Maux & Cris

462 Textes, Poèmes, Livres, Rêves et autres billevesées

Je te fiche mon billet que j’écoute une merveille …

Du Coltrane arrangé par Christophe Dal Sasso avec l’aide de Lionel Belmondo et joué par un big band de folie.

Se frotter à John Coltrane et son album mythique c’est chaud comme la braise, un peu comme monter l’Everest en tongue, aller surfer Nazaré la clope au bec avec la perche à selfie dans l’autre main. Attend, j’en ai une autre. Ou comme aller boxer Tyson et commencer par lui administrer un traitement à base de coup de pied dans les couilles. Je ne suis pas très sûr de l’image, pourvu que Tyson ne lise pas le Français, sinon c’est direct l’ISS, déguisé en Thomas Pesquet.

Pour résumer, se frotter à Coltrane c’est un truc qui peut t’envoyer directement et pour longtemps dans les geôles des gardiens de l’orthodoxie Coltranienne. C’est là que je suis comme un con, c’est ultra jouissif à écouter mais je ne suis pas vraiment armé pour le décrire. Ce billet se veut être juste une déclaration d’amour. Pas plus.

L’harmonie du quartet est là, multipliée, magnifiée et jamais trahie. Les arrangements sont riches et variés, les interventions développées. Coltrane est dans chaque note de chaque accord et dans chaque ligne mélodique. D’ailleurs Libération ne s’y est pas trompé : «« Mon Dieu, quelle merveille de prestation ! John Coltrane méritait que son chef-d’œuvre A Love Supreme (1964) soit revisité avec panache. (…) L’interprétation en grande formation impulse une dimension nouvelle à la carrure de Coltrane. Si ce dernier avait pu assister à cette version valorisante de son œuvre, il aurait certainement applaudi avec le public enivré… A tout rompre. Pendant dix minutes. » — Bruno Pfeiffer »

Je m’autorise un exemple. Prenons la fin de Resolution par Coltrane, après la dernière exposition du thème par Coltrane. Elvin Jones fait un roulement sur la caisse claire en augmentant le volume, laisse une petite dépression, comme un tout petit trou d’air, glisse un pied, McCoy Tyner égrenne son accord et Garrison pose la note finale bien ronde qui résout et nous redépose au sol.

Dans la version Belmondo / Dal Sasso, le roulement de batterie se transforme en solo de batterie qui ferme seul le morceau. On se dit que c’est vraiment différent. Oui, mais c’est là que l’arrangement par le duo et le traitement par les instrumentistes est remarquable. Du début à la fin, l’esprit de Coltrane est présent, sans cesse respecté. Les chorus sont éminemment Coltraniens, dans la recherche systématique d’au-delà, un besoin de pousser les limites de son savoir, mais la mélodie et le chant Coltranien restent toujours présents, guidant de part et d’autre les musiciens aventuriers mais immensément respectueux.

Tous ces musiciens listés ci-après sont merveilleux. Ecoutez-les. Un jour, lorsque ce confinement ne sera plus qu’un souvenir, allez les voir jouer sur scène, c’est là que tout se passe.

Line-up : Stéphane Belmondo, Erick Poirier, Laurent Agnès (trompette), Merrill Jerome Edwards (trombone), François Christin (cor), Bastien Stil (tuba), Dominique Mandin (sax alto), Lionel Belmondo, Sophie Alour, Guillaume Naturel (sax ténor, clarinette ou flûte), Laurent Fickelson (piano), Clovis Nicolas (contrebasse), Philippe Soirat ou Dre Pallemaerts (batterie), Christophe Dal Sasso (arrangement, direction), Allonymous (voix).

Line-up récupéré sur le site Jazz&People.

En préparant ce billet, je découvre que Lionel Belmondo, rencontré grâce à mon ami Cyril Rivette, merci mon cher Cyril, a entre autres enseigné au conservatoire du 9ème, le fameux conservatoire Nadia et Lilly Boulanger. Coïncidence ! Après avoir travaillé la guitare avec le merveilleux Michel Perez, et l’harmonie avec le regretté Bernard Maury, j’ai suivi ce dernier lorsqu’il a créé le Département Jazz au Conservatoire Nadia et Lilly Boulanger en 1994 et 95. Plus tard, Bernard Maury participera à la création de la Bill Evans Piano Academy. Dans ce cadre je me souviens d’une fabuleuse master-class de Michel Petrucciani, de l’humanité et de l’humour dont il avait fait preuve vis-à-vis des élèves, dont certains étaient déjà très accomplis.

