Fait divers

Lu hier un terrible fait divers. Une petite fille de neuf ans est électrocutée en prenant sa douche. Son beau-père qui a tenté de la secourir, idem. La maman s’en est sortie avec les mains brulées mais a survécu. L’article laisse entendre que des travaux auraient récemment été réalisés et pourraient être à l’origine de ce drame. Mais aussi « Une prise multiple qui « se trouvait près de la douche » est aussi évoquée, tout comme de l’eau sur le sol de la salle de bains. » comme indiqué dans Le parisien. La famille venait d’emménager dans cette maison assez dégradée et humide.

Je résume l’article de tête, c’est en tout cas ce que j’en ai retenu. Ce genre de drame est suffisament horrible pour que l’on n’en dise pas plus. L’association de l’eau et de l’électricité est fatale, on le sait tous. Il y a d’ailleurs des normes à respecter lorsque l’on fait une salle de bains pour éviter ce genre de catastrophe.

La cabine de douche était-elle assez étanche ? Que faisait cette prise multiple sur le sol près de la douche ?

Et c’est là que je déraille…

Ce n’est pas une petite fille de neuf ans qui a intallée la prise multiple à cet endroit. Généralement, mais ce n’est pas une règle, c’est plutôt l’homme qui s’occupe de l’électricité dans une maison. Mais il est sensé se méfier de l’association eau plus électricité. A moins que…

A moins que ce ne soit volontaire, que Madame soit toujours la première à prendre sa douche et que Monsieur ait concocté de l’assassiner. Malencontreusement, pour une raison non prévue, comme le fait que Madame, occupée à finir quelque chose, ait demandé à sa fille de prendre sa douche la première. Et paf le drame !

La victime potentielle du meurtre devient la seule survivante du désastre.

Mais quel serait le mobile ?

Monsieur est un serial killer. Il rencontre des femmes, les séduit, emménage avec elles. Son plaisir est de poser des caméras dans la salle de bain, les électrocuter, l’affaire est classée en drame domestique, et lui de se repasser en boucle les films de l’électrocution. Notre serial killer, fasciné par la chaine électrique, aurait adapté le concept en douche électrique, une mise à mort programmée qui lui procure du plaisir un certain temps. Mais hélàs, comme chacun sait, le plaisir décroit avec le temps et il doit se mettre à la recherche d’une nouvelle proie. Ça ne tient pas la route…

Ou alors, le coup de l’assurance vie. Monsieur fait signer à Madame une assurance vie. Les téléfilms US utilisent beaucoup cette ficelle. Sans trop se demander si les assurances sont aussi cons que cela, à payer aveuglément sans vérifier. Il y a toujours un enquêteur qui traîne, avec son chapeau à la Bogart, ses moeurs dissolus, une obligatoire tendance à s’alcooliser, sans oublier la belle et fidèle maitresse que l’on peut visiter quand le blues est trop prenant. Pas envie…

Non, pire, Monsieur est un pédophile, qui lorgne sur sa belle-fille et voit en Madame celle qui l’empêchera d’arriver à ses fins. Monsieur se verrait bien en Kampusch, à la différence près que Madame n’acceptera jamais et devra donc disparaître. Le scénario doit prévoir la disparition simultanée de Madame et de sa fille. Pour quelle raison ? Il faut une raison plausible mais invérifiable… Elles fuient les violences des hommes, bof ! Elles sont sous couverture car Madame est témoin dans une affaire de meurtre avec des gros méchants, rebof !

Madame a une double vie et s’apprèterait à quitter Monsieur. Voilà, les bonnes vieilles ficelles sont les meilleures. Une histoire de coeur, et si possible de cul, ça permet de glisser quelques scènes torrides. C’est ce scénario que je garderais si jamais je voulais écrire quelque chose suite à ce fait divers.

Mais c’est trop glauque, vraiment trop….

Lettre à C.

Ma très chère C.,

je te dois une lettre, enfin plus exactement des explications. Je t’ai promis, il y a près de vingt cinq ans, de te donner les raisons qui m’ont fait te demander de ne plus jamais me contacter, d’oublier mon numéro de téléphone, pour résumer de me rayer de ta vie. A l’époque, nous n’avions pas de téléphone portable, pas de sms, pas de réseaux sociaux. N’est-ce pas vertigineux que ce qui est maintenant d’une banalité crasse ait été totalement absent de nos existences il y a seulement vingt cinq ans.

