Maux & Cris

462 Textes, Poèmes, Livres, Rêves et autres billevesées

Muet je suis. Pourtant hier matin, un rêve a failli me faire vous parler.

Ce devait être l’hiver, mes habits étaient épais et j’étais le ver douillettement niché dans son cocon, les mains dans les poches de ma doudoune bleue, drôle de ver direz-vous ce ver avec des mains, et alors, certains vers ont bien des pieds, je déambulais avec inquiétude dans un magasin attenant à la sation-service, cherchant quelque chose mais sans savoir quoi. Pour finir, je ne trouve rien qui me convienne et ressort, toujours les mains dans les poches. Et là, une main puissante attrape mon épaule.

« Suivez-moi monsieur ! Pas d’embrouille ! ». Passif, j’emboîte son pas. « Cela fait un moment que l’on vous a repéré ».

« Repéré de quoi ? Que me voulez-vous ? », étonné mais tranquille, mes mains sont restées dans mes poches pendant la magasinesque déambulation. Elle aiment inventorier sans cesse le contenu, la clé de la voiture, celles de la maison, un paquet de kleenex, oui il en reste encore, un ticket de je ne sais pas quoi, il faut que je fasse du vide dans mes poches, je me dis toujours ça quand je ne peux pas le faire et quand je peux, je n’y pense plus, à gauche, mon smartphone, il est toujours à gauche, je ne suis pas maniaque pourtant, mais il est toujours à gauche. C’est quoi l’idée ? C’est pour me rassurer ? Pour être sûr de le trouver ? Je manque d’imagination et crains le grand ratatinement ? Mais non, c’est juste une habitude. C’est bien ce que je dis, je me ratatine, les habitudes c’est la fin de la liberté. Merde. La clé de la voiture, celles de la maison….

Quand on a les mains dans ses poches, on ne vole pas, mais quand on a ses mains dans les poches en sortant d’un magasin, cela pourrait laisser entendre le contraire. Je n’ai jamais rien volé de ma vie. Enfin, sauf des livres, j’avoue, j’ai volé des livres, et puis une fois dans le porte-monnaie de ma mère. Je me suis fais tellement peur que je n’ai jamais recommencé.

« Repéré de quoi ? Que me voulez-vous ? » je m’entends lui poser la question.

« Vous êtes venu prendre plusieurs fois de l’essence ! »

« Euh ! Oui, Et alors ? C’est pas bien ? »

« Mais vous prenez toujours la même !! »

« Comment vous dire ! On ne peut pas mettre n’importe quoi dans une voi… »

« Te fous pas de ma gueule !! » m’assène le costaud, tu prends toujours celle qui est coupée à l’opium ! »

Evidemment, c’est à ce moment précis que je me réveille de ce rêve à la con. Je reste hagard et me demande ce qui aurait pu continuer cette stupide histoire. Les arguments logiques reprennent le dessus, pendant que je tente de ne pas perdre le fil.

Le chemin de halage rêve qu'il est au bord d'un étang !

Le chemin de halage rêve d’être au bord d’un étang !

 

C’est fragile un rêve, on a vite fait de le perdre, deux ou trois pensées vous traversent l’esprit et pfuit, il a disparu, évaporé le rêve. Enfin c’est ce que l’on croit, jeux obscurs du conscient et de l’inconscient.

Par chance, on peut le faire vivre un peu plus si l’on sait s’y prendre.

Tout de même, cette idée de mettre de l’opium dans le carburant….

Jusque là ne voulant pas me priver de toutes les couleurs offertes par la nature, je ne faisais pas de Noir et Blanc. Hier lors de ma petite balade sur le chemin de halage qu’offre souvent la Seine à ses riverains, j’ai donc shooté avec mon iPhone en couleur et en N&B pour comparer.

Certaines photos n’ont pas été prises en couleur… et ne sont donc qu’en N&B. Pour comparer les deux versions, il vous faudra beaucoup d’imagination…

Allée, arbres et bateau C
Allée, arbres et bateau N&B
L’allée ou l’eau, je ne sais… C
L’allée ou l’eau, je ne sais… N&B
Toujours plus haut ! C
Toujours plus haut ! N&B
Je garde le bord de l’eau ! C
Je garde le bord de l’eau ! N&B
Je suis au juste dans ce cadre… plus large que diable !
Des fleurs blanches, si si !!

Il y a quelques temps, j’avais publié ma lettre de candidature au jury du livre France Inter. Quelques un(e)s d’entre vous avaient eu à cette occasion la gentillesse de me rassurer sur mes chances.

Les jurés ont été dévoilés ce jour à 13h00 et mon nom n’a pas été cité.

looser2

I’m a looser !

