Je vole

Bien calé au fond de mon lit, je pose mon livre sur la table de nuit en prenant garde de ne pas faire tomber ce pratique petit réveil de voyage, qui une fois tombé au sol, expulse son micro pied et joue à cache-cache avec les moutons. Le carnet de note est là aussi avec son stylo au cas où. Ce soir, ce n’est pas au cas où… mais plutôt propice à se relaxer via quelques exercices de respiration.

D’abord les pieds. Ils sont lourds, de plus en plus lourds pendant que je maîtrise ma respiration. Ne pas bouger un centimètre carré et remonter doucement, les mollets, les jambes, genoux, pour finir par la tête, alouette, gentille alouette. L’exercice est un apprentissage de la lenteur, toute pensée ou geste brusque pouvant casser l’histoire et obliger à tout recommencer. Après quelques minutes, je me sens léger comme un souffle, apaisé par une respiration lente, profonde qui ne requiert aucun effort. C’est là que je décolle de mon lit, me voit couché, les yeux fermés, avec un léger sourire plein de tranquillité. Après quelques instants, je traverse les plafonds et le toit, admire le ciel entre les nuages peu épais, et me retourne pour voir la rue, laissant l’immensité du ciel dans mon dos.

Il assez assez frais. Rien de gênant, bien au contraire. Je visualise mon amour, bien au chaud chez elle. Je sais la musique qu’elle écoute en ce moment, un livre entre les mains, un livre sur la pub, son domaine de prédilection. Comment moi, fondamentaliste publiphobe, puis-je être en amour avec une fille dingue de ce qui ne représente pour moi qu’une déviance, une pénibilité, une nuisance voulant me forcer à acheter ce dont je n’ai aucun besoin. Je dois d’ailleurs à ces fréquentes injections d’injonctions de ne presque plus regarder la télévision.

Je visualise mon amour et part à fond au-dessus des rues dont je connais chaque maison, chaque retrait, chaque place. Ce qui prendrait plus de trente minutes en voiture est ici parcouru en une respiration, celle de l’amour. Je vole, c’est dingue, incroyable, impossible, mais je vole.

© Régis Vignon 2014

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