Maux & Cris

462 Textes, Poèmes, Livres, Rêves et autres billevesées

Ses yeux me regardent sans expression, puis ripent vers un ailleurs que personne ne saurait pénétrer. Elle ne sait plus si je suis son fils, qui vient si rarement la voir, ou quelqu’un d’autre qu’elle ne connaîtrait pas. Aucun signe sur son visage toujours lisse, malgré ses 97 années. Elle n’attend plus rien, ni personne et je suis là, tentant de sourire pour qu’elle me reconnaisse. Je suis mal, très mal face à ce désastre.

Maman est quelqu’un avec un fort caractère, qui n’a jamais baissé les bras. Alors sage-femme et infirmière au bloc, elle a quitté son Bordeaux natal pour suivre mon père du côté de Lyon. Beaucoup plus tard, lorsque l’entreprise textile familiale a mis la clé sous la porte à la fin des années 1970, à plus de 55 ans, elle a repris son métier de sage-femme pendant quelques années, sans jamais se plaindre de quoi que ce soit.

Voir cette femme, qui m’a mise au monde il y a 65 ans, m’a élevé, nourri, soigné, aussi démunie me retourne. Elle ne prononce plus aucun mot depuis des années.

Depuis la mort de Papa, il y a plus de 20 ans, elle a vécu seule dans notre grande maison familiale. Elle est tombée plusieurs fois, se cassant le col du fémur puis le poignet, puis encore le poignet. Lors de sa première chute, elle a rampé au sol pendant un temps qui a du lui paraître une éternité pour rejoindre le téléphone et appeler les secours. Jamais elle n’a abordé les difficultés rencontrées, caractéristique des générations qui taisait ses souffrances.

Ma sœur et moi n’habitions pas assez près pour venir souvent et faire travailler les circuits neuronaux du langage.

Le voleur de mots se repaît de ce genre de situation, avec avidité il capture des mots et laisse sa victime en désarroi lorsque le mot qu’elle voulait prononcer, car celui qui soulignait son idée, se dérobe, laissant un effrayant trou béant.

Ou alors, quand il est farceur, taquin, ou juste un gros enfoiré, il délivre un autre mot, et la victime de dire « non, c’est pas ça ! », de faire un autre essai…. Et les auditeurs de tenter de proposer le mot qui leur semble adapté.

Avec le temps, le voleur arrive à voler deux mots sur trois, l’auditeur parvient à trouver les mots « cachés » mais c’est plus long.

La bataille est perdue s’il fauche trois mots sur trois. C’est ce que vit Maman depuis bien deux ans maintenant, une vie sans communication.

Lorsque vous vous retrouverez dans cette situation où le mot vous échappe, vous saurez que le voleur de mots est encore en vie, qu’il sévit toujours et a faim de ces beaux mots volés à des êtres  désemparés. Je le hais. Je le hais pour ce qu’il a fait à Maman, et je le hais pour ses tentatives vis à vis de moi. Un jour je le …

Un métier 2.0 que celui-là, 2.0 et totalement obscur. Suite à l’invasion des réseaux sociaux dans le cerveau des humains, un pourcentage non négligeable de ces derniers ont perdu tellement de neurones que la fédération mondiale pour la survie humaine s’est trouvée dans l’obligation d’intervenir.

Face aux vagues d’informations et de désinformations, l’humain, désarmé et sans capacité d’analyse, est devenu la proie et la main armée de manipulateurs sans vergogne, marionnettes d’autres pays, de politiciens à mèches jaune, buveurs de vodka ou mangeurs de nids d’hirondelles.

La fédération a créée une équipe de SNC (Social Network Cleaners) dont la mission première a été de créer du big data à partir des réseaux sociaux, de créer des algorithmes pour identifier les sources originelles des désinformations, pour les faire disparaître ainsi que les instances propagées. Certains SNC pouvaient devenir Human Source Cleaner, ce qui leur conférait de facto le droit d’empêcher l’humain source de désinformation de nuire à nouveau, quelque soit le moyen utilisé.

La fédération mondiale pour la survie humaine a toujours farouchement niée l’existence des SNC.

Une autre équipe aurait été chargée de recharger le cerveau des humains consommateurs de réseaux sociaux en neurones neufs et totalement fonctionnels. Devant le peu de résultat, cette équipe a rapidement été dissoute. Et dissoute, c’est pas cherte.