Ce fut le temps pour moi de vivre ma relation avec S., nous marier et avoir deux enfants maintenant âgés de 19 ans et de 16 ans. Ce parallèle ne doit rien au hasard, j’y reviendrai.

Nous nous connaissons depuis toujours, nos parents étant amis. Nous étions deux enfants pas conformes, vaguement caractériels et plutôt difficilement gérables pour nos parents respectifs. Deux choses fondamentales nous liaient, l’amour et la pratique de la musique et je crois, le fait que nous reconnaissions dans l’autre la même non conformité. Deux petits canards d’une autre couleur que le reste de la troupe et qui le savaient. Cela nous marquait différemment.

Nous étions attirés, aimantés, mais ma timidité et le destin a retourné les pôles jusqu’au moment où je t’ai vu arriver dans mon lycée, toi qui jusque là fréquentait les écoles privées religieuses de la proche grande ville.

Pendant les vacances suivant l’année du bac, nous avons fait un grand voyage dans le nord de l’Europe. Huit jeunes, deux petites voitures et la liberté, nous ont fait traverser tous les pays. Tu as rédigé un journal que je dois avoir quelque part et je tombe parfois sur les photos de nos vingt ans.

Dans les années qui ont suivi, nous nous sommes peu vus. Un ami à toi en a profité pour t’épouser et te faire trois garçons. Tu as fini par atterrir à Paris pour suivre sa brillante carrière. Pendant ce temps, tu t’occupais de vos enfants.

Pour ma part, après un début professionnel à Lyon, je suis descendu vivre en Avignon. Mon travail me passionnait, mais avait le mauvais goût de me faire bouger en permanence, de telle manière qu’il m’est arrivé de ne dormir chez moi que deux soirs sur tout un mois. Cela faisait cher la nuit…

C’était l’époque des trajets en voitures, en train, en avion, les hôtels et les restaurants plus ou moins glauques, tout à fait propices à la dépression et à la picole, mais par chance je suis plus doué pour le bonheur et le sourire que pour la déprime. L’époque où l’on part très tôt de chez soi le matin pour y rentrer très tard. Malgré cela les trois années passées dans la cité papale me firent rencontrer de très chers nouveaux amis. Nous en reparlerons plus tard.

Et me voici à Paris pour la société Avignonaise. Et me voilà qui intervient chez un client qui connaissait ton mari. C’est comme cela que nous nous retrouvâmes… Je glisse sur les années qui ont vu ton mariage se casser la figure. Cela ne me regarde en rien, j’ai juste assisté à cette époque qui fut, je crois et cela ne me regarde en rien, fort nauséabonde pour toi.

Tu t’installes dans une maison de banlieue. La ville voit se côtoyer bourgeois et prolos dont une bonne partie issue de l’immigration, rendant la notion de sécurité quelque peu relative.

De mon côté, ma relation vieille de sept ans avec une autre C., était sur le déclin. Nous jouions à je t’aime, moi non plus, mais en insistant fortement sur le non plus. Du coup, notre cohabitation était hâchée par des périodes où je changeai de pénates, habitant à l’Haÿ les Roses, à Malakoff, de nouveau à l’Haÿ les Roses, puis à La Garenne-Colombes, par moi appellée Lapin-Pigeon.

Il m’est arrivé de me faire héberger chez toi, où tu mettais à ma disposition une chambre de tes enfants lorsqu’ils étaient chez leur père. Cela nous permettaient de passer des soirée à raconter des conneries, jouer du piano, manger (loin d’une punition, vu comme tu étais bonne cuisinière) et picoler. Certaines fins de soirées, notre état était si lamentable qu’il était vraiment préférable pour l’humanité que je reste sur place et ne taquine pas la conduite.

Une fois, nous revimes un ami de notre escapade nordique, alors directeur financier d’un très gros groupe de parfumerie de passage à Paris. Il avait évoqué, je m’en souviens, aimer se challenger lorsqu’il allait au toilettes, en tentant de synchroniser exactement la fin de son jet d’urine avec le début de la chasse d’eau. Je sais que tu t’en souviendras. J’étais héberlué, mais tellement rassuré que des personnes soi-disant bien placées dans la vie, puissent avoir des occupations aussi peu flatteuses. Ce n’est pas pour rien que l’on conseille d’imaginer son patron en train de chier pour faire tomber les appréhensions avant un rendez-vous important.

