Maux & Cris

462 Textes, Poèmes, Livres, Rêves et autres billevesées

Maintenant c’est plus facile, je pars quand je veux. Il suffit d’une journée sans pluie et sans vent, de l’emplumé pas trop cassé par son traitement, je saute tel un cabri sur Liberté et roule ma poule.

J’ai déjà plusieurs balades prêtes, de 50 à 100 km, Gisors vers le Nord par la vallée de l’Epte que j’affectionne particulièrement et qui a connu de célèbres affrontement entre les Vikings et les Francs. Vous avez entendu parler du fameux traité de Saint Clair sur Epte signé entre Rollon et Charles III le simple en 911, dans lequel les vikings reçurent le Vexin maintenant appelé Normand, le pays de Caux, et d’autres, à savoir toute la région à l’ouest de la vallée de l’Epte jusqu’à la Dives. C’est ce traité qui mit fin à la période troublée des attaques vikings et établit une paix entre une Normandie enfin constituée et le pays Franc.

Une autre balade m’emmènera aux Andelys vers le Nord-ouest, avec le fameux château Gaillard érigé par Richard Cœur de Lyon deux siècles après les invasions vikings. Le retour longera l’Eure, une vallée avec quelques jolis endroits, comme le chateau d’Acquigny, son jardin romantique, et de nombreux plans d’eaux, jusqu’à Pacy sur Eure vers l’Ouest. Demain, si la météo est propice…

Demain, si la météo est propice je partirai, les miches bien calées sur mon destrier de feu, avec le seul plaisir de m’évader. En fait la formule est bête, je ne m’évade de rien du tout. Il faut être en prison pour s’évader. Ma vie est douce et ne mérite en rien que je m’évade. L’idée est plus de varier les plaisirs, et la liberté que l’on ressent à moto n’a rien d’un fantasme. On ressent vraiment du plaisir à se balader. Le mien est doublé par la découverte d’un nouveau « jouet ». J’ai aussi l’impression de jouer un mauvais coup au cancer. C’est ça, je m’évade de mon état de malade. Fuck le cancer, gros pied de nez et doigt d’honneur !

Même si un jour tu gagnes le combat (je signale ici que la première fois que j’ai écrit cette phrase, je ne sais pas sur quoi j’ai appuyé, mais elle s’est totalement effacé. Comme si c’était hors de question !!! Je l’ai donc écrit une seconde fois. Chère phrase, je t’aime tant… tant que je peux t’écrire, c’est moi qui gagne…) je t’aurais tout de même niqué en mettant en branle mes projets d’écriture, de moto et d’autres à venir…

Tant que je partirai en écrivant, en moto, c’est que je suis en vie ! Pour ceux qui me suivent, un de mes jeux est de construire une histoire avec « Un jour je partirai ». J’en suis à l’épisode n°6. Pour les retrouver, depuis l’accueil du blog, chercher le thème « Un jour je partirai ».

Bonne journée les ami(e)s !

21/4/2020

Je te fiche mon billet en l’air…

Il y en a partout, dans chaque village. Au-delà de nos frontières, peut-on encore parler ainsi aujourd’hui, dans toute l’Europe occidentale. Ils sont en l’air, hors de portée. Souvent noirs, parfois colorés. Parfois fixes, parfois esclaves du vent, ils nous en donnent alors la direction. Ces coqs qui surplombent nos clochers sont si familiers.

C’est lui le premier qui voit la lumière du soleil. Il le crie haut et fort. Certains sont déréglés, trop pressés, des coqueriquateurs précoces dirait-on, vous réveillent en pleine nuit. D’autres coquelinent en journée. Toujours le bel emplumé se dandine autour de ses poules. Malheur à celui qui voudrait corrompre l’équilibre de sa basse-cour.

