Maux & Cris

Textes, Poèmes, Livres, Rêves et autres billevesées

Etrange moment où nous ne vivons pas vraiment sans être mort. Un espace entre deux journées commandées par notre conscience, où nous abandonnons le pouvoir… à quoi, à qui d’ailleurs. Un peu comme nos smartphones branchés sur le courant pour recharger leurs batteries. Parfois certaines mises à jour sont effectuées seulement si l’objet est éteint et branché sur secteur.

Pour nous autres, certaines mises à jour sont effectuées à condition que nous soyons débranchés. C’est moins facile de maîtriser notre dé-branchement que celui de nos smartphones. Le sommeil se montre capricieux, taquin, irrespectueux. On pose la tête sur l’oreiller en espérant être rapidement chopé par Morphée, mais des ribambelles de pensées se courent après, jouent à saute-mouton ou font la ronde.

Nous avons chacuns nos rites pour domestiquer le processus. Lire, boire une tisane de feuilles de machin-truc, brûler de l’encens ou les oeuvres de Karl Marx, prier, faire l’amour, se vider la tête, se raconter une histoire préférée ou une inventée, faire de la relaxation ou de l’auto-hypnose…

Quelque soit la stratégie adoptée, le sommeil vient à son gré, pas au nôtre. Il peut aussi se faire absent. Il nous fait prendre conscience de notre inefficacité, de notre petitesse. Comme si la nuit vous tendait les bras tout en s’éloignant à reculons un sourire sardonique accroché à ses lèvres pulpeuses. Tu me vois bien mon amour ? Tu me veux ? Tu m’espères, tu m’appelles ? Je t’emmerde, mes ressorts ne sont pas si simples pour toi. Mérite-moi, sinon oublie-moi !!

Nous restons frustrés, les gobilles grandes ouvertes avec un léger énervement qui monte doucement et qui nous garantit une nuit longue et peu réparatrice. Le sujet devient alors de savoir quoi faire de ces moments volés, oserais-je dire, à notre crédit-temps. Parfois, si le contexte s’y prête, nous prenons le livre en cours, rallumons la lumière si notre co-turne l’accepte. Sinon,il faut s’extraire de la douillette couette sans allumer, sans réveiller notre compagne et s’exiler dans une autre pièce.

« La nuit je mens » chantait Bashung en pensant aux fameux « résistants de la dernière heure », ceux qui ont attendu que le danger soit loin pour se déclarer résistant. Même loin de ce grave sujet, la nuit nous ment. Elle nous place au milieu de situations incroyables que nous pensons ne pas mériter. Mais si l’on réfléchit et procédons à une analyse à l’aune de notre récente vie, de nos attentes, des lourdes valises que nous tirons derrière nous, on arrive à comprendre tout ou partie des représentations symboliques décodées.

Elle ne ment pas toujours. Elle peut aussi nous donner des clés pour résoudre les choix qui se présentent à nous, prendre les meilleures options, celles qui nous servirons. Comme un dialogue, la claire journée donne à manger à notre cerveau, qui solutionne pendant l’obscure nuitée.

Jeune, la nuit était un intense moment de vie, la journée un espace incontournable mais peu intéressant qu’il fallait absolument traverser pour rejoindre la nuit suivante. Nous vivions chaque nuit si intensément, que la vie aurait pu s’arrêter là sans que le moindre regret ne nous ait jamais frolé. Une fraternité spéciale liait à cette frange du monde les fétards, les noctambules, les musiciens nomades, les alcolos, les camés, les putes, les malfrats et les flics, tous vivant ensemble.

Une fois la situation professionnelle stabilisée, ce rythme n’est plus tenable. La nuit est dégradée, démythifiée et devient une bête période de repos requise pour assumer ses tâches lucratives. La nuit perd sa magie, sa féérie, son imprévisibilité, son côté catapulte vers de folles aventures, sa nature spéciale. La vie nocturne a une superbe mâche et des goûts très riches, mais peut se montrer répétitive et terne. L’animal nocturne est prêt à passer un paquet de nuits ternes pour avoir éventuellement de temps à autres le bonheur d’une nuit folle.

C’est carrément addictif. « La nuit je mens » disait-il, mais la nuit je m’défonce, je m’enfonce dans l’erreur. Que reste-t-il de tout cela ? Pas grand chose de visible, mais des souvenirs, des fragments de tableaux, quelques scènes de quasi cinéma, des musiques, des textes de chansons, un car crash, des tableaux, des couleurs, des histoires, des odeurs, des amours, du sexe, des goûts, des monstres rigolades, des trahisons, des morts, des pleurs et des manques. Une fois la nuit éteinte, les falotiers rentrés chez eux, peu de gens subsistent,  la vie se charge de les emmener dans l’oubli…

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