Dans un article lu ce matin, il était dit que l’enfant savait chanter avant de savoir parler, danser avant de savoir marcher… Je me suis fait la réflexion que l’art c’est la maison du bonheur juste avant celle des mots. Fier de ma formule, je me suis dit que cela demandait à être développé.

Certaines formes d’art sont évidemment des modes de communication non verbaux. Un tableau, une sculpture, une musique, la danse, un super plat, un vin vont nous éveiller des émotions sans qu’un seul mot soit prononcé. A quoi sont dues ces émotions ressenties ? Nous avons emmagasiné depuis notre naissance, voire avant, des sensations, des émotions, des sentiments, des impressions qui constituent une forme de référentiel, de catalogue.

La vision d’une œuvre vient taper dans ce référentiel et nous fait plus ou moins vibrer. Soit en activant des émotions déjà cataloguées, soit parce que nous ne l’avons pas encore catalogué, en activant des émotions proches. L’ajout d’un nouvel élément n’est alors pas exclu. A ce niveau, rappelons-nous qu’aucun mot n’a été prononcé, on reste sur de l’informel.

Il est possible de discourir ensuite. C’est le travail des critiques, des experts et des amateurs, qui essaieront de créer des univers verbaux pour raconter du mieux possible ce qu’a voulu dire l’artiste, pourquoi il a fait ça maintenant et autres blablas. Mais en fait, on s’en fout, ce qui compte vraiment c’est la palette d’émotions qui nous fait vibrer.

Pour les formes d’art plus verbales, le théâtre, le cinéma, la musique avec des paroles ou l’écriture c’est plus retors, voire vicieux par moment. L’artiste utilise aussi des mots pour aller taper dans notre référentiel. Si l’on se contente de lire ou d’écouter les mots, on peut d’ailleurs passer à côté de beaucoup de choses. Il faut aussi ressentir.

Typiquement un auteur qui décrit parfaitement une situation, nous permettra de la voir nettement. Sans effort de notre part. On dira de lui qu’il écrit bien. Je dirais qu’il décrit bien. Ce n’est pas si simple de décrire avec justesse une situation. Mais où est l’émotion ? Une description peut être parfaitement clinique et froide. Ou alors très percutante si elle sait s’échapper pour faire appel à notre référentiel en utilisant des décalages, des images, des formules poétiques.

Les mots s’associent à la vue et à l’oreille au théâtre et au cinéma, à l’oreille et souvent à la vue au concert. Pour l’écriture, il n’y a que la vue du lecteur qui travaille. Sa vue et son référentiel. Et l’habileté du poète à ouvrir des univers avec des collages de mots qui ne sont pas toujours sensés aller ensemble.

Ne me faites pas dire que je préfère l’un ou l’autre de ces arts. Je récuserais formellement car je les aime tous. D’ailleurs, à côté des arts traditionnels, il en est d’autres plus hybrides et presque inclassables. Je pense particulièrement à mon ami Jacques Lelut qui crée des personnages, des navires avec des petites pièces récupérées. Il invente ainsi un univers peuplé de ses aquanautes améliorés naviguant dans des vaisseaux de science-fiction. Tapez « Jacques Lelut » dans Google et allez voir ses merveilles. Jacques, je t’embrasse.

J’adore aussi la poésie, à ma grande surprise. C’est typiquement l’art verbal le plus proche du non verbal. La poésie flirte avec et utilise nos imaginaires. Le prétexte en est souvent l’amour, mais nous pourrions parler d’amour toute une vie et découvrir ce faisant tout le reste du monde. Les ficelles de l’âme ne sont pas infinies, contrairement à la beauté de l’amour, à l’âpreté de la détresse humaine, ou encore à la connerie.

Faites de l’art, regardez-en, écoutez-en, lisez-en, jouissez-en. Verbal ou non ! Et dites-moi si l’art c’est bien la maison du bonheur avant celle des mots !

Très belle journée mes ami(e)s !

16 réflexions sur “L’emplumé surfe sur l’art…

    1. C’est très vrai que l’art sert souvent à exprimer la douleur ! Certains vont même jusqu’à dire que sans souffrance il n’y aurait pas d’art. Je me rends compte en te lisant que je me suis placé du seul côté du « consommateur » ou du receveur de l’art en oubliant totalement celui du créateur.
      Merci pour tes remarques et bonne journée Jean-Louis.

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  1. L’art c’est bien souvent l’exutoire de l’âme torturée. Alors il sert surtout son auteur. Ou bien c’est l’action de grâce du bonheur perçu. Alors c’est un partage.

    Ou pas 😉

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    1. Merci John ! Je suis certain que l’art permet à l’homme de quitter l’état de bête. Souvent les gens qui se nourrissent de culture et d’art sont moins primaires. Mais il existe aussi tellement d’exception. Voir le traitement des oeuvres d’art par les nazis… cf. le film Monuments men !

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  2. En phase avec ton article très intéressant. J’aime bien : « C’’est le travail des critiques, des experts et des amateurs, qui essaieront de créer des univers verbaux pour raconter du mieux possible ce qu’a voulu dire l’artiste, pourquoi il a fait ça maintenant et autres blablas. Mais en fait, on s’en fout, ce qui compte vraiment c’est la palette d’émotions qui nous fait vibrer ». Alan

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  3. L’art, c’est à mon humble avis ce qui rend la vie supportable à défaut d’être la maison du bonheur. Et quoi que….’
    L’art, la passion, comment vivre sans ? Quitte à se perdre dans sa passion…. plutôt que de la perdre, d’ailleurs.
    L’art… le talent inné. Pour l’écriture, j’ai envie de dire que le plus important, c’est l’émotion que tu transmets à ton lecteur avec ta musique…. cette voix que l’on entend encore après t’avoir lu.
    Et sinon, dire qu’il y a souvent de la souffrance derrière une création ? Peut-être. Enfin sûrement. Mais par tout le temps. Et en tout cas, pas pour moi lorsque j’ecris, que je fais de la photo, ou realise un super plat. C’est même tout le contraire, que du bonheur !
    Bonne soirée Régis. A tout bientôt.

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    1. Je suis comme toi Solène. Lorsque j’écris, je fais de la musique ou de la photo je ne souffre pas. Bien au contraire, je suis en paix avec moi. Particulièrement avec la musique. J’ai écris quelque part que cela recentrait mon âme éparpillée bien au milieu de moi.
      Visiblement certain(e)s ne peuvent créer que dans la souffrance. C’est redoutable mais sans doute une vraie thérapie pour eux.
      L’art qui rend la vie supportable, oui assurément. C’est aussi un élan, une pulsion, un besoin d’exprimer quelque chose.
      Il y a surement autant de manière de vivre cela qu’il y a de créateurs sur terre.
      Bonne soirée également Solène. Au plaisir de te croiser au détour d’un article ou d’un poème.
      P.S. : J’adore le livre de Cécile Coulon. Elle est très forte !!!

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