Je ne me faisais pas d’illusion mais l’expérience m’aurait beaucoup plu. Je n’en retire aucune acrimonie et suis presque soulagé d’avoir échappé à la contrainte de lire des livres non choisis par moi.

Je passe à autre chose…

Bonne journée et bises à toutes et tous.

Lu hier un terrible fait divers. Une petite fille de neuf ans est électrocutée en prenant sa douche. Son beau-père qui a tenté de la secourir, idem. La maman s’en est sortie avec les mains brulées mais a survécu. L’article laisse entendre que des travaux auraient récemment été réalisés et pourraient être à l’origine de ce drame. Mais aussi « Une prise multiple qui « se trouvait près de la douche » est aussi évoquée, tout comme de l’eau sur le sol de la salle de bains. » comme indiqué dans Le parisien. La famille venait d’emménager dans cette maison assez dégradée et humide.

Je résume l’article de tête, c’est en tout cas ce que j’en ai retenu. Ce genre de drame est suffisament horrible pour que l’on n’en dise pas plus. L’association de l’eau et de l’électricité est fatale, on le sait tous. Il y a d’ailleurs des normes à respecter lorsque l’on fait une salle de bains pour éviter ce genre de catastrophe.

La cabine de douche était-elle assez étanche ? Que faisait cette prise multiple sur le sol près de la douche ?

Et c’est là que je déraille…

Ce n’est pas une petite fille de neuf ans qui a intallée la prise multiple à cet endroit. Généralement, mais ce n’est pas une règle, c’est plutôt l’homme qui s’occupe de l’électricité dans une maison. Mais il est sensé se méfier de l’association eau plus électricité. A moins que…

A moins que ce ne soit volontaire, que Madame soit toujours la première à prendre sa douche et que Monsieur ait concocté de l’assassiner. Malencontreusement, pour une raison non prévue, comme le fait que Madame, occupée à finir quelque chose, ait demandé à sa fille de prendre sa douche la première. Et paf le drame !

La victime potentielle du meurtre devient la seule survivante du désastre.

Mais quel serait le mobile ?

Monsieur est un serial killer. Il rencontre des femmes, les séduit, emménage avec elles. Son plaisir est de poser des caméras dans la salle de bain, les électrocuter, l’affaire est classée en drame domestique, et lui de se repasser en boucle les films de l’électrocution. Notre serial killer, fasciné par la chaine électrique, aurait adapté le concept en douche électrique, une mise à mort programmée qui lui procure du plaisir un certain temps. Mais hélàs, comme chacun sait, le plaisir décroit avec le temps et il doit se mettre à la recherche d’une nouvelle proie. Ça ne tient pas la route…

Ou alors, le coup de l’assurance vie. Monsieur fait signer à Madame une assurance vie. Les téléfilms US utilisent beaucoup cette ficelle. Sans trop se demander si les assurances sont aussi cons que cela, à payer aveuglément sans vérifier. Il y a toujours un enquêteur qui traîne, avec son chapeau à la Bogart, ses moeurs dissolus, une obligatoire tendance à s’alcooliser, sans oublier la belle et fidèle maitresse que l’on peut visiter quand le blues est trop prenant. Pas envie…

Non, pire, Monsieur est un pédophile, qui lorgne sur sa belle-fille et voit en Madame celle qui l’empêchera d’arriver à ses fins. Monsieur se verrait bien en Kampusch, à la différence près que Madame n’acceptera jamais et devra donc disparaître. Le scénario doit prévoir la disparition simultanée de Madame et de sa fille. Pour quelle raison ? Il faut une raison plausible mais invérifiable… Elles fuient les violences des hommes, bof ! Elles sont sous couverture car Madame est témoin dans une affaire de meurtre avec des gros méchants, rebof !

Madame a une double vie et s’apprèterait à quitter Monsieur. Voilà, les bonnes vieilles ficelles sont les meilleures. Une histoire de coeur, et si possible de cul, ça permet de glisser quelques scènes torrides. C’est ce scénario que je garderais si jamais je voulais écrire quelque chose suite à ce fait divers.

Mais c’est trop glauque, vraiment trop….

Ma très chère C.,

je te dois une lettre, enfin plus exactement des explications. Je t’ai promis, il y a près de vingt cinq ans, de te donner les raisons qui m’ont fait te demander de ne plus jamais me contacter, d’oublier mon numéro de téléphone, pour résumer de me rayer de ta vie. A l’époque, nous n’avions pas de téléphone portable, pas de sms, pas de réseaux sociaux. N’est-ce pas vertigineux que ce qui est maintenant d’une banalité crasse ait été totalement absent de nos existences il y a seulement vingt cinq ans.

Ce fut le temps pour moi de vivre ma relation avec S., nous marier et avoir deux enfants maintenant âgés de 19 ans et de 16 ans. Ce parallèle ne doit rien au hasard, j’y reviendrai.

