Philippe Lançon, Elvin Jones & Cabu

Philippe Lançon, Elvin Jones & Cabu

Philippe Lançon, journaliste et écrivain, a fait partie des personnes frappées lors de l’attentat de Charlie-Hebdo. Il a survécu, mais a été fortement atteint et raconte tout cela dans un excellent livre « Le lambeau » qui a reçu plusieurs prix, dont le Femina et un prix « spécial » Renaudot et que je vous conseille sans réserve.

Philippe Lançon parle d’Elvin Jones : « En 2004, après avoir écrit sur sa mort , j’écris sur lui une chronique dans Charlie. Cabu se souvient, de son côté, des circonstances où il a vu le batteur, en plein air, au festival de Châteauvallon. Il me le raconte et j’insère son souvenir dans ma chronique : « Soudain l’orage éclate. Il est violent. Les musiciens et le gros du public, tout le monde disparaît peu à peu comme dans la Symphonie des Adieux; Tout le monde sauf Jones. Déchaîné, démesuré battant la mesure d’outre-tombe, le géant aux mains d’acier anime les peaux et les cuivres parmi les éclairs, seul comme un dieu oublié, un dieu oriental aux mille bras. L’orage semble avoir été créé pour lui . Il se fond dedans. Il a cinquante ans, le tonnerre demeure. » C’était en 1977. Vingt-sept ans plus tard, Cabu en fait un dessin qui, posé à côté de ma chronique, lui donne une valeur qu’elle n’a pas, qu’elle n’aurait pas en tout cas sans lui: être « illustré » par Cabu, en particulier sur le jazz ou plutôt accompagner par écrit l’un de ses dessins, me fait alors rejoidre une adolescence heureuse, celle où je découvrais en même temps que Céline, Cavanna, Coltrane et Cabu. C’est à peu près comme si, écrivant en 1905 un roman se déroulant dans le monde des danseuses, les illustrations du livre étaient faites par Degas. »

Cette scène est d’une puissance incroyable, le batteur reste seul à jouer pour les dieux et les diables, se sentant assez fort pour leur tenir la dragée haute. La violence de l’orage est aléatoire, non maitrisée et arythmique alors que la science d’Elvin Jones est totalement maîtrisée et polyrythmique. Les deux ont une puissance et un imprévisibilité hors du commun.

Philippe Lançon avait amené à Charlie hebdo « Blue Note » un gros livre sur le jazz contenant en page 164 une photo d’Elvin Jones en train d’enregister un album de Wayne Shorter, afin de montrer cette photo à Cabu. Nous sommes dans les minutes qui précèdent le déchaînement de violence du 7 janvier 2015.

Il écrit : « La photo d’Elvin Jones date de 1964 et s’étale sur les pages 152-153. C’est un gros plan. Il allume une cigarette de la main droite, énorme et fine à la fois, qui tient les deux baguettes en croix. Il porte une élégante chemise à carreaux fins, légèrement ouverte. Les manches ne sont pas relevées. Les yeux clos, il tire sur la cigarette. La moitié du visage, puissant et anguleux, est prise dans le triangle supérieur dessiné par les deux baguettes ».

J’ai reherché sur internet, mais n’arrive pas à trouver avec certitude la référence du livre, ni la photo concernée.  Et je me sens très frustré. L’un(e) d’entre vous aurait-il les références de ce livre ? La photo concernée ?

écoute conseillée : a love supreme (John Coltrane, saxophone ténor et chant; McCoy Tyner : piano; Jimmy Garrison : contrebasse; Elvin Jones : batterie)

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