Ta maison a besoin de quelques travaux. Cela tombe bien, j’ai un ami d’Avignon, maintenant parisien, très doué de ses mains. Je te le présente sans imaginer une seule seconde que vos deux personnes, pour moi apartenant à des mondes si disjoints, pourraient aller plus loin qu’une relation client – artisan.

Aussi, lorsque tu m’as annoncé que tu t’entendais très très bien avec lui, qu’il n’était pas doué que de ses mains, et qu’il s’installait avec toi, ma machoire inférieure est tombée sur mes genoux. Heureusement qu’ils étaient là, d’ailleurs, sinon je l’aurais tout aussi bien récupérée par terre.

Je revois encore la maison où Pascal et moi nous étions rencontré à Saint-Didier, village au pied du Ventoux, où le temps était encore lent, assez lent et chaud pour les cygales. C’était en 1983 ou 1984. A l’époque, on lisait encore le journal, on allait au bistro se taper un galopin le matin pour refaire les niveaux, on allait chercher des mûres dans la cambrousse pour se faire des énormes tartes. La maison de Manon était notre point de rencontre. Une maison à l’écart du village, au milieu de nulle part. Je raconterai cela une autre fois.

A l’époque Pascal était l’amant d’une belge, que nous appellerons Catherine. Selon ses dires, Catherine avait tenu une émission sur le rock à la télévision belge et était venue avec sa mère apprendre l’oenologie à l’Université du Vin de Suze La Rousse. Catherine nous amenait des vins à déguster et à boire. C’est grâce à elle que j’ai appris, un peu, à déguster et à pouvoir trouver à un vin un petit goût de purin sans en être dégoûté. Nous goûtions tellement que les soirées se terminaient très tard dans des hauteurs alcolisées drolatiques.

J’étais très ami avec le fils de Manon, bien qu’il ait la moitié de mon âge. Avec lui c’était plutôt le pétard qui dominait. Du coup certaines soirées le shit se mélangeait à l’alcool. Je me souviens d’une soirée où Christophe et moi étions en bas à fumer des pétards, lorsque Pascal redescendait après avoir fait grimper Catherine aux rideaux, tirait sur le pétard, buvait un coup et racontait deux ou trois conneries avec nous, avant de jeter un coup d’oeil en haut et conclure « bon, les gars, c’est pas tout, mais je dois y aller, on m’attend ».

Catherine et Pascal sont ensuite venus s’installer à Paris où nous nous sommes beaucoup fréquentés et avons beaucoup goûté de vraiment très bons vins. A défaut on picolait du champagne.

Donc, ma chère C., pour revenir à notre histoire, je ne voyais pas de connexion entre vos deux mondes. Quelle erreur, quel aveuglement ! Vous eûtes ensemble une histoire, une belle et compliquée histoire, une histoire sans issue, enfin une vraie tragédie.

Je vais raccourcir l’histoire, tu la connais déjà si bien. En résumé, vous vous êtes mariés, vous avez beaucoup ri ensemble, beaucoup bu aussi. Le passé de Pascal lui a généré un cancer de la langue, lui a coûté une opération, une récidive.

L’alcool a rendu les choses incohérentes et violentes entre vous. Tu m’appelais à trois heures du matin pour me dire qu’il allait te tuer. Vous vous balanciez des casseroles à la figure. A distance, je faisais le casque bleu, parlant à l’une, puis à l’autre, puis on recommençait…. je ne savais plus qui croire, chacun se présentant comme la victime de l’autre. Lorsque je vous voyais tout allait presque bien… Vous étiez tous les deux mes amis, je vous aimais profondément et j’étais déchiré, sans avoir la clé. J’argumentais, je montais le ton de la voix, je conseillais, j’interdisais. Peine perdue, le combat, ce genre de combat était ingérable. Puis tu as commencé à m’appeler au travail, une fois, trois fois, cinq fois par jour. Professionnellement, je ne voulais pas sombrer.

