Maux & Cris

462 Textes, Poèmes, Livres, Rêves et autres billevesées

24/3/2020

Qu’est-ce que tu fais aujourd’hui ?

Tu veux dire au jour d’aujourd’hui ?

Euh non, aujourd’hui, ça suffit…

Tu ne trouves pas que dire au jour d’aujourd’hui, ça renforce la maintenantitude ?

Si si, comme quand on dit t’es con de chez con, ça renforce ta conitude. Du coup tu fais quoi ?

Qu’est-ce que tu veux que je fasse ?

Oh mais moi, je veux rien, je te demande ce que toi, t’as envie de faire…

T’as pas d’envie ?

Si.

Et ben, dit quoi !

Quoi !

Fais gaffe ou je vais te re causer de conitude !

Oh ça va on peut plus blaguer maintenant ! Non, j’irais bien me promener sur les bords de la Seine en fait.

Non, c’est pas possible.

Tu m’demandes ce dont j’ai envie, je te le dis et toi, sèchement « Non, c’est pas possible ».

Je ne suis pas sec.

Et bien sèche toi et fais pas chier !

Je ne suis pas sec quand je te dis non « c’est pas possible ». C’est un fait, juste un fait.

Ah c’est ta fête au jour d’aujourd’hui ?

Oui et la conitude, c’est quand on est con, mais alors vraiment très con ! Le préfet a interdit l’accès aux berges de la Seine dans toutes les Yvelines.

Dans celle où on habite aussi ?

Merde.

Quoi merde ?

On est confiné, batard. C’est le jour huit du confinement. Tu me les brises. Adieu, j’me casse au salon.

Bonne journée quand même au jour d’aujourd’hui !

25/3/2020

Le printemps est là. La végétation est énervée, impatience, confinée qu’elle a été des mois durant (ou dupont, comme vous l’entendez…) dans un faux temps humide et peu froid. Les gros bourgeons sont tendus comme le string d’une Kardashian. On se retient même de poser le doigt dessus de crainte qu’il nous explose à la figure. Faut-il garder une distance d’un mètre, même avec les bourgeons ?

A noter ce matin l’expression « Tiens, si je m’autorisais une sortie ?», sorte de mise en abyme dont l’instrument de mesure est l’attestation, mais attention, pas n’importe laquelle. Nous avons une version 2. Une pensée émue pour ceux qui, prévoyants, en avaient imprimé une pile d’ avance. C’est mort les gens, vos piles d’attestations, témoins d’une vertueuse anticipation, sont obsolètes. Et comme vous l’imaginez bien, présenter l’ancienne vous coûterait cher. Mettez-vous donc au goût du jour. Comme la mode qui, au vu de notre irrépressible envie de changer de fringues très souvent, renouvelle ses modèles régulièrement, l’état change ses attestations, entre autres pour horodater votre sortie.

Ce n’est pas très grave, on va s’habituer. L’humain s’habitue à tout, sa résilience est quasi sans limite. Par exemple, en ce neuvième jour de confinement, je referme ma sixième semaine de moratoire thérapeutique et reprend mon traitement anti-cancer. Je ne peux pas dire que je cours partout dans la maison en criant des « youpee », des « chouette c’est pas trop tôt », ou encore « trop cool », mais depuis plus de trois ans que je m’infuse cette bombe qui me sauve, j’en connais les caractéristiques. La nouveauté c’est que je vais tester le double confinement, l’un avec attestation, l’autre avec détestation.

Surtout, épargnez-vous et épargnez-moi toute forme d’apitoiement, inondez-moi plutôt de votre sourire !

Bonne journée les ami(e)s !

26/3/2020

Comme on pose un pas après l’autre sans y réfléchir, le confinement s’est tellement installé dans notre vie que l’on se demande bien ce qui pourrait encore nous étonner. A quoi peut bien servir un journal dans ces conditions ? Un journal qui radoterait, juste pour dire qu’il existe alors qu’en fait il n’a rien à dire.

J’ai lu hier un journal très amusant où une personne présentait la visite de son appartement comme s’il s’agissait d’une excursion, du genre de celle proposée en voyage organisée. Et ça terminait par un truc du genre « et nous serons de retour vers 19h30, juste à temps pour pouvoir applaudir le personnel de santé par les fenêtres ouvertes du salon. »

J’ai aussi lu un article qui m’a fait me questionner sur la bonne santé mentale de certains. Un journaliste s’interrogeait sur l’évolution du marché des îles à vendre pour les super riches. Oui le marché a évolué. Les riches chercheraient des endroits pour s’éloigner du virus couronné. Ou alors achèteraient des respirateurs à 20.000 boules au cas où. Mais finalement, la communication de l’entreprise qui vend les îles date de 6 semaines. Du coup, ce n’est peut-être pas lié au coronavirus… comment dire ?