Du coq, nous avons fait l’un de nos emblèmes, quand nos voisins ont choisi un lion, un aigle, un taureau ou un loup. Nos voisins latins se sont amusés du mot « Gallus » qui veut autant dire coq que le Gaulois. Le caractère orgueilleux de l’animal collait bien avec celui de notre peuple, toujours prêt à donner des leçons aux autres, leçons qu’il exècre à s’appliquer à lui-même. Quelques sarcastiques s’amuseraient même à dire que nous avons pris le coq comme emblème parce que c’est le seul animal à chanter les pieds dans la merde.

Tu reconnaîtras tout de même qu’il n’est pas très glorieux d’avoir gardé cette volaille comme emblème. Je sais bien que d’autres ont un poireau ou une feuille d’érable, mais notre coq est tout de même assez misérable. Pourtant nous y sommes très attachés. Je me suis interrogé sur ce qui pourrait le remplacer. Quelque chose qui nous représente spécifiquement, que l’on aurait et pas les autres.

Le vin ? On est bien loin d’être les seuls et certains en font même du très bon. Nous avons l’avantage de la diversité et l’historique.

Le fromage ? Là d’accord, on est champion du monde par la puissance et la diversité de l’offre.

Le mauvais caractère ? La Fonction Publique ? Les Impôts élevés ? Les gilets jaunes ? Les conducteurs qui se curent les narines ? Les ronds-points ? On est très bons dans tous ces domaines, mais il n’a jamais été prouvé qu’on nous les enviât.

J’ai donc longuement délibéré avec moi-même. Nous eûmes de vives discussions, pouvant devenir enragées. Trois fois je quittais la table, excédé. Trois fois, j’ai bondi de ma chaise pour me récupérer afin de poursuivre le débat. Ceux qui me connaissent savent que je suis plutôt diplomate, plus négociateur qu’enclin à imposer ma loi ou me la faire imposer si cela heurte mes valeurs. On me dit sage et serein.

Il me restait trois choses : le vin, le fromage et l’impossibilité de trancher en faveur de l’un ou de l’autre, les deux étant les fondements de nos conviviaux repas.

Finalement, désireux de sortir par le haut de cette situation tendue, je trouvais un accord avec moi-même et décidais de réintégrer le coq à sa place de titulaire, ce qui ne manquera pas de flatter ainsi la masse des électeurs attachés aux valeurs traditionnelles. Ma gourmandise refusait de se taire. Et nous voilà avec un bon coq au vin accompagné de pommes de terre, légume délicieux, populaire et néanmoins transnational s’il en est, suivi par un beau plateau de fromage. Le tout, coq et nous, copieusement arrosé par un bon Pinot noir de Bourgogne.

Apaisé, je suis fier d’avoir ainsi contribué à la mise en place du nouvel emblème de la France.

Françaises, Français et tous les autres, bonne journée !

 

22/4/2020

Je te fiche mon billet en panne…

Il y a des jours comme ça…vidé, pas l’ombre d’une idée et du coton dans la tête, incapable de produire un billet, ou quoi que ce soit. Il est plus sage de me retirer sur la pointe des pieds pour laisser la place au beau texte « Les séparés » de Marceline Desbordes-Valmore, qui illustre à la fois ma situation et un peu le thème du confinement.

 

N’écris pas. Je suis triste, et je voudrais m’éteindre.

Les beaux étés sans toi, c’est la nuit sans flambeau.

J’ai refermé mes bras qui ne peuvent t’atteindre,

Et frapper à mon cœur, c’est frapper au tombeau.

N’écris pas !

 

N’écris pas. N’apprenons qu’à mourir à nous-mêmes,

Ne demande qu’à Dieu… qu’à toi, si je t’aimais !

Au fond de ton absence écouter que tu m’aimes,

C’est entendre le ciel sans y monter jamais.

N’écris pas !

 

N’écris pas. Je te crains ; j’ai peur de ma mémoire ;

Elle a gardé ta voix qui m’appelle souvent.

Ne montre pas l’eau vive à qui ne peut la boire.

Une chère écriture est un portrait vivant.

N’écris pas !

 

N’écris pas ces deux mots que je n’ose plus lire :

Il semble que ta voix les répand sur mon cœur ;

Que je les vois brûler à travers ton sourire ;

Il semble qu’un baiser les empreint sur mon cœur.

