Le mot cancer est porteur de grave maladie, de traitements lourds, souvent caricaturé par la perte de cheveux, le teint jaune et des nausées, avec une fin possiblement dramatique.

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Je suis la même personne qu’avant, juste avec cette maladie en plus. Partager ce qui se passe avec le regard du malade, mais avec plus d’humour que de pathos, voilà une raison qui m’a fait ouvrir ce blog !

Je serai un fieffé menteur de m’arrêter là. Tout au long de ma vie, mon travail m’a rpis beaucoup de mon temps et de mon énergie, mais je n’ai jamais cessé d’avoir des passions que je n’ai jamais laissé tomber. Depuis toujours, je lis, je fais de la musique, des photos, j’aime la peinture, la sculpture, la danse, les sciences, les découvertes… 

Au cours de ma vie professionnelle, j’ai eu l’occasion d’écrire, de communiquer, de manager des équipes. Il m’est arrivé de relire des documents par moi écrits des années avant, que j’avais oublié, et de me dire, c’est pas mal écrit, c’est vraiment moi qui ai écrit cela ? …. tout en le sachant parfaitement.

L’envie de tenter d’écrire, non pas pour mon boulot, mais pour voir comment je pourrais m’en tirer s’est imposée. Voilà une autre raison de l’existence de ce blog. Comme vous le verrez, je m’auto-challenge juste pour voir comment je m’en sors. 

J’aimerais que mes lecteurs me fassent leurs retours, qu’ils aient la dent dure ou qu’ils soient empathiques ! Echanger ne me fait pas peur, bien au contraire.

Oupsçacoule !

L’ordi portable est ouvert sur la table, son alimentation est branchée sur la multiprise posée sur le sol derrière le poêle à granulés qui ferme le coin de la pièce. Ce dimanche en fin d’après-midi j’ai assez travaillé. J’arrête l’ordi, le ferme et me penche pour débrancher la prise et je sens immédiatement la sensation annonciatrice du sang qui coule dans mon nez. Le temps d’arriver sur le paquet de mouchoirs en papier, en sortir un, le presser sous mon nez et oups, hommage au pays du soleil levant, une tâche rouge vif tranche sur le blanc du mouchoir.

C’est sous la douche, en se mouchant, en se baissant… C’est habituel, quasi quotidien.

C’est ça un effet secondaire du traitement contre le cancer…

… ça et aussi la peau sèche, qui devient sensible à la chaleur de l’eau sous la douche et prend une couleur rouge un peu comme une allergie sur le front, les poignets et les bras. La peau semble se parcheminer et devient rugueuse. Mais ce n’est pas systématique !

C’est aussi la bouche sèche, très sèche qui donne envie de boire en permanence et perturbe l’élocution. Et puis également les gencives facilement blessées par la brosse à dents. Attention aux blessures gênantes et récurrentes. Du coup, il faut adopter une brosse à dents et un dentifrice particuliers. Tout ce qui est pourvu d’alcool est à éviter. Beaucoup de dentifrices contiennent de l’alcool. Tout comme le whisky, que j’aime tant, et qui maintenant me brûle le palais, ou la sauce salsa qui m’allume l’avant de la bouche.

Les brûlures d’estomac quasi permanentes sont gênantes, avec leur train de remontées acides, mais par chance, un médoc règle ça très bien.

La chaîne intestinale se dérègle par moment, et c’est à ce moment qu’il est préférable d’avoir des « petits coins » accueillants. Les hémorroïdes sont en option, comme une cerise sur le gâteau, qui se traitent par une mise sur orbite d’un suppositoire et par l’utilisation d’une crème avec laquelle il convient de se « beurrer la raie » (belle expression fleurie, n’est-ce pas !) deux fois par jour.

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C’est une montée d’hypertension qui fait ajouter un second anti-hypertenseur, dont il faut régler la posologie avec l’aide du médecin et l’outil de prise de tension, qu’il faut avoir chez soi et utiliser plusieurs fois par jour afin de pouvoir suivre l’évolution.

Dans mon cas, je me garderai bien de généraliser, ce qui est vrai pour moi ne l’étant pas forcément pour un(e) autre, prendre le médicament anti angiogénique m’ajoute 3,5 points de tension.

Et puis c’est un teint d’abord gris-vert puis jaune qui vous donne une mine de chat foireux et modifie le rapport à l’autre. À partir du moment où vous annoncez la nouvelle à une personne autour de vous, elle se répand à la vitesse de l’éclair. La plupart des gens vous demandent des nouvelles avec bienveillance, mais certains ne sont pas à l’aise avec la maladie et prennent un air plein de commisération, qui nous met mal à l’aise quand nous aimerions conserver les mêmes rapports humains qu’avant.

C’est aussi des tâches noires sur les ongles, une bouche qui se gerce, des maux de tête, et cette fatigue, rendant tout plus difficile, comme de monter l’escalier, où une fois arrivé à la salle de bain, il faut s’asseoir trente secondes pour reprendre son souffle.

C’est également de nouveaux rituels de prise de médicaments, comme une ronde ou parfois on se dit « bon, c’est quoi déjà à ce moment-là ? », des rituels pour se passer sur les bras les mains et la bouche un baume fabriqué sur mesure par la pharmacie.

En fait c’est plein de nouvelles choses à intégrer, à gérer.