La situation me rappelle une marche de fin de stage commando. Trois nuits de marche dans la neige de la Forêt Noire. Nous dormions dans nos sacs à viande dans la neige. Le paysage était sublime, nous étions lessivés, des robots à marcher. Je me souviens d’un ami qui s’est endormi en marchant sur un chemin montant légèrement. À droite, la pente montait vers le ciel, à gauche, elle dégringolait vers le néant. Petit à petit il a commencé à dériver vers la gauche, ses pieds ont tapé sur la boursouflure de neige qui longeait le chemin. Il a disparu, tombé dans la pente sans se réveiller. Rien de grave, rassurez-vous. Le sergent a annoncé une pause. La dernière nuit, nous marchions entre les vignes et évoquions ce que nous ferions à notre première sortie. Mon fantasme était de me taper une belle pièce de viande avec des frites et un ou deux tonneaux de bière. Ce que j’ai pu réaliser plus tard, mais avec moins de bière…

La période que nous vivons a quelque chose de cette longue marche. Une marche dans notre tête, puisque pour le reste ce n’est pas simple.

Ce jour, un groupe de 400 experts en sécurité informatique du monde entier s’est créé afin de lutter contre la cyber criminalité. Elle profiterait de la crise actuelle pour déployer sa nuisance. Les entreprises, qui utilisent à plein le télétravail, craignent pour leurs données et pour les capacités de travail de leurs employés. Un volume de phishing inhabituel aurait été constaté.

Nous sommes plus de trois milliards à être confinés. Prenez soin de vous et des autres.

27/3/2020

Le confinement tourne au désespoir pour certains. Les microcosmes familiaux se tendent, se cristallisent. Les conflits larvés habituellement tenus secrets sortent au grand jour et font exploser leur violence faute de dérivatif. Le confinement accroît les tensions, c’est visible sur les réseaux sociaux où les expressions se font plus rudes qu’à l’habitude, les positions plus tranchées. Les mots sont des épées, des armes. Comment réagir à un mot aiguisé si nos mots ne permettent pas de faire ressentir exactement le fond de sa pensée. C’est la fête aux insultes, aux replis sur des comportements reptiliens standards. On perd sa lucidité et son ouverture d’esprit, celle qui permet d’écouter l’autre et de lui laisser une part de vérité. Seule la nôtre, ou ce que l’on croit être la nôtre, se voit accorder le droit d’exister.

Ailleurs on pratique l’apéro virtuel. Chacun met en scène sa bonne bouteille, son meilleur whisky, ses petits plats et ses cacahuètes. On partage une activité simple, conviviale, familière sans être obligé de disserter sur les raisons pour lesquelles nous sommes enfermés, car c’est bien ce que nous sommes. Au détail près que nous avons le droit de bouger un peu, sous certaines conditions. Nous acceptons notre confinement malgré ses contraintes, car il bénéficie à notre société. Restons altruistes malgré le caractère grégaire de nos petits égoïsmes. J’aime cet apéro et son côté amusant. Il est décontracté, gratuit, sans prise de tête et je m’y adonne avec plaisir. Le groupe atteint bientôt 5000 personnes en dix jours.

Faute d’exercice physique, si certains font du jogging le long des murs de leur tête, d’autres tournent en rond dans leur cerveau. Il faudrait leur dire que cela ne sert à rien. Il n’y a aucune sortie que de se regarder en face, bien en face. La vie nous offre une occasion inespérée de faire le point sur ce que nous sommes, ce que nous voulons faire de notre vie. Quelle est cette société dont nous rêvons ? Une société plus juste, moins tournée sur le dieu pognon, plus sur l’idée de fraternité et de respect de notre environnement. Sortir du paradigme cul de sac où de moins en moins de gens sont de plus en plus riches et vice versa, avant que cela ne se règle par un déchaînement de violence no limit.

Sinon, au jour 3 de la reprise de mon médoc, je sens la charge monter en moi. Mais c’est léger. Je le sais parce que je connais bien l’histoire. Ce serait encore imperceptible pour un « novice ». Juste un peu la tête moins libre, le signe que la tension est en train de monter. Je le sais plus que je ne le sens. Pour l’heure, je reste juste confiné, pas encore doublement confiné. Pour être plus exact, et malgré le côté paradoxal que cela peut présenter, retrouver les signes connus du traitement me ferait plutôt sentir moins confiné, comme un peu libéré.