A cette époque, je débutais mon histoire avec S. Tu as compris, j’ai voulu préserver à la fois mon esprit, mon boulot, mon amour pour S.

Là est la vraie cause de ce qui m’a fait vous abandonner à votre dérive. J’en garde une blessure ouverte qui ne guérira jamais. Cette blessure s’est agravée lorsque tu m’appris plus tard que Pascal s’était pendu, sans doute pour fuir à la fois sa vie qui partait en couille, votre histoire à laquelle il ne devait plus rien comprendre non plus, son alcoolisme et son cancer revenu.

Si je me fie à ma mémoire, lorsque tu m’as annoncé la nouvelle, tu m’as rappelé que Pascal disait, et je peux en témoigner car il l’a dit aussi devant moi, « tu vois ce noyer au fond du jardin ? Un jour je me pendrai à ce noyer ». L’idée de se pendre à un noyé nous faisait marrer. Au final, nous avons pleuré.

Tu as fini par quitter la région parisienne pour retourner à Lyon. Les seules nouvelles de toi que j’eus ensuite me vinrent par ma soeur, hasard des rencontres de quartier.

Sache que je pense souvent à toi et à Pascal. J’espère que ta vie s’est maintenant stabilisée, que tu fais des choses qui t’éclatent et que tu es heureuse. Si tu veux prendre contact avec moi ce sera avec grand plaisir. Mais je te laisse la main… et je comprendrais fort bien que tu ne le fasses point.

Sound processing

3:53 du mat. Suis éjecté de mon lit par ce rêve.

Je suis jeune, avec un copain du même âge dans la maison de mes parents. Mon père, décédé depuis vingt cinq, est là dans une autre pièce, ma soeur est également présente mais dans une pièce plus proche. Maman n’est pas présente.

Le copain ne sait pas répondre aux questions pourtant simples de mon père, qui devient vite ironique. J’essaye de l’aider mais en vain…

Changement d’époque, de décor et de personnages.

Je me trouve dans une pièce assez minable, genre planque de petit dealer d’il y a trente ans, avec un black que je ne connais pas et un mec de ma boîte de quand je travaillais et que je connais bien. On fume un pétard, moi qui ne fume plus depuis vingt deux ans et n’en éprouve plus l’envie.

Le black ne dit rien mais l’autre me raconte comment il est parti vivre dans le sud, où il y a des grands arbres qui plient sans rompre pour calmer les ardeurs du Mistral. C’est le Vaucluse. On discute pour savoir de quel essence sont ces grands arbres. Ce sont des sapins, non des ifs, non des cyprès…

Un étui mou de guitare est mis dans mes mains. L’étui est anonyme et ne donne pas d’indication sur la gratte. Je trouve le zip, sort une solid body avec une forme à tendance ovoïde, de marque B&G, ce qui impossible après vérification, B&G ne produisant pas de guitare de ce type.

J’aurais préféré une Telecaster, mais bon. Je joue quelques notes sous l’oeil scrutateur et inquiet des deux autres, comme si je passais un examen. Je les vois qui se détendent.

Je leur demande ce qu’ils veulent. Le black me dit qu’ils cherchent une musique pour le « traitement processif » de ma boite.

« Euh, vous entendez quoi par traitement processif exactement ? »

Le collègue : « Le site du groupe peut être mis à jour par quatre personnes identifiées. Elles souhaitent pouvoir mettre à jour depuis n’importe où, même sans accès au réseau de l’entreprise »

…. et c’est à peu près là que je me retrouve assis dans mon lit à 3:53 du mat.

En rédigeant, je me dis que les sauts dans le temps sont dus à un texte que j’écris par ailleurs et qui survole une partie de ma vie.

La partie du début pourrait être due au coup de fil avec Anne, ma soeur, que nous avons eu cet après-midi et pendant lequel nous avons parlé de la maison de notre jeunesse.

L’histoire de la musique pourrait venir d’une recherche de musique auquel j’avais procédé auprès d’un ami Lyonnais, excellent guitariste et néanmoins patron d’une boîte spécialisée dans l’identité sonore. Il s’agissait de la musique d’attente pour le support groupe que je montais. Eric, si tu me lis, je t’embrasse. Les sons proposés étaient très bons, mais j’ai été coupé dans mon élan, l’équipe de communication interne étant aussi sur le sujet, ce que j’ignorais.

