Je te fiche mon billet que j’écoute une merveille …

Du Coltrane arrangé par Christophe Dal Sasso avec l’aide de Lionel Belmondo et joué par un big band de folie.

Se frotter à John Coltrane et son album mythique c’est chaud comme la braise, un peu comme monter l’Everest en tongue, aller surfer Nazaré la clope au bec avec la perche à selfie dans l’autre main. Attend, j’en ai une autre. Ou comme aller boxer Tyson et commencer par lui administrer un traitement à base de coup de pied dans les couilles. Je ne suis pas très sûr de l’image, pourvu que Tyson ne lise pas le Français, sinon c’est direct l’ISS, déguisé en Thomas Pesquet.

Pour résumer, se frotter à Coltrane c’est un truc qui peut t’envoyer directement et pour longtemps dans les geôles des gardiens de l’orthodoxie Coltranienne. C’est là que je suis comme un con, c’est ultra jouissif à écouter mais je ne suis pas vraiment armé pour le décrire. Ce billet se veut être juste une déclaration d’amour. Pas plus.

L’harmonie du quartet est là, multipliée, magnifiée et jamais trahie. Les arrangements sont riches et variés, les interventions développées. Coltrane est dans chaque note de chaque accord et dans chaque ligne mélodique. D’ailleurs Libération ne s’y est pas trompé : «« Mon Dieu, quelle merveille de prestation ! John Coltrane méritait que son chef-d’œuvre A Love Supreme (1964) soit revisité avec panache. (…) L’interprétation en grande formation impulse une dimension nouvelle à la carrure de Coltrane. Si ce dernier avait pu assister à cette version valorisante de son œuvre, il aurait certainement applaudi avec le public enivré… A tout rompre. Pendant dix minutes. » — Bruno Pfeiffer »

Je m’autorise un exemple. Prenons la fin de Resolution par Coltrane, après la dernière exposition du thème par Coltrane. Elvin Jones fait un roulement sur la caisse claire en augmentant le volume, laisse une petite dépression, comme un tout petit trou d’air, glisse un pied, McCoy Tyner égrenne son accord et Garrison pose la note finale bien ronde qui résout et nous redépose au sol.

Dans la version Belmondo / Dal Sasso, le roulement de batterie se transforme en solo de batterie qui ferme seul le morceau. On se dit que c’est vraiment différent. Oui, mais c’est là que l’arrangement par le duo et le traitement par les instrumentistes est remarquable. Du début à la fin, l’esprit de Coltrane est présent, sans cesse respecté. Les chorus sont éminemment Coltraniens, dans la recherche systématique d’au-delà, un besoin de pousser les limites de son savoir, mais la mélodie et le chant Coltranien restent toujours présents, guidant de part et d’autre les musiciens aventuriers mais immensément respectueux.

Tous ces musiciens listés ci-après sont merveilleux. Ecoutez-les. Un jour, lorsque ce confinement ne sera plus qu’un souvenir, allez les voir jouer sur scène, c’est là que tout se passe.

Line-up : Stéphane Belmondo, Erick Poirier, Laurent Agnès (trompette), Merrill Jerome Edwards (trombone), François Christin (cor), Bastien Stil (tuba), Dominique Mandin (sax alto), Lionel Belmondo, Sophie Alour, Guillaume Naturel (sax ténor, clarinette ou flûte), Laurent Fickelson (piano), Clovis Nicolas (contrebasse), Philippe Soirat ou Dre Pallemaerts (batterie), Christophe Dal Sasso (arrangement, direction), Allonymous (voix).

Line-up récupéré sur le site Jazz&People.

En préparant ce billet, je découvre que Lionel Belmondo, rencontré grâce à mon ami Cyril Rivette, merci mon cher Cyril, a entre autres enseigné au conservatoire du 9ème, le fameux conservatoire Nadia et Lilly Boulanger. Coïncidence ! Après avoir travaillé la guitare avec le merveilleux Michel Perez, et l’harmonie avec le regretté Bernard Maury, j’ai suivi ce dernier lorsqu’il a créé le Département Jazz au Conservatoire Nadia et Lilly Boulanger en 1994 et 95. Plus tard, Bernard Maury participera à la création de la Bill Evans Piano Academy. Dans ce cadre je me souviens d’une fabuleuse master-class de Michel Petrucciani, de l’humanité et de l’humour dont il avait fait preuve vis-à-vis des élèves, dont certains étaient déjà très accomplis.

Christophe Dal Sasso m’a fait le plaisir de me permettre d’assister à la captation de « The Palmer Suite », une création commandée par le fameux Chateau Palmer, éminent Margaux, 3ème grand cru au classement de 1855, encore grâce à l’entremise de mon ami Cyril.

Mes ami(e)s écoutez de la belle musique. Elle vous recentrera l’âme et fera disparaître quelques temps la lourdeur du présent confinement. Pensez à ces musiciens qui ne peuvent pas travailler en ce moment, comme au personnel de santé qui, à l’inverse, est sollicité à 300%.

Ecouter l’album sur Deezer

4 réflexions sur “Billet du 18 avril 2020

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