Mieux vaut éclairer que briller, parait-il. Si la vie nous donne parfois le loisir de croiser un éclaireur, surtout si l’on a été embrigadé dans un mouvement scout, je mets par contre quiconque au défi d’avoir déjà croisé un brilleur. Le dictionnaire lui-même vous parlera de bailleur ou de briller, mais pas l’ombre de la queue du moindre brilleur.

Pourtant, mais c’est l’apanage du métier invisible, le brilleur existe. Attention, ne le cherchez pas du côté de Meaux ou de Melun, il n’intervient pas dans le processus de fabrication du célèbre et délicieux fromage.

Savez-vous pourquoi il n’est pas aisé à voir notre brilleur ? Simplement parce qu’il brille par son absence…

Ce soir, lorsque les ombres des meules s’allongent, j’ai vu celle d’un tout petit arbre s’étirer et se grandir jusqu’à l’autre bout du champ. J’ai vu les oiseaux se ranger sur les fils aériens.

Ils savent que le compteur d’oiseaux va passer, qu’il a beaucoup de travail et peu de temps pour faire le relevé avant que l’obscurité ne dévore tout. Les oiseaux lui facilitent donc la vie et se rangent dans bruit.

Le matin, il est le premier sur place pour faire l’appel des zélés trublions ailés. Ils sont maladivement désordonnés et désobéissants, totalement incapables de se reposer à la même place où le compteur les a repéré quelques heures avant. Les petits facétieux n’ont de cesse à fausser sa patience et sa méthode, ils sautillent de gauche à droite, font du saute-oiseau, plient les pattes, puis les étirent pour se grandir.

Jamais le compteur ne se trouble, ni se fâche, mais use d’arguments drôles, parfois limites « Tiens, sais-tu que le chat m’a dit être affamé, et que sa gourmandise est de croquer un piaf ? » ou « Si tu ne t’arrêtes pas, je te retire de la liste et là je ne pourrais plus rien pour toi si tu manques à l’appel » ou encore « Mais comme il est gentiment dodu ce volatile ! » pour arriver à ses fins.

Quand le décompte est fini, les oiseaux s’envolent dans un grand piaillement. Une fois le dernier bruit effacé, le compteur n’est plus là.

Le compteur d’oiseaux se voit peu, il n’existe que là où les collines bleuissent sous le rose du ciel, lorsque la lune croise le soleil en lui volant sa lumière.

Quelques jours avec les effets indésirables….

Jour 1 et Jour 2

Rien

Jour 3

Dans la nuit de mardi à mercredi, les douleurs des doigts sont revenues, assez fortes pour me réveiller vers 4h00 du matin et m’empêcher de me recoucher. La douleur est proche d’une piqûre de guêpe mais en continu et avec des battements. Ce sont surtout les pouces qui se font remarquer. La peau est dure, tendue et le fait de plier le pouce génère une douleur vive.

Dans les actes du quotidien, nous prenons sans arrêt des choses entre le pouce et l’index, et à chaque fois, la douleur se rappelle à nous, rendant certains gestes difficiles voire impossibles à réaliser, comme de tourner une clé dans la serrure ou retirer le câble du connecteur de charge de son iPad.

Rapidement, nous mettons en place des stratégies de contournement, plus ou moins habiles, efficaces et qui peuvent parfois confiner au ridicule… Le Doliprane aide énormément et l’utilisation de crème, comme de l’aloe vera, semble apporter du confort.

Jour 4

Les douleurs aux doigts sont toujours là. Les diarrhées sont de retour jusqu’à 11h00 puis après 18h00. Comment parler de ce sujet sans faire trash ? Je dirais juste que les allers et retours aux toilettes sont fréquents, peu prévisibles, urgents et que parfois il faille rester sur le trône assez longtemps pour avoir des fourmis dans les jambes, surtout la droite pour ce qui me concerne, et pour avoir de la difficulté à faire les premiers pas. A partir de ce moment il est impossible de prévoir une sortie hors de la maison dépassant la demie-heure. Il faut écouter son corps et faire confiance à l’absence de tout signe précurseur. L’immodium est notre ami pour lutter contre ces diarrhées, à raison de 3 par jour plus un quatrième en cas de crise.

Jour 5

Cette nuit petite diarrhée légère. Je me suis endormi hier soir avec de légères douleurs au doigts. Ce point a l’air en décroissance ce matin.