatifs, mourir serait un acte impraticable. » ».

Cioran, connu pour son côté pessimiste, sceptique et désillusionné, a fini obsédé par l’idée du suicide avant de terminer dans les bras décharnés mais goulus d’Alzheimer. Un ami m’avait confié aimer lire le philosophe bien évidemment pour la richesse et l’originalité de la pensée, mais aussi plus sournoisement pour la sensation jubilatoire de bonheur qu’il ressentait comparativement en prenant conscience de sa capacité à ne pas être aussi désespérément affligé.

Plus tard dans la journée, ce fut un post de mon amie Evelyne qui faisait écho à l’article de John. Dans le cadre de ces défis sous forme de chaîne Facebook, que j’exècre et refuse systématiquement sauf à de rares ami(e)s, Evelyne poste la couverture de l’Etranger de Camus, un livre qu’elle conseille de relire de temps à autres. Je l’ai justement relu récemment et avait fait cette courte note :

« L’histoire est celle d’un homme étranger à sa vie et son destin. Un personnage distant avec les autres, non impliqué dans ses actes, qui cherche de vraies raisons de faire des choses, et comme il n’en trouve pas, il se laisse ballotter par les rencontres. Il est plus observateur de sa vie qu’acteur, ce qui causera d’ailleurs sa perte. Ce qui est remarquable c’est, à mon goût, l’écriture de Camus. Simple, efficace, limpide. C’est son premier « vrai » roman, les ouvrages précédents sont des essais.
Heureux d’avoir relu ce livre. J’étais passé à côté de la première lecture il y a longtemps. »

Encore une interrogation sur le sens de l’existence. Peut-on vivre en restant simple spectateur de sa propre vie ? La réponse de Camus est que ne pas réellement vivre sa vie nous mène plus vite à la mort. Du coup, autant faire en sorte qu’elle soit agréable, utile et passionnante. Ne pas se résigner, combattre. Mes ami(e)s Jacques et Elisabeth m’ont dit « Courage et Rage » lorsque j’étais récemment sur le flanc.

Voilà mes ami(e)s, j’espère ne pas avoir plombé l’ambiance, ce n’était pas le but. Essayons juste de ne pas perdre sa vie à n’en rien faire sous le fallacieux prétexte qu’à la fin on meurt. De toute façon nous en connaissons l’incontournable finitude. Alors, faisons de notre vie un enchantement. Evidemment, sans confinement, et surtout sans ce covid-19 de mes deux, ce serait bien plus aisé. Rassurons-nous, ces deux boulets ne dureront pas toute la vie, comme on dit…

Je vous embrasse fort.

 

1/5/2020

Le petit billet voyage en Absurdie…

L’Absurdie est une contrée que certains pensent imaginaire. C’est absurde ! La raison en serait exclue pour d’obscures raisons que chacun chercherait désespérément s’il n’était pas pourvu de bon sens. Exclu aussi le bon sens ! C’est logique me direz-vous ! Mais la logique n’a pas droit de citer dans cette cité. Un tel pays est impossible, mon cher Régis tu pédales dans la semoule, ou dans la choucroute. Croyez-vous ?

La dernière fois que j’y fus, je venais de passer le col de la Palette et descendait à vive allure le long d’une belle saucisse lorsque je vis le château d’Absurdie, entouré par ses belles tours. De belles tours de mégardes, fortement mégardées, du genre de celles que l’on ne peut pas prendre par mégarde. Il faut sacrément monter dans les tours pour y pénétrer. La réception d’un document pourrait d’ailleurs faire monter un certain nombre de personnes dans les tours…

Nos ami(e)s professeurs, enseignants ont reçu 63 pages de protocole pour savoir comment appliquer le déconfinement dans leur classe. Le document a plus de pages que le calendrier n’a de jours ouvrés pour aller jusqu’aux vacances. C’est Courtelinesque, disponible sur internet, vous y avez tous accès, il recense ce qu’il faut faire dans différentes situations, par exemple une fiche accueil des élèves, fiche aménagement des classes… Globalement, c’est plutôt bien organisé.

La langue est compréhensible et ne fait pas d’emprunt à cette débilité de jargon farcie d’ellipses dont l’objectif serait de ne plus froisser personne. Ici un crayon ne s’appellera pas un « outil scripteur » et une gomme ne se cachera pas derrière un « bloc mucilagineux à effet soustractif ». Nous sommes en terrain connu. Il faut zoomer plus avant pour pénétrer en Absurdie.

Chaque consigne prise séparément semble logique et raisonnable. Par exemple, pour la récréation, lire la consigne suivante ne choque pas « Neutraliser l’utilisation des jeux et installations d’extérieurs avec points de contact (par balisage physique, rubalise, …) ou assurer une désinfection régulière adaptée. ». Evidemment, on choisira d’interdire l’accès plutôt que de devoir se désinfecter l’entièreté de l’installation à chaque récréation. On vous laisse choisir, enfin, en apparence.

Un autre exemple : « Faire sortir et rentrer les élèves en respectant la distanciation physique entre chacun des élèves (une matérialisation pourra être envisagée). ». Extrêmement logique à première vue. Maintenant imaginez les escaliers desservant des couloirs plutôt étroits où les portes de classe se suivent. Et vous comprenez vite que la chose va être compliquée sauf à décaler toutes les classes afin qu’elles ne se « frôlent » pas. Et c’est effectivement le discours entendu à la radio ou à la télévision. Mais ce n’est pas écrit dans le protocole.

L’effort est reporté sur les enseignants. A eux de se débrouiller avec les parents d’élèves, avec les ramassages scolaires…

Tiens, parlons du ramassage scolaire. Les bus emmenant mon fils à son lycée sont pris d’assaut. Il faudrait qu’il n’y ait qu’un élève là où il y en a habituellement deux ou quatre. Pense-t-on que les sociétés de bus puissent affréter deux fois plus de bus ? Est-il imaginable qu’elles doublent leurs nombres de chauffeurs de bus en si peu de temps ? Et s’ils ne le font pas, comment font les élèves ?

Le sujet est confié aux Régions dont aucun président n’est LREM puisque ce parti n’existait pas encore. C’est l’histoire de la patate chaude. Le bon sens me chuchote que l’enseignement à distance, s’il n’est pas parfait, fonctionne. Les inquiétudes concerneraient les décrocheurs, dont on pense qu’ils reviendraient à l’école si cette dernière reprenait. En sommes-nous certains ? Selon ce que me remontent mes enfants, rien n’est moins sûr.

Il était si simple de dire que l’école ne reprendrait qu’à la rentrée de septembre. Le débat était clos, les élèves continuaient en télé-enseignement. Nous allons assister à des droits de retrait, des villes qui vont dire non, d’autre oui. Une joyeuse cacophonie bien française va s’élever et les tensions vont s’accumuler alors que nous devrions être unis pour combattre covid-19.

Bienvenue en Absurdie ! Le pays où les édiles naviguent dans des couches bien loin des nôtres. Le pays où les citoyens vont encore payer et repayer pour remettre l’économie à flot. Le pays où la transition écologique va être glissée sous le tapis malgré tous les discours lénifiants que l’on nous servira. Le pays où la révolte reprendra de plus en plus forte, de plus en plus raide.

Abasourdi en Absurdie, je voudrais me pincer et me réveiller dans la voiture de Oui-Oui. Dans un monde imaginaire réinventé et géré par des gens sensés…

Bonne journée mes ami(e)s.

 

2/5/2020

Le petit billet observe…

Nous avons de très gros escargots que l’on voit de temps à autres traverser le terrain. Il faut être très attentif pour les observer vu leur vitesse de déplacement qui frôle les quatre mètres par heure. Parfois il faut même plisser les yeux et ne laisser une mince fente ouverte pour les apercevoir. Tout est hors norme chez eux, de vraies bêtes de concours. Leur coït dure entre huit à douze heures, précédé par des préliminaires de deux heures.

Informé de cette scène torride par Sylvie, qui avait repéré leur manège, je comptais sortir mon Pentax pour faire quelques shoots. Mais je me suis dispersé et lorsque je décidais enfin de m’y atteler, le temps que l’idée me monte au cerveau, les douze heures étaient écoulées et chacun était reparti de son côté, des arcs-en-ciel plein les yeux. Moi qui me réjouissais de produire ma première sextape, je loupe bêtement l’opportunité offerte. La prochaine fois je serai plus respectueux du temps qui passe.

Hier matin nous étions deux à nous croire samedi. Nous commençons à perdre nos repères temporels. C’est ce qu’on lit dans les ouvrages où le personnage est en prison. Au bout d’un moment, il perd toute notion du temps qui passe. Ce confinement pèse lourd, de plus en plus lourd. Nos envies de sorties se font de plus en plus pressantes, mais nous sommes dans un département rouge, elles ne seront donc pas bientôt satisfaites.

Une part de nous s’habitue à ce faux rythme. Certains nous assènent que nous devrions nous habituer à cette situation, car la libération est encore loin. Faisant partie d’une population doublement à risque, par mon âge (plus de soixante-cinq ans) et par mon affection longue durée, j’ai l’impression de supporter pas trop mal ce faux rythme, mais une part de moi se rebelle. Cela me fait plaisir de savoir que toute révolte ne m’a pas abandonné, que l’envie est encore là. Qu’il y a encore des projets à définir, des tâches à accomplir, des combats à mener. Hors de question de baisser les bras.

Personne doublement à risque enfermé dans un double confinement c’est lourd, de plus en plus lourd, mais paradoxalement, je me sens de plus en plus léger. Et je le dois à vous, qui me rendez tant de gentillesse, de compliments et d’amitié en retour et à ce billet que je dois alimenter parce qu’engagé dans un concours, mais surtout pour valider à mes yeux une certaine capacité à « produire » quotidiennement.

J’aurais voulu vous dire que j’avais revu nos amis à hélice. L’un a disparu. Cela arrive souvent, ces petits voisins sont de nature discrète. Ils réapparaissent de temps à autres. L’autre a été vu, planqué sous des feuilles, histoire de n’être pas offensé par le soleil. Je vais tenter de les croiser avec Pentax.

J’allais vous dire bon dimanche ! Décidément… je crois avoir avoir rêvé d’assister à une messe, ce doit être cela…

Bonne journée les ami(e)s !

 

3/5/2020

Le petit billet se sent amical…

On est enfermé avec nos très proches. C’est un fait. Dans certains cas de figures c’est l’ouverture du drame. Les tensions sourdent, les situations s’électrisent. Les mots qu’ils ne faut pas dire sont lâchés, explosent à la figure, quand ce ne sont pas les coups. Le drame est alors consommé. Des effets indésirables du mésamour, de l’indifférence, des frustrations…

Pour ma part et l’immense majorité des vôtres, nous avons la chance d’être épargnés et je pense très fortement à celles et ceux qui ne le sont pas. Comme vous sans doute, j’en connais.

On peut donc se sentir heureux. Mais pas si vite, notre réseau familiale et amical nous manque. La virtualité ne remplace pas la poignée de main, ni la bise sonore, la tape sur l’épaule, l’éclat de l’œil, le petit plissement du coin de l’œil, le son de la voix, les tics, la manière de se déplacer, celle de tremper son carré de chocolat dans sa tasse de café, la mauvaise utilisation d’un mot, l’éclat d’un rire,…

Ces petits riens qui font un humain, le caractérise sont nos madeleines. Un ensemble de marqueurs patiemment collectionnés au fil du temps. Chacun d’entre eux est un petit bonheur, ensemble ils font un personnage et symbolisent le manque que l’on ressent lors d’une longue absence.

Parfois, lorsqu’on rencontre quelqu’un pour la première fois, notre collection de marqueurs existe déjà, sans que l’on n’ait jamais eu l’occasion de la constituer. Cela vous est surement déjà arrivé et donne lieu à des phrases du type « c’est curieux , j’ai l’impression de te /vous connaître depuis toujours ». Ces amitiés sont particulières, qui font d’un inconnu l’égal d’un vieil ami. C’est troublant.

Il y a les amis que l’on perd, ceux que l’on gagne. Des amis vos sur-sollicitent et puis, d’un coup et l’on n’en saura jamais la raison, disparaissent, comme par l’effet d’une mauvaise magie. Nous devions correspondre à quelque chose pour eux, mais un changement de critère, une prise de conscience, un je ne sais quoi, fait tout basculer. Une petite phase d’incompréhension est vite suivie d’un oubli féroce.

Et les amitiés amoureuses, ne sont-ce pas quelque chose d’étrange ? Vivre sur le fil du rasoir. On sait très bien le danger à basculer, du coup on se garde de dire le mot, de faire le geste de trop, celui qui casserait le délicat équilibre. Il subsiste toujours dans cette amitié un goût explosif d’inachevé. Si l’on franchit le pas c’est le début d’un amour saccageur ou la fin d’une amitié frustrante.

Que nous connaissions nos amis depuis peu ou depuis des dizaines d’années, cela ne change rien à l’affaire. Le manque est là, plus ou moins pénible, et sa force augmente avec le temps. Cultivez vos marqueurs et vos amitiés mes ami(e)s. C’est si précieux. Sans nos amis, que nous resterait-il, que serions-nous ? Nous ne survivrions pas à la première pelletée de terre…

Bonne journée !

 

4/5/2020

Le petit billet longe le ruisseau…

Il chemine sur le sentier. À côté, le petit ruisseau laisse flotter dans l’air une petite musique légèrement mouillée, par moment assourdie par une touffe moussue. D’un côté, la pente boisée s’élève dans une semi-pénombre. Plus haut, le sous-bois sent la mousse et le champignon. Après la forte pluie tombée tout à l’heure, quelques îlots de lumière transpercent les arbres pour venir illuminer le sol.

De l’autre côté un pacage déploie sa grasse verdure sur quelques centaines de mètres. L’herbe d’un vert presqu’acide y est touffue. Quelques vaches noires et blanches se régalent. On entend les grosses langues arracher les touffes d’un geste simple, affirmé, maintes fois répété, et juste après, la clarine accompagne la bête un peu plus loin.

