Leo et les gerbilles

Notre ami Leo se sentant fort à l’étroit dans son costume de roi partit un beau matin à l’aventure. Libre, heureux, sans contrainte, chacune de ses grosses pattes soulève en cadence un petit toupet de poussière étincelante dans la lumière crue de la belle saison. Sa queue bat négligemment la mesure.

La journée l’amène le long des sentes qui ponctuent le paysage, ici un bouquet d’arbre ondule sous la brise, là les hautes herbes vibrent sous la chaleur sèche. Aucune âme ne vient briser sa solitude, aucun chant d’oiseau ne le flatte, aucun mouvement furtif ne le met aux aguets.

Plus tard, lorsque les ombres s’allongent, d’abord doucement, puis s’étirent jusqu’à disparaitre dans le soir qui tombe, Leo a faim. Mais ici, pas de laquais, nul serviteur ne s’empresse de devancer ses désirs avec un civet de biche fumant et parfumé ou les croquettes de lapin qu’il goute tant. Leo est seul. Si seul.

 Mais un bruit, léger et incertain, lui parvient. Il s’arrête, tourne sa crinière et son attention vers la source qu’il devine sans la distinguer encore. Un drôle de bruit, multiple et surprenant ! Ne dirait-on pas une forme de musique ? Automatiquement, il corrige sa route, avance de plus en plus doucement, temporise pour vérifier la source et ne pas se faire entendre.

Le son se fait plus fort, ses oreilles lui disent qu’il s’approche, que derrière cette haie il va découvrir son repas, sans en imaginer encore le goût. Encore deux pas, et le voilà face à deux gerbilles, l’une en train de jouer avec deux noix, ne dirait-on pas une forme de guitare ? Elle chante, tape de la patte, gratte son instrument avec un cafard. L’autre, silencieuse semble concentrée sur un calcul bien prenant.

La première s’adresse au lion « Bonjour mon prince, tu es venu écouter les trotte-menus ? »

Leo fronce les yeux « Non, minus, tu n’y es pas. Je suis là car j’ai faim, très faim, et je vais te caser dans ma dent creuse. »

La gerbille éclate de rire «Bah ! Bah ! Bah ! Et tu ferais là une bien grosse bêtise ! »

Leo « Et pourquoi cela ? »

Gerbille « Je connais plein d’histoires amusantes qui te feront sourire et te permettront d’attendre un repas plus digne de ton rang. »

Leo « Comme quoi, petit flatteur ? »

Gerbille « Tu sais comment on apprend à compter dans les poulaillers ?

Leo « Euh ! non. »

Gerbille « Un poussin égale deux »

Leo « Pas mal ! »

Gerbille «  et les histoires de grenouilles à grande bouche, tu connais ? »

Leo se tourne vers la seconde gerbille « et toi, que peux-tu me conter ? »

Autre gerbille « Je compte, je sais très bien compter. Je peux projeter la taille du grenier qu’il nous faudra si l’on ramène deux fois plus de grains. Je peux te dire combien de temps il faut pour remplir un grenier six fois plus grand, même si un furet vient à prélever deux fois l’an dix pour cent de la récolte. J’ai pas le temps de rigoler, moi ! »

En un claquement rapide, le lion gobe la gerbille, fait un petit rot, et s’adresse à la gerbille restante « Monte sur mon dos juste là près de mes oreilles, minus. On rentre. Tu peux me raconter ton histoire de grenouille à grande bouche, maintenant ? »   

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