Christophe Dal Sasso m’a fait le plaisir de me permettre d’assister à la captation de « The Palmer Suite », une création commandée par le fameux Chateau Palmer, éminent Margaux, 3ème grand cru au classement de 1855, encore grâce à l’entremise de mon ami Cyril.

Mes ami(e)s écoutez de la belle musique. Elle vous recentrera l’âme et fera disparaître quelques temps la lourdeur du présent confinement. Pensez à ces musiciens qui ne peuvent pas travailler en ce moment, comme au personnel de santé qui, à l’inverse, est sollicité à 300%.

Ecouter l’album sur Deezer

17/3/2020

J’ai testé pour vous :

1.Confinement : pour moi, retraité, peu de changement,

2.Attestation de déplacement dérogatoire : fait et vérifié par la Gendarmerie,

3.Pharmacie : une file d’attente est organisée sur le trottoir, jusqu’au guichet de nuit, arrivé 10 minutes à l’avance je suis premier; 10 mn plus tard, 15 personnes,

4.Retour : j’évite le rond-point (rapport à la file de véhicules contrôlés par la gendarmerie) et prend des petits chemins de campagne. Il fait beau, je vais doucement au milieu d’un champ de colza. Une tâche marron clair qui bouge au bord de la route !! Un chevreuil. Je m’arrête à son niveau. Marie-Nicole Lemieux chante dans l’autoradio de ma voiture. Je baisse le volume. Le chevreuil montre son cul blanc, s’éloigne de la route et de moi pour s’arrêter 15 mètres plus loin. On s’dévisage, on s’envisage… Il me regarde aussi surpris et curieux de moi que moi de lui. Cinq secondes après nous repartons tranquillement, lui comme moi, chacun de notre côté.

Il parait que certains tuent de si belles apparitions !!

18/3/2020

La nuit s’était éteinte d’une brume si dense que nulle lumière de ville ne pouvait imaginer la traverser. Le jour a laissé quelques microgouttelettes accrochées au simple vitrage. Toutes les fenêtres de la maison devaient être changées la semaine prochaine. L’entreprise qui devait opérer a reporté sine die tous ses engagements. C’est le second jour de confinement.

Bonjour les confiné(e)s !

19/3/2020

J3 encore 🎶🎶

On est vivant tant qu’on est fort ! 🎶🎶

Merci Lara Fabian

Pour ce beau slogan !

Bonne journée les belles et les beaux !

20/3/2020

J’avais commencé à poster chaque matin depuis le début de notre confinement. Bizarrement, ce quatrième jour ne m’inspire en rien. Notre univers se ratatine autour de nous. A part une blagounette du type le rat Tatine ? Un frangin du rat Tatouille peut-être ?

Voyez-vous mon désespoir ? Nous nous sommes installés, pour la plupart, certains continuant à agir d’une manière égoïste, dans un faux rythme où nous sommes contraints de retenir notre respiration devant un oiseau qui chante où le silence de la rue. Ce silence nous plait et nous angoisse. Face à nous-même, nous sommes peu de chose.

Allez les ami(e)s, merde à la morosité et vivement l’apéro du soir !

Et comme ne disait pas Maïté « mes amiiis, le confit nous ment ! ». Désolé, mais plus pourri, j’avais pas….

21/3/2020

Tu m’avais fait remarquer que j’étais parfois abscons, finement mais avec aplomb. Cela m’avait donné faim. J’ouvrais alors une boîte de confit, né comme j’étais d’une maman du sud-ouest.

La vie dans une petite boîte s’installait dans son cinquième jour. Les irréductibles se voyaient menacés des pires sanctions. Les autres ouvraient la fenêtre des réseaux sociaux, qui avec sa guitare ou son violon, qui avec son apéro. Certains applaudissaient le personnel de santé fenêtres ouvertes à heure fixe. Le personnel de santé souffrait, on annonçait des pourcentages de personnel touché par le virus avoisinant les 28%, les premiers morts tombaient…

Que faire ? Je reste chez moi, tu restes chez toi…

Bonne journée les ami(e)s

22/3/2020

Le sixième jour, il s’est réveillé, s’est assis sur le bord de sa couche, a largement baillé, s’est gratté les couilles et s’est levé en marmonnant dans sa barbe « J’ai créé un monde parfait ! Mais qu’est-ce qu’on s’emmerde ! La perfection c’est mortel ennui, il me faut un truc plus rock’n’roll pour foutre du why là-dedans. Mais quoi ? ».