Pas d’autre bruit que le ruisseau, les vaches qui paissent et celui de ses pas. De temps à autres, un oiseau fait un trille. Un autre lui répond depuis l’autre versant. Des battements d’ailes s’échappent d’un buisson. Plus loin, un chien aboie. Une voix lui crie dessus,  mots lointains mâchés par la distance. Finalement le chien se tait.  Le calme retombe doucement sur la vallée.

Il arrive à son endroit préféré. Un amas de pierre bloque le passage du ruisseau. Un étang s’est ainsi constitué, avec ses grenouilles, quelques couleuvres et parfois une salamandre qui passe par là. C’est là qu’il posera son sac, s’assiéra sur une pierre, sortira son reflex. Il procédera à quelques réglages, fera quelques photos pour vérifier si ses réglages fonctionnent.

Ensuite, c’est l’attente…. Parfois récompensée. Quelques clichés en sont le témoin. Reptiles, beaucoup de grenouilles, quelques oiseaux, des jeux de lumière dans l’eau, mais pas encore cette salamandre jaune et noire qui manque à son palmarès. Il a lu que la salamandre ne vit pas dans l’eau, ne s’y sentant pas à l’aise, mais elle en a besoin pour se reproduire. Il faut donc se trouver là après une grosse pluie pour optimiser les chances de l’apercevoir.

Ces moments sont bénis. Loin des sollicitations d’un monde trop nerveux, son esprit s’apaise ici. Il laisse les idées apparaître, se développer et disparaître. Il devient simple observateur de ces mouvements involontaires. Certains appelleraient cela de la méditation. Lui ne l’appelle pas, il s’en fout. Il attend juste ce pourquoi il est là.

Parfois, il amène une bouteille de blanc, qu’il laisse fraîchir dans l’eau. Avec une bonne tranche de pain, un pot de rillettes ou un bout de fromage et un Opinel, ça fait bien l’histoire. Là, il n’a rien amené. Pas besoin. Il est fasciné par cette salamandre qu’il compte observer et photographier pour compléter sa galerie.

Il se réjouit d’avance des moments de post production. Découvrir ses photos en grand, jeter les clichés inexploitables, sélectionner les meilleurs, essayer les derniers filtres récupérés sur Internet, mais surtout jouer avec toutes les possibilités du logiciel. Pas fan de Photoshop, trop complexe à ses yeux, il préfère Lightroom plus accessible.

Bonne journée les ami(e)s !

 

Billet double confinement – semaine 6

Billet double confinement – semaine 6

21/4/2020

Je te fiche mon billet en l’air…

Il y en a partout, dans chaque village. Au-delà de nos frontières, peut-on encore parler ainsi aujourd’hui, dans toute l’Europe occidentale. Ils sont en l’air, hors de portée. Souvent noirs, parfois colorés. Parfois fixes, parfois esclaves du vent, ils nous en donnent alors la direction. Ces coqs qui surplombent nos clochers sont si familiers.

C’est lui le premier qui voit la lumière du soleil. Il le crie haut et fort. Certains sont déréglés, trop pressés, des coqueriquateurs précoces dirait-on, vous réveillent en pleine nuit. D’autres coquelinent en journée. Toujours le bel emplumé se dandine autour de ses poules. Malheur à celui qui voudrait corrompre l’équilibre de sa basse-cour.

Du coq, nous avons fait l’un de nos emblèmes, quand nos voisins ont choisi un lion, un aigle, un taureau ou un loup. Nos voisins latins se sont amusés du mot « Gallus » qui veut autant dire coq que le Gaulois. Le caractère orgueilleux de l’animal collait bien avec celui de notre peuple, toujours prêt à donner des leçons aux autres, leçons qu’il exècre à s’appliquer à lui-même. Quelques sarcastiques s’amuseraient même à dire que nous avons pris le coq comme emblème parce que c’est le seul animal à chanter les pieds dans la merde.

Tu reconnaîtras tout de même qu’il n’est pas très glorieux d’avoir gardé cette volaille comme emblème. Je sais bien que d’autres ont un poireau ou une feuille d’érable, mais notre coq est tout de même assez misérable. Pourtant nous y sommes très attachés. Je me suis interrogé sur ce qui pourrait le remplacer. Quelque chose qui nous représente spécifiquement, que l’on aurait et pas les autres.

Le vin ? On est bien loin d’être les seuls et certains en font même du très bon. Nous avons l’avantage de la diversité et l’historique.

Le fromage ? Là d’accord, on est champion du monde par la puissance et la diversité de l’offre.

Le mauvais caractère ? La Fonction Publique ? Les Impôts élevés ? Les gilets jaunes ? Les conducteurs qui se curent les narines ? Les ronds-points ? On est très bons dans tous ces domaines, mais il n’a jamais été prouvé qu’on nous les enviât.

J’ai donc longuement délibéré avec moi-même. Nous eûmes de vives discussions, pouvant devenir enragées. Trois fois je quittais la table, excédé. Trois fois, j’ai bondi de ma chaise pour me récupérer afin de poursuivre le débat. Ceux qui me connaissent savent que je suis plutôt diplomate, plus négociateur qu’enclin à imposer ma loi ou me la faire imposer si cela heurte mes valeurs. On me dit sage et serein.

Il me restait trois choses : le vin, le fromage et l’impossibilité de trancher en faveur de l’un ou de l’autre, les deux étant les fondements de nos conviviaux repas.

Finalement, désireux de sortir par le haut de cette situation tendue, je trouvais un accord avec moi-même et décidais de réintégrer le coq à sa place de titulaire, ce qui ne manquera pas de flatter ainsi la masse des électeurs attachés aux valeurs traditionnelles. Ma gourmandise refusait de se taire. Et nous voilà avec un bon coq au vin accompagné de pommes de terre, légume délicieux, populaire et néanmoins transnational s’il en est, suivi par un beau plateau de fromage. Le tout, coq et nous, copieusement arrosé par un bon Pinot noir de Bourgogne.

Apaisé, je suis fier d’avoir ainsi contribué à la mise en place du nouvel emblème de la France.

Françaises, Français et tous les autres, bonne journée !

 

22/4/2020

Je te fiche mon billet en panne…

Il y a des jours comme ça…vidé, pas l’ombre d’une idée et du coton dans la tête, incapable de produire un billet, ou quoi que ce soit. Il est plus sage de me retirer sur la pointe des pieds pour laisser la place au beau texte « Les séparés » de Marceline Desbordes-Valmore, qui illustre à la fois ma situation et un peu le thème du confinement.

 

N’écris pas. Je suis triste, et je voudrais m’éteindre.

Les beaux étés sans toi, c’est la nuit sans flambeau.

J’ai refermé mes bras qui ne peuvent t’atteindre,

Et frapper à mon cœur, c’est frapper au tombeau.

N’écris pas !

 

N’écris pas. N’apprenons qu’à mourir à nous-mêmes,

Ne demande qu’à Dieu… qu’à toi, si je t’aimais !

Au fond de ton absence écouter que tu m’aimes,

C’est entendre le ciel sans y monter jamais.

N’écris pas !

 

N’écris pas. Je te crains ; j’ai peur de ma mémoire ;

Elle a gardé ta voix qui m’appelle souvent.

Ne montre pas l’eau vive à qui ne peut la boire.

Une chère écriture est un portrait vivant.

N’écris pas !

 

N’écris pas ces deux mots que je n’ose plus lire :

Il semble que ta voix les répand sur mon cœur ;

Que je les vois brûler à travers ton sourire ;

Il semble qu’un baiser les empreint sur mon cœur.

N’écris pas !

 

Ecoutez ce qu’en ont fait Julien Clerc et Benjamin Biolay.

Je reviens demain avec plus d’écrits. Bonne journée ami(e)s hors de portée.

 

 

23/4/2020

Je te fiche mon billet à -37,63$

C’est comme un retour après des vacances, des retrouvailles avec des amis absents depuis longtemps. Je suis bien content d’être de nouveau avec toi. La solitude commençait à me peser.

Il fait sacrément beau aujourd’hui ici, le temps idéal pour se promener un dimanche après-midi. J’entends déjà tes remarques, toi qui télétravaille en clapotant comme un(e) forcené(e) sur ton clavier, nous ne sommes pas dimanche. Selon les organisations syndicales nous serions mercredi, mais selon moi et ma police personnelle, nous sommes dimanche. En tout cas il fait beau et tout à l’heure nous irons peut-être nous balader, dument munis de l’attestation qui va bien.

Une nouvelle est tombée hier, très révélatrice à mon avis. Le baril de pétrole américain est tombé en dessous de zéro lundi 20 avril à la bourse de New-York. Voilà une ressource limitée dont la finitude devrait inciter à s’en passer. Ce n’est pas le sens pris, et l’on sent bien que l’humain va pressurer sa terre comme une éponge pour en extirper jusqu’au dernier litre. Quitte à utiliser la décriée et dévastatrice fracturation hydraulique et le forage horizontal.

Le prix baisse. Pour nous autres, ce pourrait être intéressant, mais hélas lorsque nous faisons notre plein, nous achetons près de 60% de taxes. Au passage, sais-tu que nous payons la TICPE (Taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques), de la TVA sur la TICPE, et de la TVA sur l’ensemble (produit et TICPE). Accroche-toi, c’est après que ça devient intéressant.

Tu as déjà noté que l’on payait de la taxe sur de la taxe. Conceptuellement, c’est malaisé d’imaginer payer une taxe sur la valeur ajoutée d’une taxe. Mais déjà, pourquoi faut-il taxer le fait d’ajouter de la valeur à quelque chose. Le fait d’ajouter de la valeur à quelque chose devrait être récompensé, pas puni. Du coup, comprendre l’empilement est illusoire.

Pour du SP95, on paye 63% de taxes et pour le diesel, désolé si j’utilise encore ce terme désuet, on paye 57%. Pourquoi moins de taxe sur le diesel ? Il est un peu moins couteux de raffiner du diesel que de l’essence. Mais il y a sans doute d’autres raisons…

Bref, si le prix baisse un peu à la pompe, c’est parce que l’Arabie Saoudite a décidé d’augmenter sa production et faire ainsi baisser le prix du pétrole. Deux cibles : la Russie, qui refuse un accord pour baisser le prix du pétrole, car elle a besoin de ces revenus pétroliers et gaziers et les USA avec leur pétrole issu de la fracturation hydraulique.

Nous avons donc un afflux de baril de pétrole que plus aucun opérateur ne peut physiquement stocker. Si le cours du baril est passé dans le négatif, à -37,63$, c’est juste parce que les opérateurs veulent déstocker.

On voit bien l’écart entre nos préoccupations quotidiennes, celles des opérateurs techniques et celles de la bourse. Comme dirait Fabrice Lucchini « C’est énooorme ! ».

Dans une époque numérique sur-connectée, ce monde est décidément de plus en plus déconnecté des valeurs humaines, celles qui nous permettent de cohabiter avec bonheur.

Attendons-nous à des temps rudes mes ami(e)s. En attendant, bonne journée !

 

24/4/2020

Je te fiche mon billet d’espoir…

Comme toute chose comporte contraintes et avantages, le confinement nous prive de liberté, a des conséquences graves pour certain(e)s qui ne peuvent plus exercer leur métier, contraint certain(e)s à des proximités parfois désastreuses. Mais il nous offre des espaces de liberté

Habituellement, nous sommes ballottés dans un incessant carrousel de sollicitations, mail, téléphone, tchat, collègues qui passent discuter, viennent te prendre du temps ou pire, te refiler leur boulot en douce, mine de rien. Le télétravail change la donne en limitant les entrants et nous offrant la capacité de nous concentrer plus sur les tâches à accomplir.

Tout cela est de la fiction pour les personnes à la retraite comme votre serviteur. Mais ma mémoire fonctionne encore…

Dans d’autres sphères, les artistes, privés de scène et d’enregistrement, tentent de répondre en organisant des vidéo live depuis chez eux. Ils nous offrent de la musique sans chichi, sans lumière, sans la distanciation qu’une scène impose. Ils sont dans leur salon, dans leur cuisine, dans leur salle de bain.

Il y a une simplicité, un dépouillement dont nous n’avons pas l’habitude. Parfois une certaine maladresse, quand l’image diffusée est verticale au lieu d’être horizontale (mon fils parlerait d’image horizonticale), ou quand l’accompagnement n’est pas aussi riche qu’on voudrait. Certain se révèle, et l’on découvre que tel chanteur est aussi un excellent guitariste, à notre totale surprise. On ne voit finalement qu’une bonne volonté et on ressent une proximité inhabituelle. L’émotion est souvent au rendez-vous. Aussi par la gêne de l’artiste qui se met à nu sans artifice.

On pardonne aisément les petits plantages quand il y en a. On découvre que la compagne d’un musicien que l’on suit, chante également très joliment. Elle n’a pas l’habitude de se produire et oublie de penser au son, en cherchant son amoureux du regard plus que le micro du téléphone. Du coup, sa voix est loin derrière la guitare. Mais la chanson, musique de lui et paroles d’elle, est une douce mélodie et l’exercice très touchant. C’est ce que l’on retiendra.

Ce sont des moments vrais, des petits bonheurs, de l’humanité volé au moment difficile que nous traversons. Une autre fois, je regarde mon amie Lyonnaise Vanessa di Mauro qui nous diffuse un spécial Beatles depuis sa salle de bain. Elle chante Let it be, Yesterday, Get back et Imagine. C’est beau, c’est chouette, tout le monde laisse un petit mot gentil. Un moment super agréable, bon enfant. La vie quoi…

Je vous incite à regarder ces vidéos live. C’est de la musique vraiment vivante.

On sous-estime la force de vie et l’espoir qui nichent à l’intérieur de nous. Ce sont des super héros, sacrément durs à cuire, et il faudra plus d’un virus pour en venir à bout.

Mes ami(e)s, cultivons l’espoir, la culture et la liberté !

25/4/2020

Je te fiche mon billet apprend un nouveau mot…

Mon ami Ludovic m’a fourni le sujet de mon billet en publiant « l’ultracrepidarianisme, je ne sais pas ce que c’est mais je suis contre ! ». Là, je sens que nous suis en train de te perdre. Reste un peu, je vais t’expliquer. Ça va te plaire, tu vas retrouver tout un tas de ces comportements irritants qui font l’actualité et en même temps, notre désolation.

