Maux & Cris

Textes, Poèmes, Livres, Rêves et autres billevesées

Tu as vu le titre de cette nouvelle ? Et tu te dis, ça y est, l’emplumé pète un câble. C’est ça les gens qui picolent. L’alcool lui embrouille l’esprit, et il perd son orthographe. Quel naufrage ! …

Sans doute, si je me pochetronnais la carafe ou si je me piquais la ruche, vous pourriez penser ainsi. Mais que nenni ! Je vais bien vous parler d’un ver. Bien dans son fruit et le fruit c’est moi. Enfin c’est moi ! C’est moi dans un rêve, un drôle de rêve fait cette dernière nuit.

Elle fut longue et compliquée. Une douleur sourde dans le bas du dos, un peu plus haut que le rein gauche, m’agace depuis hier matin. Impossible de trouver une position où je ne la ressente pas. Et dans le lit, cela devient pénible, avec des montées de chaleur. Et je me retrouve à sortir les jambes et le torse de la couette. Joie de la régulation. Au bout d’un moment, cela se calme et je réintègre la couette. Si je change de position, je le fais doucement, avec moult précautions, afin de ne pas lancer la douleur plein cadre.

J’ai de longs moments de non-sommeil. Je me dis « Si c’est mon rein gauche qui lâche, c’est la cata…», vu que le droit m’a été ôté le 4 janvier 2012, suite à la découverte de mon cancer du rein en décembre 2011. Bientôt dix ans que je vis avec mon cancer et un seul rein. Au demeurant, pour celles et ceux qui se poseraient la question, on vit très bien avec un seul rein, sans qu’il soit nécessaire de s’en soucier. Il faut juste penser à s’hydrater.

Et puis j’ai aussi mal à la tête. Les deux douleurs vibrent ensemble, comme une seule me traversant par vagues. Je dois faire attention à ne pas respirer trop fort sous peine de taper dedans. La nuit se passe, alternant sommeil, éveil, questionnements, angoisse et tentatives de relaxation de type sophrologique, ici bien peu efficaces.

Et je me dis aussi « Et si c’est le Covid ». Je me rassure, mon troisième vaccin est fait. Je sais qu’il atténue les formes graves. Oui d’accord, mais si c’est le nouveau variant sud-africain. Mais je ne sors pas, je vois peu de gens. Samedi dernier nous avions des amis à la maison. Mais le Covid se serait déclaré plus tôt.

Hier nous sommes allés au restaurant du village. Il fallait y aller avant le 28/11 pour profiter des bons que donne la commune à ses anciens, dont je fais partie. Le 28/11 les propriétaires actuels s’en vont. C’est bien dommage, la propriétaire aimant beaucoup chiner, son restaurant est plein d’objets, sculptures en bois, abstraites ou pas, des collections de Donald ou de voitures, des tableaux, des crocodiles en bois . Très hétéroclite.

Et dans ce restaurant, la patronne et un monsieur que je ne connais pas se baladent sans masque. Nous avons entendu le monsieur jacasser avec les deux dindes de la table derrière moi. Il n’a cessé de parler de tyrannie sanitaire, de défendre la thèse anti-vax et de traiter nos gouvernants de tous les noms d’oiseaux. J’ignorai qu’il y en avait autant, d’ailleurs. Ce serait plutôt là que j’aurais attrapé le Covid… et puis non, cela cause des soucis respiratoires… mais si ce variant n’en causait pas, ou alors c’est le vaccin qui gommerait les effets pulmonaires…

Une des plus longues nuits depuis bien longtemps. Qui n’en finissait pas. Même Charlie, la chatte chez qui nous habitons, et qui voulait ne pas être seule debout, m’a grimpé dessus pour fourrer ses moustaches sur mon visage, tout en ronronnant dans mes oreilles. J’étais sur le dos. Du coup je me tourne délicatement sur le côté. Précautionneuse, elle descend de moi et attend que j’ai terminé pour me regrimper dessus, et se coucher sur mon côté droit. Plus tard, sans doute déçue par le peu d’attention que je lui porte malgré ses gentillesses, elle est descendue doucement et a quitté la chambre.

Dans cette longue nuit, je me suis retrouvé un moment dans un champ immense séparé en grandes parcelles, chacune avec un légume que je n’ai pas identifié. Tout cela recouvert d’une quinzaine de centimètres d’une eau saumâtre, boueuse, limite inquiétante. Un peu comme une rizière, à ceci près que les rizières sont peu nombreuses par ici. Et qu’il n’y a aucune raison pour que je m’y retrouve.

Surtout avec mon grand-père maternel, qui nous a quitté au début des années quatre-vingt du siècle d’avant.