Le reste, c’est le mystère de nos rêves, auquel nous portons toujours un regard étonné, et c’est très bien comme ça.

Voilà, une heure après, exactement je vous livre ce rêve.

Scarificateuroutrice de banane

Est-ce la nuit ? A un moment où personne n’est là pour surveiller les allers et venues dans la maison ? Le seul indice pour nous aider à comprendre réside dans un émoji à côté d’un prénom gravé. Qui se cache derrière le ou la scarificateuroutrice et pourquoi s’en prendre à d’innocents fruits, dont la courbure procurerait, selon les dires des eurosceptiques ou des europhiles regrettant la lenteur de notre chère Europe (dont je fait partie), de nombreuses sources d’études, principalement à nos très très chers fonctionnaires européens.

Scarificateuroutrice de banane

Ce midi, à la fin du repas, je prends une banane dans la corbeille de fruits. Sylvie arrête mon geste avec une ferme douceur. Rapidement, je prends conscience que je ne me prénomme pas Paul mais Régis, et que cette banane ne m’est donc pas destinée, mais qu’elle devrait plutôt l’être à mon fils, qui, vu l’heure, a du terminer sa marche pour le climat du vendredi avec son lycée et se tamponne de ma banane comme de sa première tototte.

L’intervention du ou de la scarificateuroutrice ne se voit pas immédiatement. Il faut que le temps fasse son oeuvre pour distinguer nettement l’inscription gravée, et à partir de ce moment la course est engagée, car la banane, dans l’hypothèse où elle ne serait pas rapidement consommée, va devenir blette avant que le destinataire n’ai eu le loisir de la déguster. On ne m’ôtera pas de l’idée qu’il faut être en proie aux affres d’une extrême sournoiserie pour agir ainsi.

Aussi, mes chers ami(e)s, je vous en conjure en faisant appel à votre esprit le plus citoyen, soyez attentifs, vérifiez vos cuisines, celliers et autres garde-mangers. Si vous n’y prenez garde, vos fruits pourraient fort bien être victimes du curieux artisan exerçant ce métier invisible.

Vous voulez vous informer sur d’autres métiers invisibles ?

Biroute

(n.m.) embranchement de deux routes.

exemple : dès que je te propulse, mon petit Alphonse, tu fonces. Beaucoup d’autres sont là, qui veulent aussi être l’élu. Tu dois être le seul, l’unique, le premier. Pas de cadeau aux autres, t’es un leader. Tu passes la biroute sans t’arrêter. Au bout du bout tu le vois, énorme devant toi. Tu te sens irrésistiblement attiré. Tu prends un maximum de vitesse, tu mets toute ton énergie, celle de la vie et dedans tu fonces, mon Alphonse.

exemple d’après (spécial pour contrepéteu.r.se) : les bibandes déroutent

Un bon livre, ça commence…

Un bon livre ça commence assez vite au moment où l’on reconnait être piégé, obligé d’aller jusqu’à la fin et que l’on va y passer du bon temps.

Un mauvais livre, c’est aussi rapidement que l’on se rend compte de la méprise.

Je viens d’enchaîner les deux, la chance m’a honoré qui les a placés dans le bon ordre. Je quitte une histoire où la fin est donnée dès le début, parti pris de l’auteur, cela aurait pu ne pas être gênant. Un jeune promis à un brillant avenir plaque tout, s’immerge dans une forêt de l’Alaska et n’y survit pas. Mort d’avoir cherché l’aventure absolue. Une fois que l’on a dit cela, tout est dit. Le style d’écriture me laisse de marbre, peut-être l’effet d’une traduction un peu « courte », l’histoire ne me passionne pas. N’ayant pas d’autre livre devant moi, besogneux et sans courage, je continue ma lecture…

Il y a peu, Sylvie me propose d’aller promener mon absence de livres à lire à la Compagnie des livres, à Vernon. J’en ai ramené le dernier Houellebecq, Sérotonine, que je m’étais promis de lire, un gros pavé sur Guillaume le Conquérant, un autre sur les Vikings et le livre d’Isabelle Carré.

Evidemment, la possession du Houellebecq m’a fait fermer le mauvais livre, vite jeté sans remord dans les poubelles de l’histoire.