Ça y est le jour est totalement levé, il est l’heure de vous souhaiter une belle journée.

28/3/2020

Vous connaissez tous Gstaad, la station de sport d’hiver connue parce fréquentée par des gens connus. Elle a une petite sœur, au nom tout autant imprononçable : Ischgl. Je vous mets au défi de le prononcer sans brumiser votre voisinage. Non, ne le faites pas, en ce moment, c’est déplacé. Les drones de sécurité pourraient fort bien vous taser (2500 volts, sans les intérêts) pour sanctionner un comportement si Antisocial, tu perds ton sang-froid / Repense à toutes ces années de service / Antisocial, bientôt les années de sévices / Enfin le temps perdu qu’on ne rattrape plus. Pardon je m’ égare…

Alors Ischgl ? Et bien, cette station de sports d’hiver serait un gros foyer de dissémination du coronavirus. Principalement, parce que, dans les soirées « d’après-ski », détendus mais alourdis par une copieuse journée de ski, les fêtards vont jouer au beer-pong dans un bar. Vous l’avez compris, loin de notre sympathique apéro du soir, il s’agit ici de boire beaucoup. Les serveurs utilisent un sifflet pour se frayer un chemin entre les buveurs, tous sifflant dans le même sifflet. Si généralement une personne peut en infecter 2,5 autres, ici l’un des serveurs de ce bar aurait infecté une quinzaine de personnes. Certains pays ont blacklisté la station dès début mars. Mais l’Autriche a fait la sourde oreille longtemps avant de fermer la station. Pour quelle raison ? Potentielle catastrophe économique pour la station et la vallée.

Je lancerai bien un Ischglton afin de pouvoir offrir à cette ville les quelques voyelles dont elle manque pour s’offrir un nom prononçable et à ses édiles un essai sur ce que recouvre la notion d’humanité.

Sinon, nous sommes samedi, ce qui ne change rien pour nous, confinés entre nos quatre murs. Ni pour celles et ceux qui vont continuer à soigner les malades du virus. Une nouvelle journée à se calfeutrer sous des protections peu pratiques, en espérant qu’elles soient suffisantes, avant d’entrer dans une salle contenant les patients. Ils en sauveront un grand nombre, mais pas tous. Cela laissera une trace indéfectible dans leur mémoire.

Il faudra aussi ne pas oublier les comportements inqualifiables (j’ai bien trouvé plein de mots, aucun n’est parfait) de celles et ceux qui, dans leurs immeubles, placardent des notes destinées à ces soignants qui ont l’outrecuidance d’habiter dans le même immeuble qu’eux, les « innocents », pour leur demander de ne pas toucher la rampe d’escalier ou même d’aller habiter ailleurs. Souvenons-nous aussi des parents d’une amie, traitée comme des pestiférés par leurs soi-disant « amies » de l’immeuble parce qu’une infirmière vient tous les jours soigner l’un d’entre eux.

En temps de crise, les masques tombent pour laisser s’exprimer le meilleur et le pire de l’être humain.

Chers confinés, cher personnel soignant et autres actifs, prenez soin de vous.

29/3/2020

Hier, le confinement m’a parlé de livres. Il m’expliquait que sa finalité première, qui n’est pas de faire en sorte que les parents remplacent les professeurs à l’avenir mais bien de sauver des vies, en cachait une autre, plus discrète mais tellement importante. La curiosité qui bondissait en moi me fit l’interroger dessus.

Il me dit « mais que fais-tu en ce moment ?».

Tu le vois bien, je lis. Mais je lis tous les jours, ça n’a rien à voir avec toi, espèce de vantard !

«Es-tu certain que je n’ai pas incité certain à mettre le nez dans un bouquin ? ou à réfléchir à la lecture ? ».

Je ne peux le savoir. Pourquoi pas, peut-être. Et si tel est le cas, c’est bien. Il est aussi vrai que j’échangeai avec une amie, par la voie des réseaux sociaux rassure-toi, qui expliquait s’offrir deux livres par semaine depuis des temps immémoriaux et du coup donnait des livres pour n’en garder que l’essentiel. Je lui répondis que c’était juste pour faire de la place aux nouveaux.

Cette nuit je pensais à des images d’appartement d’écrivains et de poètes, des murs recouverts de piles de livres du sol au plafond, des cathédrales de livres au milieu des pièces. Des vies entières de livres décrivant parfois des vies entières. Des mondes infinis contenus dans ces petites boîtes qui, une fois refermées, gardent un peu de nous.

