L’emplumé est triste…

L’emplumé est triste…

Aujourd’hui T., plus jeune que moi, enterre son épouse, que lui a arraché un cancer. Encore un de ces foutus cancers. Impossible de compter les gens que l’on connait pourvu de cette saloperie de maladie. Pour fixer les idées, dans notre seul pays plus de trois cent mille cas sont détectés par an et le cancer cause plus de 150.000 décès par an.
La peine de T. est immense et le dévaste totalement. Il aurait aimé réunir ses proches pour partager ce moment. Mais la période ne l’autorise pas. Une peine supplémentaire lui est infligée. De plus, ses deux filles vont devoir surmonter l’horreur de perdre leur maman, et il devra être là pour elles.
Je connais T. depuis bien longtemps. Nous travaillions à quelques bureaux d’écart, dans la même direction informatique. Il est foncièrement gentil, efficace et pertinent. Du genre qui n’a pas besoin de faire le forcing pour être entendu. A chaque fois que nous avons travaillé ensemble, cela s’est toujours passé aisément, nos deux caractères fonctionnant bien ensemble.
Il adore le sport, c’est un pilier d’une équipe de Handball professionnelle française, son épouse participait également à la vie du club. Le club organise une cagnotte Leetchi dont T. fera ce qu’il voudra. Si vous voulez l’accompagner un peu, c’est là : https://www.leetchi.com/c/pour-flo-wzdxga8r
Le poids de cette journée n’était pas suffisant. Pourquoi s’arrêter en si mauvais chemin ? Une très bonne amie, chanteuse, poète, photographe, journaliste a sa maman en grand danger. Un alzheimer très avancé auquel s’est ajouté le covid-19 l’a fait placer à l’isolement. Mon amie ne peut pas la voir. Elle aussi est dévastée.
Comment vivre ces mauvaises nouvelles ? On dit qu’il faut toujours prendre le positif des situations. Parfois, même en plissant fortement les yeux, il n’y a rien de beau à voir.
Le pire serait sans doute de détourner le regard. Cela ne change rien pour ceux qui sont au milieu du cyclone. Serions-nous grandis de ne pas voir les choses ? Non, nous serions juste un peu plus crétins, pantins gesticulant et hurlant de bonheur au milieu d’un raz de marée noire.
La vraie, la belle humanité ne résiderait-t-elle pas dans le fait de regarder les choses en face, prendre notre part de la souffrance sans être effondrés pour autant. Effondrés, à quoi servirions-nous ? Nous deviendrions partie intégrante du problème. Après chacun agit selon ses moyens. Et on ne peut pas toujours s’occuper des drames des autres.
Pas de règles, restons sincères avec nous-mêmes, avec nos valeurs, nous avons le privilège d’en avoir.
Je vous envoie un sourire discret, amical et sincère. Belle journée !

L’emplumé n’a pas vu…

L’emplumé n’a pas vu…

Hier j’ai pris Liberté et suis parti faire une balade de cinquante bornes. Liberté est le nom de ma pétrolette, et aussi ce qu’elle est pour moi, un instrument de liberté. Je n’aurais jamais pris l’auto pour aller me balader en voiture, mais ce qui ne présente pas d’intérêt en auto peut devenir fabuleux en moto.

À Giverny, nulle affluence estivale habituelle, la maison et les jardins de Claude Monet sont toujours clos, et lorsqu’ils ouvriront les groupes ne seront pas admis. Le musée des Impressionnismes est fermé. Le restaurant Baudy est fermé. Tout est fermé. Pourtant, j’ai vu plusieurs voitures pénétrer sur le parking le plus près du centre. Je suis passé devant chez les Balkany. Je me suis retenu d’aller sonner et m’envoler à tire d’aile. Je ne les ai pas vu.

C’est de cela dont je vais vous parler ce jour. De ce que je n’ai pas vu. Pas tout, cela me prendrait une vie entière, juste les scènes non vues les plus marquantes.