On ne sait jamais ce que va être une nouvelle lecture. Si on a déjà lu avec bonheur l’auteur, un a priori très favorable nous encourage à y aller sans crainte, mais parfois, on tombe sur un bug, le bouquin de trop.

Avec Sérotonine, on sait vite que l’on est dans du très bon. Il y a une densité d’écriture incroyable, un beau langage, de la connaissance mise à disposition, une histoire qui vous prend, des personnages travaillés. Il sufit de quelques lignes, de peu de pages, pour savoir que l’on va passer du bon temps avec un livre, que l’on va devoir se forcer à le fermer de temps à autres pour ne pas le dévorer, ou être dévoré par lui, d’une traite et prolonger ainsi le plaisir. Ces moments où l’on ne lit pas, le livre nous habite, on attend de le retrouver, prolongent notre plaisir. Avec de très bons livres, c’est jouissif de s’appliquer une forme légère de masochisme à le refermer pour avoir encore plus de plaisir à l’ouvrir de nouveau.

Les personnages et l’histoire continuent à vivre en nous, et leur existence se fait plus vive et plus cru au moment où l’on reprend le livre.

Je ne suis au’au tiers de Sérotonine, et n’ai aucune idée de ce qui m’attend, et c’est bon.

J’ai eu une fois l’occasion de faire un baptème d’acrobatie en avion. Un superbe biplan blanc, impeccable, avec les câbles protégés par des gaines en cuir, le cockpit non fermé. J’hésitais, partagé entre la trouille et l’attrait du plaisir. Ce qui m’a décidé a été que le précédent passager faisait part de soucis de connexion voix entre le pilote et le passager. L’opportunité était unique, c’est ce qui m’a fait monter dans cette avion. Pour votre gouverne, par chance l’avion n’en manquait pas, le passager monte devant et le pilote est derrrière. Sur la piste, lors de la course d’envol, le nez de l’avion est devant votre nez qui cache la piste. Je n’ai pas de photo de l’avion blanc mais en voici d’un modèle similaire.

TOSHIBA Exif JPEG
Attribution, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=141771

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Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=734534

Le vol a été une merveille, peut-être en ferais-je en faire un petit texte…

Avec mon livre, c’est pareil, je m’attends à quelque chose de métaphysique, je suis sur la piste, dans la course d’envol, déjà pris, capturé, ligotté par la lecture, mais la suite va être meilleure encore…

Certains jours l’écume est…

Vous êtes toutes et tous, comme votre serviteur, plus ou moins accros aux réseaux sociaux, les rezosocio, les zérosocio, on ne sait plus comment les appeler. Connecteurs géniaux, fournisseurs d’informations trop rarement vérifiées, pompes à fric, aspirateurs à exister, déployeurs de contre-vérité, putaclic comme disait une amie, poubelles à dysorthografie, dégueulis de frustrations, de colères et d’envie.

Au milieu de tonnes d’ordures déversées parfois par maladresse, quelquefois par bêtise, sinon parce que c’est notre fonctionnement habituel, et après avoir écarté les petits chats et autres petits animaux kisonbo kisonminions touça touça, on est surpris par la fulgurance d’une intelligence : un poème, une musique, une analyse profonde, une saillie drolatique.

Est-ce le reflet réel de notre société ? un artefact bidonné ? un intervenant maléfique ou généreux ?

Les réseaux sociaux existent dans la vraie vie (IRL = In Real Life) mais on ne s’en rend pas compte, car la vie a sa propre vitesse, une manière d’évoluer plus en phase avec le rythme de notre respiration. Entrer en contact avec quelqu’un prend du temps, et c’est rarement avec une invitation informelle de type « untel demande à être votre ami ». Il y a des formes, des usages à respecter sous peine de tomber en impolitesse et de déclencher un regard méprisant, un coup d’oeil inquiet, une réaction plus violente allant du cliché « Tu veux ma photo ? » jusqu’au fameux bourre-pif (à l’ancienne), celui avec le poing américain (années soixante) ou au célèbre coup de boule (plus moderne mais bien douloureux). Maintenant le cas est réglé, on se fait buter par arme à feu. Si l’on suit la logique des choses, la version futuriste pourrait être une déflagration nucléaire, même domestique….