Et je repensais au livre que je viens de terminer. L’auteur y parle de Glenn Gould, fou de Bach, qui arrêta ses concerts à trente-deux ans pour vivre plus intensément son amour pour le musicien, qu’il continua d’honorer par ses enregistrements. Ecoutez ce qu’il en dit « Dans la musique on est comme dans l’amour : engagé sur le sentier de la vie faible. On va du point A au point B, d’une lumière à une autre. On est entre les deux, trébuchant dans le noir. Vivant d’incertitude et souriant d’hésitation, attentif à ce mouvement en nous de la vie frêle, oublieux du reste. ».

Je me faisais la réflexion que si certaines de nos activités nous éparpillent l’âme et nous font perdre le contact avec nous-même, d’autres nous permettent d’en recoller les fragments et de la positionner bien au milieu de nous. Quand nous faisons de la musique, quand nous lisons, nous écrivons, nous nous sentons pleinement bien, notre âme s’est replacée au milieu de nous, bien équilibrée, tiraillée en rien. La plénitude.

Le même auteur parle des images que lui inspirent des fleurs, et croyez-moi il va loin dans ce sens. A celui qui voudrait l’accuser de mièvrerie, il précise « Que dira-t-on à maître Dögen, ce sage du treizième siècle japonais, lorsqu’il écrit : « L’univers entier est fait des sentiments et des émotions des fleurs » ? »

Pour en finir, je ne peux pas omettre de vous citer ce que notre auteur a trouvé dans Suréna un ouvrage de Corneille et qui concerne l’inépuisable douleur de vivre et pourrait bien être la synthèse de toute vie « Toujours aimer, toujours souffrir, toujours mourir ».

J’ai déjà parlé de cet auteur, il s’appelle Christian Bobin. Poète prosateur, il a le pouvoir de mettre à jour les ressorts des humains à coup d’images, lesquelles, une fois assemblées, composent l’essence même de la personne.

Bon dimanche les ami(e)s !

30/3/2020

La nuit précédente, vous l’aurez noté, on nous a volé une heure. C’est une honte, un scandale ! Il parait qu’on nous la rendra dans six mois, mais sans intérêt. Il y a un an, en mars 2019 nous avions voté massivement (80%) pour arrêter cette semestrielle connerie. Le parlement Européen l’avait acté pour 2021.

Deux ans, putain deux ans ! C’est là que l’on se dit que notre Europe est bien loin de ses ouailles. Deux ans pour ce qui ne semble pas représenter une montagne de complexité. Deux ans ça pourrait être l’éternité si on s’en donnait la peine. Ce n’est pas en avançant à petits pas mesurés que notre chère Europe nous prouvera qu’elle nous veut du bien.

Elle a pris cette odeur légèrement aigre et poussiéreuse des intrigues de couloir, des entregents experts, des discussions chuchotées, tellement importantes et confidentielles qu’elles ne doivent surtout pas tomber dans l’oreille de n’importe qui. Alors que nous attendons d’elle de la fougue et du courage, qu’elle décoiffe le monde, bouscule un ordre établi depuis trop longtemps par une voix univoque et égoïste. Qu’elle fasse dégringoler d’un coup tous ces dominos patiemment posés les uns à côté des autres par des endormis qui croient que l’immuable monde s’est arrêté de respirer.

De la vie ! Il faut mettre de la vie dans ce mastodonte endormi. Il faut mettre de l’envie aussi, de l’ambition dans cette baudruche. Nos jeunes se croisent, se fréquentent et parfois s’aiment chez l’ami Erasmus. Ils sont bien plus européens que nous, mais que doivent-ils penser de ce que nous en avons fait ? Rendons-nous compte, de plus en plus de gens désabusés n’espèrent que la quitter. Certains le font, même s’ils se rendent compte que ce n’est pas aussi simple qu’ils l’avaient imaginé. A moins qu’ils n’aient imaginé que le seul fait de lui dire adieu allait tout résoudre. Hé les gars, ouvrez les yeux !

Nous sommes confinés, qu’avons-nous à faire de l’Europe, me direz-vous ? C’est vrai, il y a des choses plus importantes, ou plus prioritaires, ou les deux. Mais justement, a-t-elle apporté satisfaction, s’est-elle montrée à la hauteur de la présente pandémie ? Elle déverse du pognon, dont on ne sait absolument pas où il va aller d’ailleurs. Pour le reste, chacun de ses pays est livré à lui-même. Comme dirait Garcimore, encore raté !

Pourtant je l’aime, cette idée que nos anciens ont eu, au sortir d’une guerre générée par la folie d’un homme, l’idée de réconcilier les peuples et de souder les états afin que plus jamais une telle horreur ne se reproduise. Cela n’a pas été simple, mais ils ont réussi. Ils seraient bien tristes de voir ce que nous en avons fait.