Je n’ai pas vu de cirque. Aucun chapiteau, personne avec des immenses pompes et un gros nez rouge, pas de délicate écuyère prête à sauter périlleusement sur le dos d’un placide cheval, pas de lion rugissant déprimé ouvrant une gueule immense où se perdraient des kilos d’espoir. Aucun fildefériste avec ou sans balancier, qui ne trouverait rien de plus malin pour aller du point A au point B que de le faire sur un fil tendu à trois mètres du sol. Je n’ai pas entendu non plus la musique habituelle qui s’échappe des voitures bariolées qui tournent dans les villages en annonçant le spectacle, entre deux vociférations inaudibles du cirque untel…

Je n’ai pas vu de héron dans les prés longeant la rivière. C’est scandaleux, j’ai besoin de voir mon héron chercher la belle grenouille qui fera son casse-croute dans une herbe mouillée. Pas vu de cigogne non plus. Mais il faut reconnaitre que personne n’en a jamais vu par ici. Une mouette ou deux près de la Seine, trop banal.

Mais j’ai senti des odeurs de fleurs de tilleuls, des odeurs de fleurs mêlées de miel, celles qui rendent folles la moindre apis mellifera avide de se charger les pattes du bon nectar à ramener à la ruche. Des odeurs plus ou moins fortes, plus ou moins précises, de plantes en train de pousser, de floraisons plus ou moins avancées, plus ou moins agréables. Celles dont on ne profite plus dans nos voitures climatisées. Certaines dont on se passerait et qui vous tirent des spasmes de dégoût.

Je n’ai pas vu d’amoureux se contant fleurette, pas de bêtes à deux dos, pas d’histoire d’amour derrière les bosquets, pas de derrières sortant des bosquets non plus. Pas de chasseur et pas d’animal sauvage. Pour les premiers c’est tant mieux, avec eux je pourrais ressembler à un faisan, malgré ma totale absence de plume. Pour les seconds, c’est un peu dommage, j’aurais apprécié apercevoir un chevreuil et son faon, une biche et son bichon, même un éléphant j’aurais aimé. Sylvie et Lola ont bien vu un droladaire et un chalumeau près de l’autoroute 13 !

Je n’ai pas vu de planeur dans le ciel, alors que je me suis posé à côté du terrain d’aviation de Cherence, le temps de me rafraîchir et de discuter avec quelqu’un du club de vol à voile. Je suppose que le léger nuage qui occultait uniformément le bleu du ciel aurait dû être remplacé par des alignements de cumulus plus propices à l’établissement de pompes, pour avoir une chance de voir les grands oiseaux évoluer en silence.

J’ai dû rouler près d’une heure et demie, mais je n’ai pas vu le temps passer non plus. On ne voit jamais le temps passer, l’avez-vous remarqué également ? Par contre, à Vetheuil et à la Roche-Guyon, j’ai vu plein de gens. J’en étais presqu’apeuré tellement le contraste avec la campagne vide d’humains était vif. Je craignais qu’un chien ou un crocodile ne soit pas tenu en laisse et se mette à traverser la route sous mes roues.

Je n’ai pas vu la mer. C’est plutôt bon signe, car nous en sommes fort loin. Ma pétrolette est plus taillée pour dévorer le bitume que pour affronter les vagues de l’océan. Le jour où la mer sera à nos portes, bien d’autres personnes auront été englouties en aval.

Pour terminer, je n’ai pas vu venir ma dernière heure, et c’est tant mieux. Non seulement cela, mais je me suis senti vivre un peu plus intensément, les jambes serrées autour de Liberté qui ronronnait gravement sous moi.

Et surtout, impossible de le taire, je n’ai vu aucune licorne se découper sur un arc en ciel ! Même pas une petite, ou juste son idée… Pourtant j’aurais bien aimé.

Bonne journée mes ami(e)s !

L’emplumé jubile…

L’emplumé jubile…

De temps à autres les journées se font belles pour nous donner du bonheur. C’était le cas hier. Venus devait être en conjonction avec je ne sais pas quoi, mais quelle belle journée. Le soleil était grand maître du ciel, et avait décidé avec sa magnificence indiscutée qu’aucun nuage n’aurait droit de citer jusqu’à son royal coucher.

Ce matin, je devais compléter mon attirail de motard avec l’ajout du blouson qui manquait encore pour me transformer en possible motard. Ça c’est fait. Je devrais me peser avant et après m’être habillé en motard. Je ne serais pas étonné qu’une dizaine de kilos accompagne le déguisement.