Nous nous connaissons depuis toujours, nos parents étant amis. Nous étions deux enfants pas conformes, vaguement caractériels et plutôt difficilement gérables pour nos parents respectifs. Deux choses fondamentales nous liaient, l’amour et la pratique de la musique et je crois, le fait que nous reconnaissions dans l’autre la même non conformité. Deux petits canards d’une autre couleur que le reste de la troupe et qui le savaient. Cela nous marquait différemment.

Nous étions attirés, aimantés, mais ma timidité et le destin a retourné les pôles jusqu’au moment où je t’ai vu arriver dans mon lycée, toi qui jusque là fréquentait les écoles privées religieuses de la proche grande ville.

Pendant les vacances suivant l’année du bac, nous avons fait un grand voyage dans le nord de l’Europe. Huit jeunes, deux petites voitures et la liberté, nous ont fait traverser tous les pays. Tu as rédigé un journal que je dois avoir quelque part et je tombe parfois sur les photos de nos vingt ans.

Dans les années qui ont suivi, nous nous sommes peu vus. Un ami à toi en a profité pour t’épouser et te faire trois garçons. Tu as fini par atterrir à Paris pour suivre sa brillante carrière. Pendant ce temps, tu t’occupais de vos enfants.

Pour ma part, après un début professionnel à Lyon, je suis descendu vivre en Avignon. Mon travail me passionnait, mais avait le mauvais goût de me faire bouger en permanence, de telle manière qu’il m’est arrivé de ne dormir chez moi que deux soirs sur tout un mois. Cela faisait cher la nuit…

C’était l’époque des trajets en voitures, en train, en avion, les hôtels et les restaurants plus ou moins glauques, tout à fait propices à la dépression et à la picole, mais par chance je suis plus doué pour le bonheur et le sourire que pour la déprime. L’époque où l’on part très tôt de chez soi le matin pour y rentrer très tard. Malgré cela les trois années passées dans la cité papale me firent rencontrer de très chers nouveaux amis. Nous en reparlerons plus tard.

Et me voici à Paris pour la société Avignonaise. Et me voilà qui intervient chez un client qui connaissait ton mari. C’est comme cela que nous nous retrouvâmes… Je glisse sur les années qui ont vu ton mariage se casser la figure. Cela ne me regarde en rien, j’ai juste assisté à cette époque qui fut, je crois et cela ne me regarde en rien, fort nauséabonde pour toi.

Tu t’installes dans une maison de banlieue. La ville voit se côtoyer bourgeois et prolos dont une bonne partie issue de l’immigration, rendant la notion de sécurité quelque peu relative.

De mon côté, ma relation vieille de sept ans avec une autre C., était sur le déclin. Nous jouions à je t’aime, moi non plus, mais en insistant fortement sur le non plus. Du coup, notre cohabitation était hâchée par des périodes où je changeai de pénates, habitant à l’Haÿ les Roses, à Malakoff, de nouveau à l’Haÿ les Roses, puis à La Garenne-Colombes, par moi appellée Lapin-Pigeon.

Il m’est arrivé de me faire héberger chez toi, où tu mettais à ma disposition une chambre de tes enfants lorsqu’ils étaient chez leur père. Cela nous permettaient de passer des soirée à raconter des conneries, jouer du piano, manger (loin d’une punition, vu comme tu étais bonne cuisinière) et picoler. Certaines fins de soirées, notre état était si lamentable qu’il était vraiment préférable pour l’humanité que je reste sur place et ne taquine pas la conduite.

Une fois, nous revimes un ami de notre escapade nordique, alors directeur financier d’un très gros groupe de parfumerie de passage à Paris. Il avait évoqué, je m’en souviens, aimer se challenger lorsqu’il allait au toilettes, en tentant de synchroniser exactement la fin de son jet d’urine avec le début de la chasse d’eau. Je sais que tu t’en souviendras. J’étais héberlué, mais tellement rassuré que des personnes soi-disant bien placées dans la vie, puissent avoir des occupations aussi peu flatteuses. Ce n’est pas pour rien que l’on conseille d’imaginer son patron en train de chier pour faire tomber les appréhensions avant un rendez-vous important.

Ta maison a besoin de quelques travaux. Cela tombe bien, j’ai un ami d’Avignon, maintenant parisien, très doué de ses mains. Je te le présente sans imaginer une seule seconde que vos deux personnes, pour moi apartenant à des mondes si disjoints, pourraient aller plus loin qu’une relation client – artisan.

Aussi, lorsque tu m’as annoncé que tu t’entendais très très bien avec lui, qu’il n’était pas doué que de ses mains, et qu’il s’installait avec toi, ma machoire inférieure est tombée sur mes genoux. Heureusement qu’ils étaient là, d’ailleurs, sinon je l’aurais tout aussi bien récupérée par terre.