N’écris pas !

 

Ecoutez ce qu’en ont fait Julien Clerc et Benjamin Biolay.

Je reviens demain avec plus d’écrits. Bonne journée ami(e)s hors de portée.

 

 

23/4/2020

Je te fiche mon billet à -37,63$

C’est comme un retour après des vacances, des retrouvailles avec des amis absents depuis longtemps. Je suis bien content d’être de nouveau avec toi. La solitude commençait à me peser.

Il fait sacrément beau aujourd’hui ici, le temps idéal pour se promener un dimanche après-midi. J’entends déjà tes remarques, toi qui télétravaille en clapotant comme un(e) forcené(e) sur ton clavier, nous ne sommes pas dimanche. Selon les organisations syndicales nous serions mercredi, mais selon moi et ma police personnelle, nous sommes dimanche. En tout cas il fait beau et tout à l’heure nous irons peut-être nous balader, dument munis de l’attestation qui va bien.

Une nouvelle est tombée hier, très révélatrice à mon avis. Le baril de pétrole américain est tombé en dessous de zéro lundi 20 avril à la bourse de New-York. Voilà une ressource limitée dont la finitude devrait inciter à s’en passer. Ce n’est pas le sens pris, et l’on sent bien que l’humain va pressurer sa terre comme une éponge pour en extirper jusqu’au dernier litre. Quitte à utiliser la décriée et dévastatrice fracturation hydraulique et le forage horizontal.

Le prix baisse. Pour nous autres, ce pourrait être intéressant, mais hélas lorsque nous faisons notre plein, nous achetons près de 60% de taxes. Au passage, sais-tu que nous payons la TICPE (Taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques), de la TVA sur la TICPE, et de la TVA sur l’ensemble (produit et TICPE). Accroche-toi, c’est après que ça devient intéressant.

Tu as déjà noté que l’on payait de la taxe sur de la taxe. Conceptuellement, c’est malaisé d’imaginer payer une taxe sur la valeur ajoutée d’une taxe. Mais déjà, pourquoi faut-il taxer le fait d’ajouter de la valeur à quelque chose. Le fait d’ajouter de la valeur à quelque chose devrait être récompensé, pas puni. Du coup, comprendre l’empilement est illusoire.

Pour du SP95, on paye 63% de taxes et pour le diesel, désolé si j’utilise encore ce terme désuet, on paye 57%. Pourquoi moins de taxe sur le diesel ? Il est un peu moins couteux de raffiner du diesel que de l’essence. Mais il y a sans doute d’autres raisons…

Bref, si le prix baisse un peu à la pompe, c’est parce que l’Arabie Saoudite a décidé d’augmenter sa production et faire ainsi baisser le prix du pétrole. Deux cibles : la Russie, qui refuse un accord pour baisser le prix du pétrole, car elle a besoin de ces revenus pétroliers et gaziers et les USA avec leur pétrole issu de la fracturation hydraulique.

Nous avons donc un afflux de baril de pétrole que plus aucun opérateur ne peut physiquement stocker. Si le cours du baril est passé dans le négatif, à -37,63$, c’est juste parce que les opérateurs veulent déstocker.

On voit bien l’écart entre nos préoccupations quotidiennes, celles des opérateurs techniques et celles de la bourse. Comme dirait Fabrice Lucchini « C’est énooorme ! ».

Dans une époque numérique sur-connectée, ce monde est décidément de plus en plus déconnecté des valeurs humaines, celles qui nous permettent de cohabiter avec bonheur.

Attendons-nous à des temps rudes mes ami(e)s. En attendant, bonne journée !

 

24/4/2020

Je te fiche mon billet d’espoir…

Comme toute chose comporte contraintes et avantages, le confinement nous prive de liberté, a des conséquences graves pour certain(e)s qui ne peuvent plus exercer leur métier, contraint certain(e)s à des proximités parfois désastreuses. Mais il nous offre des espaces de liberté

Habituellement, nous sommes ballottés dans un incessant carrousel de sollicitations, mail, téléphone, tchat, collègues qui passent discuter, viennent te prendre du temps ou pire, te refiler leur boulot en douce, mine de rien. Le télétravail change la donne en limitant les entrants et nous offrant la capacité de nous concentrer plus sur les tâches à accomplir.