L’époque est idéale pour le déploiement de cette discipline, je choisi ce mot exprès, vous comprendrez plus loin. Les politiques donnent leur avis sur la manière de soigner le Covid-19, les médecins donnent leur avis sur le sport, les sportifs donnent leur avis sur la météo, les météorologues…. Vous avez compris, l’ultracrepidarianisme c’est le comportement de ceux qui donnent leur avis alors qu’ils n’ont pas la connaissance ou la compétence du sujet.

Ouf ! Finalement c’est aisé à comprendre. Je reviens sur le mot discipline choisi plus haut. Le mot viendrait de Pline l’ancien (23 à 79 après JC) relatant une remarque d’un cordonnier sur une toile du peintre grec Apelle (4ème siècle avant JC, dont aucune toile n’existerait à ce jour). Ça ne vous fait pas penser à des phrases entendues comparant la peinture de Picasso avec ce que pourrait faire un enfant ?

Les interventions récentes de tout un chacun sur les bienfaits de la chloroquine sont des exemples parfaits de l’ultracrepidarianisme. Ça y est j’arrive à l’écrire sans me planter. Pour ce qui de le prononcer, c’est une autre histoire. Je devrais peut-être essayer avec des cailloux dans la bouche ou en mordant un crayon….

J’ai croisé pas mal de personnes qui le pratiquaient lorsqu’ils voulaient m’apprendre mon métier, alors qu’ils l’avaient utilisé mais sans le pratiquer, donc sans en connaître les vrais enjeux. Ceux-là il faut savoir leur répondre, les rassurer, mais surtout ne pas tenter de leur faire comprendre, la cause est perdue d’avance. Sans faire le parallèle avec la phrase de Michel Audiard « Je ne parle pas aux cons, ça les instruits » bien entendu…

Le plus récent et plus connu des exemples provient d’un familier du stéréotype, fervent utilisateur d’UV et porteur d’une célèbre mèche jaune. Il a récemment « suggéré des injections de désinfectant dans les poumons, arguant que ce produit pouvait «mettre K.O le virus en une minute». » (Dixit Le figaro le 24/4/2020). Il ajoutait « Il faudra sûrement faire appel à des médecins pour ça, mais ça me paraît intéressant comme idée ». Et il ajoute «Peut-être qu’on peut, peut-être qu’on ne peut pas. Je ne sais pas. Je ne suis pas docteur. ». Comme dirait Coluche « Quand on n’a rien à dire, vaut mieux fermer sa gueule ! ».

Il y a des domaines où nous avons tout intérêt à rester dans nos prés carrés, comme le disait clairement Desproges « Il vaut mieux se taire et passer pour un con plutôt que de parler et de ne laisser aucun doute sur le sujet. ». Sur ce, je me tais. Je ne voudrais pas me faire taxer d’ultracrepidarianisme.

Bonne journée vous tou(te)s.

26/4/2020

Le billet quotidien prend du repos. Je reviens dans quelques jours.

 

27/4/2020

Le petit billet poursuit sa grève…

Je ne continue pas sur la grève mais bien dans mon mouvement de grève. Enfin je rigole, car il s’agit plus d’un non-mouvement de grève. A part les allers et retours que vous êtes en droit d’imaginer, je suis d’une immobilité frôlant l’insolence. Pour vous donner un exemple, lorsque j’attrape mon verre sur la table basse j’ai l’impression de faire un geste inhabituel, une prise de risque quasi-aventurière.

Le seul côté positif que je peux trouver à la situation est que je n’ai pas rechargé ma tablette depuis trois jours et qu’il me reste 27% de batterie. C’est surtout que je m’en suis libéré. Pas certain que cela soit pérenne…

Je vais contacter le labo à qui j’ai confié un peu de mes productions liquides. Ensuite je devrais contacter mon médecin. Fait-elle de la télé médecine ? Travaille-t-elle ?

Le labo donne les résultats par internet. Une fois de plus c’est le copain Escherichia coli qui est venu me casser les pieds. J’appelle mon MG. On prend mon numéro de téléphone et on me rappelle. La télémédecine m’éviterait de me déplacer. J’espère…

Bonne journée

 

 

Billet double confinement – semaine 5

Billet double confinement – semaine 5

14/4/2020

Je te fiche mon billet que je m’évade…

Toute chose étant intimement liée à son complément, le Yin est indissociable du Yang, le noir flirte avec le blanc comme le jour n’existerait pas sans la nuit, la notions de confinement, ou d’enfermement, recèle en son sein l’idée d’évasion. Il suffit d’être enfermé malgré soi pour avoir une envie folle de s’évader alors que l’ermite supportera l’enfermement dans sa souhaitée solitude.

Une amie me faisait part de son envie de pouvoir simplement s‘asseoir à une terrasse de café et regarder les piétons déambuler. Un ami regrettait de ne pas pouvoir marcher des heures durant dans Paris comme il aimait tant le faire avant. Vous noterez qu’il n’est plus nécessaire de dire avant quoi, nous savons tous compléter l’idée sans avoir besoin de le formuler. Peut-être qu’un jour on dira « Si, tu sais bien, c’était 15 ans avant » ou « En l’année 1500 après le confinement… ». Cela voudrait dire que la force de l’actuelle pandémie l’aurait fait élever au rang de référence historique. Ne le souhaitons pas.

Nombre d’amis musiciens ne rêvent que d’une chose, c’est de pouvoir jouer ensemble et vivre ces moments privilégiés où les connexions se font entre humains sans qu’il soit besoin de parler. Une forme d’harmonie, non seulement musicale et composée des accords à jouer, mais surtout humaine. Ils rêvent aussi de pouvoir jouer sur scène. Notons l’abus de langage, car si nous disons jouer de la musique, il s’agit bien de travailler. Le terme jouer est trompeur. Alors que quelqu’un qui a le nez en trompette n’en jouera pas forcément.

Quelle est notre évasion rêvée ? Pour ma part, elle est faite à cinquante pour cent des balades que je me ferai avec la vieille petite moto que je vais racheter à un ami après (après quoi ? vous le savez bien…), de la vibration du moteur et de l’asphalte qui va défiler sous moi, de la sensation de liberté à se retrouver seul au milieu du paysage sur mon terrible engin…

Les cinquante pour cent restant, plus important que les cinquante premiers, se cristalliseront sur les repas que je vais rattraper avec mes amis. Un moment de convivialité avec des amis, juste être ensemble, quoi de mieux ? Ma vraie évasion comblera le manque ressenti maintenant.

Si seulement la principale leçon de ce satané confinement pouvait être de resserrer les liens entre les gens !

Mesdames et messieurs confiné(e)s, je vous souhaite une bonne journée !

15/4/2020

Je te fiche mon billet que je trouve un dentiste…

…surtout qu’il y a intérêt, vu que je suis au max de la dose de Paracétromol et que, par moment, ce n’est pas la fête dans ma bouche. A propos, tu as vu la pub « Et oui, après une nuit agitée dans la gorge d’Alice » ? Tu penses comme moi ? C’est profondément coquin, non ? Sacré Alice…

Mon dernier dentiste date du temps où j’étais actif, lorsque je contribuais activement à la richesse nationale, avant de devenir le retraité que je suis. C’était une superbe jeune femme installée à Suresnes. Je t’assure que je n’allais pas chez le dentiste en traînant des pieds. Son assistante, aussi agréable, avait réussi à me blesser, je ne sais pas comment, une micro sieste peut-être, et paf ! son petit instrument suceur m’avait défoncé la gencive. Je me souviens que ni elle, ni la dentiste n’avait relevé quoi que ce soit à ce sujet, comme s’il ne s’était rien passé. C’était le dernier soin. Son devis, long comme un jour sans pain, m’aurait coûté deux mois de salaire pour me doter d’un sourire de télévision. Il est bêtement tomber par mégarde dans la poubelle et mon sourire de radio est resté le même, ce qui me va très bien.

Bref, me voilà à chercher un dentiste à Vernon. Comme tu le sais, il y a les avis Google que tu ne peux pas t’empêcher de lire. L’un d’entre eux a peu d’avis mais tous favorables. Sauf un qui explique qu’il faut être cinglé pour aller chez lui. Next. Un autre parle anglais, roumain et allemand. Et Français, c’est possible aussi ? Je ne suis pas xénophobe mais si on pouvait parler de mes dents de manière à bien se comprendre ! Il est 16h28 et il ferme à 16h30. Next. J’en trouve un autre, avis corrects sauf un. Tu as remarqué ? Même pour un endroit où tout le monde s’accorde à dire que c’est top, il y a toujours celui qui lâche des horreurs pour te mettre le doute, et c’est celui-là que tu vas entendre. Un râleur ça s’entend plus que plein de gens contents…. Une loi de la physique peut-être !

Le répondeur du dentiste suivant m’explique qu’il est fermé rapport au Covid-19 mais qu’il y a une permanence téléphonique le matin. Bon je verrai demain. Et ça me rappelle le safari MG que j’ai fait il y a quelques années lorsque ma chère docteure généraliste nous a quitté pour partir à Papeete avec son mari. Quand on connait Papeete, on comprend, mais j’ai eu du mal à trouver un médecin « référent ». Galérer pour trouver un MG était devenu la norme.

« Something is rotten in the state of Denmark » a dit Shakespeare ! En attendant, pourvu d’un stock de Paracétromol soit suffisant, je reporte ma quête à demain matin, c’est-à-dire tout à l’heure.

J’oubliais un moment de gêne hier après-midi. Je suis à la pharmacie pour refaire mon stock de drogues, debout devant le comptoir et je tente de baisser le zip de mon blouson. Rien à faire. Coincé le zip. Il monte, mais ne descend plus. Il me faudrait attraper mon ordonnance et ma carte vitale, mais je ne peux pas. La pharmacienne me prend en pitié, s’approche masquée et arrive à faire entendre raison au zip rebelle. Un moment de solitude…

Mesdames et messieurs confiné(e)s, je vous souhaite une bonne journée pleine de sourires !

16/4/2020

Je te fiche mon billet que je m’évade encore …

Sous un ciel noyé de bleu

Je nageai après une tortue

Deux coups de pattes et

M’accrochai à son dos

Sous le tout bleu elle m’emmena

De nerveuse est devenue

Docile puis douce

Nos mouvements unis nous

Propulsèrent loin devant

Impossiblement heureux

Le soir nous a déposé

Près du rivage

J’aurais juré la voir

Cligner de l’œil avant

D’oublier doucement

Mon ilienne solitude

Une accalmie entre

Deux bourrasques

Apaisait le ciel

Et reposait mes tempes

Tout était noir dans ma vie

Mais je buvais des blue notes

Avec la tortue amie

Suite et presque fin de l’épisode dentaire. J’appelais hier matin le dentiste. Prise d’informations, blabla, il me dit qu’il appelait la régul et lui transférait les infos. C’est elle qui allait décider si mon cas nécessiterait une intervention ou pas.

La régul m’appelle, blabla, je vais vous donner des antibiotiques, quelque chose pour la douleur et des bains de bouche. Euh, non ! Le médicament anticancer me défonce la bouche, et les bains de bouche c’est niet ! Je vous envoie l’ordonnance par mail et si vous avez encore mal dans quatre jours, vous rappelez.

Back à la pharmacie. Coucou c’est encore moi. Pas d’Alice. Pas de zip qui se coince. Je repars avec les médicaments. L’antibiotique a un portefeuille d’effets secondaires presque aussi copieux que le médoc anticancer. Les jours à venir peuvent être chaotiques, mais ce n’est pas sûr.

Comme d’habitude, prendre les choses comme elle viennent, sans fantasmer.

Ch(ère)(er) toi, je te souhaite une journée en couleurs !

17/4/2020

Je te fiche mon billet que l’amitié…

Hier, j’ai fait de la télé amitié, via WhatsApp, avec mes deux potes musiciens Denis et Jean-Claude. Cinq ans que nous ne nous étions pas « vus » ensemble, après avoir passé 10 ans à se voir chaque semaine pour faire de la musique, la nôtre en plus, précédé par un repas où nous nous racontions un peu de nos histoires de vie et surtout des monceaux de conneries, blagues et autres jeux de mots plus ou moins foireux, mais qui nous ont fait marrer tout ce temps. Nul doute que c’est une thérapie salutaire, au moins aussi efficace et beaucoup moins onéreuse que de s’allonger sur un divan pour raconter ses misères à un professionnel. Une forme de sur entraînement pour les zygomatiques.

Nous avons pris rendez-vous pour une virée ensemble, on ne sait pas encore où, dès la fin du présent confinement. Voilà le genre de bienfait de la période actuelle. Déstabilisés par un mode de vie à frontières proches, qui nous oblige à tourner en rond dans un petit espace, nous voilà en train de chercher des amitiés un peu plus lointaines.

J’observe et le constat saute aux yeux. Entre les groupes destinés à poster du beau (musique, photo, textes…) et ceux qui semblent orientés apéro mais qui ne sont en fait qu’un moyen de créer et garder du lien, tout est fait pour que les gens se croisent, se saluent, échangent de la culture et de l’amitié avec, pour seule contrepartie, le simple fait d’être ensemble.

On dirait que l’humanité reprend vie. Tout d’un coup elle arrête de consommer comme une folle, consommer des biens, du temps, de l’énergie pour être juste un peu plus frustrée. Après le choc, l’hébétude, elle reprend goût à elle-même. Je sais, je fais de l’angélisme et je plane dans l’utopie… et pourtant !

Mais pendant ce temps de dures nouvelles tombent en rafale. Lee Konitz et Christophe ont été terrassés par Covid-19. On a tellement besoin les uns des autres.

Prends soin de toi et des autres mon ami(e) !