Je me souviens de mon arrivée à Paris, habitué que j’étais des mœurs provinciales où l’on sourit aux gens croisés, osant dire bonjour à des inconnu(e)s. Mes premiers jours dans le métro, encore habités par la province me valurent quelques beaux râteaux, des visages fermés que mon sourire arrivait à fermer encore plus. Mon étonnement aussi de me faire bousculer par des hordes courant autour de moi. Je les trouvais bien cons, mais rapidement, sans savoir pourquoi, peut-être juste pour ne pas être le dernier, ce jour-là je devins l’un des leurs et fis le deuil de ma naïveté provinciale.

Avec les outils informatiques de réseaux sociaux, nous faisons fi de l’enrobage, des conventions, enfin pas tout à fait mais celles utilisées dans les rezosocio sont impersonnelles et sommaires. En un clic je demande à être connecté, au second clic, c’est fait. Mais connecté, qu’est ce que ça veut dire ? Cela veut dire que je te suis. En m’acceptant comme ami, tu m’autorises à marcher derrière toi sur le trottoir… Ben dis donc, quelle chance !

A la réception d’une demande, les plus prudents d’entre nous balayent le mur du demandeur pour évaluer les centres d’intérêt et tenter d’identifier la compatibilité. Mais je crains bien que notre besoin de gonfler nos « portefeuilles » d’amis nous incite à omettre ces étapes de vérifications. Faut-il que nous soyons en prise avec un fort sentiment de solitude pour courir après ces amitiés virtuelles ? Et puis, après tout, même le monde du travail requiert que chacun développe son réseau…

Puis vient le ballet des courbettes, une succession de « je t’aime », « moi non plus », « moi plus que toi ». L’histoire peut être très courte, mais parfois, l’assaut de politesses résiste au temps court du média et l’on se retrouve vraiment connecté à l’autre. La bienveillance, le clin d’œil, le partage s’installe dans la durée.

Certaines amitiés sont plus belles que d’autres, marquées par un profond partage de centres d’intérêt, par une communauté d’âmes, des expérience de vie communes, une curiosité, parfois le profond respect de ce que l’autre accomplit.

Le besoin du passage à la réalité, se voir In Real Life, dans la vraie vie, concrétise cette amitié. Ce n’est pas toujours recherché, quand ça l’est d’une commune volonté, cela donne lieu à de belles rencontres. Certaines et certains d’entre vous savent de quoi je parle.

Une des mes virtuelles amies réalise en ce moment même une forme de « performance » en traversant la France pour rencontrer celles et ceux du monde virtuel qui lui sont le plus proches. Une forme de plongée IRL ! Égoïstement, je serais très heureux de la croiser.

Nos réseaux sociaux nous donnent accès à nombre de belles informations. Je me nourris de ce qui est relatif à l’art : musique, photo, peinture, danse, littérature, sculpture… et me maintiens ainsi au courant de l’actualité, des concerts, des projets.

Hélas, nous sommes pollués par les grincheux chroniques, ceux qui trouveront toujours quelque chose à redire dans l’ordre du monde, les pisse-vinaigre chroniques soit parce qu’ils ne savent pas lire derrière les mots, soit parce que c’est leur nature de faire la gueule, soit parce qu’ils sont malheureux. Et je ne parle pas des professionnels de la fake news, ceux-là sont, après un rappel à l’ordre, vite éjectés. Il y a des vrais nuisibles, certains professionnels œuvrant dans la pire des politiques, celle des populistes, des anti-Europe, des complotistes, des illuminés, des anti-vacc, des anti-n’importe quoi…

Mes amis pisse-vinaigre, ne soyez pas étonnés si je m’écarte de vous. Sensible aux malheurs du monde, il y en a tant, je n’ai pas vocation à les absorber tous, sauf à risquer l’overdose alors que je cherche, comme vous, la loverdose. Les jours roulent l’un sur l’autre, presque inexorablement puisque tout ceci aura, malgré nos fantasmes d’immortalité, une fin. Et ce flux et reflux des jours caresse nos âmes d’une belle écume ou y trace des cicatrices qui font de nous ce que nous sommes.

Régis Vignon – Douarnenez aout 2016

Dans le monde des rezosocio, l’écume des jours peut être lumineuse et sublime, mais elle est aussi trop souvent terne, puante, nauséabonde et mortifère.