Maux & Cris

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Je suis tombĂ© en amour pour les noirs et les outrenoirs de Soulages (Âč). Sa dĂ©marche m’avait interpellĂ© mais je n’avais pas creusĂ© plus avant, restant sur des premiĂšres impressions. Plus rĂ©cemment J’ai dĂ©gustĂ© avec un grand bonheur le petit livre, plutĂŽt une longue lettre, pourrait-on dire, Ă©crite par Christian Bobin Ă  son ami Pierre Soulages, maniĂšre de lui souhaiter son centiĂšme anniversaire. Cet ouvrage s’appelle « Pierre, » titre qui se rapproche plus au dĂ©but d’une lettre qu’au titre d’un livre (ÂČ). Bobin y tutoye son ami Soulages et lui parle de son Ɠuvre, de lui et de plein d’autres choses. A cette occasion, j’ai pu m’interroger plus avant sur les raison de mon intĂ©rĂȘt pour le peintre.

Je m’autorise une parenthĂšse pour inciter celles et ceux qui n’auraient pas encore lu Christian Bobin Ă  pallier ce manque rapidement. Il est de ceux qui vous attrapent dĂšs la premiĂšre phrase par sa langue belle, riche, construite, limpide toujours au service d’idĂ©es justes. Il serait fort dommage de passer outre. ParenthĂšse fermĂ©e.

Bien qu’il n’ait pas produit que cela, Soulages lĂšguera Ă  la postĂ©ritĂ© une oeuvre originale, dont les trĂšs connus outrenoirs, et peut-ĂȘtre mĂȘme un noir Soulages, comme Klein nous laissa son bleu. Soulages travaille la matiĂšre, crĂ©ant des rides, des stries dont le relief capture la lumiĂšre. Son originalitĂ© est lĂ , il crĂ©e de la lumiĂšre lĂ  oĂč elle ne devrait pas exister. Pour les uns, le noir n’est pas une couleur, cependant nous pouvons acheter un tube de peinture noire. Pour d’autres c’est l’absence de couleur, sans doute par analogie avec le sombre vide interstellaire. On joue sur les mots.

Soulages
Un Outrenoir de Soulages

Ne dirait-on pas comme une couverture de maison, des bardeaux ou autres tuiles de bois, qu’un reflet de lumiĂšre allumerait ? La maniĂšre dont le tableau est Ă©clairĂ© doit avoir une importance primordiale. Sans doute que changer la place des Ă©clairages doit modifier le tableau. Ne serait-ce pas la prĂ©sence des ombres « rasantes » qui crĂ©e de la lumiĂšre par le seul contraste avec les parties moins sombres ?

Le référentiel additif est fait de trois couleurs primaires, à partir desquelles toutes les autres sont fabriquées. Le référentiel soustractif part du blanc, dont on tire toutes les autres en utilisant trois filtres. Les trois filtres utilisés simultanément donnent du noir.

Pour rĂ©sumer, le noir serait l’absence de couleur et le blanc l’addition de toutes les couleurs.

Ces derniers jours, une amie Facebook, dont j’apprĂ©cie autant l’humour Ă  la fois fin, facĂ©tieux et fĂ©rocement punk que son Ă©criture, particuliĂšrement ce don qu’elle a de composer de drolatiques dialogues de sourds, me fait dĂ©couvrir un photographe de Java qui s’appelle Hengki Koentjoro. Ce photographe travaille des photos en Noir et Blanc, mais une partie de sa production a un fond Ă  dominante blanche.

Les sujets, noirs ou gris sont petits, au milieu de l’immaculĂ© vide qui les contient. Ils essayent d’exister dans un univers quasi monotone et sans issue. Du coup on ne voit que les petits dĂ©tails qui prennent vie, dĂ©sespĂ©rĂ©ment mais avec une force inĂ©galĂ©e. Evidemment, je tombe en amour, comme vous pourrez le faire en allant fouiller son site (Âł).

Koentjoro
MN05 de Koentjoro, fait partie d’une sĂ©rie appelĂ©e Minim.

Une nappe de brume laisse Ă©chapper une crĂšte arborĂ©e. La trouĂ©e est refermĂ©e Ă  l’arriĂšre par la lĂšvre d’un nuage blanc immaculĂ©. Objectivement, j’ai du mal Ă  penser que le photographe n’ait pas jouĂ© sur la post-production afin de blanchir la brume. Mais sait-on jamais ? On ne voit que la ligne de crĂšte et les quelques arbres qui sortent du lot ainsi que sur la gauche l’ombre de ce qui pourrait ĂȘtre un pilone Ă©lectrique ou bien un clocher trĂšs fin trĂšs haut ou encore un poteau de transmission.

Dans sa gallerie, vous verrez aussi un thÚme Noir. Le site de Hengki Koentjoro est en anglais mais le mot Noir est bien écrit en français.

L’un des paradoxes m’est vite apparu, l’immensitĂ© blanche est vide. Pourtant, autour de nous, autour de notre planĂšte, le vide est noir. Ici, sur les photos de Hengki Koentjoro, il est blanc. Sur le noir apparaitront des sujets ou des dĂ©tails blancs, ou colorĂ©s ou lumineux. Sur le blanc les sujets ou dĂ©tails seront noirs ou gris pour exister. Pourquoi enfoncer de telles portes ouvertes ?

Un autre paradoxe me sauta aux yeux lors de la lecture du wiki de Soulages : « Il a tout juste huit ans lorsqu’il rĂ©pond Ă  une amie de sa sƓur aĂźnĂ©e qui lui demande ce qu’il est en train de dessiner Ă  l’encre sur une feuille blanche : un paysage de neige. Â« Ce que je voulais faire avec mon encre, dit-il, c’était rendre le blanc du papier encore plus blanc, plus lumineux, comme la neige. C’est du moins l’explication que j’en donne maintenant. »« . 

Les deux artistes sont partis de la mĂȘme idĂ©e, faire plus blanc que blanc. A l’arrivĂ©e, l’un a taquinĂ© le blanc, l’autre le noir, les deux le Noir et Blanc.

Le farceur que je suis s’est amusĂ© Ă  superposer les deux tableaux pour voir ce que cela ferait, tout en me disant que cela ne ferait rien d’intĂ©ressant. Et bien je n’ai pas Ă©tĂ© déçu…

Noir et Blanc
Superposition par photoshop des deux tableaux. Pas choquant mais on obtient plus du gris sur gris qu’autre chose…

Soulages Ă©tait exposĂ© au Louvres jusqu’au 8 mars 2020. Nous nous y sommes peut-ĂȘtre croisĂ©s… (∗) https://www.louvre.fr/expositions/soulages-au-louvre

Renvois

2 réflexions sur “Noir & Blanc – Soulages & Koentjoro

  1. Avatar de christinenovalarue christinenovalarue dit :

    Moi aussi je suis fan, j’apprĂ©cie autant l’oeuvre que la personnalitĂ© de ce peintre atypique

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    1. Avatar de Maux&Cris Maux&Cris dit :

      Un jour je passerai à Rodez pour voir son musée !
      J’aime bien votre blog Christine, bonne soirĂ©e

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