Espérons un réveil de la belle endormie ! Avant que nous nous endormions à notre tour.

Bonne troisième semaine les confiné(e)s !

Je te fiche mon billet que j’écoute une merveille …

Du Coltrane arrangé par Christophe Dal Sasso avec l’aide de Lionel Belmondo et joué par un big band de folie.

Se frotter à John Coltrane et son album mythique c’est chaud comme la braise, un peu comme monter l’Everest en tongue, aller surfer Nazaré la clope au bec avec la perche à selfie dans l’autre main. Attend, j’en ai une autre. Ou comme aller boxer Tyson et commencer par lui administrer un traitement à base de coup de pied dans les couilles. Je ne suis pas très sûr de l’image, pourvu que Tyson ne lise pas le Français, sinon c’est direct l’ISS, déguisé en Thomas Pesquet.

Pour résumer, se frotter à Coltrane c’est un truc qui peut t’envoyer directement et pour longtemps dans les geôles des gardiens de l’orthodoxie Coltranienne. C’est là que je suis comme un con, c’est ultra jouissif à écouter mais je ne suis pas vraiment armé pour le décrire. Ce billet se veut être juste une déclaration d’amour. Pas plus.

L’harmonie du quartet est là, multipliée, magnifiée et jamais trahie. Les arrangements sont riches et variés, les interventions développées. Coltrane est dans chaque note de chaque accord et dans chaque ligne mélodique. D’ailleurs Libération ne s’y est pas trompé : «« Mon Dieu, quelle merveille de prestation ! John Coltrane méritait que son chef-d’œuvre A Love Supreme (1964) soit revisité avec panache. (…) L’interprétation en grande formation impulse une dimension nouvelle à la carrure de Coltrane. Si ce dernier avait pu assister à cette version valorisante de son œuvre, il aurait certainement applaudi avec le public enivré… A tout rompre. Pendant dix minutes. » — Bruno Pfeiffer »

Je m’autorise un exemple. Prenons la fin de Resolution par Coltrane, après la dernière exposition du thème par Coltrane. Elvin Jones fait un roulement sur la caisse claire en augmentant le volume, laisse une petite dépression, comme un tout petit trou d’air, glisse un pied, McCoy Tyner égrenne son accord et Garrison pose la note finale bien ronde qui résout et nous redépose au sol.

Dans la version Belmondo / Dal Sasso, le roulement de batterie se transforme en solo de batterie qui ferme seul le morceau. On se dit que c’est vraiment différent. Oui, mais c’est là que l’arrangement par le duo et le traitement par les instrumentistes est remarquable. Du début à la fin, l’esprit de Coltrane est présent, sans cesse respecté. Les chorus sont éminemment Coltraniens, dans la recherche systématique d’au-delà, un besoin de pousser les limites de son savoir, mais la mélodie et le chant Coltranien restent toujours présents, guidant de part et d’autre les musiciens aventuriers mais immensément respectueux.

Tous ces musiciens listés ci-après sont merveilleux. Ecoutez-les. Un jour, lorsque ce confinement ne sera plus qu’un souvenir, allez les voir jouer sur scène, c’est là que tout se passe.

Line-up : Stéphane Belmondo, Erick Poirier, Laurent Agnès (trompette), Merrill Jerome Edwards (trombone), François Christin (cor), Bastien Stil (tuba), Dominique Mandin (sax alto), Lionel Belmondo, Sophie Alour, Guillaume Naturel (sax ténor, clarinette ou flûte), Laurent Fickelson (piano), Clovis Nicolas (contrebasse), Philippe Soirat ou Dre Pallemaerts (batterie), Christophe Dal Sasso (arrangement, direction), Allonymous (voix).

Line-up récupéré sur le site Jazz&People.

En préparant ce billet, je découvre que Lionel Belmondo, rencontré grâce à mon ami Cyril Rivette, merci mon cher Cyril, a entre autres enseigné au conservatoire du 9ème, le fameux conservatoire Nadia et Lilly Boulanger. Coïncidence ! Après avoir travaillé la guitare avec le merveilleux Michel Perez, et l’harmonie avec le regretté Bernard Maury, j’ai suivi ce dernier lorsqu’il a créé le Département Jazz au Conservatoire Nadia et Lilly Boulanger en 1994 et 95. Plus tard, Bernard Maury participera à la création de la Bill Evans Piano Academy. Dans ce cadre je me souviens d’une fabuleuse master-class de Michel Petrucciani, de l’humanité et de l’humour dont il avait fait preuve vis-à-vis des élèves, dont certains étaient déjà très accomplis.

