Trois jours

Il y a parfois dans nos vies des moments où les mauvais coups se concentrent, pour faire comme une danse macabre autour de nous, un pied de nez à notre optimisme, à notre résistance, notre capacité de résilience. Un rappel que la vie n’est qu’un prêt, pas un don, et que le chaos nous la reprendra toujours.

Il y a trois jours Maman a terminé sa vie. Tout est là : Maman va mourir. Inutile de dire l’impact…

Il y a deux jours, Notre Dame de Paris s’est embrasée, entraînant une belle convergence humaine avant que ne s’élèvent des flammèches d’amalgames, de mauvaise foi, de bile, mais aussi quelques vérités que l’on aurait préféré ne pas entendre déjà. Après un court moment de fraternité, dominait de nouveau la cacophonie (j’avais écrit la cacaphonie, finalement c’est ça aussi !!) de notre tricolore poulailler. Je reste pour ma part majoritairement sur la sidération et la désolation ressenties.

Hier, j’avais rendez-vous à Foch pour un suivi après trois mois d’arrêt de mon traitement anti-cancer décrété après le constat de rémission totale de janvier.

La fête est finie, je dois reprendre le traitement. Le cancer, sonné et matraqué par le traitement, s’était planqué et ne montrait plus le bout de son grouin. En l’absence de traitement, il s’est cru à la fête et a repris son activité.

Mais alors qu’est donc cette notion de rémission totale ? Pas la guérison, cela je le savais. En fait c’est juste que l’on ne voit plus rien sur les analyses et les examens d’imagerie.

Moralité : reprise du traitement avec le protocole d’attaque. Je commencerai lundi après être rentré de l’enterrement de Maman.

Mon père nous disait : « la vie c’est comme une tartine de merde, certains jours, il y en a plus épais que d’autres !

Pas d’inquiétude, pas d’apitoiement, le moral est d’acier !

 

Maman va mourir !

Une évidence, une loi incontournable, la vie sort de nulle part. Du chaos nait la flamme, tremblotte, vacille, s’élève, s’affirme, se tient droite, faiblit, se ratatine, hésite et finalement retourne au chaos. Tu le sais toi aussi, on le sait tous. Pas de surprise, c’est inexorable, incontournable.

faucheuse

Maman va mourir, là maintenant, dans quelques jours, quelques heures.

Quatre vingt dix huit années, dont les dernières sans pouvoir prononcer une parole. Mais avant, une vie entière, débutée trois ans après la fin de la première guerre mondiale, mes deux grands-pères étaient à Verdun en même temps. A vingt ans, mes parents vivaient dans un pays occupé. Une époque dont ils nous disaient que l’on ne pouvait se fier à personne, ne sachant jamais si l’interlocuteur était, derrière les apparences, ami ou ennemi, fiable ou fourbe, fidèle ou traitre.

Maman va mourir, c’est terrible !

Elle a aura été forte, nous aura amené à l’âge adulte avec ce qu’il fallait de principes et de liberté. Depuis que je suis établi en région parisienne, je descendais moins souvent la voir. J’en garde une culpabilité mal assumée. Nous devons tout à nos parents, la sortie du chaos, bien entendu, mais aussi et surtout tout ce temps consacré à nous élever, faire de nous des adultes. Avez-vous remarqué que le mot élevage était réservé aux animaux, aux plantes, au vin. Pour les humains, on parle de puériculture, ce qui du coup devient une science. Une science, élever un enfant !! Que les humains peuvent être stupides !

Maman va mourir, funeste destin !

Toujours souriante, elle ne déversait pas sur les autres ses difficultés. Le sourire ne serait-il pas un vrai traitement préventif pour l’entourage ? Je crois avoir hérité de ce trait de caractère, sans en tirer quelque honneur puisque « malgré » moi. L’héritage a ses lois… Oui c’était rassurant de retourner la voir. Je suppose que cela fonctionne pour tous, sauf peut-être pour ceux qui sont eux des rapports compliqués avec leurs parents, et encore…

La route est entre deux chaos-2
La route entre deux chaos

Maman va mourir !