18/4/2020

Je te fiche mon billet que j’écoute une merveille …

Du Coltrane arrangé par Lionel Belmondo / Christophe Dal Sasso et joué par un big band de folie. Se frotter à Coltrane, c’est chaud comme la braise, un peu comme monter l’Everest en tongue, aller surfer Nazaré la clope au bec avec la perche à selfie dans l’autre main. Attend, j’en ai un autre. Ou comme aller boxer Tyson et commencer par lui administrer un traitement à base de coup de pied dans les couilles. Je ne suis pas très sûr de l’image, pourvu que Tyson ne lise pas le Français, sinon c’est direct l’ISS, déguisé en Thomas Pesquet. Pour résumer, se frotter à Coltrane c’est un truc qui peut t’envoyer directement et pour longtemps dans les geôles des gardiens de l’orthodoxie Coltranienne.

C’est là que je suis comme un con, c’est ultra jouissif à écouter mais je ne suis pas vraiment armé pour le décrire. Ce billet se veut être juste une déclaration d’amour. Pas plus.

L’harmonie du quartet est là, multipliée, magnifiée et jamais trahie. Les arrangements sont riches et variés. Les interventions sont développées. Coltrane est dans chaque note de chaque accord et dans chaque ligne mélodique. D’ailleurs Libération ne s’y est pas trompé : «« Mon Dieu, quelle merveille de prestation ! John Coltrane méritait que son chef-d’œuvre A Love Supreme (1964) soit revisité avec panache. (…) L’interprétation en grande formation impulse une dimension nouvelle à la carrure de Coltrane. Si ce dernier avait pu assister à cette version valorisante de son œuvre, il aurait certainement applaudi avec le public enivré… A tout rompre. Pendant dix minutes. » — Bruno Pfeiffer »

Je m’autorise juste un exemple. Prenons la fin de Resolution, après la dernière exposition du thème par Coltrane. Elvin Jones fait un roulement sur la caisse claire en augmentant le volume, laisse une petite dépression, comme un tout petit trou d’air, glisse un pied, McCoy Tyner égrène son accord et Garrison pose la note finale bien ronde qui résout et nous redépose au sol.

Dans la version Belmondo / Dal Sasso, le roulement de batterie se transforme en solo de batterie qui ferme seul le morceau. On se dit que c’est vraiment différent. Oui, mais c’est là que l’arrangement par le duo et le traitement par les instrumentistes est remarquable. Du début à la fin, l’esprit de Coltrane est présent, sans cesse respecté. Les chorus sont éminemment Coltraniens, dans la recherche systématique d’au-delà, un besoin de pousser les limites de son savoir, mais la mélodie et le chant Coltranien restent toujours présents, guidant de part et d’autre les musiciens aventuriers mais immensément respectueux.

Tous ces musiciens listés ci-après sont merveilleux. Ecoutez-les. Un jour, lorsque ce confinement ne sera plus qu’un souvenir, allez les voir jouer sur scène, c’est là que tout se passe.

Line-up : Stéphane Belmondo, Erick Poirier, Laurent Agnès (trompette), Merrill Jerome Edwards (trombone), François Christin (cor), Bastien Stil (tuba), Dominique Mandin (sax alto), Lionel Belmondo, Sophie Alour, Guillaume Naturel (sax ténor, clarinette ou flûte), Laurent Fickelson (piano), Clovis Nicolas (contrebasse), Philippe Soirat ou Dre Pallemaerts (batterie), Christophe Dal Sasso (arrangement, direction), Allonymous (voix).

J’ai récupéré ce line-up sur le site Jazz&People.

En préparant ce billet, je découvre que Lionel Belmondo, rencontré grâce à mon ami Cyril Rivette, merci mon cher Cyril, a entre autres enseigné au conservatoire du 9ème, le fameux conservatoire Nadia et Lilly Boulanger. Coïncidence ! Après avoir travaillé la guitare avec le merveilleux Michel Perez, et l’harmonie avec le regretté Bernard Maury, j’ai suivi ce dernier lorsqu’il a créé le Département Jazz au Conservatoire Nadia et Lilly Boulanger en 1994 et 95. Plus tard, Bernard Maury participera à la création de la Bill Evans Piano Academy. Dans ce cadre je me souviens d’une fabuleuse master-class de Michel Petrucciani, de l’humanité et de l’humour dont il avait fait preuve vis-à-vis des élèves, dont certains étaient déjà très accomplis.

Christophe Dal Sasso m’a fait le plaisir de me permettre d’assister à la captation de « The Palmer Suite », une création commandée par le fameux Chateau Palmer, éminent Margaux, 3ème grand cru au classement de 1855, encore grâce à l’entremise de mon ami Cyril.

Mes ami(e)s écoutez de la belle musique. Elle vous recentrera l’âme et fera disparaître quelques temps la lourdeur du présent confinement. Pensez à ces musiciens qui ne peuvent pas travailler en ce moment, comme au personnel de santé qui, à l’inverse, est sollicité à 300%.

https://www.deezer.com/album/7530306?utm_source=deezer&utm_content=album-7530306&utm_term=4629757_1587141652&utm_medium=web

19/4/2020

Je te fiche mon billet que la vie…

Le pain au levain de Sylvie vient de sortir du four. Lui ronronne encore et la bonne odeur gourmande envahit la maison. J’imagine le pot de pâté ou de rillettes à côté du récipient de pickles de betterave maison. A moins qu’on ait fini les pickles hier soir. Tiens, du coup je vais aller ouvrir une bouteille, histoire de parfaire le moment. Je n’ai pas vu Charlie (enfant félin de la famille) depuis un bon moment. Doit être en train de squatter notre lit.

Tout à l’heure je suis tombé sur une vidéo d’Antoine Boyer, brillantissime jeune guitariste autant à l’aise dans le classique que dans le jazz, manouche ou pas. Il a posté début avril « Waltz for Angelo », un morceau composé en hommage à Angelo Debarre. Le morceau est très beau, loin d’être simple. Pour 6$ tu te payes la partition sur Soundslice et t’offres ainsi des heures de travail et de plaisir. 244 mesures à 220 à la noire pour 3 minutes 22. De longues heures à passer avec la guitare.

Je lance mon jeu de course automobile. Grand prix de France. Par chance le eSport vit encore. La dernière course, au Canada, j’ai été merdique tout du long. Pourtant le circuit est assez facile. J’avais loadé des réglages du serveur. Du coup pour le grand prix de France, j’ai repris des réglages plus « standard ». Bizarrement ça va beaucoup mieux. Je me fais engueuler par l’ingénieur qui me dit que je tire trop sur la boite. Je me fais les practices, beau temps. Je gagne les challenges (piste, ERS, essence, pneus, vitesse) et finis premier. La séance de qualification arrive. Et vlan c’est le déluge. Il pleut à torrent, la visibilité est réduite. Il faut changer les réglages, monter un réglage intermédiaire qui accroche à la piste, quitte à perdre en vitesse. Je fais mon tour. Ça me rappelle le karting avec Paul sous des trombes d’eau. Du coup je suis plus à l’aise. Je serai 6ème sur la grille de départ. La course sera pour un autre jour.

Houlà, ça bouge sur Facebook ! Il faut que je mette mon grain de sel. Je ne peux pas les laisser seuls, ils n’arrêtent pas. Beaucoup de personnes adorent l’album dont je parlais hier matin. Certain(e)s l’ont découvert grâce à moi. Je suis heureux. C’est ce que j’espérais.

Un coup d’œil par la fenêtre, les lilas roses d’Odile et Véronique sont au rendez-vous. Le ciel est divisé en bleu clair et gris clair lumineux par une ligne droite. J’adore le rose sur fond bleu. J’attrape le Pentax et sort. Quasiment impossible d’aligner lilas et ciel bleu. Je me déplace, pas mieux. Le gris est lisse, aucun intérêt. Il tombe une grosse goutte sur ma main. J’essaye de faire un bokeh sur une haute touffe de lilas. Pas terrible. D’autres grosses gouttes. Mon Pentax n’est pas tropicalisé, moi non plus. Je rentre.

Je n’ai pas sorti de bouteille finalement. Le pain de Sylvie est une tuerie. Pas de pâté, pas de rillettes, mais des radis pas trop piquants, du beurre, du sel, un bon bout de pain. What else ?

Minuit, j’attrape la classique. Ça va, elle est accordée. Je commence à taquiner les dissonances. Assez vite quelques accords se mettent en place. Do#min7 et son relatif majeur. Famin11 Si7 Mi7. Lab7 La7 Ré7. Je joue avec les extensions, avec les harmoniques. Plus cela se met en place, plus je me lâche, plus le volume monte. Une fois que c’est en place, je me sens zen, repose la gratte sur son pied, j’éteins la lumière et monte me coucher. De toute façon demain j’aurai oublié.

6h41, Charlie miaule derrière la porte. Je lui ouvre. Elle entre comme une flèche, file à la cuisine, reviens vers moi en miaulant et en me regardant d’un air réprobateur. Tu n’as plus de croquette ma belle, je vais t’arranger ça. Elle monte sur la table, se frotte sur le pot de croquettes. J’en extirpe une dose. Me baisse pour faire glisser les petites billes qui percutent sa gamelle. C’est la valse des mandibules. Faut que je relise mon billet. Quelques petites corrections. Finalement je n’ai pas oublié mes accords de guitare…

Bonne journée toute simple. Evadez-vous ! Je vous embrasse.

20/4/2020

Je te fiche mon billet rampant…

Nous avions déjà eu des orvets derrière la maison, ces inoffensifs et détendus lézards sans patte. J’ai déjà vu un vipéreau débutant, abruti par la chaleur du trottoir, qui s’était glissé dans le logement du portail, en sortir. Je l’avais accompagné jusqu’au mur de la maison. Un jour en rentrant la voiture, j’ai écrasé à mon grand désespoir, et ne l’ai d’ailleurs vu qu’en descendant de voiture, une vipère adulte, restée collée sur la dalle ensuite. Il a fallu de nombreux mois pour que toute trace d’elle disparaisse. Et puis d’autres aussi…

Aujourd’hui, grande première, une vipère aspic derrière la maison. Nous sommes restés en observation mutuelle quelques minutes, puis elle s’en est retournée de son allure sénatoriale, mais en vérifiant que nous ne la suivions pas, vers le chèvrefeuille près de la cabane de jardin, dont le pied est caché dans les herbes.

Tous les habitants de mon village qui sont au pied de la colline du bord de Seine ont régulièrement des vipères dans leur jardin. Cela n’a rien d’inhabituel. Sans rechercher leur présence, je ne les crains pas particulièrement.

J’ai un flip caché, du genre inavouable. L’une d’entre elle entre dans la maison et je marche dessus sans faire exprès. Ça survient surtout les nuits d’été quand il a fait si chaud la journée que la nuit en est alourdie, et que j’arrive aux dernières marches de l’escalier menant au rez-de-chaussée. J’ai beau me raisonner, rien n’y fait. C’est de l’appréhension, une sorte de gêne méfiante, très très loin de la peur panique, et cela ne dure pas, c’est juste stupide.

J’ai une amie arachnophobe, assez fortement visiblement. J’ignore s’il existe une échelle de l’arachnophobie comme il existe l’échelle de Coville pour la force des piments, mais s’il en existait une, elle devrait faire monter le mercure à 10 ou 11 sur 12. Elle m’expliquait avoir une fois trouvé une araignée dans son salon, être immédiatement sortie de la pièce, avoir fermé la porte à clé, puis scotché l’interstice tout autour de la porte, de manière à éviter toute évasion. Il a fallu qu’un chevalier blanc vienne s’occuper de l’araignée pour qu’ elle daigne de nouveau pénétrer dans son salon, des semaines après.

Les reptiles sont des bestioles intéressantes. Une de mes amies, qui me lira peut-être et se reconnaîtra sans doute, les connait bien et les défend. Ils sont détruits bêtement, aveuglément alors qu’ils ont leur place dans l’écosystème. Dans notre coin, nous n’en manquons pas, surtout des vipères, et il n’est pas rare d’en croiser lorsque l’on se promène sur les petits chemins estivaux. J’aurais d’ailleurs marché sur l’une d’entre elles, si les amis avec qui nous étions en train de marcher, ne m’avaient pas alerté, distrait que j’étais par je ne sais plus quoi.

Charlie va peut-être s’occuper de notre nouvel hôte. Certains chats sont plutôt bons chasseurs de vipères, mais ils peuvent aussi se faire mordre, et là c’est le vétérinaire qui a la solution. Il va faire beau demain, peut-être la reverrons-nous, j’aimerais bien l’attraper dans mon Pentax.

Tu sais quoi ? À quoi bon,  tu ne me croiras pas ! Je suis descendu cette nuit, à l’heure où j’allais me coucher il y a quelques années, pas du tout une heure décente pour se lever. Ce foutu mal de dents m’a réveillé à 1h30 du mat’. Et bien lorsque je suis descendu, qu’est-ce que j’ai vu, sur le sol ? C’est incroyable ! J’ose à peine en parler…Tu te dis que ce n’est pas possible un truc pareil ! Quelle coïncidence tout de même ! Il était là…  Sur le sol… il m’attendait… et quand il m’a vu… ben rien parce que… non il n’y avait rien du tout, sinon de quoi vous faire sourire.

Bonne journée les ami(e)s.

Billet double confinement – semaine 4

Billet double confinement – semaine 4

7/4/2020

Je te fiche mon billet revient sur le confinement…

Des chemins de traverse nous ont écartés du sujet essentiel de ce billet, à savoir le confinement, voire même le double confinement.

Vous l’avez vu dans des épisodes précédents, j’ai repris mon traitement il y a deux semaines. La pause de six semaines avait été profitable puisque j’ai subi en deux semaines très peu d’effets secondaires, et encore sous des formes faibles.

Le plus évident a été la faiblesse ressentie hier matin lundi. Je l’ai senti en montant prendre ma douche. J’ai dû ralentir le pas et faire une pause pour m’avaler la dizaine de marches pourtant douces car profondes et peu hautes. Plus tard, sous la douche, j’ai dû prendre mon temps et ensuite, m’essuyer en douceur, lentement en mesurant mes gestes et sans y mettre de l’énergie.

A ce stade, je dois prendre soin de veiller à ne pas faire le malin, outrepasser les signes, sous peine de me retrouver à bout de souffle, me demandant si j’aurais assez de force pour respirer encore.