Hier soir, j’ai eu la mauvaise idée de terminer « une bête au paradis » de Cécile Coulon. Mauvaise idée pour deux raisons. Premièrement, ce livre était une merveille. Je ferai certainement une chronique dessus. J’ai du mal à quitter les personnages et surtout la manière dont l‘autrice dessine les sentiments qui les traversent et dont ils sont esclaves. Deuxièmement, je n’avais plus rien en avance que le vide. Je ne sais pas vois, mais me trouver sans livre à lire est une vraie pénitence. Du coup, j’ai poussé jusqu’à ma librairie préférée pour aller chercher les livres commandés et déjà reçus. Ouf, le stock, remonté à deux, me remet en selle.

A propos de selle, c’est aujourd’hui que j’ai chevauché ma pétrolette pour la première fois. Les premières fois ne sont jamais simples. Je n’ai pas dérogé à la règle. Les premiers mètres furent hasardeux, chaotiques, mes premiers changements de vitesse firent hurler le moteur et les premiers freinages m’ont bien fait flipper. J’ai mangé quelques dizaines de kilomètres et petit à petit me suis senti plus à l’aise, jusqu’à prendre du plaisir. L’objectif recherché est en bonne voie, j’ai touché du doigt cette fameuse sensation de liberté. Une fois revenu, j’étais lessivé, en nage, mais tellement heureux.

Dans la foulée, mon Paul est rentré de sa première leçon de conduite. Savez-vous que maintenant les élèves conducteurs ne touchent que le volant et les clignotants pour les deux premières heures. Paul a un volant et un pédalier pour faire ses courses de e-racing où il pilote des voitures bien plus exigeantes que celles de l’auto-école. Le décalage avec le fait de ne toucher que le volant est un peu ridicule.

Une fois rentré, il s’est connecté à parcoursup, car c’était le jour des premiers retours aux vœux formalisés il y a quelques semaines. Paul vise des écoles d’ingénieur en génie mécanique spécialisées en automobile avec option sport et tout ce qui s’y rapporte. Il est accepté partout sauf dans deux Insa (Lyon et Rouen) où il est sur liste d’attente. Il a approuvé l’école qu’il visait le plus. Il passera donc les cinq prochaines années à l’ISAT de Nevers, proche du circuit de Magny-Cours. Au vu de ses résultats, c’est très logique, mais nous ne pouvions nous empêcher de craindre un quelconque hoquet de ce système mystérieux qu’est parcoursup.

Demain aura du mal à nous être aussi favorable !

Bonne journée mes ami(e)s !

L’emplumé  fait le point…

L’emplumé  fait le point…

Suite à mon billet assassin d’hier, dans lequel j’imaginais un conomètre pour détecter la connerie et un traitement radical pour la soigner, à base de grenade et de scotch, une amie m’a judicieusement fait remarquer que culture et connerie peuvent faire bon ménage et que l’absence de culture n’implique pas forcément la connerie.

C’est très juste. Pour ma défense, je cherchais à faire sourire plus qu’à faire un dossier complet sur le sujet, ce qui serait très ambitieux eu égard à son abyssale profondeur. J’ai failli m’excuser, mais en fait je ne le ferai pas. Je suis imparfait, parfaitement imparfait. Je porte ce fardeau depuis longtemps et sais qu’il m’accompagnera jusqu’à mon dernier souffle. C’est-à-dire dans très longtemps…

Je vais plutôt, comme dirait le chien de Mickey, procéder par addendum.

Les gens cultivés qui font preuve de connerie, sont des salauds. C’est encore pire. Autant nous serions prêts à accorder des circonstances atténuantes aux simples cons, autant le con cultivé n’a que des circonstances aggravantes. Une bouche ne pouvant contenir qu’une grenade à la fois, à part lui en coller aussi une dans son cul, je ne vois pas comment faire mieux.

Revenons à la personne sans culture qui n’est pas atteinte de connerie. L’absence de culture n’est pas forcément un choix personnel et je connais beaucoup de personnes qui n’ont pas eu la chance d’y accéder. Cela n’en fait pas des cons pour autant. Je n’ai jamais dit l’inverse et ne le pense pas. Que mes amis dans ce cas ne s’inquiètent pas. Leur amitié m’est importante et ils le savent bien.

Aujourd’hui, j’avais mon rendez-vous trimestriel avec le chirurgien et l’oncologue. Clairement je paye l’arrêt de six semaines, la tumeur a repris (un peu) du poil de la bête. On se retrouve fin aout pour le prochain suivi. Pour vous rassurer, je sais, pour l’avoir déjà vécu, que le traitement fait diminuer la tumeur, et que le moindre arrêt de traitement lui permet de  se renforcer. Rien de nouveau sous le soleil de l’ouest. Je conclurai par TVB RAS.