Après la guerre de 14-18, où mes deux grands-pères étaient en même temps à Verdun (ils ne l’ont su que bien plus tard), lorsque mes parents se sont mariés. Jean était parti à la guerre à quelque chose comme 17 ans. Je croyais qu’il n’avait pas de métier à ce moment-là, mais il avait appris le métier de maréchal-ferrant. Joseph, mon autre grand-père, a dû partir aussi au même âge, mais je n’en ai pas la certitude.

À noter qu’aucun des deux n’en parlait de cette horrible guerre, où les soldats vivaient des horreurs quand ils n’y laissaient pas leur peau. Le seul retour de toute ma jeunesse est celui de Joseph. Il s’était creusé un siège dans la craie des tranchée. Une envie de pisser l’éloigne un moment et quand il revient, il trouve un obus non explosé fiché dans son siège.

Aucun des deux, et je crois que c’est général, ne voulait revenir sur les horreurs de cette guerre. Non par désintérêt, mais sans doute par discrétion et pour ne pas faire revivre cette saleté de guerre. Plus tard, j’ai retrouvé chez mon oncle, qui avait fait le maquis des Glières, ce même souci. Mais lui acceptait de nous donner des informations. Par contre une chose réunissait les trois, cet amour de la démocratie que ces guerre avaient permis de maintenir.

Lorsque j’entends aujourd’hui parler de dictature sanitaire, que nous vivons sous le joug d’un dictateur, et que les thèses complotistes font florès et qu’un probable candidat à l’élection présidentielle trahit notre histoire pendant que d’autres racontent n’importe quoi, je me dis qu’ils seraient très malheureux de voir leur France, celle qu’ils ont sauvé au risque de leur vie, autant trahie. Revenons à Jean.

Après la libération, il retourne dans son village et on lui propose d’entrer dans la Gendarmerie ? Il fut donc gendarme, un peu par opportunisme, mais sans doute pas uniquement.

Une fois je lui demandais s’il avait eu à subir de la violence. Il m’a raconté, avec son accent du sud-ouest, qu’une fois il avait eu à gérer un forcené, qui voulait le taper avec le marteau dont il était muni. Effrayé, je lui ai demandé ce qui c’était passé ensuite. Il m’a dit un truc du genre. Rien, j’ai bloqué son attaque avec mon bras gauche et je lui envoyé une droite qui l’a mis au sol. Fin de l’histoire.

Effectivement j’imagine qu’une paluche de Jean en travers de la figure, ça devait bien calmer. Il était grand et corpulent, avec des mains qui faisaient le double de miennes. Des mains qui bricolent et s’occupent du jardin. Il était aussi très gentil et très doux.

Après la mort de ma grand-mère, parte trop tôt, dans la soixantaine comme mon autre grand-mère, Jean est venu passer les hivers chez nous, dans notre moyenne montagne de l’ouest Lyonnais. Il partait dans les Landes au printemps et rentrait au début de l’automne. La maison, petite au milieu d’un grand terrain avait été construite par ses parents sur des plans du chasseur français. Elle était en forme de croix avec quatre petites branches. Il y avait une autre petite maison, que l’on appelait l’annexe, et que les gens du coin appelaient Justine, car une Justine, que je n’ai jamais rencontrée, avait vécu dedans.

Il y avait aussi une haute grange, avec un petit local à cochon attenant. J’ai vu cette grange partir en lambeau au fil des ans. La maison a été grignoté partiellement par les termites. La poutre centrale de « Justine » n’était plus qu’un feuilleté.

Le sol était herbeux. Si l’on grattait, on arrivait très vite sur un sable gris et rouille. Pas loin, en dessous, il y avait une couche d’alios, une roche très dure, résultant de la cimentation des grains de sable et graviers par des hydroxydes de fer, d’aluminium et de manganèse, ainsi que de la matière organique.

Les landes de Gascogne, c’est une quasi-platitude, bornée par des plages immenses côté océan, et plantée de pins maritimes depuis Napoléon III. Le paysage autour de la maison n’était que pins et sous les pins des ajoncs, où l’on pouvait aisément se faire griffer les jambes, non protégées par les culottes courtes. Mais où on pouvait aller ramasser les champignons. Enfin les gens du coin ne ramassaient que les cèpes de Bordeaux (Boletus edulis).

Une fois la vielle dame d’à côté, Henriette, m’a permis de l’accompagner. Je vois des girolles, qu’elle ne ramasse pas. Je lui demande pourquoi elle ne les ramasse pas. Ça ne vaut rien, je ne ramasse que les cèpes. J’ai ramassé les girolles et on s’est fait une bonne omelette avec.

