Maux & Cris

Textes, Poèmes, Livres, Rêves et autres billevesées

J’aurais dû me méfier, la journée commençait mal. Enfin mal, pas vraiment, mais beaucoup trop tôt, c’est sûr. Morphée m’avait calé sur son sein. J’y étais fort bien, naviguant d’un téton à l’autre comme d’une journée tranquille à une autre. Vu de ma lorgnette, le monde était en bon ordre, mes rêves aussi.

Mais voilà, un petit être pesant à peine trois kilos, précédemment endormie sur les hauteurs de Sylvie, s’est fait déloger par ma compagne qui s’efforçait de récupérer un bout de couette. La bête s’est sentie obligée de changer de support pour m’escalader.

Selon la phase du sommeil auquel je m’adonne, cela m’est parfois totalement égal. Mais pas là. Ce matin, à trois heures vingt environ, je suis donc descendu adopter le canapé. Première pichenette de la loose. Je n’y ai pas accordé attention, j’ai eu tort.

Un peu plus tard, Charlie est venue finir ce qu’elle avait commencé, en s’étirant de tout son long dans la gouttière de mes jambes. Il faudrait faire une étude pour comprendre les fonctions surnaturelles des félins. Comment peuvent-ils s’étirer autant ? C’est insensé. J’ai une théorie, non encore prouvée. Je vous la livre.

Les chats pourraient passer de l’état solide à l’état liquide tout en conservant une apparence solide. Comment dire ? Il a l’air solide, mais en fait non. D’ailleurs, vous avez déjà vu comme moi des photos de chats parfaitement inclus dans des bouteilles. C’est donc prouvé.

Quand le chat d’étire sur nos jambes, il n’est plus question de bouger. La maitresse des lieux, Charlie est une demoiselle chat, exige le respect de son sommeil. Vous qui avez des chats savez de quoi je parle.

Au moment du déjeuner, et de prendre mon médoc, je me rends compte que hier j’ai totalement zappé de le prendre. Rapport au fait que j’ai emmené Liberté en révision, que le délai avec un autre médoc doit être espacé de deux heures. J’aurais dû le prendre au retour du garage. Mais voilà, au retour d’avoir déposé Liberté, l’histoire du médoc est passé à l’as, rejeté loin au profit de balades en moto, de sensations agréables, de vent dans le cou ou à travers les gants.

Loose encore, puisque je me suis rendu compte que ma semaine sans médoc ferait donc un jour de moins que la semaine habituelle. Petite loosette. Pas le truc énorme, pas assez pour regarder la journée comme s’il était écrit qu’elle serait pourrie jusqu’au bout. Sinon, bien entendu je me serais méfié. Là non, la vie me tendait toujours ses bras amoureux et souriants.

Lavage de l’emplumé, récupérage de la moto et comme convenu avec Sylvie, au retour je ne m’arrête pas devant la maison mais continue vers Bonnières pour une balade qui m’aurait fait contourner la boucle de Moisson par la ligne de crète au-delà de la Seine, jusqu’à Limay et retour par Mantes, le long de la Seine. A l’entrée de Bonnières, il faut faire super gaffe à une priorité à droite sans visibilité et que bien peu respectent alors que c’est dangereux au possible. Pas de souci, en seconde, je remets les gaz, clignotant à gauche, pour traverser en direction du pont de Bennecourt.

Ce pont est le seul entre Vernon et Mantes, c’est sa vertu. Par contre, en contrebas est situé une usine d’aciérie, Iton Seine. Ce qui génère une noria de camions énormes très souvent immatriculés en Lituanie ou autres pays de l’est. Le pont, côté Bonnières a deux descentes à 90 degrés. La route est étroite et l’angle n’offre aucun arrondi. Pour les grands camions et pour les bus, c’est la misère pour passer, impossible pour se croiser.

Devant moi, il y a justement l’un de ces camions énormes. Je laisse bien dix mètres devant moi, mais reste au milieu de ma voie, invisible des rétros lituaniens. Evidemment le camion ne peut pas tourner. Il commence donc à reculer. Je ne sais plus ce que j’ai fait concrètement, ai-je calé, en tout cas, impossible de laisser glisser la moto en arrière et je regardai l’énorme cul du camion glisser doucement vers moi.