Les journées de ce type se déroulent en grande partie allongé. Mon ambition doit rester vraiment très mesurée et je prends garde à bien écouter les signaux donnés par l’organisme.

Ça, c’est mon confinement habituel deux semaines sur trois. Cet état de fatigue interdisant longues promenades, sport, magasin. Il m’est arrivé d’aller faire des courses, mais marcher, piétiner pendant trente minutes équivaut à une balade de deux heures en montagnes. J’en ressort lessivé.

Du coup, que peut représenter concrètement le confinement covid-19 pour moi ? Si l’on se base sur ce qui est décrit ci-dessus, pas grand-chose. Mais une semaine sur trois, je fais relâche. C’est sur cette période qu’habituellement je prends les rendez-vous médicaux et les repas avec les ami(e)s.

Le confinement covid-19 ferme cette porte pour nous tous.

Ami(e)s confiné(e)s, je vous souhaite une belle journée !

8/4/2020

Je te fiche mon billet que je m’envole…

Il fait très chaud, si chaud que poser son pied nu sur le bitume devient vite une souffrance. L’air est épais, en l’absence de toute brise apaisante. Je suis sur mon vélo depuis deux heures à me balader sur les routes sans croiser grand monde. Avec cette chaleur, les gens restent confinés chez eux, volets entrebâillés, dans un lourd silence parfois brisé par le caquètement d’une poule ou le raclement d’une chaise sur les carreaux.

Après des kilomètres de rectitude, la route sur laquelle je pédale s’engage dans une longue pente encadrée par des arbres. De longs virages serpentent jusqu’à la route du bas, le long du fleuve. Je m’attends à être rafraîchi par la descente et pour en accentuer l’effet je pédale encore plus fort. La vitesse augmente. Je la maintiens en deçà du point de non-retour, accompagné du bruit régulier des roulements à bille bien graissés.

L’air me glisse dessus. Je me sens vraiment bien. Je remets quelques coups de pédale, ferme les yeux et quitte le sol. Vous ne le croirez pas, j’en suis sûr, mais voilà que je m’éloigne du sol. Je lâche mon vélo, étend mes bras, déploie mes ailes. Je plane un peu, regardant le sol, puis décide de prendre un peu de hauteur. Une pompe me fait monter sans faire le moindre geste. De moi, seul le bout de mes plumes frissonne de temps à autres.

Arrivé assez haut, je me remets à planer et commence à surveiller si une proie ne se hasarderait pas à vouloir faire mon repas. J’ai faim. Au bout de quelques minutes, j’aperçois un lapereau dans le champ sur l’ île. Je me place au-dessus, vise la direction prise par la bestiole et commence mon piqué. J’adore la sensation de vitesse que cela procure. Le sol se rapproche et au moment où je vais basculer pour freiner et sortir mes serres, je sursaute et me réveille.

Je garde les yeux fermés pour tenter de voler encore un peu, mais la magie est rompue. Moi aussi. Je me lève doucement pour ne pas réveiller Sylvie et descend. Il est 3h48, la nuit va être longue.

Chers ami(e)s confiné(e)s, envolons-nous !!

9/4/2020

Je te fiche mon billet se veut léger…

En ces temps où chacun broie un peu de noir en pensant à ses proches ou ses amis malades, à ce qu’il ferait s’il n’était pas contraint à l’enfermement, je me dis que pondre un billet sur la légèreté pourrait être une bonne idée.

Le seul souci, c’est que je n’ai pas d’idée. Par la moindre once de l’ombre du début d’une idée. A tel point que j’ai bien failli me taire aujourd’hui. Mais je ne peux pas, engagé comme je suis dans ce concours auquel je participe bêtement.

Il aurait suffi de ne pas m’inscrire et hop, pas de contrainte ! L’esprit léger, j’aurais pu glandouiller toute la sainte journée, le doute en moi n’aurait pas pu s’immiscer…

Trop tard, je suis monté sur un radeau emporté et ballotté par le courant. Je vois les berges défilent de chaque côté sans pouvoir accoster. Mais jusqu’où ? Combien de temps ? Il me reste à espérer que je n’irai pas m’écraser sur quelque rocher affleurant dans les prochains rapides.

Et merde ! Savez-vous ce qui passe par la tête d’une mouche lorsqu’elle s’écrase sur une vitre ?

Quelques définitions de la légèreté :

  • Caractère de ce qui est inconsidéré, acte inconsidéré (Éverard de Kirkham)
  • Faute commise par défaut de réflexion (Voltaire)
  • Instabilité, inconstance, manque de sérieux (Horn)
  • Caractère délicat, élégant d’un ouvrage de l’esprit (La Bruyère)
  • Caractère de ce qui est peu pesant (Larousse)

J’ai tout intérêt à considérer plutôt les deux dernières définitions pour rester dans le cadre de ce que je veux faire, à savoir alléger le poids de notre captivité. Mais je crains fort que ma légèreté ne tombe sous le coup des trois premières.

A propos, pour la mouche, la bonne réponse, c’est son cul !

Sur ces bonnes paroles, bonne journée et à demain !

10/4/2020

Mon billet s’en fiche des bonnets d’âne …

Dans certaines villes on commence à voir des drones effectuer des tâches de sensibilisation au confinement auprès des passants en diffusant le message suivant : « Rappel des consignes relatives à l’épidémie de coronavirus (Covid-19) : tous les déplacements hors du domicile sont interdits sauf dérogation. Veuillez respecter une distance de sécurité d’au moins un mètre entre chaque personne « .

Le côté Georges Orwell peut faire flipper sa race. Certains, conscients de la nature frondeuse de l’esprit français, penseraient que c’est insuffisant, ou inversement que c’est trop de pression. Pendant que les uns fustigent l’utilisation du numérique comme appui du système médical, ne sommes-nous pas en train de vivre une pandémie, d’autres aimeraient aller plus loin dans cette direction.

J’ai une proposition destinée à punir les mauvais comportements. Imaginez que celui pris en flagrant délit d’atteinte au geste barrière, au confinement ou de mauvais geste ou parole vis-à-vis d’une personne en charge de la santé voit sa photo de profil affichée sur les réseaux sociaux avec un bonnet d’âne pendant une durée convenue.

Evidemment, cela n’a aucune chance d’exister. Il est plus intéressant, surtout en ces temps chiches, de prélever du sonnant et du trébuchant. Certains me diront aussi que c’est une atteinte au droit de la personne. Ils ont raison, mais nous sommes dans une situation exceptionnelle et le contrevenant nuit à la capacité de la société entière à être protégée de ses trublions.

Un bonnet d’âne virtuel ce n’est pas grand-chose. Ça ne touche pas le porte-monnaie et ne doit pas trop faire mal à l’âme… Non, vous préférez une bonne vieille prune ? Dommage, j’aimais bien cette idée du bonnet d’âne.

Ok, remets-moi donc une lichette de prune, elle est trop bonne.

Tu ne veux pas goûter la mirabelle plutôt ?

Je ne m’appelle pas Pluto, espèce d’âne avec la tête près du bonnet !

Bonne journée bande de confiné(e)s.

11/4/2020

Mon billet s’en re fiche des bonnets d’âne …

Une certaine Marquise d’entre vous m’a demandé de pousser le bonnet d’âne, enfin le bouchon un peu plus loin. Je ne sais pas lui dire non, et elle s’en doute, la coquine. Rappel du billet précédent : Les contrevenants au confinement et aux gestes barrières verront leur photo de profil affublée d’un bonnet d’âne sur les réseaux sociaux.

L’ idée quelque peu potache mérite d’être poussée. Par exemple, les contrevenants devraient faire un kilomètre à cloche pied en file indienne en respectant la distanciation sociale et avec leur bonnet d’âne. Hors confinement, j’exècre le terme distanciation sociale, mais ici, in confino ai-je envie de dire, il perd le côté social et signifie juste les deux mètres que chacun doit laisser avec les personnes devant et derrière lui. Les féministes (je les aime d’amour), priées de bien vouloir féminiser elles-mêmes et eux-mêmes ce qui mérite de l’être, trouveront en pied du présent billet un stock de parenthèses et de lettre ‘e’ à cette fin.

Les spectateurs présents devront houspiller les contrevenants, les traiter de couilles molles, de bachi-bouzouks et autres australopithèques. Ils profiteront de l’occasion pour leur jeter à la figure toute épluchure, coquille d’œuf, œuf entier mais non cuit (faut pas abuser ça fait mal), tomates pourries et autres fèces puantes. La présence de caméras sera un plus notable afin de sensibiliser la population.

En cas de contravention répétitive, un convoi sera isolé avec les mêmes contraintes que ci-dessus, mais il faudra être nu, à l’exception du bonnet d’âne qui devra être porté sur la tête et non tenu de manière à cacher son sexe ou ses seins. On connait les petits malins… j’ai les noms !

Une chanson pourra être écrite. Il y a en ce moment un grand nombre d’artistes en ligne. L’un d’entre eux pourra bien nous pondre la fameuse chanson des bonnets d’âne. Elle sera déposée, non pas au pavillon de Sèvres, qui a dit ça c’est stupide, mais à la SACEM, et les éventuels droits d’auteurs seront intégralement versés aux hôpitaux de manière à améliorer la vie du personnel soignant que nous embrasserons affectueusement, une fois la distanciation sociale abolie.

Nous aurions pu également utiliser du goudron et des plumes, mais le goudron est peu favorable à l’environnement.

Parenthèses et lettres ‘e’ : (e), (e), (e), (e), (e), (e), (e), (e), (e), (e), (e). Si jamais il en manquait, démerdez-vous, je ne peux pas tout faire pour tout le monde non plus.

Confinez-vous bien, les ami(e)s ou vous allez défiler….

12/4/2020

Je te fiche mon billet que c’est Pâques…

Pour certains, le dimanche de Pâques est un jour de pratique religieuse, un jour où se retrouver dans un lieu de prière. Ensuite, un moment familial où la famille se regroupe autour de la table pour partager le menu spécial de Pâques. Je respecte les pratiques de chacun et les moments pour se retrouver en famille sont toujours bons à prendre.

Pour ma part, la religion m’est étrangère. Je n’en tire ni avantage, ni inconvénient, c’est juste un fait. Par contre, le repas de Pâques est depuis vingt-cinq ans que je connais Sylvie l’occasion de déguster le pâté de Pâques que composait Claude, son papa. Claude étant décédé il y aura bientôt deux ans, Sylvie en a repris la fabrication avec brio.

C’est un rituel dont le seul défaut est de rimer avec annuel. J’ai maintes fois tenté d’obtenir la confection de ce pâté à un autre moment de l’année. En vain, Sylvie reste incorruptible.

Vous trouverez la photo de celui de cette année et de celui d’il y a deux ans dans l’album Pâté de Pâques sur mon profil (https://www.facebook.com/regis.vignon/media_set?set=a.10222389903876063&type=3).

Si l’on regarde bien, c’est un pâté berrichon, sur le sommet duquel on pose de l’œuf ! Du coup, pour faire baisser la tension, Sylvie nous gratifie parfois de la version sans œuf qui permet d’attendre Pâques sans déroger à la règle établie.

Vous avez sans doute vos propres points de repères pascaux. Partagez-les avec nous.

Cette année, le confinement nous fera vivre une fête en comité réduit. Je vous souhaite malgré cela de joyeuses Pâques !

13/4/2020

Je te fiche mon billet que Macron va parler…

Ce soir le président nous cause. À 20h02 ! A l’occasion notre république est devenue minutière. Avant, elle se contentait d’être à l’heure. Maintenant, la précision comptable est telle, et peut-être l’emploi du temps présidentiel aussi, que les allocutions sont à 20h02. J’attends comme vous l’annonce de la prochaine allocution pour 20 heures 2 minutes et 32 secondes.

Qu’importe après tout ! Ne chipotons pas. La minute est comptable, mais l’heure est grave. Chacun s’accorde à imaginer que le confinement va être prolongé. Ce que l’on ne sait pas, c’est de combien. Si nous confinions jusqu’à mi-mai, cela nous ferait une durée totale de presque deux mois. Deux mois à prendre l’apéro tous les jours à 19h00, à regarder à la même heure nos amis musiciens tenter d’exister derrière leur téléphone, parfois, choisir avec une certaine gêne entre deux prestations qui nous intéressent, puis à applaudir le personnel du système à la fenêtre à 20h00. Notre emploi du temps est organisé en partie par les réseaux sociaux.

Si nous n’avons plus la liberté de nous mouvoir comme bon nous semble, attention je ne remets pas cela en cause, nous n’avons plus la liberté de faire ce que l’on veut. Ces petits rendez-vous sont des exemples de notre besoin de vie sociale. L’homme est un animal social disait Aristote.

Aujourd’hui, la radio, la télévision, l’internet nous informent de ce qu’il faut faire ou de ce qu’il ne faut pas faire. Certes le facteur ne passe plus tous les jours, mais nous ne sommes pas coupés du monde. Je m’interroge sur ce qu’il se serait passé si le Covid-19 nous était tombé dessus avant internet, avant la radio, avant l’imprimerie. Rappelons-nous que la peste a éliminé 25 à 50% de la population européenne. En France, 38% de la population a été décimée.

La crise du Covid-19 ne s’arrêtera pas au déconfinement, ne l’oublions pas. Son utilité est de donner aux infrastructures hospitalières la capacité de répondre. L’attendre comme la libération ultime serait une erreur. Des mesures d’accompagnement ne manqueront pas. Sera-t-il opportun d’en parler ce soir ?

Rendez-vous ce soir à 20h02 pour en savoir peut-être plus ? La grosse question pour laquelle nous attendons tous réponse : le président Macron parlera-t-il de l’opération bonnets d’âne ?

Bon lundi les aminches !

P.S. : le pâté de Pâques et le pain étaient une tuerie. Il reste des deux. Vivement l’heure du repas…

Billet double confinement – semaine 3

Billet double confinement – semaine 3

31/3/2020

Tiens, nous sommes encore confinés sur Mars !!

Pris dans l’étau de ce double confinement, je surprends les jours à s’effilocher comme une trop vieille laine. Je ne cherche même plus à les retenir, trop vifs pour moi, ratatiné que je suis sur l’ombre des jours enfuis au fond de ma cale. Partout chacun s’essaye à faire sourire, rire pour les plus hardis. Mais chaque blague, chaque pirouette ne laisse qu’un goût amer dans la vaine et mince turbulence de son passage.