Christophe Dal Sasso m’a fait le plaisir de me permettre d’assister à la captation de « The Palmer Suite », une création commandée par le fameux Chateau Palmer, éminent Margaux, 3ème grand cru au classement de 1855, encore grâce à l’entremise de mon ami Cyril.

Mes ami(e)s écoutez de la belle musique. Elle vous recentrera l’âme et fera disparaître quelques temps la lourdeur du présent confinement. Pensez à ces musiciens qui ne peuvent pas travailler en ce moment, comme au personnel de santé qui, à l’inverse, est sollicité à 300%.

Ecouter l’album sur Deezer

17/3/2020

J’ai testé pour vous :

1.Confinement : pour moi, retraité, peu de changement,

2.Attestation de déplacement dérogatoire : fait et vérifié par la Gendarmerie,

3.Pharmacie : une file d’attente est organisée sur le trottoir, jusqu’au guichet de nuit, arrivé 10 minutes à l’avance je suis premier; 10 mn plus tard, 15 personnes,

4.Retour : j’évite le rond-point (rapport à la file de véhicules contrôlés par la gendarmerie) et prend des petits chemins de campagne. Il fait beau, je vais doucement au milieu d’un champ de colza. Une tâche marron clair qui bouge au bord de la route !! Un chevreuil. Je m’arrête à son niveau. Marie-Nicole Lemieux chante dans l’autoradio de ma voiture. Je baisse le volume. Le chevreuil montre son cul blanc, s’éloigne de la route et de moi pour s’arrêter 15 mètres plus loin. On s’dévisage, on s’envisage… Il me regarde aussi surpris et curieux de moi que moi de lui. Cinq secondes après nous repartons tranquillement, lui comme moi, chacun de notre côté.

Il parait que certains tuent de si belles apparitions !!

18/3/2020

La nuit s’était éteinte d’une brume si dense que nulle lumière de ville ne pouvait imaginer la traverser. Le jour a laissé quelques microgouttelettes accrochées au simple vitrage. Toutes les fenêtres de la maison devaient être changées la semaine prochaine. L’entreprise qui devait opérer a reporté sine die tous ses engagements. C’est le second jour de confinement.

Bonjour les confiné(e)s !

19/3/2020

J3 encore 🎶🎶

On est vivant tant qu’on est fort ! 🎶🎶

Merci Lara Fabian

Pour ce beau slogan !

Bonne journée les belles et les beaux !

20/3/2020

J’avais commencé à poster chaque matin depuis le début de notre confinement. Bizarrement, ce quatrième jour ne m’inspire en rien. Notre univers se ratatine autour de nous. A part une blagounette du type le rat Tatine ? Un frangin du rat Tatouille peut-être ?

Voyez-vous mon désespoir ? Nous nous sommes installés, pour la plupart, certains continuant à agir d’une manière égoïste, dans un faux rythme où nous sommes contraints de retenir notre respiration devant un oiseau qui chante où le silence de la rue. Ce silence nous plait et nous angoisse. Face à nous-même, nous sommes peu de chose.

Allez les ami(e)s, merde à la morosité et vivement l’apéro du soir !

Et comme ne disait pas Maïté « mes amiiis, le confit nous ment ! ». Désolé, mais plus pourri, j’avais pas….

21/3/2020

Tu m’avais fait remarquer que j’étais parfois abscons, finement mais avec aplomb. Cela m’avait donné faim. J’ouvrais alors une boîte de confit, né comme j’étais d’une maman du sud-ouest.

La vie dans une petite boîte s’installait dans son cinquième jour. Les irréductibles se voyaient menacés des pires sanctions. Les autres ouvraient la fenêtre des réseaux sociaux, qui avec sa guitare ou son violon, qui avec son apéro. Certains applaudissaient le personnel de santé fenêtres ouvertes à heure fixe. Le personnel de santé souffrait, on annonçait des pourcentages de personnel touché par le virus avoisinant les 28%, les premiers morts tombaient…

Que faire ? Je reste chez moi, tu restes chez toi…

Bonne journée les ami(e)s

22/3/2020

Le sixième jour, il s’est réveillé, s’est assis sur le bord de sa couche, a largement baillé, s’est gratté les couilles et s’est levé en marmonnant dans sa barbe « J’ai créé un monde parfait ! Mais qu’est-ce qu’on s’emmerde ! La perfection c’est mortel ennui, il me faut un truc plus rock’n’roll pour foutre du why là-dedans. Mais quoi ? ».