L’eau que l’on tirait à la pompe à main qui était devant la maison, avait un goût métallique et n’était valable que pour troubler le pastis. La dernière fois que j’y suis allé, Lola avait six mois. Elle en a 21 aujourd’hui. La maison a été vendue. Je suis repassé il y a quelques années, une autre maison, plus grande, a été construite dans le champ en contre-bas. Ça m’avait fendu le cœur de revoir tout cela.

Et cette nuit, Jean se retrouvait avec moi dans ces champs inondés. Et nous fuyions tous deux je ne sais quoi. Et en même temps, je tirais quelque chose du dessus de mon œil gauche. Pas beaucoup. Cela résistait. J’attendais le calme puis je retirais encore. Et c’est ainsi que j’extirpai un ver d’une trentaine de centimètres, cassé en trois morceaux.

Et je ne cessai de demander à mon grand-père de faire attention où il mettait les pieds. Afin qu’il ne se blesse pas.

Aucune autre révélation ne me fut faite pendant ma nuit. Je crains que cette histoire de ver ne reste à jamais irrésolue.


20 réflexions sur “Un dernier ver ?

  1. fidelecastor dit :

    j’espére que cette douleur te laissera tranquile cette nuit … le récit est passionnant mais si c’est le prix à payer il est trop élevé pour seulement plaire aux copains. ..

    Aimé par 3 personnes

    1. Maux&Cris dit :

      J’ai moins mal ce soir. J’aimerais bien que cette nuit me donne de quoi écrire une autre nouvelle. On verra bien.
      Merci pour ton mot Mike !

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  2. marie dit :

    Bonjour Régis, j’espère qu’au moment où je t’écris la douleur s’est calmée. J’ai adoré ton récit , mon grand-père maternel a été dans les trnachées , il en revenu accroc à l’alcool car m’a raconté ma mère , pour qu’ils aillent à l’assaut on leur donner de l’alcool! il est vrai aussi que les hommes qui « ont fait une guerre » n’aime pas en parler , la preuve avec mon mari et « sa guerre d’Algérie ». Les gens qui se croient en dictature n’ont jamais connu ce genre de traumatisme qu’est une guerre. bref , le principal est que tu te sentes mieux bisous bon dimanche MTH

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    1. Maux&Cris dit :

      Bonjour Marie,
      Oui elle s’est bien calmée, sans disparaitre totalement. Mais j’ai bien dormi, ouf !

      Pour l’alcool, je suis d’accord. On alcoolisait les soldats, comme on drogue les terroristes qui vont se faire exploser. Je suis gêné de faire un parallèle, car les soldats qui combattent n’ont pas grand chose à voir avec des terroristes. En même temps, des pays qui font la guerre envoient leurs soldats au front. Le terrorisme, ce ne sont pas vraiment des pays, mais ils envoient aussi des gens se faire tuer.

      Bref, je suis d’accord avec toi.

      Belle journée Marie des vignes.
      🍁🍂😘

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  3. Antoine Jumelle dit :

    Comment faire d’une putain de nuit un joli récit…..C’est ton côté Midas ça !

    Je te souhaite une prochaine nuit douce et belle Régis….

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    1. Maux&Cris dit :

      Avec l’ami Bidasse
      On ne se quitte jamais,
      Attendu qu’on est
      Tous deux natifs d’Arras-se,
      Chef-lieu du Pas de Calais

      Ah pardon, Midas, pas bidasse !

      La nuit a été parfaite.

      Merci beaucoup Antoine ! 🙏
      Beau dimanche 🍁🍂🤗

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  4. Hobbo dit :

    Bonjour Regis, j’espere que tout va bien maintenant, mon ami.

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    1. Maux&Cris dit :

      Bonjour Hobbo,
      Oui bien mieux. J’ai passé une bonne nuit, mais du coup, je n’ai pas ramené de truc bizarre dans mes filets, ni dans mes attrape-rêves.
      Belle journée Hobbo. 🍁🍂

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    2. Hobbo dit :

      Bien entendu! Belle journée Regis.

      Aimé par 1 personne

  5. Des bisous compatissants Régis

    Aimé par 2 personnes

    1. Maux&Cris dit :

      Merci Cécile. Belle semaine.
      Bisous 🍁🍂😘

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  6. Geeeen dit :

    Bonjour,
    Les rêves paraissent surréalistes mais on dit qu’ils sont salutaires. Ils contiennent nos mirages et nos illusions. Merci pour vos partages, les images de cet articles sont très belles…

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    1. Maux&Cris dit :

      Bonjour,
      Merci d’être passé. Oui, ils sont tout cela nos rêves et aussi une manière de notre inconscient de causer à notre conscient. J’aime bien les écrire. Certaines fois, ils veulent disparaître à notre réveil. Mais je sais les attraper et les retenir. 😉
      Vous pouvez les retrouver grâce au Menu « Rêves ».
      Les photos sont miennes.