Il se fait un café, se re-gratte les couilles et soudain l’illumination « Oh putain ça c’est bon ! Je vais créer des humains, un mec, une gonzesse et un petit virus de merde. On va les laisser mariner quelques millénaires et bang, j’te les fait se rencontrer ! »

Sinon c’est dimanche, le calme est assourdissant. Hier soir j’ai fermé tous les volets sans entendre une seule voiture, un seul bruit, même les oiseaux s’étaient tus. C’est calme, confiné, mais calme.

On commence à bien voir les atavismes politiques ressurgir, qui fendillent la belle unité si rare et si fragile. Tel parti politique qui annonce lancer une commission d’enquête sur le coronavirus à l’automne. Finement con, Beuark !

Bonne journée les dominicaux ami(e)s

23/3/2020

Le septième jour de confinement c’est spécial ! Le cycle semainier, instrument de mesure du temps, se termine et va revenir au point zéro. Demain on repartira sur un nouveau cycle. Alors que du cycle, justement, on ne peut pas en faire. Remarque, c’est pas très grave, les vélos n’ont pas servi depuis des années, leurs pneus sont platement décédés et il faudrait aller chez Decathlon pour…. Ah ben non, ch ’suis con, ça va pas être possible !

Le septième jour c’est repos. Mais c’est lundi. Le repos c’est le dimanche, pas le lundi. On aurait commencé à se confiner un lundi c’eût été plus pratique. Là, en plus d’être confinés, on est déphasés, pardonnez cette emphase !

Lorsque j’ai ouvert pour permettre à Charlie, la féline maitresse des lieux, d’aller faire son exercice, les pioupious pioupioutaient. Mais depuis j’atteste entendre pas mal de voitures passer.

Hier un automobiliste du nord de la France est allé faire son plein en Belgique. Gaulé par la police belge, il aurait écopé d’une amende de plus de 4000 Euros. Aujourd’hui, il faut avoir de sacrés moyens pour faire des petites économies !

C’est lundi, c’est le printemps, bonne journée ! Bise virtuelle

Mon très cher blog,

Je me fais rare. Je sens bien que cela te peine. Je pense à toi, tu fais partie de ma vie comme l’ombre fait partie de la silhouette sous le soleil d’après-midi. Je ne t’oublierai pas au fond du placard, celui où sont rejetés les jouets de l’enfant que je ne suis plus, les petites voitures, les dessins maladroits, la collection de timbres sans valeur, les livres lus et relus…

C’est juste que… je ne voudrais pas que tu te sentes blessé, promets-moi que ce ne sera pas le cas… tu n’es plus seul au monde. Tu as eu longtemps la primauté, l’exclusivité. Je ne te remercierai jamais assez d’avoir accueilli mes divagations si longtemps sans jamais te rebeller. Je vais te demander quelque chose de difficile, qui te forcera à faire appel à tes ressources, cachées mais nombreuses et puissantes.

Je voudrais que tu acceptes de rompre l’exclusivité de notre relation, et de plus à sens unique. J’ai commencé, poussé par l’opportunisme et un impérieux besoin d’exister plus encore, à griffonner un billet quotidien sur les réseaux sociaux. L’opportunisme, pas tant structurel que conjoncturel, se rapporte au tunnel de confinement dans lequel nous a placé son altesse Covid 19ème du nom.

Une minuscule crotte de virus super énervé défouraille largement en ce moment et abat quantité d’humains. A l’heure où je t’écris, il en est à 139419 victimes déclarées, auxquelles on peut ajouter tous celles décédées en douce, en fraude, comment dire, simplement non déclarées.

Ce virus est aussi une manifestation de la vie. Le virus veut vivre et se reproduire en libérant et dupliquant son ARN (acide ribonucléique) en utilisant nos propres ressources. Un processus aveugle redoutablement efficace au service du seul besoin d’exister.

Le besoin d’exister, je te le dois mon cher blog. Tu m’as poussé dans mes retranchements, en surfant sur la vague d’une violente tendinite qui m’éloignait de la guitare, amie très proche de plus de quarante ans. En surfant sur mon semblant de désintérêt pour la photo, autre amie quarantenaire. Elles doivent toutes deux m’en vouloir encore bien plus que toi, si récent dans ma vie.

Tu m’as fait grandir et me lancer dans de nouvelles expériences. Ce billet, que je pousse chaque matin autour de 7h00 sur Facebook, commence par « Je te fiche mon billet que… ». Le reste n’est jamais que ce qui vient, aspiré par ces premiers mots. Et bien ce petit billet, qui ne pèse guère plus de 400 mots, m’a valu tant de manifestations d’amour que j’en suis resté pantois.

