Maux & Cris

Textes, Poèmes, Livres, Rêves et autres billevesées

Des bruits de conversations ponctuées d’éclats de rire, passent par l’entrebâillement de la fenêtre et viennent s’éteindre dans la chambre 4018 du service d’infectiologie.

Cet hôpital a une particularité incongrue et fantaisiste. La même grande fenêtre couvre deux chambres. Si j’ouvre ma fenêtre, elle s’ouvre également dans la chambre d’à côté.

J’ai imaginé une raison possible, bien que totalement imaginaire. L’architecte doit avoir un pote qui a une boîte de matériaux de chantiers, avec un stock de grandes fenêtres invendables sur les bras. Je te fais une grosse réduction sur mes belles fenêtres, en échange tu vends l’idée de les utiliser et la différence est pour toi. Fiction, pure fiction…

Cela me rappelle qu’à l’endroit où je travaillai, lorsque c’était encore le cas, les bureaux étaient cloisonnés / décloisonnés en fonction des mouvements d’équipes. Les climatisations, elles, restaient fixes et ne suivaient pas toujours l’évolution des bureaux. Il pouvait arrivait qu’en l’actionnant on agisse également sur le bureau d’à côté, ce qui n’était pas sans causer quelque incompréhension ou tension de voisinage.

Hors les bruits montant de l’entrée des urgences, quatre étages plus bas, la nuit est parfois fendue par le rugissement d’un moteur malmené par un bodybuildé d’opérette qui exhibe les biceps de son moteur sur les artères alentour. Va sur un circuit si tu veux pousser tes chevaux vapeur au lieu de réveiller des milliers de personnes… tu apprendras des choses…

La baie vitrée est noire. Debout je vois les lumières de la ville. Couché, ne reste qu’une nuit noire qui dégouline jusque dans la chambre. Cela fait quelques jours que je suis là, accroché au pied à roulettes dont le seul fruit est une poche de liquide physiologique et son supplément potassium, et, pendant une partie de la journée, un autre fruit, plus petit, qui me distille un antibio à spectre large, sans effet sur la gêne, assez grosse pour la craindre à l’avance et la vivre avec difficulté, que j’ai à uriner.

Du liquide, j’en prends tellement par la perf et par ce que je bois, que je vais souvent me confronter à cette gêne qui devient quasi obsessionnelle. Lorsque l’infirmière vient prendre mes constantes, j’ai droit à la question « vous avez des douleurs ? ». Comme d’habitude madame, grosse gêne, limite douleur en urinant. Toujours la question, jamais ni commentaire, ni solution. J’ai le sentiment d’être là pour longtemps. Juste pour une connerie d’infection urinaire. Je peste puis me calme, sachant cette stratégie plus efficace.

Le vilain reflet en haut au milieu est celui de la télévision…

Pendant la journée, la moitié haute de la fenêtre est pleine de champs et de forêts, juste traversés par une ou deux routes, empruntées par des modèles réduits que la distance m’empêche d’entendre. Une vision verte, et paisible.

La moitié basse est pleine des bâtiments, des entrepôts qui remplissent ces zones appelées maintenant Parc d’activité. Quelques lumières clignotent, ou déploient des lumières crues, certaines zones restent dans l’ombre.

Mais qu’est ce que je fous ici, bordel de merde ?

Jeudi dernier je vais retrouver deux amis à Paris. Nous mangeons et discutons de nos activités de retraités. Nous sommes tous informaticiens et avons travaillé dans la même équipe de chef de projets, faisant interface entre les projets applicatifs et l’équipe infrastructure à laquelle nous appartenions. Le quatrième habitant en Touraine, et chargé de ses petits enfants cet été, n’a pas pu être des nôtres cette fois.

Je rentre chez moi en milieu d’après-midi, avec une légère fatigue, qui n’a cessé d’augmenter ensuite. Le point d’orgue a été une crise de tremblements irrépressible. Vers trois heures du matin, je tremble des pieds à la tête sans rien pouvoir contrôler du tout. Hébété, effrayé je me demande ce qui se passe.

Les infections urinaires, je connais. Avec différents types de manifestations, légères ou copieuses, douloureuses ou pas. Mais cette séance de tremblements quasi convulsifs, c’est du jamais vu. Je suis choqué, incapable de parler. Sylvie, peut-être encore plus choquée que moi, contacte les secours. Evidemment, le temps qu’ils arrivent, la séance de tremblements, qui a finalement duré une bonne demi-heure, a disparu aussi vite qu’elle était venue.

