Maux & Cris

Textes, Poèmes, Livres, Rêves et autres billevesées

Deux ou trois araignées d’eau sont posées sur la surface de l’ étang. Leurs longues pattes créent une petite dépression à la surface sans rompre cette dernière. Il s’interroge sur le principe physique qui permet cet anachronisme. Il pense à cette superbe sculpture de l’Italien Le Bernin qui, à l’âge de vingt-trois ans, avait terminé l’enlèvement de Proserpine. Sur cette sculpture, la main de Pluton s’enfonce avec une telle vérité dans la cuisse de Proserpine, que le marbre devient chair.

Une araignée d’eau vient de faire un bond de près d’un mètre sur l’eau sans en froisser aucunement la surface. Il a déjà fait tellement de photos de ces bestioles qu’il peut s’abîmer sans remord dans l’observation du spectacle. Un léger bruit derrière lui, comme un froissement de feuilles. Il se retourne mais ne voit rien, ni personne. Pourtant il lui avait bien semblé. Il connait par cœur les bruits ambiants. Celui-là n’en faisait pas partie.

Jamais personne ne trouble la quiétude de ses séances d’observation. Pourquoi cela changerait-il ? Encore un bruit. Il n’a pas le temps de finir de se retourner… un choc gigantesque, pas de douleur, tout bascule, les arbres, l’étang, il bascule en avant, son visage frappe l’eau violemment. L’eau gicle, il tente de prendre appui sur ses mains pour se redresser, mais un énorme choc derrière la tête le rejette dans l’eau. Puis plus rien. L’eau se calme petit à petit, le miroir redevient le terrain de chasse des araignées d’eau.

La jeune femme affûtée prend l’appareil photo, le place dans la sacoche contenant les objectifs et les filtres, regarde une dernière fois la scène d’un lent balayage de la tête, puis revient en arrière sur le chemin avant d’entamer la montée dans le sous-bois quasiment dans la pente la plus raide.

Elle doit rejoindre la crête. Sa moto, laissée derrière un buisson, l’y attend. Elle prend garde à ne pas choquer l’appareil photo, un Canon EOS 5D Mark IV. Full frame avec un capteur de 30,8 millions de pixels, aussi bon dans la lumière que dans les ambiances plus sombres. Très bon goût ce naze de Dupin !

Elle s’arrête deux secondes, vérifie qu’aucun bruit suspect ne la suit, ni ne la précède. Il ne s’agirait pas qu’on la voit remonter sur sa moto et quitter le coin. Tout est clair. Elle s’approche de la moto, glisse la sacoche dans le top-case, enfile son casque, monte sur sa Kawa Z1000SX, regarde autour, ne voit personne, démarre et s’arrache sans faire hurler le moteur.

Une fois la route principale rejointe, elle pousse plus sa machine. En moins d’une heure, elle sera chez elle, et cette histoire ne sera plus qu’un mauvais souvenir. Elle aime s’approcher des limites, et ne se sent jamais autant exister qu’en les frôlant. Elle rentre une vitesse, se déboîte pour mieux passer le virage. Son protège-genou touche le sol.

Une Porsche surgit face à elle, côté gauche de la route. Une tâche noire qui prend tout l’espace, rien à faire. Un grand choc, elle décrit une ellipse au-dessus de la Porsche et s’écrase vingt mètres plus loin dans le néant.

Lire l’épisode 2 de la série Dupin – Le cauchemar


Bonne journée les ami(e)s

Image par Gerd Altmann de Pixabay

©️ Texte et photo de Régis Vignon sauf indication contraire

2 réflexions sur “Dupin – L’étang

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