Depuis quelques semaines, un couple de rouge-queues s’est installé dans le coin. Nous les avons vu sous toutes les coutures. Ils ne font pas bon ménage avec le rouge-gorge, qui habite ici depuis plus longtemps et ne s’est pas privé de leur expliquer à coup de manifestations d’intimidations. Cela n’a pas empêché le couple de faire leur nid dans un noisetier accroché à la colline. Figurez-vous que nos deux amoureux sont parents. L’un des parents fait la noria pour ravitailler les petits en vers et autres gourmandises. Lorsque nous sommes dehors nous nous faisons copieusement engueuler par l’oiseau orné d’ un ver en travers du bec. Même Charlie the cat se fait enguirlander, le piaf venant même très près pour cela, si près que nous avons peur pour sa survie. Jusque-là pas de drame.

La même Charlie a joué avec un orvet cet après-midi. Par chance, elle n’a pas poussé l’intérêt jusqu’à sa mortelle issue et notre orvet est reparti aussi placidement qu’il sait le faire. Nous n’avons jamais recroisé la vipère aspic vu il y a quelques temps.

J’ai une pensée déchirée pour un ami à qui le cancer a pris sauvagement son épouse et la mère de ses enfants. Il est effondré et je me sens si impuissant.

La vie continue… j’espère que la vôtre est belle.

Bonne journée les ami(e)s !

L’emplumé dérape…

L’emplumé dérape…

Je sais que vous êtes comme moi, vous ne pouvez pas les sentir. Ils nous polluent la vie, nous gonflent, nous cassent les couilles, nous tirent vers le bas. Ils sont partout, embusqués derrière des concepts minables, des slogans faciles, des vides de réflexion, des absences de référentiel, des infinis déculturés.

On sait que le combat est vain, car ils n’offrent aucune chance à l’écoute de l’autre, la remise en question et l’autocritique. Des boulets de compétition quoi ! Michel Audiard a même dit « J’parle pas aux cons, ça les instruit ! ». Il est salutaire de les éliminer de son entourage, sous peine de possible et irréversible contamination.

La dose est insupportable, on se prend à rêver d’un monde sans eux, un monde entre gens policés, sans invective ni insulte. Un monde où seuls des appels à la culture seraient jetés d’un camp à l’autre. Comment s’en débarrasser ? Il faut oser poser une question qui flirte de près avec l’horrible idée d’un génocide.

N’attendez pas de moi de la tendresse. Je suis habituellement capable d’en distribuer beaucoup, mais eux savent en tarir la source. Du coup je serai radical, vraiment radical. Âmes sensibles, passez votre chemin, vous risquez gros !

Inventons un détecteur de con. Appelons-le conomètre. Quand le con est grand et qu’il parle, c’est facile. Posez-lui une question à laquelle il n’aura pas de réponse. Son visage va se remplir d’incompréhension, un peu de bave peut sourdre de ses lèvres et il va sans doute vous insulter. Hop ! L’aiguille du conomètre passe dans le rouge. Là pas de quartier, profitons de sa mâchoire grande ouverte, mandibule du bas tombante, enfilons une grenade dégoupillée dans son claquemerde, scotchons avec force et cassons-nous, vite et loin…

Quand il ne parle pas encore, faire passer les grands frères et sœurs, voire ses parents au conomètre. En cas de valeur supérieure à 10 sur 12 sur l’échelle de la connerie, procéder comme plus haut pour toute la famille.

En cas d’un nouveau-né, le remettre dans sa mère, scotcher et boum. In utéro ? Boum aussi.

Voilà une procédure assez simple qui devrait nous mettre à l’abri de la néfaste connerie un certain temps.

Ne pas négliger les tentatives d’évasion, certains pourraient essayer de se cacher dans les bois. Les animaux sauvages sont peu sensibles à la connerie et s’en chargeront.

J’avais prévenu que c’était un peu limite. Si ça vous dérange, fallait pas lire… sinon je viens avec une grenade et du scotch.

C’est dingue ce besoin de méchanceté qui me prend de temps à autres. Ça défoule. Parfois, lorsque je me réveille, je me regarde bizarrement dans la glace et suis à deux doigts d’attraper grenade et scotch.