Il se fait un café, se re-gratte les couilles et soudain l’illumination « Oh putain ça c’est bon ! Je vais créer des humains, un mec, une gonzesse et un petit virus de merde. On va les laisser mariner quelques millénaires et bang, j’te les fait se rencontrer ! »

Sinon c’est dimanche, le calme est assourdissant. Hier soir j’ai fermé tous les volets sans entendre une seule voiture, un seul bruit, même les oiseaux s’étaient tus. C’est calme, confiné, mais calme.

On commence à bien voir les atavismes politiques ressurgir, qui fendillent la belle unité si rare et si fragile. Tel parti politique qui annonce lancer une commission d’enquête sur le coronavirus à l’automne. Finement con, Beuark !

Bonne journée les dominicaux ami(e)s

23/3/2020

Le septième jour de confinement c’est spécial ! Le cycle semainier, instrument de mesure du temps, se termine et va revenir au point zéro. Demain on repartira sur un nouveau cycle. Alors que du cycle, justement, on ne peut pas en faire. Remarque, c’est pas très grave, les vélos n’ont pas servi depuis des années, leurs pneus sont platement décédés et il faudrait aller chez Decathlon pour…. Ah ben non, ch ’suis con, ça va pas être possible !

Le septième jour c’est repos. Mais c’est lundi. Le repos c’est le dimanche, pas le lundi. On aurait commencé à se confiner un lundi c’eût été plus pratique. Là, en plus d’être confinés, on est déphasés, pardonnez cette emphase !

Lorsque j’ai ouvert pour permettre à Charlie, la féline maitresse des lieux, d’aller faire son exercice, les pioupious pioupioutaient. Mais depuis j’atteste entendre pas mal de voitures passer.

Hier un automobiliste du nord de la France est allé faire son plein en Belgique. Gaulé par la police belge, il aurait écopé d’une amende de plus de 4000 Euros. Aujourd’hui, il faut avoir de sacrés moyens pour faire des petites économies !

C’est lundi, c’est le printemps, bonne journée ! Bise virtuelle

Mon très cher blog,

Je me fais rare. Je sens bien que cela te peine. Je pense à toi, tu fais partie de ma vie comme l’ombre fait partie de la silhouette sous le soleil d’après-midi. Je ne t’oublierai pas au fond du placard, celui où sont rejetés les jouets de l’enfant que je ne suis plus, les petites voitures, les dessins maladroits, la collection de timbres sans valeur, les livres lus et relus…

C’est juste que… je ne voudrais pas que tu te sentes blessé, promets-moi que ce ne sera pas le cas… tu n’es plus seul au monde. Tu as eu longtemps la primauté, l’exclusivité. Je ne te remercierai jamais assez d’avoir accueilli mes divagations si longtemps sans jamais te rebeller. Je vais te demander quelque chose de difficile, qui te forcera à faire appel à tes ressources, cachées mais nombreuses et puissantes.

Je voudrais que tu acceptes de rompre l’exclusivité de notre relation, et de plus à sens unique. J’ai commencé, poussé par l’opportunisme et un impérieux besoin d’exister plus encore, à griffonner un billet quotidien sur les réseaux sociaux. L’opportunisme, pas tant structurel que conjoncturel, se rapporte au tunnel de confinement dans lequel nous a placé son altesse Covid 19ème du nom.

Une minuscule crotte de virus super énervé défouraille largement en ce moment et abat quantité d’humains. A l’heure où je t’écris, il en est à 139419 victimes déclarées, auxquelles on peut ajouter tous celles décédées en douce, en fraude, comment dire, simplement non déclarées.

Ce virus est aussi une manifestation de la vie. Le virus veut vivre et se reproduire en libérant et dupliquant son ARN (acide ribonucléique) en utilisant nos propres ressources. Un processus aveugle redoutablement efficace au service du seul besoin d’exister.

Le besoin d’exister, je te le dois mon cher blog. Tu m’as poussé dans mes retranchements, en surfant sur la vague d’une violente tendinite qui m’éloignait de la guitare, amie très proche de plus de quarante ans. En surfant sur mon semblant de désintérêt pour la photo, autre amie quarantenaire. Elles doivent toutes deux m’en vouloir encore bien plus que toi, si récent dans ma vie.

Tu m’as fait grandir et me lancer dans de nouvelles expériences. Ce billet, que je pousse chaque matin autour de 7h00 sur Facebook, commence par « Je te fiche mon billet que… ». Le reste n’est jamais que ce qui vient, aspiré par ces premiers mots. Et bien ce petit billet, qui ne pèse guère plus de 400 mots, m’a valu tant de manifestations d’amour que j’en suis resté pantois.