Douze heures sur un brancard dans le couloir des urgences, puis le reste dans la chambre 4018 du service d’infectiologie, le service des covidés. Pour tout dire, bien que doublement vacciné, je ne suis pas rassuré par cet environnement. Le médecin me confirme que le service avait perdu 100 patients du Covid, et que cinq médecins l’avait attrapé. Que maintenant c’est plus calme, que les cas traités actuellement sont tous non vaccinés et plutôt jeunes. Que sa position sur la vaccination de l’équipe soignante, longtemps basée sur la pédagogie, commence à être beaucoup plus directive.

Jour après jour, mes questions sur une date de sortie éventuelle tombent à plat, me donnant la sale impression que je peux être là encore longtemps. Il m’a fallu longtemps avant d’obtenir une information sur la nature de la « bébête ». A priori un staphylocoque epidermidis. Le premier mot m’a bien fait flipper. Bref je me fais à l’idée que la bête étant identifiée, la réponse va rapidement suivre.

Le lendemain, le médecin que dit que non, pas du tout, il s’agit d’un Citrobacter Koseri. L’ayant déjà combattu au moins deux fois, je sais que cela se traite en ville par des comprimés. Pour l’heure ils commencent le traitement avec l’antibio adéquat et me gardent pour observer l’évolution.

Le lendemain, à la venue du médecin, bien trop évasif à mon goût, je me montre très interrogatif et au courant de ce qui se pratique. Il comprend que me balader ne serait pas raisonnable et me dit repasser un peu après avec un protocole précis. Mardi en fin de matinée, il m’annonce ma sortie pour mercredi 11h00.

Ouf, la libération est proche…

Merci à toute l’équipe, souriante et volontaire. Avec une émotion particulière pour D. et surtout A. munie d’une paire d’yeux magnifiques et d’une immense gentillesse et avec qui j’ai échangé plus longuement.


39 réflexions sur “Infection urinaire

  1. Bibliofeel dit :

    Je connais bien ces bactéries pour les avoir étudiées et testées en labo vis à vis des antibiotiques. Pas plus méchantes que les autres mais comme elles peuvent s’échanger leur résistance…. Merci pour ce petit bulletin de santé. Bonne soirée !

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    1. Maux&Cris dit :

      Oui, j’ai eu déjà affaire à plus pénible…
      Merci et bonne soirée.

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  2. Blanca dit :

    I hope you are feeling better from your infection. My husband suffered from bad urine infections twice and had to go to hospital as well and be treated with strong antibiotics. Take care.

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    1. Maux&Cris dit :

      Thank you for your words Blanca. I’m feel already better.
      Take care, and your husband too.

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  3. Photonanie dit :

    Pas ce genre de problème pour moi mais, alors que nous sommes en vacances, mon mari me disait son bonheur à ne plus devoir uriner aussi souvent et douloureusement depuis un blocage( il y a un peu moins d’un an) qui a, positivement, mené à une résection de la prostate depuis (hospitalisation en période Covid, pas drôle mais efficace).
    Surréaliste (à la Belge? 😂) le coup de la fenêtre!

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    1. Maux&Cris dit :

      C’est peut-être ce qui m’arrivera, j’y pense de plus en plus….
      La fenêtre ? C’est hallucinant de penser qu’un architecte ait pu concevoir un truc aussi bizarre…
      Pour le moins surréaliste. Ceci n’est pas une fenêtre…

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    2. Maux&Cris dit :

      Personnellement, cela me va bien que l’on surveille ces idiots qui font leurs moteurs…

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    3. Maux&Cris dit :

      qui font… trop de bruit avec …

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  4. Vève dit :

    Mes pensées t’accompagnent, Régis. Prends grand soin de toi. Je t’embrasse, en toute affection. ✨❣️

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    1. Maux&Cris dit :

      Merci beaucoup, Vève, pour tes gentils mots. il ne reste plus grand chose de ces quelques jours, juste une semaine de médoc devant moi.
      Belle journėe. Je t’embrasse.
      Prends soin de toi.

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  5. abonneaud dit :

    Prends soin de toi et remets toi vite, Régis, pour profiter de la vie de retraité et de Liberté. Je suis de tout coeur avec toi! Bonne journée.

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    1. Maux&Cris dit :

      Merci Alain.
      C’est juste un petit nid de poule sur ma route…
      Amitiés,
      Belle journée.