Mon cher blog, tu m’offres un commentaire de temps à autres et j’en suis très content. Certes la chaleur, parfois exagérée, des réseaux sociaux est très agréable mais j’apprécie autrement ces quelques commentaires que tu m’offres, issus de personnes bloguant également, donc soumis aux mêmes affres que moi.

L’époque est au partage, tu le sais bien, mais sauras-tu accepter que je participe à des concours lancés par des éditeurs, des médiathèques ? Le temps que je consacre à cela m’éloigne de toi. Mais c’est pour mieux te revenir, je te l’assure. Je reviens plus fort, avec plus d’envie, par exemple celle de te parler comme maintenant. Parler à son blog, c’est carrément narcissique, m’objectes-tu ! J’ai envie de nier, mais à quoi bon !

Toute forme d’expression n’est-elle pas une simple projection de soi, une manière d’exprimer ce que l’on est, ce que l’on ressent. Ecrire, ne serait-ce pas simplement de s’écrire à soi-même, une activité plutôt bien vue, alors que se parler est plutôt mal considéré, voire une cause d’internement.

Il faut que je te dise. L’un des mes textes a plu à un éditeur. Assez pour qu’il soit édité, à côté d’autres produits par d’autres auteurs, dans un livre en cours d’impression et qui sera édité après le présent tunnel confinatoire. Il va concourir également à un concours organisé par la mediathèque d’une ville moyenne bien branchée culture.

Mes petits billets matinaux, dont je te parlai tout à l’heure, concourent également auprès d’un autre éditeur. Pour l’heure je suis dans les cinq premiers, encore bien loin de grimper sur le sommet de la canopée et d’être inondé de lumière. Mais je ne fais pas vraiment ces concours pour gagner, plus pour me challenger.

Tout cela pour te dire que, mon très cher blog, bien que très occupé, je reste tien et te prie de recevoir l’expression de ma plume la plus agitée.

A très bientôt.

Et oui, un article WordPress peut se perdre, disparaître corps et bien. Vous faites tout comme il faut en utilisant l’éditeur fourni, ancienne mouture, le nouveau par bloc n’étant pas très pratique à mon goût. Vous publiez. Les lecteurs lisent, vous avez des likes et des retours, puis vous passez à autre chose.

Un jour, pour une raison X ou Y, vous voulez ajouter une Étiquette. Et vous ne retrouvez plus le texte. Mais alors plus du tout… Vous vérifiez les articles publiés, les brouillons, la corbeille…

Ah si ! Dans la corbeille il semble être là, avec un titre légèrement différent. Mais les deux premières pages semblent correctes. Du coup je republie.

Un premier commentaire me fait aller vérifier avant de répondre, et le texte que j’ai re-publié ne faisait que deux pages au lieu des neuf initiales.

Le constat est simple : WordPress a perdu le texte.

Je les contacte, persuadé que les serveurs sont sauvegardés et qu’il doit exister une version de mon texte quelque part.

Lorsque vous utilisez WordPress vous adoptez par défaut un plan gratuit. Pour se débarrasser des pubs et obtenir un nom de domaine, j’ai adopté le plan Premium, à 96€ par an. Le support m’explique que le plan Premium n’inclut pas la sauvegarde quotidienne qui permettrait la récupération de mon texte. Qu’il faudrait adopter le plan supérieur à 300€ moins les 88€ qu’il me reste à payer pour le plan Premium, renouvelé il y a trois mois. Un coup à 212€.

Qui ne me permettrait aucunement de récupérer mon texte, mais me prémunirait contre une future perte. Je décide de faire une croix sur mon texte.

Je raconte mon histoire sur Facebook et l’un de mes amis (Antoine, mon sauveur) me demande si j’ai vérifié dans les caches du Browser. Il m’envoie la manière de vérifier sous la forme « Cache :URL de la page recherché »

Et là je retrouve mon texte, bien présent dans le cache de mon browser, photos et liens hypertextes inclus, tout est là.

Moralités :

  • WordPress peut vous perdre un texte et vous n’aurez rien à attendre d’eux si ce n’est de vous vendre une solution qui ne le récupérera pas.
  • Dans le futur, je saisirai mes textes dans Word, les enregistrerai sur mon NAS, et ne les poserai dans WordPress que pour les publier.
  • On peut récupérer  un texte dans le cache de son browser pendant quelques temps, sauf si on le vide souvent.

