Jazz es-tu là ?

Jazz es-tu là ?

Il y a onze jours que je n’ai pas écrit quoi que ce soit. Affolée par ce vide qui me gagne, ma muse s’est fait la malle, sans bruit, sans explication, juste comme ça, en douceur, aussi doucement que la chute d’une plume de duvet d’un juvénile sur un vieux parquet, tu sais celui dont certaines lattes grincent lorsque tu poses le pied dessus, tu reviens vérifier, tu reproduis le grincement, et pour un peu ton âme joueuse cherche les lames musiciennes et te voilà à inventer une musique qui n’amuse que toi. Forcément, tu entends « bon ça va, on a compris, tu peux arrêter maintenant steuplé ? ».

Tu as taquiné ta guitare, un petit motif descendant avec des bouts d’accords renversés. C’est ça les musiciens, ça renverse dynamiquement l’échiquier pour créer la surprise. L’oreille attend la note que le cerveau sait devoir arriver. Si elle arrive, la dopamine (hormone de satisfaction) se libère, comme une friandise pour récompenser d’avoir bien travaillé. Le phénomène du rush, anticipation de la montée du plaisir vers une résolution, un refrain, une séquence particulièrement jouissive, est un phénomène que l’on retrouve aussi chez les toxicos, les alcoolos et les joueurs. « Sex and Drugs and Rock and Roll Is very good indeed » chantait Ian Dury en 1979. Tiens, encore un que j’ai vu en concert…

Pour en savoir plus sur la musique et les hormones.

Cela peut tout aussi bien être très joli, mais cela restera juste chiant. L’idée est donc de ne pas arriver là où on est attendu, mais ailleurs dans un autre paysage, une autre couleur. Comme un plat que l’on t’amène. Tu y vois un légume. Ton cerveau sait déjà le goût que cela va avoir dans ta bouche. Mais le cuisinier est un farceur et il a déguisé autre chose en légume. Et ta bouche est surprise. C’est l’aventure, ton cerveau  doit acquérir cette nouvelle connaissance, en background, les mécanismes se mettent en branle pour stocker l’information au bon endroit et créer un chemin d’accès pour te permettre de retrouver la sensation.

La surprise est vite remplacée par autre chose, il faut maintenant que la nouvelle tonalité, le nouveau goût soit également bon pour en jouir. Les très bons sont ceux qui vous surprennent avec délice, sans faute de goût. Une rupture franche, sèche sera pardonnée si l’on atterrit sur une belle séquence musicale ou gustative.

Musique à écouter en lisant cet article : Plume / Escaping the dark side.

Induire une suite et ne pas la respecter, dévier vers ailleurs, emmener l’auditeur vers des inattendus c’est la recette d’un bon jazz. J’avais un ami qui n’aimait pas les concerts car il n’aimait pas les surprises et voulait retrouver toujours le même plaisir. Il avait de bons gouts musicaux, nous en partagions beaucoup d’ailleurs, excepté le jazz qu’il n’aimait pas, trop déroutant, trop hermétique pour lui, le qualifiant de musique pour initiés, pour savants. Cet ensemble de noms d’oiseaux que donnent au jazz ceux qui n’ont pas essayé ou n’ont pas eu l’occasion de le faire et qui se cachent derrière le fait qu’ils ne seraient pas assez « savants » pour y entendre quelque chose.

Certains de mes amis n’entendent rien à la technique musicale, qui ne les intéresse pas, ne les concerne nullement. Certains d’entre eux sont pourtant de grand amateurs et d’excellents connaisseurs de cette musique. Je les admire car ils m’impressionnent beaucoup. Pourtant tout est là ! Pas besoin d’être savant pour apprécier la musique de jazz, nul apprentissage en conservatoire n’est requis, juste de la curiosité, du bon goût, de la mémoire et une méthode d’initiation que je qualifierais de « à l’arrache », la même qui te fait tomber dans le dictionnaire et y passer des heures en bondissant d’un mot à un autre.

Entrer en profondeur dans l’oeuvre d’un musicien, écouter l’ensemble de sa production. Au travers, tu découvriras ceux qui ont participé à cette oeuvre et ainsi de suite. C’est un processus récurrent, en arborescence, avec l’avantage que tu n’as pas à revenir au point de départ initial. Tu découvres au fil du temps des oeuvres et des musiciens qui t’accompagneront toute ta vie. Rares sont ceux que tu délaisseras. Ils seront de plus en plus nombreux à t’accompagner, à t’enseigner, à te rendre de plus en plus riche.

Et chaque écoute te déversera de plus en plus d’hormone… surtout avec ce dernier opus de Plume…

 

 

Notes

A écouter en lisant l’article Plume: Escaping the dark side

Rappel du Sex & Drugs & Rock & Roll de Ian Dury pour les hormones et le rush

Pour en savoir plus sur la musique et les hormones.

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