Une amie, naturellement pétillante a maintenant l’œil éteint, le maquillage délavé par… comme un espoir encore déçu qui aurait glissé sur sa joue. Sa bouche gourmande n’embrasse plus que de tristes rictus nourris aux tétons de sa désespérance. Deux semaines de confinement semblent avoir cet étrange pouvoir de transformer le désir en pitié.

Pendant ce temps où nous échangeons des conneries sur les réseaux sociaux, d’autres sont au front. Cachés sous des habits de cosmonaute, ils enfilent des tuyaux dans les gorges, disent un mot gentil, se mettent à plusieurs pour retourner en cadence un homme sédaté. Ils appellent, le cœur au bord des lèvres, la famille d’un monsieur qui a entamé son ultime glissade, si jamais ils souhaitaient le voir une dernière fois.

Plus tard ce sera « votre papa est décédé. Si vous souhaitez le voir, venez vite, nous ne gardons par les corps longtemps ». Personne ne viendra, la peur de choper le virus fait son œuvre. Ailleurs, on dépossède les familles de cette possibilité de voir le défunt. Le soir, ils rentrent chez eux et trouvent un mot sur leur porte qui leur demander de quitter l’immeuble. Fourbus, harassés, écœurés physiquement et moralement ils sombrent dans un sommeil sans fond, même plus réparateur.

Demain nous reprendrons nos grimaces pour exorciser notre ennui. Eux renfileront leur tenue de cosmonaute et sauverons des vies. Gardons cette image lorsque tout sera fini. Cette image plus l’impossible et ridicule espoir que si l’humanité apprenait à être moins conne à l’avenir elle pourrait peut-être, éventuellement, gagner son droit à vivre. Sans cela point de salut.

Désolé ma légèreté s’est fait la malle aujourd’hui ! Pourvu qu’elle revienne demain ! Bonne journée les ami(e)s !

 

1/4/2020

Hier vous avez dû voir plein de posts vous rappeler qu’aujourd’hui c’était le 1er Avril et que ce jour-là il fallait s’attendre à une avalanche de blagues plus ou moins potaches ou de bon goût.

Si vous suivez mes matinales aventures, vous savez qu’hier était un jour maudit. On m’avait dérobé ma légèreté.

Non que le confinement m’ait fait grossir au point que ma balance, ultra moderne, ne m’ait tancé avec un « Qui est ce lourdaud que je ne connais pas ? Par contre, vous n’auriez pas vu Régis ? Je ne l’ai pas pesé depuis…. Trop longtemps !!! ».

Ma légèreté n’est pas de celles-là, plus de celles qui œuvrent pour que les choses se passent en douceur, délicatement, en ménageant les autres. Pour notre bien-être commun, il me fallait donc absolument tout faire pour la récupérer.

Depuis une dizaine de jours, je travaillais à un texte, au thème imposé, destiné à en rejoindre d’autres, écrits par d’autres auteurs dans un même livre. Chacun devait aborder le sujet sous un angle particulier.

J’ai rendu ma copie hier, et à ce moment précis, j’ai senti un impressionnant bien-être m’envahir. Avec son amie satisfaction du devoir accompli, la discrète était revenue. La séparation avait été courte, elle a aisément retrouvé la place que je lui avais gardé. Une fois bien blottie au chaud, elle a immédiatement repris les commandes pour accrocher un sourire à ma face, assouplir mon pas, égayer mes pensées, que sais-je encore.

Et bien, comment vous dire, puisque l’heure est plus à la vérité qu’à l’action, je dois vous l’avouer, ne m’en veuillez pas trop, je n’ai jamais perdu ma légèreté. Elle est ma fidèle amie depuis toujours, je vous le jure. Je peux même cracher s’il le…. Non ça je ne peux pas…

En relisant, je me dis que parler de légèreté en ce moment empreint de gravité risque fort de me faire passer pour un gros lourdaud. Sachez que je n’oublie en rien la saleté de virus qui met en terre tant de gens et en blesse tant d’autres. J’adresse mes amitiés à celles et ceux qui sont frappés et à celles et ceux qui les soignent.

Un jour, nous pourrons aller et venir sans contrainte. Ce jour-là il faudra que notre résilience nous permette de ne pas oublier.

Bien chers ami(e)s, ma légèreté et moi vous embrassons et vous souhaitons un Joyeux Noël !

 

2/4/2020

Ce matin, je déambule à grandes enjambées dans ma tête. Un dilemme insoluble me tiraille. D’une part j’ai décidé de faire des petites chroniques des bons livres que je lis, en écartant les moins bons, sous le fallacieux prétexte que ne rien dire des mauvais livres serait la meilleure façon, et peut-être la plus cruelle, de traiter la médiocrité. D’autre part, je suis en phase terminale d’un livre qui me pose souci par rapport à ce principe.

L’auteur se raconte avec une lucidité sans pitié. La démarche est courageuse et difficile. Ne serait-ce pas sa manière de s’autopsychanalyser afin de sortir grandi de l’exercice ? Ce n’est pas rien d’oser afficher, j’allais écrire ses turpitudes mais ce n’en sont pas, son attitude désinvolte d’éternel étudiant bambocheur.

Nous pouvons tous nous retrouver dans ce qu’il décrit. Nous avons tous et toutes eu une période où le jour faisait mal à des yeux, plus habitués à l’ambiance nocturne des bars et boites où se tramaient nos discussions enfumées et nos infinies beuveries, qu’à la lumière crue de la journée. Mais nous avons refermé cette époque, incompatible avec l’état de salarié.

Notre auteur est étranger à un travail cadré. Il vit d’écriture d’articles, de livres, de scénarios, ce qui lui autorise ses nocturnes expéditions. Il nous raconte comme il est difficile, une fois passé la cinquantaine, de garder la tête haute à agir comme un étudiant alors que l’on ne l’est plus depuis longtemps. D’autant plus que ses compagnons et compagnes de nuit sont jeunes, eux. L’une est d’ailleurs très belle et sans pitié, qui lui fait remarquer très crûment.

Il évolue parmi des beautés, qui se dérobent de plus en plus à ses avances. Il est lucide. Il a de la tendresse pour elles, pour ses compagnes et compagnons de virées. Beaucoup de tendresse pour les gens qu’il côtoie mais la dent dure aussi. En particulier avec une bande d’humoristes radiophoniques professionnels, dézingueurs de têtes de turc sacrifiées sur l’autel de leur propre célébrité. Il a été au milieu d’eux et les connait bien. Il les a analysés, il est très bon pour cela.

Il a changé les noms, histoire d’éviter les emmerdements, mais pas assez pour nous éviter de les reconnaître. C’est un peu comme le basse-boite des fêtes foraines. Tout le monde gagne. Et certains prennent cher, à juste titre.

Il a aussi beaucoup de tendresse pour lui-même, comme s’il s’observait de l’extérieur avec cette lucidité évoquée plus haut. Du coup, on a aussi beaucoup de tendresse pour lui. Sur le plan de l’écriture, et bien c’est écrit. Ne nous attendons pas à un style décoiffant ou un souffle poétique hors norme. L’écriture est à son service, pas l’inverse.

Du coup, je reviens à mon dilemme de départ. Vais-je faire ou pas une chronique sur son livre ?

Sur ce, mes ami(e)s, je vous souhaite une belle journée. Il fait beau au-dessus de notre confinement.

 

3/4/2020

Nous commençons à voir fleurir les envies d’après. Comme au printemps, les fleurs du cerisier, en prime de leur japonaise beauté appellent les cerises de l’été, notre période de confinement, revenue en troisième semaine et sans doute plus à venir, appelle à se projeter. Quelle est la première chose que vous ferez, une fois ce déconfinement terminé ?

Serez-vous comme les animaux hibernants ? Confinés dans la tiédeur du nid des mois durant, blottis les uns contre les autres, un premier sent quelque chose qui a changé dans l’atmosphère. Il hume, sa truffe gigote un peu. Il ouvre les yeux, commence à grogner, à bouger ses pattes. Les autres commencent à peine à ouvrir les yeux qu’il est déjà dehors.

J’ai lu récemment que l’un(e) d’entre vous souhaitait rester à la maison pour se reposer du confinement. Voilà ce dont nous avons besoin, un éclat de rire, un putain d’éclat de rire. Du genre qui résonne fort, histoire d’en profiter longtemps. Le rire est une thérapie gratuite, je vous le conseille. Ça fait du bien et c’est gratuit, pourquoi s’en priver ?

La plupart d’entre vous iront sans doute voir leurs proches, privés de visites et de contact familiaux, amicaux et tactiles pendant des semaines. Les retrouvailles seront rassurantes, à moins que l’irrémédiable ne se soit produit. Mais dans ce cas, vous l’auriez déjà su.

Certains iront dans des magasins acheter des choses non essentielles, par exemple l’outil qui va bien pour réparer un truc cassé deux semaines avant mais impossible à fixer sans l’outil adéquat.

Ma fille appellera l’opticien pour récupérer les lunettes qui vont enfin soulager ses yeux d’étudiante assidue et courageuse. Mon fils ne changera rien à sa vie de geek gamer en contact virtuel avec des gens de toute la planète depuis son PC.

Pour ma part, j’irai sans doute reconstituer ma PAL (Pile de bouquins À Lire), dont l’impossible maigreur m’inquiète de plus en plus, chez mon libraire de proximité, en espérant que cet épisode n’ait pas décidé de sa fermeture.

Et vous que ferez-vous ? Si jamais ce confinement se termine un jour, bien entendu ? Avez-vous une envie saugrenue, folle, délirante ?

Bonne journée les ami(e)s !

 

4/4/2020

Hier, sans le vouloir presque malgré moi, je me suis retrouvé transformé en catalyseur. Deux amies Facebook, l’une que je connais depuis pas mal de temps, l’autre depuis peu, se sont retrouvées sur un de mes posts alors qu’elles s’étaient perdues de vue depuis 25 ans.

Le hasard est une composante farceuse de la vie. Certains y voient la manifestation de Dieu. Pourquoi pas, encore faut-il croire ? Et ne pas croire n’empêche en rien le hasard de manifester son existence.

Les scientifiques voudraient comprendre les paramètres de sa survenue. Les scientifiques veulent toujours comprendre comment. Ils veulent aussi l’écarter des expériences afin de produire des données fiables. Les philosophes s’y intéressent aussi. Je subodore qu’ils voudraient comprendre pourquoi. Pour eux, le hasard devient une partie intégrante du système. Une manière de tenter de le maitriser sans doute.

Est-ce le hasard qui a fait se croiser le pangolin porteur du virus et le patient zéro ? Le fait que certains chinois apprécient de manger des animaux atypiques pour les occidentaux ne doit rien au hasard, pas plus que le fait de déguster un pâté de sanglier pour nous autres. C’est plus une habitude culturelle. Quelque chose que l’on se transmet de génération en génération.

Mais le fait que ce pangolin virussé ait croisé la route de ce patient zéro, ça c’est du hasard. Enfin, peut-être, certains vous diront que les deux étaient prédestinés à se croiser. Et là, ce n’est plus du hasard, mais de la croyance.

Tout ça pour revenir sur les études chloroquine du professeur Raoult. Ses résultats semblent parlants. Mais des patients décédés ont été sortis des résultats, ce qui jette le doute. Lorsqu’une cohorte (groupe de personnes intégrées dans une étude clinique) est définie, on doit la retrouver entière en sortie de l’étude.

Tout scientifique le sait pertinemment, dont le travail est d’écarter le hasard et de produire des données fiables et reproductibles. C’est la reproductibilité qui écarte le hasard.

En ne procédant pas ainsi, le professeur Raoult a prêté le flanc à la critique de ses pairs. Certes, d’autres études sont en cours, mais il faudra des semaines avant d’en avoir les résultats, alors qu’en procédant plus rigoureusement, en éliminant le hasard, il aurait fait gagner des semaines et sauvé des vies, un des piliers du serment d’Hippocrate. A propos, connaissez-vous le serment d’Hippocrate ?

“Au moment d’être admis(e) à exercer la médecine, je promets et je jure d’être fidèle aux lois de l’honneur et de la probité.

Mon premier souci sera de rétablir, de préserver ou de promouvoir la santé dans tous ses éléments, physiques et mentaux, individuels et sociaux.

Je respecterai toutes les personnes, leur autonomie et leur volonté, sans aucune discrimination selon leur état ou leurs convictions. J’interviendrai pour les protéger si elles sont affaiblies, vulnérables ou menacées dans leur intégrité ou leur dignité. Même sous la contrainte, je ne ferai pas usage de mes connaissances contre les lois de l’humanité.

J’informerai les patients des décisions envisagées, de leurs raisons et de leurs conséquences.

Je ne tromperai jamais leur confiance et n’exploiterai pas le pouvoir hérité des circonstances pour forcer les consciences.

Je donnerai mes soins à l’indigent et à quiconque me les demandera. Je ne me laisserai pas influencer par la soif du gain ou la recherche de la gloire.

Admis(e) dans l’intimité des personnes, je tairai les secrets qui me seront confiés. Reçu(e) à l’intérieur des maisons, je respecterai les secrets des foyers et ma conduite ne servira pas à corrompre les mœurs.

Je ferai tout pour soulager les souffrances. Je ne prolongerai pas abusivement les agonies. Je ne provoquerai jamais la mort délibérément.

Je préserverai l’indépendance nécessaire à l’accomplissement de ma mission. Je n’entreprendrai rien qui dépasse mes compétences. Je les entretiendrai et les perfectionnerai pour assurer au mieux les services qui me seront demandés.

J’apporterai mon aide à mes confrères ainsi qu’à leurs familles dans l’adversité.

Que les hommes et mes confrères m’accordent leur estime si je suis fidèle à mes promesses ; que je sois déshonoré(e) et méprisé(e) si j’y manque.”.

Le serment ci-dessus provient du site du Conseil national de l’Ordre des médecins.

Bonne journée les ami(e)s. Prenez soin de vous et de vos proches.