Je revois encore la maison où Pascal et moi nous étions rencontré à Saint-Didier, village au pied du Ventoux, où le temps était encore lent, assez lent et chaud pour les cygales. C’était en 1983 ou 1984. A l’époque, on lisait encore le journal, on allait au bistro se taper un galopin le matin pour refaire les niveaux, on allait chercher des mûres dans la cambrousse pour se faire des énormes tartes. La maison de Manon était notre point de rencontre. Une maison à l’écart du village, au milieu de nulle part. Je raconterai cela une autre fois.

A l’époque Pascal était l’amant d’une belge, que nous appellerons Catherine. Selon ses dires, Catherine avait tenu une émission sur le rock à la télévision belge et était venue avec sa mère apprendre l’oenologie à l’Université du Vin de Suze La Rousse. Catherine nous amenait des vins à déguster et à boire. C’est grâce à elle que j’ai appris, un peu, à déguster et à pouvoir trouver à un vin un petit goût de purin sans en être dégoûté. Nous goûtions tellement que les soirées se terminaient très tard dans des hauteurs alcolisées drolatiques.

J’étais très ami avec le fils de Manon, bien qu’il ait la moitié de mon âge. Avec lui c’était plutôt le pétard qui dominait. Du coup certaines soirées le shit se mélangeait à l’alcool. Je me souviens d’une soirée où Christophe et moi étions en bas à fumer des pétards, lorsque Pascal redescendait après avoir fait grimper Catherine aux rideaux, tirait sur le pétard, buvait un coup et racontait deux ou trois conneries avec nous, avant de jeter un coup d’oeil en haut et conclure « bon, les gars, c’est pas tout, mais je dois y aller, on m’attend ».

Catherine et Pascal sont ensuite venus s’installer à Paris où nous nous sommes beaucoup fréquentés et avons beaucoup goûté de vraiment très bons vins. A défaut on picolait du champagne.

Donc, ma chère C., pour revenir à notre histoire, je ne voyais pas de connexion entre vos deux mondes. Quelle erreur, quel aveuglement ! Vous eûtes ensemble une histoire, une belle et compliquée histoire, une histoire sans issue, enfin une vraie tragédie.

Je vais raccourcir l’histoire, tu la connais déjà si bien. En résumé, vous vous êtes mariés, vous avez beaucoup ri ensemble, beaucoup bu aussi. Le passé de Pascal lui a généré un cancer de la langue, lui a coûté une opération, une récidive.

L’alcool a rendu les choses incohérentes et violentes entre vous. Tu m’appelais à trois heures du matin pour me dire qu’il allait te tuer. Vous vous balanciez des casseroles à la figure. A distance, je faisais le casque bleu, parlant à l’une, puis à l’autre, puis on recommençait…. je ne savais plus qui croire, chacun se présentant comme la victime de l’autre. Lorsque je vous voyais tout allait presque bien… Vous étiez tous les deux mes amis, je vous aimais profondément et j’étais déchiré, sans avoir la clé. J’argumentais, je montais le ton de la voix, je conseillais, j’interdisais. Peine perdue, le combat, ce genre de combat était ingérable. Puis tu as commencé à m’appeler au travail, une fois, trois fois, cinq fois par jour. Professionnellement, je ne voulais pas sombrer.

A cette époque, je débutais mon histoire avec S. Tu as compris, j’ai voulu préserver à la fois mon esprit, mon boulot, mon amour pour S.

Là est la vraie cause de ce qui m’a fait vous abandonner à votre dérive. J’en garde une blessure ouverte qui ne guérira jamais. Cette blessure s’est agravée lorsque tu m’appris plus tard que Pascal s’était pendu, sans doute pour fuir à la fois sa vie qui partait en couille, votre histoire à laquelle il ne devait plus rien comprendre non plus, son alcoolisme et son cancer revenu.

Si je me fie à ma mémoire, lorsque tu m’as annoncé la nouvelle, tu m’as rappelé que Pascal disait, et je peux en témoigner car il l’a dit aussi devant moi, « tu vois ce noyer au fond du jardin ? Un jour je me pendrai à ce noyer ». L’idée de se pendre à un noyé nous faisait marrer. Au final, nous avons pleuré.

Tu as fini par quitter la région parisienne pour retourner à Lyon. Les seules nouvelles de toi que j’eus ensuite me vinrent par ma soeur, hasard des rencontres de quartier.

Sache que je pense souvent à toi et à Pascal. J’espère que ta vie s’est maintenant stabilisée, que tu fais des choses qui t’éclatent et que tu es heureuse. Si tu veux prendre contact avec moi ce sera avec grand plaisir. Mais je te laisse la main… et je comprendrais fort bien que tu ne le fasses point.