Tout cela est de la fiction pour les personnes à la retraite comme votre serviteur. Mais ma mémoire fonctionne encore…

Dans d’autres sphères, les artistes, privés de scène et d’enregistrement, tentent de répondre en organisant des vidéo live depuis chez eux. Ils nous offrent de la musique sans chichi, sans lumière, sans la distanciation qu’une scène impose. Ils sont dans leur salon, dans leur cuisine, dans leur salle de bain.

Il y a une simplicité, un dépouillement dont nous n’avons pas l’habitude. Parfois une certaine maladresse, quand l’image diffusée est verticale au lieu d’être horizontale (mon fils parlerait d’image horizonticale), ou quand l’accompagnement n’est pas aussi riche qu’on voudrait. Certain se révèle, et l’on découvre que tel chanteur est aussi un excellent guitariste, à notre totale surprise. On ne voit finalement qu’une bonne volonté et on ressent une proximité inhabituelle. L’émotion est souvent au rendez-vous. Aussi par la gêne de l’artiste qui se met à nu sans artifice.

On pardonne aisément les petits plantages quand il y en a. On découvre que la compagne d’un musicien que l’on suit, chante également très joliment. Elle n’a pas l’habitude de se produire et oublie de penser au son, en cherchant son amoureux du regard plus que le micro du téléphone. Du coup, sa voix est loin derrière la guitare. Mais la chanson, musique de lui et paroles d’elle, est une douce mélodie et l’exercice très touchant. C’est ce que l’on retiendra.

Ce sont des moments vrais, des petits bonheurs, de l’humanité volé au moment difficile que nous traversons. Une autre fois, je regarde mon amie Lyonnaise Vanessa di Mauro qui nous diffuse un spécial Beatles depuis sa salle de bain. Elle chante Let it be, Yesterday, Get back et Imagine. C’est beau, c’est chouette, tout le monde laisse un petit mot gentil. Un moment super agréable, bon enfant. La vie quoi…

Je vous incite à regarder ces vidéos live. C’est de la musique vraiment vivante.

On sous-estime la force de vie et l’espoir qui nichent à l’intérieur de nous. Ce sont des super héros, sacrément durs à cuire, et il faudra plus d’un virus pour en venir à bout.

Mes ami(e)s, cultivons l’espoir, la culture et la liberté !

25/4/2020

Je te fiche mon billet apprend un nouveau mot…

Mon ami Ludovic m’a fourni le sujet de mon billet en publiant « l’ultracrepidarianisme, je ne sais pas ce que c’est mais je suis contre ! ». Là, je sens que nous suis en train de te perdre. Reste un peu, je vais t’expliquer. Ça va te plaire, tu vas retrouver tout un tas de ces comportements irritants qui font l’actualité et en même temps, notre désolation.

L’époque est idéale pour le déploiement de cette discipline, je choisi ce mot exprès, vous comprendrez plus loin. Les politiques donnent leur avis sur la manière de soigner le Covid-19, les médecins donnent leur avis sur le sport, les sportifs donnent leur avis sur la météo, les météorologues…. Vous avez compris, l’ultracrepidarianisme c’est le comportement de ceux qui donnent leur avis alors qu’ils n’ont pas la connaissance ou la compétence du sujet.

Ouf ! Finalement c’est aisé à comprendre. Je reviens sur le mot discipline choisi plus haut. Le mot viendrait de Pline l’ancien (23 à 79 après JC) relatant une remarque d’un cordonnier sur une toile du peintre grec Apelle (4ème siècle avant JC, dont aucune toile n’existerait à ce jour). Ça ne vous fait pas penser à des phrases entendues comparant la peinture de Picasso avec ce que pourrait faire un enfant ?