 

5/4/2020

Je te fiche mon billet que l’ambiguïté…

Ces petits billets matinaux sont une véritable surprise pour moi. Rien n’est anticipé, pas de ligne directrice. C’est de la quasi-improvisation qui me fait découvrir à peine avant vous, ce que je vous raconte. Aujourd’hui je me sens joueur, taquin, un peu sur le fil…

J’ai vu une jeune femme caresser sa chatte. Le poil court, bien peigné, derrière son aspect tranquille on sentait la fougue prête à bondir. Quand on voit un bel animal comme cela, reconnaissons-le, il est difficile de résister à l’envie de le caresser.

L’ambiguïté peut être révélatrice en mettant au jour nos fonctionnements internes. Ainsi, nous lisons souvent ce que nous voulons lire et non ce qui est écrit. Comme il arrive que nous entendions ce que nous voulons entendre et pas toujours ce que l’on nous dit. Si j’avais écrit son chat, la lecture eût été différente, ne croyez-vous pas ? Quoi que … Comme pour ce qui suit, où un redoublement de consonne change tout.

Elle tangue un peu, l’alcool l’a placé dans une ambiance cotonneuse. Elle se sent en retard, en décalage avec elle-même. Après avoir esquissée un léger sourire, elle se mord doucement la lèvre inférieure, bascule son poids sur une jambe et s’assoie doucement sur la bitte. Elle respire un grand coup, ferme les yeux et écoute les drisses claquer contre les mâts, formant ainsi une musique atonale incitant au voyage.

Comment se faire emmener où l’on ne veut pas aller ? Il suffit de pas grand-chose, pour faire tomber les murs et s’évader d’une prison souvent construite par nous-même. Il n’en serait pas de même si nous étions réellement emprisonnés, bien entendu, mais notre actuel confinement est volontaire, fortement incité (135€ tout de même) mais volontaire. Et les murs qui nous entourent sont familiers, ce sont les nôtres.

Tel le passe-muraille de Marcel Aymé, nous pouvons traverser les murs. Évitons juste de ne pas finir comme lui, emprisonné à jamais dans le dernier. Comme une banale habitude qui foirerait une ultime et tragique fois.

Une fois le confinement terminé, j’irai la voir. Elle sera là, devant moi, bien plantée au sol, ses formes juste assez rondes pour séduire. Très années 90, elle est jeune, bien entretenue. Une fière allure mais sans ostentation aucune. La discrétion personnifiée, fiable mais avec du caractère. Nous nous regarderons longuement. Il arrivera un moment où je n’y tiendrai plus. Je monterai dessus, passerai une vitesse et vroom, partirai en balade sur ma jolie petite moto.

Bonne journée les ami(e)s.

 

6/4/2020

Je te fiche mon billet sur l’ubiquité…

Il y a des années j’ai dit à mes enfants qu’ils devraient inventer deux choses : l’ubiquité et la téléportation. J’adore mes enfants, mais à cet instant et sur les deux sujets, je dois reconnaître que c’est un échec cuisant. Mais admettons…

Les deux apps seraient sur les stores Apple et Android.

Régis, tu peux aller chercher du pain, steuplé ?

Ok je gère.

Les attestations sont dans le ….

Je sais, mais j’ai mieux !

Déconne pas, on n’a pas 135 boules à jeter par la fenêtre !

Et me voilà sur le store Apple en train de charger l’appli Ubiquité. Pourquoi celle-là d’abord ? Facile, pendant que je l’utilise et suis à la boulangerie, l’autre moi est toujours à la maison en train de charger l’appli Téléportation. Et oui, dans l’autre sens ça ne marchait pas pareil !

Ubiquité ! Voyons les paramètres obligatoires pour pouvoir utiliser l’appli…

Nom : Vignon

Prénom : Régis

Lieu de résidence : chez moi, connard !

Avez-vous vu le film La Mouche ? : Oui, et alors…

Etes-vous conscient des risques psychologiques et physiques encourus ? : Oui, euh, mais de quoi causent-ils ?

Avez-vous déjà rédigé ou déposé un testament chez un notaire ?…

Chérie, finalement, je prends la voiture, deux baguettes ça va ?

Ouais, deux tradis, steuplé !

Et deux tradis qui marchent…

Bonne journée les ami(e)s !

Billet double confinement – semaine 2

Billet double confinement – semaine 2

24/3/2020

Qu’est-ce que tu fais aujourd’hui ?

Tu veux dire au jour d’aujourd’hui ?

Euh non, aujourd’hui, ça suffit…

Tu ne trouves pas que dire au jour d’aujourd’hui, ça renforce la maintenantitude ?

Si si, comme quand on dit t’es con de chez con, ça renforce ta conitude. Du coup tu fais quoi ?

Qu’est-ce que tu veux que je fasse ?

Oh mais moi, je veux rien, je te demande ce que toi, t’as envie de faire…

T’as pas d’envie ?

Si.

Et ben, dit quoi !

Quoi !

Fais gaffe ou je vais te re causer de conitude !

Oh ça va on peut plus blaguer maintenant ! Non, j’irais bien me promener sur les bords de la Seine en fait.

Non, c’est pas possible.

Tu m’demandes ce dont j’ai envie, je te le dis et toi, sèchement « Non, c’est pas possible ».

Je ne suis pas sec.

Et bien sèche toi et fais pas chier !

Je ne suis pas sec quand je te dis non « c’est pas possible ». C’est un fait, juste un fait.

Ah c’est ta fête au jour d’aujourd’hui ?

Oui et la conitude, c’est quand on est con, mais alors vraiment très con ! Le préfet a interdit l’accès aux berges de la Seine dans toutes les Yvelines.

Dans celle où on habite aussi ?

Merde.

Quoi merde ?

On est confiné, batard. C’est le jour huit du confinement. Tu me les brises. Adieu, j’me casse au salon.

Bonne journée quand même au jour d’aujourd’hui !

25/3/2020

Le printemps est là. La végétation est énervée, impatience, confinée qu’elle a été des mois durant (ou dupont, comme vous l’entendez…) dans un faux temps humide et peu froid. Les gros bourgeons sont tendus comme le string d’une Kardashian. On se retient même de poser le doigt dessus de crainte qu’il nous explose à la figure. Faut-il garder une distance d’un mètre, même avec les bourgeons ?

A noter ce matin l’expression « Tiens, si je m’autorisais une sortie ?», sorte de mise en abyme dont l’instrument de mesure est l’attestation, mais attention, pas n’importe laquelle. Nous avons une version 2. Une pensée émue pour ceux qui, prévoyants, en avaient imprimé une pile d’ avance. C’est mort les gens, vos piles d’attestations, témoins d’une vertueuse anticipation, sont obsolètes. Et comme vous l’imaginez bien, présenter l’ancienne vous coûterait cher. Mettez-vous donc au goût du jour. Comme la mode qui, au vu de notre irrépressible envie de changer de fringues très souvent, renouvelle ses modèles régulièrement, l’état change ses attestations, entre autres pour horodater votre sortie.

Ce n’est pas très grave, on va s’habituer. L’humain s’habitue à tout, sa résilience est quasi sans limite. Par exemple, en ce neuvième jour de confinement, je referme ma sixième semaine de moratoire thérapeutique et reprend mon traitement anti-cancer. Je ne peux pas dire que je cours partout dans la maison en criant des « youpee », des « chouette c’est pas trop tôt », ou encore « trop cool », mais depuis plus de trois ans que je m’infuse cette bombe qui me sauve, j’en connais les caractéristiques. La nouveauté c’est que je vais tester le double confinement, l’un avec attestation, l’autre avec détestation.

Surtout, épargnez-vous et épargnez-moi toute forme d’apitoiement, inondez-moi plutôt de votre sourire !

Bonne journée les ami(e)s !

26/3/2020

Comme on pose un pas après l’autre sans y réfléchir, le confinement s’est tellement installé dans notre vie que l’on se demande bien ce qui pourrait encore nous étonner. A quoi peut bien servir un journal dans ces conditions ? Un journal qui radoterait, juste pour dire qu’il existe alors qu’en fait il n’a rien à dire.

J’ai lu hier un journal très amusant où une personne présentait la visite de son appartement comme s’il s’agissait d’une excursion, du genre de celle proposée en voyage organisée. Et ça terminait par un truc du genre « et nous serons de retour vers 19h30, juste à temps pour pouvoir applaudir le personnel de santé par les fenêtres ouvertes du salon. »

J’ai aussi lu un article qui m’a fait me questionner sur la bonne santé mentale de certains. Un journaliste s’interrogeait sur l’évolution du marché des îles à vendre pour les super riches. Oui le marché a évolué. Les riches chercheraient des endroits pour s’éloigner du virus couronné. Ou alors achèteraient des respirateurs à 20.000 boules au cas où. Mais finalement, la communication de l’entreprise qui vend les îles date de 6 semaines. Du coup, ce n’est peut-être pas lié au coronavirus… comment dire ?

La situation me rappelle une marche de fin de stage commando. Trois nuits de marche dans la neige de la Forêt Noire. Nous dormions dans nos sacs à viande dans la neige. Le paysage était sublime, nous étions lessivés, des robots à marcher. Je me souviens d’un ami qui s’est endormi en marchant sur un chemin montant légèrement. À droite, la pente montait vers le ciel, à gauche, elle dégringolait vers le néant. Petit à petit il a commencé à dériver vers la gauche, ses pieds ont tapé sur la boursouflure de neige qui longeait le chemin. Il a disparu, tombé dans la pente sans se réveiller. Rien de grave, rassurez-vous. Le sergent a annoncé une pause. La dernière nuit, nous marchions entre les vignes et évoquions ce que nous ferions à notre première sortie. Mon fantasme était de me taper une belle pièce de viande avec des frites et un ou deux tonneaux de bière. Ce que j’ai pu réaliser plus tard, mais avec moins de bière…

La période que nous vivons a quelque chose de cette longue marche. Une marche dans notre tête, puisque pour le reste ce n’est pas simple.

Ce jour, un groupe de 400 experts en sécurité informatique du monde entier s’est créé afin de lutter contre la cyber criminalité. Elle profiterait de la crise actuelle pour déployer sa nuisance. Les entreprises, qui utilisent à plein le télétravail, craignent pour leurs données et pour les capacités de travail de leurs employés. Un volume de phishing inhabituel aurait été constaté.

Nous sommes plus de trois milliards à être confinés. Prenez soin de vous et des autres.

27/3/2020

Le confinement tourne au désespoir pour certains. Les microcosmes familiaux se tendent, se cristallisent. Les conflits larvés habituellement tenus secrets sortent au grand jour et font exploser leur violence faute de dérivatif. Le confinement accroît les tensions, c’est visible sur les réseaux sociaux où les expressions se font plus rudes qu’à l’habitude, les positions plus tranchées. Les mots sont des épées, des armes. Comment réagir à un mot aiguisé si nos mots ne permettent pas de faire ressentir exactement le fond de sa pensée. C’est la fête aux insultes, aux replis sur des comportements reptiliens standards. On perd sa lucidité et son ouverture d’esprit, celle qui permet d’écouter l’autre et de lui laisser une part de vérité. Seule la nôtre, ou ce que l’on croit être la nôtre, se voit accorder le droit d’exister.

Ailleurs on pratique l’apéro virtuel. Chacun met en scène sa bonne bouteille, son meilleur whisky, ses petits plats et ses cacahuètes. On partage une activité simple, conviviale, familière sans être obligé de disserter sur les raisons pour lesquelles nous sommes enfermés, car c’est bien ce que nous sommes. Au détail près que nous avons le droit de bouger un peu, sous certaines conditions. Nous acceptons notre confinement malgré ses contraintes, car il bénéficie à notre société. Restons altruistes malgré le caractère grégaire de nos petits égoïsmes. J’aime cet apéro et son côté amusant. Il est décontracté, gratuit, sans prise de tête et je m’y adonne avec plaisir. Le groupe atteint bientôt 5000 personnes en dix jours.

Faute d’exercice physique, si certains font du jogging le long des murs de leur tête, d’autres tournent en rond dans leur cerveau. Il faudrait leur dire que cela ne sert à rien. Il n’y a aucune sortie que de se regarder en face, bien en face. La vie nous offre une occasion inespérée de faire le point sur ce que nous sommes, ce que nous voulons faire de notre vie. Quelle est cette société dont nous rêvons ? Une société plus juste, moins tournée sur le dieu pognon, plus sur l’idée de fraternité et de respect de notre environnement. Sortir du paradigme cul de sac où de moins en moins de gens sont de plus en plus riches et vice versa, avant que cela ne se règle par un déchaînement de violence no limit.

Sinon, au jour 3 de la reprise de mon médoc, je sens la charge monter en moi. Mais c’est léger. Je le sais parce que je connais bien l’histoire. Ce serait encore imperceptible pour un « novice ». Juste un peu la tête moins libre, le signe que la tension est en train de monter. Je le sais plus que je ne le sens. Pour l’heure, je reste juste confiné, pas encore doublement confiné. Pour être plus exact, et malgré le côté paradoxal que cela peut présenter, retrouver les signes connus du traitement me ferait plutôt sentir moins confiné, comme un peu libéré.

Ça y est le jour est totalement levé, il est l’heure de vous souhaiter une belle journée.

28/3/2020

Vous connaissez tous Gstaad, la station de sport d’hiver connue parce fréquentée par des gens connus. Elle a une petite sœur, au nom tout autant imprononçable : Ischgl. Je vous mets au défi de le prononcer sans brumiser votre voisinage. Non, ne le faites pas, en ce moment, c’est déplacé. Les drones de sécurité pourraient fort bien vous taser (2500 volts, sans les intérêts) pour sanctionner un comportement si Antisocial, tu perds ton sang-froid / Repense à toutes ces années de service / Antisocial, bientôt les années de sévices / Enfin le temps perdu qu’on ne rattrape plus. Pardon je m’ égare…

Alors Ischgl ? Et bien, cette station de sports d’hiver serait un gros foyer de dissémination du coronavirus. Principalement, parce que, dans les soirées « d’après-ski », détendus mais alourdis par une copieuse journée de ski, les fêtards vont jouer au beer-pong dans un bar. Vous l’avez compris, loin de notre sympathique apéro du soir, il s’agit ici de boire beaucoup. Les serveurs utilisent un sifflet pour se frayer un chemin entre les buveurs, tous sifflant dans le même sifflet. Si généralement une personne peut en infecter 2,5 autres, ici l’un des serveurs de ce bar aurait infecté une quinzaine de personnes. Certains pays ont blacklisté la station dès début mars. Mais l’Autriche a fait la sourde oreille longtemps avant de fermer la station. Pour quelle raison ? Potentielle catastrophe économique pour la station et la vallée.