 

N.B. : le texte concerné est là pour celles et ceux qui seraient intéressés -> Double mise en abyme avec sa clé

Ce matin, je déambule à grandes enjambées dans ma tête. Un dilemme insoluble me tiraille. D’une part j’ai décidé de faire des petites chroniques des bons livres que je lis, en écartant les moins bons, sous le fallacieux prétexte que ne rien dire des mauvais livres serait la meilleure façon, et peut-être la plus cruelle, de traiter la médiocrité. Ce livre m’a posé souci par rapport à ce principe.

Octave Parango, qui parait ressembler à son auteur comme une goutte d’eau à une autre, se raconte avec une lucidité sans pitié. La démarche est courageuse et difficile. Ne serait-ce pas sa manière de s’autopsychanalyser afin de sortir grandi de l’exercice ? Ce n’est pas rien d’oser afficher, j’allais écrire ses turpitudes mais ce n’en sont pas, son attitude désinvolte d’éternel étudiant bambocheur.

Nous pouvons tous nous retrouver dans ce qu’il décrit. Nous avons tous et toutes eu une période où le jour faisait mal aux yeux, plus habitués à l’ambiance nocturne des bars et boites où se tramaient discussions enfumées et infinies beuveries, qu’à la lumière crue de la journée. Mais nous avons refermé cette époque, incompatible avec l’état de salarié.

Notre auteur est étranger à un travail cadré. Il vit d’écriture d’articles, de livres, de scénarios, ce qui lui autorise ses nocturnes expéditions. Il nous raconte comme il est difficile, une fois passé la cinquantaine, de garder la tête haute à agir comme un étudiant alors que l’on ne l’est plus depuis longtemps. D’autant plus que ses compagnons et compagnes de nuit sont jeunes, eux. L’une est d’ailleurs très belle et sans pitié, qui lui fait remarquer très crûment.

Il évolue parmi des beautés, qui se dérobent de plus en plus à ses avances. Il est lucide. Il a de la tendresse pour elles, pour ses compagnes et compagnons de virées. Beaucoup de tendresse pour les gens qu’il côtoie mais la dent dure aussi. En particulier avec une bande d’humoristes radiophoniques professionnels, dézingueurs de têtes de turc sacrifiées sur l’autel de leur propre célébrité. Il a été au milieu d’eux et les connait bien. Il les a analysés, il est très bon pour cela.

Il a changé les noms, histoire d’éviter les emmerdements, mais pas assez pour nous éviter de les reconnaître. C’est un peu comme le casse-boite des fêtes foraines. Tout le monde gagne. Et certains prennent cher, à juste titre. Il cite Gramsci « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres. ». C’est d’une cruauté sans nom envers les rigolos visés que d’utiliser les mots d’un pur marxiste pour les traiter de monstres sans le faire soi-même. Surtout dans une radio placée plutôt à gauche sur l’échiquier politique, dont l’auditeur favori serait, aux dires même de la patronne de la radio, un professeur majoritairement de gauche.

Octave arrive à être de gauche, de droite tout en se pensant anarchiste aristocrate. On a bien compris qu’il se situait ailleurs, que son observation politique des choses était sans parti pris, que le seul fait de raisonner « parti » était trop réducteur. Son analyse est lucide d’ailleurs, un comble pour un personnage autant défoncé. Un cours sur les drogues est livré ici pour ceux qui, comme moi, ont arrêté d’y toucher il y a longtemps. Vous pourrez rattraper votre retard.

Octave a beaucoup de tendresse pour lui-même, comme s’il s’observait de l’extérieur avec cette lucidité évoquée plus haut. Du coup, on a aussi beaucoup de tendresse pour lui. Sur le plan de l’écriture, et bien, comment dire, c’est écrit très proprement. Cependant, ne vous attendez pas à un style décoiffant ou un souffle poétique hors norme. L’écriture est à son service, pas l’inverse.

Pour résumer, si je fais cette chronique, c’est que, sans être retourné, j’ai bien aimé le jeu entre l’auteur et son personnage, bien aimé la chasse contre les rigolos obligés contre qui j’ai les mêmes griefs et la même lassitude. Je me suis retrouvé par ci par là dans ses errances, comme un amateur de whisky qui déguste un Linkwood pour la première fois, certainement pas d’égal à égal.

Ce livre, précédé par 99 Francs et Au secours pardon, clôt une trilogie centrée sur Octave Parango.