J’ai klaxonné, hurlé dans mon casque, sans pouvoir bouger. J’ai tout tenté, rien n’a réussi, jusqu’au moment où la barre du camion s’est posée sur la roue avant de ma moto avant de stopper. Je suis descendu pratiquement au moment où Liberté se faisait engloutir par un gros cul Lituanien.

« Ma liberté
Longtemps je t’ai gardée
Comme une perle rare
Ma liberté
C’est toi qui m’as aidé
A larguer les amarres
Pour aller n’importe où
Pour aller jusqu’au bout
Des chemins de fortune
Pour cueillir en rêvant
Une rose des vents
Sur un rayon de lune »

Quelle belle chanson de Georges Moustaki. On se souvient de l’interprétation fabuleuse de Serge Reggiani : https://youtu.be/xgObWWy-sMQ

Quelque part, je bénis le fait d’avoir fait retirer le top case, sans cela je serai peut-être incrusté dans une Yamaha 152 SR. Je dramatise, ce n’est pas vrai. J’aurais juste eu plus de mal à en descendre. Je tremblai. Je tremblai de peur, de rage, d’incompréhension, d’injustice et regardai Liberté tenue droite par le camion. La dose de loose commençait à s’accumuler fortement.

Le chauffeur est descendu par le côté droit. Bon, déjà il ne s’est pas barré comme un voleur.

Tout le monde dans le coin sait très bien où vont ces camions. C’est un vrai gag. Les camions suivent des gps qui ne connaissent pas bien les routes à prendre et celles à éviter. C’est comme cela qu’il y a quelques années, le 22 janvier 2015, l’un d’entre eux a tenté d’emprunter le chemin de halage vers chez moi. Il s’est retrouvé coincé sur la voie ferrée, un train est arrivé et boum. Par chance, le conducteur Polonais n’a été que très légèrement blessé, aucun employé de la SNCF n’a été blessé non plus. Le camion avait arraché la caténaire. La voie Paris Rouen a été fermée et les gares du coin aussi. Depuis, une barre en hauteur interdit aux camions de passer par là. Et le pont reste un endroit très dangereux.

Le conducteur du camion mangeur de moto est venu me causer. Nous avons convenu rapidement que l’usage du Français et du Lituanien nous menait à une impasse. Je lui pose la question « Doux yoo s’pique in gleesh ? » il me répond « a little ». Je me dis, cool on est sauvé.

Hélas l’anglais qu’il connait n’inclut pas les mots « paper » ou « insurance ». Par contre, il veut absolument me filer un bifton de 50 et partir rapidement. Je dis Niet. Il finit par me sortir la photocopie d’un constat amiable écrit en lituanien. Du coup j’ai renseigné mon nom, adresse n° assurance, là où il m’a dit. Il a dessiné les véhicules sans indiquer qu’il reculait. J’ai ajouté une flèche pour l’indiquer. Nous avons échangé nos numéros de téléphone. Je pensais avoir pris une photo du constat. Mais non. Re-loose. Je viens de lui envoyer un sms pour lui demander de m’envoyer une photo du constat. Peut-être bien loose encore.

Par chance un garage, installé en face du pont, est en contact avec les assurances car agréé pour les dépannages sur l’autoroute. Je me retrouve chez eux. Ils contactent la Macif. Qui ne nous rappelle pas… Tout va bien, la moto sera amenée en début d’après-midi chez le concessionnaire Yamaha de Vernon.

Je remplis aussi un constat plus complet de mon côté pour l’assurance, des fois que le Lituanien m’oublie, et décide de passer à la MACIF de Mantes pour voir avec eux l’accident et le changement d’immatriculation réalisé mais qu’ ils ne connaissent pas encore.

Je passe chez le concessionnaire en milieu d’après-midi. Leur agenda est blindé, ils évalueront les dégâts le vendredi 5 juin en fin de journée. Ils verront ensuite avec le spécialiste de l’assurance… Loose toujours, mon amie fidèle quand tu nous tiens….

Direction Mantes chez la MACIF. Je trouve une place, me dirige vers le local. Vérifie les papiers que j’ai dans la main. Horreur j’ai, par mégarde, embarqué les papiers de l’autre voiture dont Sylvie a besoin dans cinq minutes. Je l’appelle… C’est la surloose. Deux mètres et je suis devant l’entrée. C’est fermé, appelez la MACIF au….. J’en suis au moins à l’hyperloose.

