Hors de question de sortir du cercle de 1 kilomètre de rayon autour de la maison. Le fait d’habiter au pied de la colline du bord de Seine nous offre deux sentiers pour rejoindre le haut de la colline. Nous avons emprunté celui qui est à notre droite en sortant de la maison. Il s’appelle la Route de Rouen.
Mes pieds ayant été remis en état par ma podologue, j’ai pu reprendre de petites balades sur le chemin de halage qui accompagne un bras de la Seine. Il me faut faire 200 mètres et j’y suis.
Hé ! Oui toi, là.
Quoi ?
Toi là, t’es sentiel toi ?
Ch’sais pas moi. K’sa peut t’fout d’abord ?
Si t’es sentiel t’ouvre, si non, t’ouvre pas !
Lâche-ouam, ou j’t’éclate les dents !!!
« Les livres sont des âmes. Les librairies sont des points d’eau dans le désert du monde » Christian Bobin.
T’es pas sentiel alors, pisque t’es pas ouvert ?
Je ne le dirais pas comme cela.
Je dirais que je suis essentiel.
Comme tout humain, pour peu qu’il en ait la liberté,
a soif de grandir, de comprendre, de s’apaiser.
Et la matière pour cela se trouve dans les oasis du monde.
Oasis ! Oasis ! Je connais :
Oh ! le boulet !
Bon, on n’est pas rendu avec toi.
Je te parle de livre pas de boisson gazeuse.
Tu peux pas être l’ivre avec Oasis,
y a pas d’alcool dedans !
Excuse-moi, on va être coupé, je ne te…. Zkrim…. plus…. Szboing crahkle…. du tout.
… … …
Purée, quel calme !
Rien, je ne comprends rien à ce gouvernement. Hors de question de remettre en cause le confinement, ce n’est pas le sujet. Mais fermer les librairies, les coiffeurs, les esthéticiennes, les lieux de culture, les je ne sais pas quoi encore, ce n’est pas le bon choix. Alors ça râle. Du coup, on demande au rayon équivalent des supermarchés de fermer aussi. Pour ne pas favoriser les gros versus les petits.
Moralité, c’est Amazon qui rafle la mise. Et ça râle toujours. Mais dans quel scénario de merde nos dirigeants se sont enfoncé ? Et comment faire machine arrière sans passer pour des truffes ?
De plus, nous sommes aussi attaqués par l’inculture et le fanatisme, qui viennent égorger nos fils et nos compagnes. Tiens, on n’a pas déjà un truc similaire dans notre hymne national ? Comment lutter ?
Ouvrez la culture, ouvrez les librairies, forcez les gens à lire, à discuter, à échanger des points de vue. L’éducation et la culture nous sauvera. Son manque nous tuera.
Une danseuse, Amandine Aguilar, a fait cette vidéo dans un supermarché. Elle décrit parfaitement l’absurdité de la situation. Likez sa vidéo, partagez-là :
Et puis, parce que j’ai autant besoin de lire que d’oxygène pour vivre, quelques phrases d’auteurs sur ce qu’est le livre :
Se trouver dans un trou, au fond d’un trou, dans une solitude quasi totale et découvrir que seule l’écriture vous sauvera. Être sans sujet aucun de livre, sans aucune idée de livre c’est se trouver, se retrouver, devant un livre.
Ecrire – Marguerite Duras
Si jamais il lui arrivait un jour d’écrire un livre, il introduirait les personnages un à un, pour éviter aux lecteurs d’avoir à apprendre leurs noms par cœur tous à la fois.
L’alchimiste – Paulo Coelho
Le livre vaut-il le glaive, la discussion vaut-elle l’action ?
Oeuvres complètes de h. de balzac … (édition 1869) – Honoré de Balzac
Brûler des livres, c’était tuer par procuration et par avance. Les nazis avaient commencé par là, les Inquisiteurs aussi.
Le merle – Jean-Bernard Pouy
Les écrivains ne volent pas, ils empruntent, et leurs livres rendent au lecteur tout ce qu’ils leur ont emprunté.
Le roman d’ernest et celestine – Daniel Pennac
Pour finir ma chronique je vous propose de déguster ces deux vidéos de France-Culture sur les sujets « Lire c’est quoi ? »
Thomas et moi avons participé au livre collectif « Stupeur et confinements » chez JDH Editions. Il y a aussi publié « La demoiselle de nulle part » que j’ai souhaité lire.
Il y a peu j’ai publié un article sur les odeurs. Je n’aurais pas mis un kopeck dessus, n’étant absolument certain de sa réussite et il se trouve que c’est celui que vous avez le plus commenté.
J’y reviens en m’interrogeant sur ces traces d’odeurs, ces fantômes d’odeurs dont nous ne revient que le souvenir qu’ils ont existé, l’impression qu’ils ont laissé, sans que notre cerveau ne parvienne à en retrouver la précision ni la nature, ni la composition précise.
Comme pour le mot que l’on a sur le bout de la langue sans le retrouver, notre cerveau défaille. Il sait que l’information existe quelque part sans en retrouver le chemin.
Dans ce cas, inutile de se braquer. Il faut au contraire se détendre. Il y a de fortes chances que notre cerveau retrouve correctement l’information, dans les minutes suivantes. Mais si l’on se braque, c’est mort…
Cela m’arrive souvent d’être envahi par un fantôme d’odeur. La dernière fois, j’ai mis plusieurs minutes pour identifier une odeur d’herbe aromatique. C’était l’odeur de la coriandre que Sylvie avait ciselé pour recouvrir les morceaux de poulet.
Mon traitement dénature totalement le sens du goût. Tout me parait fade. Une viande blanche comme le poulet doit être parfumé pour que j’avale avec bonheur. Sinon, au bout de quelques bouchées, je mâche de longues minutes avant de pouvoir avaler, signe de l’écoeurement qui me fait arrêter de manger.
Donc, lorsque j’arrivais dans la cuisine ce jour-là, le parfum de coriandre flottait dans l’air. J’identifiais seulement qu’il s’agissait d’une herbe, verte, mais impossible de mettre le doigt dessus, si j’ose dire.
Souvent, pour contourner la fadeur, je poivre le plat de manière déraisonnable. Mais j’aime bien. J’aimerais tant pouvoir mettre du piment, que j’adore, mais ma bouche ne le supporte plus. Pour résumer, je ne supporte pas ce qui est trop fort, ni ce qui est trop fade. Et pour couronner le tout, les odeurs m’échappent.
Sinon, ça va. Et vous ? Je ne voulais pas m’en aller sans vous gratifier d’un haïku, une sorte de bonbec.
Goût de l’amour
Goût de ton été Sur le bout de ma langue C’est bon mon amour
N’avez-vous jamais eu envie de pouvoir capturer une odeur comme on capture un paysage avec son appareil pour en faire profiter ses amis sur Facebook par exemple ? Avoir un appareil à odeurs pour cela, qui numériserait les parfums pour les envoyer à l’autre bout de la terre où votre ami(e) utiliserait le même boitier pour recomposer le parfum et en profiter. Ça fait rêver…