Les interventions récentes de tout un chacun sur les bienfaits de la chloroquine sont des exemples parfaits de l’ultracrepidarianisme. Ça y est j’arrive à l’écrire sans me planter. Pour ce qui de le prononcer, c’est une autre histoire. Je devrais peut-être essayer avec des cailloux dans la bouche ou en mordant un crayon….

J’ai croisé pas mal de personnes qui le pratiquaient lorsqu’ils voulaient m’apprendre mon métier, alors qu’ils l’avaient utilisé mais sans le pratiquer, donc sans en connaître les vrais enjeux. Ceux-là il faut savoir leur répondre, les rassurer, mais surtout ne pas tenter de leur faire comprendre, la cause est perdue d’avance. Sans faire le parallèle avec la phrase de Michel Audiard « Je ne parle pas aux cons, ça les instruits » bien entendu…

Le plus récent et plus connu des exemples provient d’un familier du stéréotype, fervent utilisateur d’UV et porteur d’une célèbre mèche jaune. Il a récemment « suggéré des injections de désinfectant dans les poumons, arguant que ce produit pouvait «mettre K.O le virus en une minute». » (Dixit Le figaro le 24/4/2020). Il ajoutait « Il faudra sûrement faire appel à des médecins pour ça, mais ça me paraît intéressant comme idée ». Et il ajoute «Peut-être qu’on peut, peut-être qu’on ne peut pas. Je ne sais pas. Je ne suis pas docteur. ». Comme dirait Coluche « Quand on n’a rien à dire, vaut mieux fermer sa gueule ! ».

Il y a des domaines où nous avons tout intérêt à rester dans nos prés carrés, comme le disait clairement Desproges « Il vaut mieux se taire et passer pour un con plutôt que de parler et de ne laisser aucun doute sur le sujet. ». Sur ce, je me tais. Je ne voudrais pas me faire taxer d’ultracrepidarianisme.

Bonne journée vous tou(te)s.

26/4/2020

Le billet quotidien prend du repos. Je reviens dans quelques jours.

 

27/4/2020

Le petit billet poursuit sa grève…

Je ne continue pas sur la grève mais bien dans mon mouvement de grève. Enfin je rigole, car il s’agit plus d’un non-mouvement de grève. A part les allers et retours que vous êtes en droit d’imaginer, je suis d’une immobilité frôlant l’insolence. Pour vous donner un exemple, lorsque j’attrape mon verre sur la table basse j’ai l’impression de faire un geste inhabituel, une prise de risque quasi-aventurière.

Le seul côté positif que je peux trouver à la situation est que je n’ai pas rechargé ma tablette depuis trois jours et qu’il me reste 27% de batterie. C’est surtout que je m’en suis libéré. Pas certain que cela soit pérenne…

Je vais contacter le labo à qui j’ai confié un peu de mes productions liquides. Ensuite je devrais contacter mon médecin. Fait-elle de la télé médecine ? Travaille-t-elle ?

Le labo donne les résultats par internet. Une fois de plus c’est le copain Escherichia coli qui est venu me casser les pieds. J’appelle mon MG. On prend mon numéro de téléphone et on me rappelle. La télémédecine m’éviterait de me déplacer. J’espère…

Bonne journée

 

 