Et la journée n’est pas finie… Mais je vous jure que je ne touche plus à rien jusqu’à demain matin. Je me demande même si je vais toucher à ma bite pour aller pisser… je ne voudrais pas tenter la megaloose… pas tout le même jour, s’il vous plait.

Mes petits anges, qui habituellement veillez si bien sur moi, qu’est que vous avez foutu aujourd’hui ! Pourquoi tant de haine ? Vous me faites douter mes petits chéris. Allez, je vous aime malgré tout.

Un avant dernier point. Nous avons fait un apéro sympa ce soir, une bouteille d’Edelzwicker. La dernière fois, comme ce soir, nous l’avions ouverte au dernier moment. Mais ce soir, l’Alsace était Spumante, et la clairette d’Epinal. Micro loose. Le repas était asiatique ce soir. Si mon plat thaï, rehaussé par du basilic thaï dont nous avons un pot, était délicieux, la soupe qui l’accompagnait était insipide. Quand aux glaces de la fin du repas, la fraise et la vanille avait à peu près la même absence de goût, le goût des industries qui se foutent de la gueule de leurs clients. Micro looses encore.

Retenons de tout cela que l’emplumé n’a rien, juste un bleu à l’âme et qu’il vous embrasse.

Bonne journée tout le monde !

9 réflexions sur “L’emplumé a pioché la loose…

  1. Photonanie dit :

    C’est vrai qu’il y a des journées de merde et, manifestement, celle-là en était une. Je te souhaite de retrouver très vite ta Liberté « désamochée ». Une question émerge quand même suite à la lecture de ton récit savoureux (c’est si bon de voir qu’on n’est pas tout seul à en baver 😉 ): pourquoi le chauffeur est-il sorti par la droite? Une particularité liée au pays d’origine? Une superstition?
    Meilleure journée (bonne me semblait injuste)
    http://www.photonanie.com

    Aimé par 2 personnes

    1. Maux&Cris dit :

      Bien vu. S’il est sorti par la droite, c’est que par la gauche il serait sorti sur la voie de gauche où d’autres véhicules pouvaient rouler en sens inverse. C’est pas large et trop dangereux.
      Merci. Je prends la meilleure journée.
      Bonne journée,
      Régis

      J'aime

  2. Loose, quand tu nous tiens ! Eh oui, il y a des jours comme ça où ça s’accumule.
    Je connais très bien le coin où tu as eu ton accident, c’est vrai que c’est hyper dangereux.
    Physiquement, tu n’as rien, c’est déjà, ça !
    Et je retiens ton explication pour les chats qui sont liquides tout en gardant l’apparence d’être solides, ça explique tout à fait les positions dans lesquels on les trouve parfois.
    Meilleure journée, régis.

    Aimé par 2 personnes

    1. Maux&Cris dit :

      Je vois que tu partages mon analyse sur la liquidité des chats. Heureux de ne plus être seul à défendre cette thèse pleine de modernité.
      Merci Jean-Louis. Je te souhaite également une belle journée.

      Aimé par 1 personne

  3. À propos des chats, j’ai une autre théorie que j’ai parfois du mal à défendre.
    Les chats sont des extra-terrestres venus de la planète Asparagus Gigantis qui ont été envoyés sur la Terre pour nous observer et préparer une future invasion. Leurs moustaches servent d’antennes pour envoyer leurs rapports la-haut.
    (C’est le genre d’histoires que j’inventais pour mon enfant dans ses jeunes années 🐱🙂)

    Aimé par 3 personnes

    1. Maux&Cris dit :

      Très plausible ! La planète de la grande asperge !!! 😂 Quelle chance a eu ton enfant d’entendre de belles histoires !

      Aimé par 1 personne

    2. En plus on les inventait ensemble ces histoires, dans ce qui pouvait être un concours d’imagination, toujours l’un rebondissant sur l’idée de l’autre. C’étaient de grands moments de complicité !

      Aimé par 2 personnes

  4. Bibliofeel dit :

    En tout cas ça fait une belle histoire que j’ai aimé lire jusqu’au bout ! J’attends le récit d’un jour où tout roule au mieux😄

    Aimé par 2 personnes

    1. Maux&Cris dit :

      Merci. Il y a des jours positifs que je raconte aussi. Par chance, je ne suis pas poisseux trop souvent 😂.
      Par exemple, le 20 mai : https://mauxetcris.com/2020/05/20/lemplume-jubile/
      Bonne fin de journée !

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