Dard, Descartes & Einstein

Je participe à une discussion portant sur une phrase de Frédéric Dard « Tout objectif flou conduit irrémédiablement à une connerie imprécise ».

Cette phrase amusante est pleine de vérité et fait écho à certaines situations rencontrées dans la vie dont on sort en se disant que si l’on ne trouve pas de solution à un problème, c’est que le problème a mal été posé. Je regarde les commentaires.

L’une dit « Ou à des merveilles inattendues, des images troublantes de vérité… ». J’aime cette vision poétique. J’entrevois une personne énigmatique, qui cache à moitié son visage dans un grand mouvement de drap tout en quittant la scène. C’est effectivement une très belle manière de sortir en beauté. Bravo !

Evidemment, l’inévitable à tendance nombriliste mêlant plafond bas, courte vue et dysorthographie oublie de se taire « C kom moi kan jai rencontré mon ex mari …j avait dla MERDE ds les yeux…😂😂😢😢😡😡 ». Là je pleure un peu et me dis que l’espèce humaine comporte quelques faiblesses dont la viabilité est interrogeable.

L’un s’exprime plus doctoralement « Etudier de manière cartésienne une hypothèse fausse donne un résultat faux. Il est donc important de partir d’une bonne hypothèse ». Là c’est plus intéressant

Déjà il n’est rien moins que certain d’obtenir un résultat faux dans ces conditions, car si le raisonnement est cartésien, la solution ne devrait pas être fausse.

Les quatre préceptes du cartésianisme :

« Le premier étoit de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je ne la connusse évidemment être telle ; c’est-à-dire, d’éviter soigneusement la précipitation et la prévention, et de ne comprendre rien de plus en mes jugements que ce qui se présenteroit si clairement et si distinctement à mon esprit, que je n’eusse aucune occasion de le mettre en doute.

Le second, de diviser chacune des difficultés que j’examinerois, en autant de parcelles qu’il se pourroit, et qu’il seroit requis pour les mieux résoudre.

Le troisième, de conduire par ordre mes pensées, en commençant par les objets les plus simples et les plus aisés à connoître, pour monter peu à peu comme par degrés jusques à la connoissance des plus composés, et supposant même de l’ordre entre ceux qui ne se précèdent point naturellement les uns les autres.

Et le dernier, de faire partout des dénombrements si entiers et des revues si générales, que je fusse assuré de ne rien omettre. »

Le premier précepte nous aura incité à questionner l’hypothèse. Me parait-elle logique, plausible, possible ? L’hypothèse fausse mourra ici, forcés que nous serons de la remplacer par une autre, plus vraisemblable.

Mais après tout, pourquoi introduire la notion de cartésianisme dans cette histoire ? Pourquoi se limiter à un mode de raisonnement. Si j’ai envie d’étudier de toutes les manières possible une hypothèse fausse, qui viendrait me gronder, voire me gendarmer pour m’interdire de penser comme j’en ai envie ?

Bref, à mon interlocuteur, et faisant référence à notre célèbre ‘moins fois moins égale plus’ je réplique par un trait rigolo-statistico-mathématique « Avec une hypothèse fausse et un raisonnement faux, il n’est pas totalement exclu de pouvoir tomber éventuellement sur une bonne conclusion !!! ».

Que lis-je en retour ? « Le hasard n’est pas mathématique ». Je comprends ici avoir à faire à une forte tête qui ne maîtrise pas vraiment le sujet posé. Je lui porte donc le coup de grâce avec un somptueux et dédaigneux « Einstein répondrait sibyllinement : C’est probable ! »

Amateur de probabilités, je vous dédie cette journée !

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