Aujourd’hui T., plus jeune que moi, enterre son épouse, que lui a arraché un cancer. Encore un de ces foutus cancers. Impossible de compter les gens que l’on connait pourvu de cette saloperie de maladie. Pour fixer les idées, dans notre seul pays plus de trois cent mille cas sont détectés par an et le cancer cause plus de 150.000 décès par an.
La peine de T. est immense et le dévaste totalement. Il aurait aimé réunir ses proches pour partager ce moment. Mais la période ne l’autorise pas. Une peine supplémentaire lui est infligée. De plus, ses deux filles vont devoir surmonter l’horreur de perdre leur maman, et il devra être là pour elles.
Je connais T. depuis bien longtemps. Nous travaillions à quelques bureaux d’écart, dans la même direction informatique. Il est foncièrement gentil, efficace et pertinent. Du genre qui n’a pas besoin de faire le forcing pour être entendu. A chaque fois que nous avons travaillé ensemble, cela s’est toujours passé aisément, nos deux caractères fonctionnant bien ensemble.
Il adore le sport, c’est un pilier d’une équipe de Handball professionnelle française, son épouse participait également à la vie du club. Le club organise une cagnotte Leetchi dont T. fera ce qu’il voudra. Si vous voulez l’accompagner un peu, c’est là : https://www.leetchi.com/c/pour-flo-wzdxga8r
Le poids de cette journée n’était pas suffisant. Pourquoi s’arrêter en si mauvais chemin ? Une très bonne amie, chanteuse, poète, photographe, journaliste a sa maman en grand danger. Un alzheimer très avancé auquel s’est ajouté le covid-19 l’a fait placer à l’isolement. Mon amie ne peut pas la voir. Elle aussi est dévastée.
Comment vivre ces mauvaises nouvelles ? On dit qu’il faut toujours prendre le positif des situations. Parfois, même en plissant fortement les yeux, il n’y a rien de beau à voir.
Le pire serait sans doute de détourner le regard. Cela ne change rien pour ceux qui sont au milieu du cyclone. Serions-nous grandis de ne pas voir les choses ? Non, nous serions juste un peu plus crétins, pantins gesticulant et hurlant de bonheur au milieu d’un raz de marée noire.
La vraie, la belle humanité ne résiderait-t-elle pas dans le fait de regarder les choses en face, prendre notre part de la souffrance sans être effondrés pour autant. Effondrés, à quoi servirions-nous ? Nous deviendrions partie intégrante du problème. Après chacun agit selon ses moyens. Et on ne peut pas toujours s’occuper des drames des autres.
Pas de règles, restons sincères avec nous-mêmes, avec nos valeurs, nous avons le privilège d’en avoir.
Je vous envoie un sourire discret, amical et sincère. Belle journée !

Hier j’ai pris Liberté et suis parti faire une balade de cinquante bornes. Liberté est le nom de ma pétrolette, et aussi ce qu’elle est pour moi, un instrument de liberté. Je n’aurais jamais pris l’auto pour aller me balader en voiture, mais ce qui ne présente pas d’intérêt en auto peut devenir fabuleux en moto. 

À Giverny, nulle affluence estivale habituelle, la maison et les jardins de Claude Monet sont toujours clos, et lorsqu’ils ouvriront les groupes ne seront pas admis. Le musée des Impressionnismes est fermé. Le restaurant Baudy est fermé. Tout est fermé. Pourtant, j’ai vu plusieurs voitures pénétrer sur le parking le plus près du centre. Je suis passé devant chez les Balkany. Je me suis retenu d’aller sonner et m’envoler à tire d’aile. Je ne les ai pas vu.

C’est de cela dont je vais vous parler ce jour. De ce que je n’ai pas vu. Pas tout, cela me prendrait une vie entière, juste les scènes non vues les plus marquantes.

Je n’ai pas vu de cirque. Aucun chapiteau, personne avec des immenses pompes et un gros nez rouge qui gueulerait « Bonjour les eeenfaaants ! », pas de délicate écuyère prête à sauter périlleusement sur le dos d’un placide cheval, pas de lion rugissant déprimé ouvrant une gueule immense où se perdraient des kilos d’espoir. Aucun fildefériste avec ou sans balancier, qui ne trouverait rien de plus malin pour aller du point A au point B que de le faire sur un fil tendu à trois mètres du sol. Je n’ai pas entendu non plus la musique habituelle qui s’échappe des voitures bariolées qui tournent dans les villages en annonçant le spectacle, entre deux vociférations inaudibles du cirque untel…

Je n’ai pas vu de héron dans les prés longeant la rivière. C’est scandaleux, j’ai besoin de voir mon héron chercher la belle grenouille qui fera son casse-croute dans une herbe mouillée. Pas vu de cigogne non plus. Mais il faut reconnaitre que personne n’en a jamais vu par ici. Une mouette ou deux près de la Seine, trop banal.

