Hier, le confinement m’a parlé de livres. Il m’expliquait que sa finalité première, qui n’est pas de faire en sorte que les parents remplacent les professeurs à l’avenir mais bien de sauver des vies, en cachait une autre, plus discrète mais tellement importante. La curiosité qui bondissait en moi me fit l’interroger dessus.

Il me dit « mais que fais-tu en ce moment ?».

Tu le vois bien, je lis. Mais je lis tous les jours, ça n’a rien à voir avec toi, espèce de vantard !

«Es-tu certain que je n’ai pas incité certain à mettre le nez dans un bouquin ? ou à réfléchir à la lecture ? ».

Je ne peux le savoir. Pourquoi pas, peut-être. Et si tel est le cas, c’est bien. Il est aussi vrai que j’échangeai avec une amie, par la voie des réseaux sociaux rassure-toi, qui expliquait s’offrir deux livres par semaine depuis des temps immémoriaux et du coup donnait des livres pour n’en garder que l’essentiel. Je lui répondis que c’était juste pour faire de la place aux nouveaux.

Cette nuit je pensais à des images d’appartement d’écrivains et de poètes, des murs recouverts de piles de livres du sol au plafond, des cathédrales de livres au milieu des pièces. Des vies entières de livres décrivant parfois des vies entières. Des mondes infinis contenus dans ces petites boîtes qui, une fois refermées, gardent un peu de nous.

Et je repensais au livre que je viens de terminer. L’auteur y parle de Glenn Gould, fou de Bach, qui arrêta ses concerts à trente-deux ans pour vivre plus intensément son amour pour le musicien, qu’il continua d’honorer par ses enregistrements. Ecoutez ce qu’il en dit « Dans la musique on est comme dans l’amour : engagé sur le sentier de la vie faible. On va du point A au point B, d’une lumière à une autre. On est entre les deux, trébuchant dans le noir. Vivant d’incertitude et souriant d’hésitation, attentif à ce mouvement en nous de la vie frêle, oublieux du reste. ».

Je me faisais la réflexion que si certaines de nos activités nous éparpillent l’âme et nous font perdre le contact avec nous-même, d’autres nous permettent d’en recoller les fragments et de la positionner bien au milieu de nous. Quand nous faisons de la musique, quand nous lisons, nous écrivons, nous nous sentons pleinement bien, notre âme s’est replacée au milieu de nous, bien équilibrée, tiraillée en rien. La plénitude.

Le même auteur parle des images que lui inspirent des fleurs, et croyez-moi il va loin dans ce sens. A celui qui voudrait l’accuser de mièvrerie, il précise « Que dira-t-on à maître Dögen, ce sage du treizième siècle japonais, lorsqu’il écrit : « L’univers entier est fait des sentiments et des émotions des fleurs » ? »

Pour en finir, je ne peux pas omettre de vous citer ce que notre auteur a trouvé dans Suréna un ouvrage de Corneille, et qui concerne l’inépuisable douleur de vivre et pourrait bien être la synthèse de toute vie « Toujours aimer, toujours souffrir, toujours mourir ».

J’ai déjà parlé de cet auteur, il s’appelle Christian Bobin. Poète prosateur, il a le pouvoir de mettre à jour les ressorts des humains à coup d’images, lesquelles, une fois assemblées, composent l’essence même de la personne.

2 réflexions sur “L’homme-joie – Christian Bobin

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