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  6. Hobbo dit :

    Merci Regis pour ayant partager cette histoire avec nous. Pour nous, il est tres interessant, mais pour vous, bien sur, il est beaucoup plus que ca. On parle de votre vie! Je vous souhaite bon courage, et bonne chance mon ami!

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    1. Maux&Cris dit :

      Merci Hobbo pour vos mots.
      Portez-vous bien. Belle journée.
      Amitiés,
      Régis

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    2. Hobbo dit :

      Mauvais francais, je sais, mais, mes penses sont avec toi!

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    3. Maux&Cris dit :

      Mauvais français ? Be quiet, I don’t care at all.
      Thanks a lot

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    4. Hobbo dit :

      👍 Thank you. 😊

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  7. Toujours si bien écrites, tes tranches de vie.
    Ton bodybuildé d’opérette qui fait rugir les biceps de son moteur, je crois que je le connais, il sévit chez nous aussi.
    Ah, ces petits cons qui passent à 11 h du soir ou minuit dans les banlieues, réveillant des milliers de personnes dans leur premier sommeil. que de stress et de maladies ils génèrent, et comme ils coûtent à la sécurité sociale. Perso, je serai pour la confiscation de ces véhicules dépassant très largement la limité sonore autorisée.
    Bon courage pour le traitement de ton Citrobacter Koseri. 🙂

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    1. Maux&Cris dit :

      Lorsque j’habitais en banlieue sud de Paris, chaque nuit vers 3h00 du mat, un mec en moto passait à fond les ballons. Il devait aller prendre son poste quelque part. Je me disais qu’il pouvait impacter le sommeil de quelques dizaine de milliers de personnes chaque nuit.

      Aujourd’hui j’habite en campagne mais une départementale passe devant chez moi. La nuit, lorsque les fenêtres sont ouvertes, il m’arrive de suivre le bruit des moteurs jusqu’à 5 kms plus loin. Plus ou moins fort selon la courbure de la route et de la colline du bord de Seine.

      Citrobacter n’a qu’a bien se tenir, il est pris à la gorge….

      Belle journée Jean-Louis,
      Régis

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    2. Ah ah, rends toi Cytrobacter, tu es cerné !

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    3. Solène Vosse dit :

      Quel râleur, tu fais, J-L ! 😉
      Meuh nan, je me moque pas ( lol) Si tu savais comme je les déteste, ces ptits cons ! Quand c’était encore le ( dernier) couvre-feu, j’avais appelé le 17. Tellement Ils me saoulaient avec leurs dérapages contrôlés dans ma rue.
      Après ça m’a fait rire. Une vraie mégère. Une autre fois, il y en a un qui s’est planté. Je suis sortie, et je lui ai dit, « bien fait ! ». C’est dire l’effet que ça a sur moi, ces nuisances sonores 🤣

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  8. ID de femmes dit :

    Je découvre à l’instant ton texte tiré d’une histoire vraie. Lu avec, à la fois délectation, car le texte est vivant et riche, et une certaine peine. Mais à l’instant où je t’écris, tu es chez toi. Et j’en suis heureuse. Je t’embrasse. Amitiés. Renée

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    1. Maux&Cris dit :

      Tout est vrai dans ce texte. Merci beaucoup Renée pour tes retours encourageants.

      La vilaine page est tournée. La bête identifiée, son destructeur aussi avec qui nous allons mener une guerre sans pitié, qui nous mènera jusqu’à la victoire. 😂

      Je t’embrasse et te souhaite un excellent week-end.
      Amitiés,
      Régis

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  9. Solène Vosse dit :

    Re re re re, mon Emplumé !

    Et qui c’est qui a tenu compagnie à son pote Régis, quand il s’ennuyait dans cette chambre 4018 ? 😉

    Que dire de plus qu’on ne s’est déjà dit ou qui a été dit ici ?

    « L’espoir revient. La raison l’emporte. »
    J’en profite, Marceline n’est pas là pour dire que je la stigmatise.

    Ben si, tiens je vais dire comme J-L, si bien écrite ta chronique, que même si ça se passe dans le service où sont les covid, malgré les 100 morts, les 5 toubibs contaminés, la fenêtre zarbi, les bruits qui passent, la nuit qui s’écoule… c’est comme si on partageait ton ennui sans s’ennuyer une seconde… c’est vivant !

    Une bonne soirée et des gros bisous. A demain.