Je lancerai bien un Ischglton afin de pouvoir offrir à cette ville les quelques voyelles dont elle manque pour s’offrir un nom prononçable et à ses édiles un essai sur ce que recouvre la notion d’humanité.

Sinon, nous sommes samedi, ce qui ne change rien pour nous, confinés entre nos quatre murs. Ni pour celles et ceux qui vont continuer à soigner les malades du virus. Une nouvelle journée à se calfeutrer sous des protections peu pratiques, en espérant qu’elles soient suffisantes, avant d’entrer dans une salle contenant les patients. Ils en sauveront un grand nombre, mais pas tous. Cela laissera une trace indéfectible dans leur mémoire.

Il faudra aussi ne pas oublier les comportements inqualifiables (j’ai bien trouvé plein de mots, aucun n’est parfait) de celles et ceux qui, dans leurs immeubles, placardent des notes destinées à ces soignants qui ont l’outrecuidance d’habiter dans le même immeuble qu’eux, les « innocents », pour leur demander de ne pas toucher la rampe d’escalier ou même d’aller habiter ailleurs. Souvenons-nous aussi des parents d’une amie, traitée comme des pestiférés par leurs soi-disant « amies » de l’immeuble parce qu’une infirmière vient tous les jours soigner l’un d’entre eux.

En temps de crise, les masques tombent pour laisser s’exprimer le meilleur et le pire de l’être humain.

Chers confinés, cher personnel soignant et autres actifs, prenez soin de vous.

29/3/2020

Hier, le confinement m’a parlé de livres. Il m’expliquait que sa finalité première, qui n’est pas de faire en sorte que les parents remplacent les professeurs à l’avenir mais bien de sauver des vies, en cachait une autre, plus discrète mais tellement importante. La curiosité qui bondissait en moi me fit l’interroger dessus.

Il me dit « mais que fais-tu en ce moment ?».

Tu le vois bien, je lis. Mais je lis tous les jours, ça n’a rien à voir avec toi, espèce de vantard !

«Es-tu certain que je n’ai pas incité certain à mettre le nez dans un bouquin ? ou à réfléchir à la lecture ? ».

Je ne peux le savoir. Pourquoi pas, peut-être. Et si tel est le cas, c’est bien. Il est aussi vrai que j’échangeai avec une amie, par la voie des réseaux sociaux rassure-toi, qui expliquait s’offrir deux livres par semaine depuis des temps immémoriaux et du coup donnait des livres pour n’en garder que l’essentiel. Je lui répondis que c’était juste pour faire de la place aux nouveaux.

Cette nuit je pensais à des images d’appartement d’écrivains et de poètes, des murs recouverts de piles de livres du sol au plafond, des cathédrales de livres au milieu des pièces. Des vies entières de livres décrivant parfois des vies entières. Des mondes infinis contenus dans ces petites boîtes qui, une fois refermées, gardent un peu de nous.

Et je repensais au livre que je viens de terminer. L’auteur y parle de Glenn Gould, fou de Bach, qui arrêta ses concerts à trente-deux ans pour vivre plus intensément son amour pour le musicien, qu’il continua d’honorer par ses enregistrements. Ecoutez ce qu’il en dit « Dans la musique on est comme dans l’amour : engagé sur le sentier de la vie faible. On va du point A au point B, d’une lumière à une autre. On est entre les deux, trébuchant dans le noir. Vivant d’incertitude et souriant d’hésitation, attentif à ce mouvement en nous de la vie frêle, oublieux du reste. ».

Je me faisais la réflexion que si certaines de nos activités nous éparpillent l’âme et nous font perdre le contact avec nous-même, d’autres nous permettent d’en recoller les fragments et de la positionner bien au milieu de nous. Quand nous faisons de la musique, quand nous lisons, nous écrivons, nous nous sentons pleinement bien, notre âme s’est replacée au milieu de nous, bien équilibrée, tiraillée en rien. La plénitude.

Le même auteur parle des images que lui inspirent des fleurs, et croyez-moi il va loin dans ce sens. A celui qui voudrait l’accuser de mièvrerie, il précise « Que dira-t-on à maître Dögen, ce sage du treizième siècle japonais, lorsqu’il écrit : « L’univers entier est fait des sentiments et des émotions des fleurs » ? »

Pour en finir, je ne peux pas omettre de vous citer ce que notre auteur a trouvé dans Suréna un ouvrage de Corneille et qui concerne l’inépuisable douleur de vivre et pourrait bien être la synthèse de toute vie « Toujours aimer, toujours souffrir, toujours mourir ».

J’ai déjà parlé de cet auteur, il s’appelle Christian Bobin. Poète prosateur, il a le pouvoir de mettre à jour les ressorts des humains à coup d’images, lesquelles, une fois assemblées, composent l’essence même de la personne.

Bon dimanche les ami(e)s !

30/3/2020

La nuit précédente, vous l’aurez noté, on nous a volé une heure. C’est une honte, un scandale ! Il parait qu’on nous la rendra dans six mois, mais sans intérêt. Il y a un an, en mars 2019 nous avions voté massivement (80%) pour arrêter cette semestrielle connerie. Le parlement Européen l’avait acté pour 2021.

Deux ans, putain deux ans ! C’est là que l’on se dit que notre Europe est bien loin de ses ouailles. Deux ans pour ce qui ne semble pas représenter une montagne de complexité. Deux ans ça pourrait être l’éternité si on s’en donnait la peine. Ce n’est pas en avançant à petits pas mesurés que notre chère Europe nous prouvera qu’elle nous veut du bien.

Elle a pris cette odeur légèrement aigre et poussiéreuse des intrigues de couloir, des entregents experts, des discussions chuchotées, tellement importantes et confidentielles qu’elles ne doivent surtout pas tomber dans l’oreille de n’importe qui. Alors que nous attendons d’elle de la fougue et du courage, qu’elle décoiffe le monde, bouscule un ordre établi depuis trop longtemps par une voix univoque et égoïste. Qu’elle fasse dégringoler d’un coup tous ces dominos patiemment posés les uns à côté des autres par des endormis qui croient que l’immuable monde s’est arrêté de respirer.

De la vie ! Il faut mettre de la vie dans ce mastodonte endormi. Il faut mettre de l’envie aussi, de l’ambition dans cette baudruche. Nos jeunes se croisent, se fréquentent et parfois s’aiment chez l’ami Erasmus. Ils sont bien plus européens que nous, mais que doivent-ils penser de ce que nous en avons fait ? Rendons-nous compte, de plus en plus de gens désabusés n’espèrent que la quitter. Certains le font, même s’ils se rendent compte que ce n’est pas aussi simple qu’ils l’avaient imaginé. A moins qu’ils n’aient imaginé que le seul fait de lui dire adieu allait tout résoudre. Hé les gars, ouvrez les yeux !

Nous sommes confinés, qu’avons-nous à faire de l’Europe, me direz-vous ? C’est vrai, il y a des choses plus importantes, ou plus prioritaires, ou les deux. Mais justement, a-t-elle apporté satisfaction, s’est-elle montrée à la hauteur de la présente pandémie ? Elle déverse du pognon, dont on ne sait absolument pas où il va aller d’ailleurs. Pour le reste, chacun de ses pays est livré à lui-même. Comme dirait Garcimore, encore raté !

Pourtant je l’aime, cette idée que nos anciens ont eu, au sortir d’une guerre générée par la folie d’un homme, l’idée de réconcilier les peuples et de souder les états afin que plus jamais une telle horreur ne se reproduise. Cela n’a pas été simple, mais ils ont réussi. Ils seraient bien tristes de voir ce que nous en avons fait.

Espérons un réveil de la belle endormie ! Avant que nous nous endormions à notre tour.

Bonne troisième semaine les confiné(e)s !

Billet double confinement – semaine 1

Billet double confinement – semaine 1

17/3/2020

J’ai testé pour vous :

1.Confinement : pour moi, retraité, peu de changement,

2.Attestation de déplacement dérogatoire : fait et vérifié par la Gendarmerie,

3.Pharmacie : une file d’attente est organisée sur le trottoir, jusqu’au guichet de nuit, arrivé 10 minutes à l’avance je suis premier; 10 mn plus tard, 15 personnes,

4.Retour : j’évite le rond-point (rapport à la file de véhicules contrôlés par la gendarmerie) et prend des petits chemins de campagne. Il fait beau, je vais doucement au milieu d’un champ de colza. Une tâche marron clair qui bouge au bord de la route !! Un chevreuil. Je m’arrête à son niveau. Marie-Nicole Lemieux chante dans l’autoradio de ma voiture. Je baisse le volume. Le chevreuil montre son cul blanc, s’éloigne de la route et de moi pour s’arrêter 15 mètres plus loin. On s’dévisage, on s’envisage… Il me regarde aussi surpris et curieux de moi que moi de lui. Cinq secondes après nous repartons tranquillement, lui comme moi, chacun de notre côté.

Il parait que certains tuent de si belles apparitions !!

18/3/2020

La nuit s’était éteinte d’une brume si dense que nulle lumière de ville ne pouvait imaginer la traverser. Le jour a laissé quelques microgouttelettes accrochées au simple vitrage. Toutes les fenêtres de la maison devaient être changées la semaine prochaine. L’entreprise qui devait opérer a reporté sine die tous ses engagements. C’est le second jour de confinement.

Bonjour les confiné(e)s !

19/3/2020

J3 encore 🎶🎶

On est vivant tant qu’on est fort ! 🎶🎶

Merci Lara Fabian

Pour ce beau slogan !

Bonne journée les belles et les beaux !

20/3/2020

J’avais commencé à poster chaque matin depuis le début de notre confinement. Bizarrement, ce quatrième jour ne m’inspire en rien. Notre univers se ratatine autour de nous. A part une blagounette du type le rat Tatine ? Un frangin du rat Tatouille peut-être ?

Voyez-vous mon désespoir ? Nous nous sommes installés, pour la plupart, certains continuant à agir d’une manière égoïste, dans un faux rythme où nous sommes contraints de retenir notre respiration devant un oiseau qui chante où le silence de la rue. Ce silence nous plait et nous angoisse. Face à nous-même, nous sommes peu de chose.

Allez les ami(e)s, merde à la morosité et vivement l’apéro du soir !

Et comme ne disait pas Maïté « mes amiiis, le confit nous ment ! ». Désolé, mais plus pourri, j’avais pas….

21/3/2020

Tu m’avais fait remarquer que j’étais parfois abscons, finement mais avec aplomb. Cela m’avait donné faim. J’ouvrais alors une boîte de confit, né comme j’étais d’une maman du sud-ouest.

La vie dans une petite boîte s’installait dans son cinquième jour. Les irréductibles se voyaient menacés des pires sanctions. Les autres ouvraient la fenêtre des réseaux sociaux, qui avec sa guitare ou son violon, qui avec son apéro. Certains applaudissaient le personnel de santé fenêtres ouvertes à heure fixe. Le personnel de santé souffrait, on annonçait des pourcentages de personnel touché par le virus avoisinant les 28%, les premiers morts tombaient…

Que faire ? Je reste chez moi, tu restes chez toi…

Bonne journée les ami(e)s

22/3/2020

Le sixième jour, il s’est réveillé, s’est assis sur le bord de sa couche, a largement baillé, s’est gratté les couilles et s’est levé en marmonnant dans sa barbe « J’ai créé un monde parfait ! Mais qu’est-ce qu’on s’emmerde ! La perfection c’est mortel ennui, il me faut un truc plus rock’n’roll pour foutre du why là-dedans. Mais quoi ? ».

Il se fait un café, se re-gratte les couilles et soudain l’illumination « Oh putain ça c’est bon ! Je vais créer des humains, un mec, une gonzesse et un petit virus de merde. On va les laisser mariner quelques millénaires et bang, j’te les fait se rencontrer ! »

Sinon c’est dimanche, le calme est assourdissant. Hier soir j’ai fermé tous les volets sans entendre une seule voiture, un seul bruit, même les oiseaux s’étaient tus. C’est calme, confiné, mais calme.

On commence à bien voir les atavismes politiques ressurgir, qui fendillent la belle unité si rare et si fragile. Tel parti politique qui annonce lancer une commission d’enquête sur le coronavirus à l’automne. Finement con, Beuark !

Bonne journée les dominicaux ami(e)s

23/3/2020

Le septième jour de confinement c’est spécial ! Le cycle semainier, instrument de mesure du temps, se termine et va revenir au point zéro. Demain on repartira sur un nouveau cycle. Alors que du cycle, justement, on ne peut pas en faire. Remarque, c’est pas très grave, les vélos n’ont pas servi depuis des années, leurs pneus sont platement décédés et il faudrait aller chez Decathlon pour…. Ah ben non, ch ’suis con, ça va pas être possible !

Le septième jour c’est repos. Mais c’est lundi. Le repos c’est le dimanche, pas le lundi. On aurait commencé à se confiner un lundi c’eût été plus pratique. Là, en plus d’être confinés, on est déphasés, pardonnez cette emphase !

Lorsque j’ai ouvert pour permettre à Charlie, la féline maitresse des lieux, d’aller faire son exercice, les pioupious pioupioutaient. Mais depuis j’atteste entendre pas mal de voitures passer.

Hier un automobiliste du nord de la France est allé faire son plein en Belgique. Gaulé par la police belge, il aurait écopé d’une amende de plus de 4000 Euros. Aujourd’hui, il faut avoir de sacrés moyens pour faire des petites économies !

C’est lundi, c’est le printemps, bonne journée ! Bise virtuelle