Mon cher blog, tu m’offres un commentaire de temps à autres et j’en suis très content. Certes la chaleur, parfois exagérée, des réseaux sociaux est très agréable mais j’apprécie autrement ces quelques commentaires que tu m’offres, issus de personnes bloguant également, donc soumis aux mêmes affres que moi.

L’époque est au partage, tu le sais bien, mais sauras-tu accepter que je participe à des concours lancés par des éditeurs, des médiathèques ? Le temps que je consacre à cela m’éloigne de toi. Mais c’est pour mieux te revenir, je te l’assure. Je reviens plus fort, avec plus d’envie, par exemple celle de te parler comme maintenant. Parler à son blog, c’est carrément narcissique, m’objectes-tu ! J’ai envie de nier, mais à quoi bon !

Toute forme d’expression n’est-elle pas une simple projection de soi, une manière d’exprimer ce que l’on est, ce que l’on ressent. Ecrire, ne serait-ce pas simplement de s’écrire à soi-même, une activité plutôt bien vue, alors que se parler est plutôt mal considéré, voire une cause d’internement.

Il faut que je te dise. L’un des mes textes a plu à un éditeur. Assez pour qu’il soit édité, à côté d’autres produits par d’autres auteurs, dans un livre en cours d’impression et qui sera édité après le présent tunnel confinatoire. Il va concourir également à un concours organisé par la mediathèque d’une ville moyenne bien branchée culture.

Mes petits billets matinaux, dont je te parlai tout à l’heure, concourent également auprès d’un autre éditeur. Pour l’heure je suis dans les cinq premiers, encore bien loin de grimper sur le sommet de la canopée et d’être inondé de lumière. Mais je ne fais pas vraiment ces concours pour gagner, plus pour me challenger.

Tout cela pour te dire que, mon très cher blog, bien que très occupé, je reste tien et te prie de recevoir l’expression de ma plume la plus agitée.

A très bientôt.

Et oui, un article WordPress peut se perdre, disparaître corps et bien. Vous faites tout comme il faut en utilisant l’éditeur fourni, ancienne mouture, le nouveau par bloc n’étant pas très pratique à mon goût. Vous publiez. Les lecteurs lisent, vous avez des likes et des retours, puis vous passez à autre chose.

Un jour, pour une raison X ou Y, vous voulez ajouter une Étiquette. Et vous ne retrouvez plus le texte. Mais alors plus du tout… Vous vérifiez les articles publiés, les brouillons, la corbeille…

Ah si ! Dans la corbeille il semble être là, avec un titre légèrement différent. Mais les deux premières pages semblent correctes. Du coup je republie.

Un premier commentaire me fait aller vérifier avant de répondre, et le texte que j’ai re-publié ne faisait que deux pages au lieu des neuf initiales.

Le constat est simple : WordPress a perdu le texte.

Je les contacte, persuadé que les serveurs sont sauvegardés et qu’il doit exister une version de mon texte quelque part.

Lorsque vous utilisez WordPress vous adoptez par défaut un plan gratuit. Pour se débarrasser des pubs et obtenir un nom de domaine, j’ai adopté le plan Premium, à 96€ par an. Le support m’explique que le plan Premium n’inclut pas la sauvegarde quotidienne qui permettrait la récupération de mon texte. Qu’il faudrait adopter le plan supérieur à 300€ moins les 88€ qu’il me reste à payer pour le plan Premium, renouvelé il y a trois mois. Un coup à 212€.

Qui ne me permettrait aucunement de récupérer mon texte, mais me prémunirait contre une future perte. Je décide de faire une croix sur mon texte.

Je raconte mon histoire sur Facebook et l’un de mes amis (Antoine, mon sauveur) me demande si j’ai vérifié dans les caches du Browser. Il m’envoie la manière de vérifier sous la forme « Cache :URL de la page recherché »

Et là je retrouve mon texte, bien présent dans le cache de mon browser, photos et liens hypertextes inclus, tout est là.

Moralités :

  • WordPress peut vous perdre un texte et vous n’aurez rien à attendre d’eux si ce n’est de vous vendre une solution qui ne le récupérera pas.
  • Dans le futur, je saisirai mes textes dans Word, les enregistrerai sur mon NAS, et ne les poserai dans WordPress que pour les publier.
  • On peut récupérer  un texte dans le cache de son browser pendant quelques temps, sauf si on le vide souvent.

 

N.B. : le texte concerné est là pour celles et ceux qui seraient intéressés -> Double mise en abyme avec sa clé