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    1. Maux&Cris dit :

      Oh merci ! Ça me touche beaucoup ma Solène. ☺️☺️☺️ 🤗
      Bonne soirée. Bisous 🥰🌹

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  10. Beaucoup apprécié ton billet. Et ton humour ! De tout coeur avec toi, Régis. Remets-toi bien.
    Des bisous.

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    1. Maux&Cris dit :

      Merci beaucoup Francine. Ça fait plaisir.
      Bonne soirée et bon week-end.
      Bisous

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  11. marie dit :

    Bonjour, Régis, j’avais vu passer ton billet traitant de cette infection, mais impossible de le retrouver, ça y est , j’ai lu, je comprends que tu as du être bien touché, j’espère que maintenant, tout va mieux, j’ai quelquefois des infections urinaires, depuis mon opération du dos, ma vessie ayant été touchée , je te laisse deviner le problème. Alors je comprends aussi que tout n’est pas rose pour chacun d’entre nous, je crois que la santé est le bien le plus précieux. Sais-tu où tu a attrapé cette « cochonnerie », cela a un rapport avec ton traitement? Bon courage, tu en as j’en suis sûre, mais ce ne doit pas être facile tous les jours. Bisous MTH

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    1. Maux&Cris dit :

      Bonjour Marie, merci pour ton commentaire.
      Mon système immunitaire est défaillant, bombardé par le traitement anti-cancer précédent. J’attrape régulièrement des infections urinaires. Ce n’en est qu’une de plus. La nouveauté de ce dernier épisode réside dans la séquence tremblements qui m’emplit de stupeur (😉) et dans le séjour à l’hôpital qui s’ensuivit.
      A cet instant ma seule difficulté est d’avaler deux comprimés par jour. Très supportable.

      Je vois que toi aussi tu es friande de ces épisodes bien pénibles, qui surviennent sans prévenir. Tu sais de quoi il retourne. Le plus pénible à chaque fois c’est ce délai qui court entre la déclaration et le moment où la culture détermine à qui on a affaire. C’est là que l’on prend cher…

      Bon week-end Marie. Grosses bises

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  12. Coucou Régis,
    Je suis tes récits, avec toujours autant de plaisir et d’empathie. Ah, les infections urinaires… Une douleur si vive que je tremble encore quand je repense aux miennes. Il m’a fallu trois mois de traitement de fond pour m’en débarrasser. Le souvenir de mes passages aux urgences, plus brefs que le tien, m’a semblé une éternité. Je t’embrasse 😘
    À très bientôt !

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    1. Maux&Cris dit :

      Bonjour Mademoiselle M.,
      Ces infections urinaires sont vraiment une plaie dont on se passerait bien. J’en suis à avoir toujours une ordonnance pour un ECBU d’avance, histoire de ne pas perdre le temps qu’il faut pour accéder à un médecin.
      Trois mois de traitement de fond ? À prendre des antibiotiques je suppose ? C’est énorme. L’important c’est que cette phase soit derrière toi.

      Merci pour ton commentaire. Je me sens comme ton frère de misère urinaire. 😂
      Belle journée. Bises

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  13. Bonjour Régis, tous mes voeux de bon rétablissement vous accompagnent ! Ces sortes d’infections sont très douloureuses et embêtantes, j’espère que ce sera très vite guéri. Bien à vous.

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    1. Maux&Cris dit :

      Bonjour,
      Ce n’est déjà plus qu’un souvenir. Je suis un bon client pour ces infections urinaires, qui viennent me visiter trop régulièrement. Celle-là n’est pas trop douloureuse, mais me stupéfia par l’épisode tremblements…
      Merci pour votre mot.
      Belle journée à vous

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  14. Bonjour Régis je lis ce post que maintenant sorry pour toi et un grand merci à D et A qui ont adouci ton calvaire 😉 je te souhaite un bon rétablissement bises. Cécile compatissante

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    1. Maux&Cris dit :

      Merci Cécile. Rassure-toi, il n’y a pas de calvaire. Merci pour ton empathie.
      Bonne fin de journée,
      Bises

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Pauline Thullier-Girard

Écrivain, réalisatrice, agent

Deambulations terrestres

"Je me rapproche à deux pas, elle s'éloigne à deux pas. Je chemine à dix pas de l'horizon et l'horizon s'enfuit dix pas plus loin. Pour autant que je chemine, jamais je ne l'atteindrai. A quoi sert l'Utopie? Elle sert à cela: cheminer." Eduardo Galeano, poète uruguayen

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