Je sens bien que ma proposition n’aboutira pas. Je ne sais pas trop pourquoi, un stock de grenades insuffisant, des rouleaux de scotch trop vieux. Comme disait mon père, les mauvais ouvriers ont toujours de mauvais outils.

Pardonnez-moi ce dérapage, mais des fois ils sont vraiment trop cons… et puis ça soulage…

Bonne journée mes ami(e)s

L’emplumé surfe sur l’art…

L’emplumé surfe sur l’art…

Dans un article lu ce matin, il était dit que l’enfant savait chanter avant de savoir parler, danser avant de savoir marcher… Je me suis fait la réflexion que l’art c’est la maison du bonheur juste avant celle des mots. Fier de ma formule, je me suis dit que cela demandait à être développé.

Certaines formes d’art sont évidemment des modes de communication non verbaux. Un tableau, une sculpture, une musique, la danse, un super plat, un vin vont nous éveiller des émotions sans qu’un seul mot soit prononcé. A quoi sont dues ces émotions ressenties ? Nous avons emmagasiné depuis notre naissance, voire avant, des sensations, des émotions, des sentiments, des impressions qui constituent une forme de référentiel, de catalogue.

La vision d’une œuvre vient taper dans ce référentiel et nous fait plus ou moins vibrer. Soit en activant des émotions déjà cataloguées, soit parce que nous ne l’avons pas encore catalogué, en activant des émotions proches. L’ajout d’un nouvel élément n’est alors pas exclu. A ce niveau, rappelons-nous qu’aucun mot n’a été prononcé, on reste sur de l’informel.

Il est possible de discourir ensuite. C’est le travail des critiques, des experts et des amateurs, qui essaieront de créer des univers verbaux pour raconter du mieux possible ce qu’a voulu dire l’artiste, pourquoi il a fait ça maintenant et autres blablas. Mais en fait, on s’en fout, ce qui compte vraiment c’est la palette d’émotions qui nous fait vibrer.

Pour les formes d’art plus verbales, le théâtre, le cinéma, la musique avec des paroles ou l’écriture c’est plus retors, voire vicieux par moment. L’artiste utilise aussi des mots pour aller taper dans notre référentiel. Si l’on se contente de lire ou d’écouter les mots, on peut d’ailleurs passer à côté de beaucoup de choses. Il faut aussi ressentir.

Typiquement un auteur qui décrit parfaitement une situation, nous permettra de la voir nettement. Sans effort de notre part. On dira de lui qu’il écrit bien. Je dirais qu’il décrit bien. Ce n’est pas si simple de décrire avec justesse une situation. Mais où est l’émotion ? Une description peut être parfaitement clinique et froide. Ou alors très percutante si elle sait s’échapper pour faire appel à notre référentiel en utilisant des décalages, des images, des formules poétiques.

Les mots s’associent à la vue et à l’oreille au théâtre et au cinéma, à l’oreille et souvent à la vue au concert. Pour l’écriture, il n’y a que la vue du lecteur qui travaille. Sa vue et son référentiel. Et l’habileté du poète à ouvrir des univers avec des collages de mots qui ne sont pas toujours sensés aller ensemble.

Ne me faites pas dire que je préfère l’un ou l’autre de ces arts. Je récuserais formellement car je les aime tous. D’ailleurs, à côté des arts traditionnels, il en est d’autres plus hybrides et presque inclassables. Je pense particulièrement à mon ami Jacques Lelut qui crée des personnages, des navires avec des petites pièces récupérées. Il invente ainsi un univers peuplé de ses aquanautes améliorés naviguant dans des vaisseaux de science-fiction. Tapez « Jacques Lelut » dans Google et allez voir ses merveilles. Jacques, je t’embrasse.

J’adore aussi la poésie, à ma grande surprise. C’est typiquement l’art verbal le plus proche du non verbal. La poésie flirte avec et utilise nos imaginaires. Le prétexte en est souvent l’amour, mais nous pourrions parler d’amour toute une vie et découvrir ce faisant tout le reste du monde. Les ficelles de l’âme ne sont pas infinies, contrairement à la beauté de l’amour, à l’âpreté de la détresse humaine, ou encore à la connerie.

Faites de l’art, regardez-en, écoutez-en, lisez-en, jouissez-en. Verbal ou non ! Et dites-moi si l’art c’est bien la maison du bonheur avant celle des mots !

Très belle journée mes ami(e)s !