      Merci pour votre commentaire et belle journée.
      Régis. 🍁🍂

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  7. ID de femmes dit :

    La douleur, à l’origine de cette nouvelle… que j’ai beaucoup apprécié, tout en ne cessant de penser à cette douleur, qui m’attristait. Et je me suis souvenue de cette réflexion, de la part d’une copine danseuse, et professeure de danse, après une de mes remarques (j’étais allée la surprendre alors qu’elle donnait un cours à des ados) : moi : « comme tu es dure avec ces gamines, c’est obligé de leur balancer des remarques blessantes?  » Elle : « c’est la douleur qui fait qu’on se défonce, c’est inconscient, le meilleur vient comme ça. » Bon! à méditer! Je t’embrasse, cher Régis. Pensées.

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    1. Maux&Cris dit :

      Bonjour ma Renée,
      La danse est une discipline très dure. Il y a une réputation de dureté dans ce qu’était l’apprentissage de la danse ou de la musique aussi (je pense à Nadia Boulanger et ce qu’en disaient ses élèves, elle était dure, mais tirait le meilleur de ses élèves, et les meilleurs venaient du monde entier pour apprendre d’elle).
      Ce sont des disciplines où on ne peut exister au niveau le plus haut que si l’on va au bout de soi. Je comprends la remarque de ton amie. Mais je ne sais pas si cette attitude est justifiée partout et tout le temps. Dans des écoles de très haut niveau peut-être, et encore… mais dans une petite école, est-ce raisonnable ?

      Une chose est claire, la danse va au bout du corps et ça fait mal. Étonnant de mettre en rapport un corps en souffrance et la grâce exprimée par ce corps qui danse.

      Ma douleur n’était pas aigüe, elle était sourde et agaçante par sa seule présence. Une forte gêne plus qu’autre chose.

      Merci pour tes fidèles commentaires. Allez je pars méditer…

      Belle journée ma chère Renée.

      Je t’embrasse fort.

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    2. ID de femmes dit :

      Comme tu parles bien de la danse, ses souffrances… Ses outrances. Merci mon cher Régis. Prends bien soin de toi. Je t’embrasse.

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  8. Photonanie dit :

    Je passe par hasard (aucune notification ne me parviendra jamais je le crains 😒) et je découvre ce texte qui m’évoque certaines nuits d’insomnie tellement longues mais au cours desquelles j’ai la chance, contrairement à toi, de ne pas souffrir physiquement. La nuit amplifie nos sentiments et ce sont rarement les plus joyeux.
    Je te rejoins dans ta réflexion sur la « dictature sanitaire ». Elle pourrait même mettre fin à plusieurs années de bons et loyaux rapports avec certains copains/copines français(es) dont j’ai l’impression de seulement découvrir l’étroitesse d’esprit. Bien sûr que chacun est libre de faire ce qu’il veut mais dire des conneries du style « ce sont les vaccinés qui nous contaminent (sous-entendu nous=les non-vaccinés) parce qu’ils se croient invincibles et ne portent plus le masque ». Faux! Nous avons reçu notre troisième dose et portons toujours notre masque, bien au-dessus de la bouche et du nez dans tous les endroits publics intérieurs selon les prescriptions de nos dirigeants. Dirigeants que nous respectons et en qui nous avons confiance contrairement à ceux qui élisent des politiques, quels qu’ils soient, avant de les maudire peu après les élections.
    Bon, je vais en rester là, je vais m’énerver 😂😷
    Juste dire que tu as raison, ceux qui ont combattu au péril de leur vie pour nos pays et nos libertés seraient très en colère d’entendre parler de dictature actuellement chez nous. Que ceux qui pensent et disent cela aillent faire un séjour dans les pays totalitaires!

    Aimé par 1 personne

    1. Maux&Cris dit :

      Ne pas s’énerver. Ils ne méritent pas l’intérêt que cela impliquerait de notre part. De toute manière ils sont indécrottables.
      Merci pour ton commentaire. Gros bisous.

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  9. Mamiso dit :

    C’était long mais j’ai tout lu et j’ai été tellement subjuguée ! Honnêtement à travers tes mots et tes maux on se remet vite en question.
    Bon week end
    Bise

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    1. Maux&Cris dit :

      Merci Mamiso pour ton passage. Très heureux que tu aies lu et apprécié ma nouvelle.
      J’adore les nuits où les rêves me laissent matière à écrire. C’est un cadeau que me fait la vie.
      Bon week-end à toi Mamiso.
      Bises,
      Régis

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Les commentaires sont fermés.

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