Quelle tristesse, quelle injustice, quel désespoir ! La flamme va retourner au chaos et tout redeviendra sombre !

Addendum : Maman est décédée à 22h30. Andrée Marguerite Madeleine Lachazette épouse Vignon 10 avril 1921 – 14 avril 2019 ❤️

Fait divers

Lu hier un terrible fait divers. Une petite fille de neuf ans est électrocutée en prenant sa douche. Son beau-père qui a tenté de la secourir, idem. La maman s’en est sortie avec les mains brulées mais a survécu. L’article laisse entendre que des travaux auraient récemment été réalisés et pourraient être à l’origine de ce drame. Mais aussi « Une prise multiple qui « se trouvait près de la douche » est aussi évoquée, tout comme de l’eau sur le sol de la salle de bains. » comme indiqué dans Le parisien. La famille venait d’emménager dans cette maison assez dégradée et humide.

Je résume l’article de tête, c’est en tout cas ce que j’en ai retenu. Ce genre de drame est suffisament horrible pour que l’on n’en dise pas plus. L’association de l’eau et de l’électricité est fatale, on le sait tous. Il y a d’ailleurs des normes à respecter lorsque l’on fait une salle de bains pour éviter ce genre de catastrophe.

La cabine de douche était-elle assez étanche ? Que faisait cette prise multiple sur le sol près de la douche ?

Et c’est là que je déraille…

Ce n’est pas une petite fille de neuf ans qui a intallée la prise multiple à cet endroit. Généralement, mais ce n’est pas une règle, c’est plutôt l’homme qui s’occupe de l’électricité dans une maison. Mais il est sensé se méfier de l’association eau plus électricité. A moins que…

A moins que ce ne soit volontaire, que Madame soit toujours la première à prendre sa douche et que Monsieur ait concocté de l’assassiner. Malencontreusement, pour une raison non prévue, comme le fait que Madame, occupée à finir quelque chose, ait demandé à sa fille de prendre sa douche la première. Et paf le drame !

La victime potentielle du meurtre devient la seule survivante du désastre.

Mais quel serait le mobile ?

Monsieur est un serial killer. Il rencontre des femmes, les séduit, emménage avec elles. Son plaisir est de poser des caméras dans la salle de bain, les électrocuter, l’affaire est classée en drame domestique, et lui de se repasser en boucle les films de l’électrocution. Notre serial killer, fasciné par la chaine électrique, aurait adapté le concept en douche électrique, une mise à mort programmée qui lui procure du plaisir un certain temps. Mais hélàs, comme chacun sait, le plaisir décroit avec le temps et il doit se mettre à la recherche d’une nouvelle proie. Ça ne tient pas la route…

Ou alors, le coup de l’assurance vie. Monsieur fait signer à Madame une assurance vie. Les téléfilms US utilisent beaucoup cette ficelle. Sans trop se demander si les assurances sont aussi cons que cela, à payer aveuglément sans vérifier. Il y a toujours un enquêteur qui traîne, avec son chapeau à la Bogart, ses moeurs dissolus, une obligatoire tendance à s’alcooliser, sans oublier la belle et fidèle maitresse que l’on peut visiter quand le blues est trop prenant. Pas envie…

Non, pire, Monsieur est un pédophile, qui lorgne sur sa belle-fille et voit en Madame celle qui l’empêchera d’arriver à ses fins. Monsieur se verrait bien en Kampusch, à la différence près que Madame n’acceptera jamais et devra donc disparaître. Le scénario doit prévoir la disparition simultanée de Madame et de sa fille. Pour quelle raison ? Il faut une raison plausible mais invérifiable… Elles fuient les violences des hommes, bof ! Elles sont sous couverture car Madame est témoin dans une affaire de meurtre avec des gros méchants, rebof !

Madame a une double vie et s’apprèterait à quitter Monsieur. Voilà, les bonnes vieilles ficelles sont les meilleures. Une histoire de coeur, et si possible de cul, ça permet de glisser quelques scènes torrides. C’est ce scénario que je garderais si jamais je voulais écrire quelque chose suite à ce fait divers.

Mais c’est trop glauque, vraiment trop….