Le compteur d’oiseaux

Ce soir, lorsque les ombres des meules s’allongent, j’ai vu celle d’un tout petit arbre s’étirer et se grandir jusqu’à l’autre bout du champ. J’ai vu les oiseaux se ranger sur les fils aériens.

Ils savent que le compteur d’oiseaux va passer, qu’il a beaucoup de travail et peu de temps pour faire le relevé avant que l’obscurité ne dévore tout. Les oiseaux lui facilitent donc la vie et se rangent dans bruit.

Le matin, il est le premier sur place pour faire l’appel des zélés trublions ailés. Ils sont maladivement désordonnés et désobéissants, totalement incapables de se reposer à la même place où le compteur les a repéré quelques heures avant. Les petits facétieux n’ont de cesse à fausser sa patience et sa méthode, ils sautillent de gauche à droite, font du saute-oiseau, plient les pattes, puis les étirent pour se grandir.

Jamais le compteur ne se trouble, ni se fâche, mais use d’arguments drôles, parfois limites « Tiens, sais-tu que le chat m’a dit être affamé, et que sa gourmandise est de croquer un piaf ? » ou « Si tu ne t’arrêtes pas, je te retire de la liste et là je ne pourrais plus rien pour toi si tu manques à l’appel » ou encore « Mais comme il est gentiment dodu ce volatile ! » pour arriver à ses fins.

Quand le décompte est fini, les oiseaux s’envolent dans un grand piaillement. Une fois le dernier bruit effacé, le compteur n’est plus là.

Le compteur d’oiseaux se voit peu, il n’existe que là où les collines bleuissent sous le rose du ciel, lorsque la lune croise le soleil en lui volant sa lumière.

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