Mais j’ai senti des odeurs de fleurs de tilleuls, les odeurs fleurées mêlées de miel, à rendre folles la moindre apis mellifera avide de se charger les pattes du bon nectar à ramener à la ruche. Des odeurs plus ou moins fortes, plus ou moins précises, de plantes en train de pousser, de floraisons plus ou moins avancées, plus ou moins agréables. Celles dont on ne profite plus dans nos voitures climatisées. Certaines aussi dont on se passerait et qui vous tirent des spasmes de dégoût.

Je n’ai pas vu d’amoureux se contant fleurette, pas de bêtes à deux dos, pas d’histoire d’amour derrière les bosquets, pas de derrières nus sortant des bosquets non plus. Pas de chasseur et pas d’animal sauvage. Pour les premiers c’est tant mieux, avec eux je pourrais ressembler à un faisan, malgré ma totale absence de plume. Pour les seconds, c’est un peu dommage, j’aurais apprécié apercevoir un chevreuil et son faon, une biche et son bichon, même un éléphant j’aurais aimé. Sylvie et Lola ont bien vu un droladaire et un chalumeau près de l’autoroute 13 !

Je n’ai pas vu de planeur dans le ciel, alors que je me suis posé à côté du terrain d’aviation de Cherence, le temps de me rafraîchir et de discuter avec quelqu’un du club de vol à voile. Le léger nuage occultant uniformément le bleu du ciel aurait dû être remplacé par des alignements de cumulus plus propices à l’établissement de pompes, pour avoir une chance de voir les grands oiseaux blancs évoluer dans un majestueux silence.

J’ai dû rouler près d’une heure et demie, mais je n’ai pas vu le temps passer non plus. On ne voit jamais le temps passer, l’avez-vous remarqué également ? On peut voir des gens passer, des voitures, des animaux aussi, mais jamais le temps. Il passe comme qui dirait en douce. C’est vicieux le temps. Il passe en silence, en douceur; sans soulever un brin de poussière de ton existence, sans se manifester, en dessous de ce que peut percevoir ton radar. Tu ne vois rien. Tu es toujours aussi jeune et puis, un jour, pas vraiment un beau jour, tu te retournes et tu n’aperçois même plus ton enfance, si loin, si petitement loin.

Par contre, à Vetheuil et à la Roche-Guyon, j’ai vu plein de gens. J’en étais presqu’apeuré tellement le contraste avec la campagne vide d’humains était vif. Je craignais qu’un chien ou un crocodile ne soit pas tenu en laisse et se mette à traverser la route sous mes roues. 

Je n’ai pas vu la mer. C’est plutôt bon signe, car nous en sommes fort loin. Ma pétrolette est plus taillée pour dévorer le bitume que pour affronter les vagues de l’océan. Liberté n’est pas amphibie, plutôt en métal. Lorsque nous nous sommes installés ici le long de la Seine, je m’étais interrogé sur la hauteur qui nous séparait du niveau de la mer. J’habite 20 mètres au-dessus. Combien de temps cela nous évitera d’avoir les pieds dans l’eau ? Rassurons-nous, le jour où la mer sera à notre porte, bien d’autres personnes auront été englouties en aval.

Pour terminer, je n’ai pas vu venir ma dernière heure, et c’est tant mieux. Non seulement cela, mais je me suis senti vivre un peu plus intensément, les jambes serrées autour de Liberté qui ronronnait gravement sous moi.

Et surtout, impossible de le taire, je n’ai vu aucune licorne se découper sur un arc en ciel ! Même pas une petite, ou juste son idée… Pourtant j’aurais bien aimé.


Ce matin je vous propose une relecture de ce poème de 2017, issu d’un rêve cinéma trop graphique en noir et blanc, enfin surtout en noir. Merci à mes capricieuses nuits…

Je l’aime, il est fondateur pour moi !

Certain(e)s d’entre vous l’ont déjà lu. Je sollicite leur indulgence!

via Chevauche tes morts… Étends tes ailes

20 Mai 2020