Neuf, Six et Cinq

D’accord, je suis un matheux, en tout cas plus qu’un littéraire. Ma forme de mémoire s’est toujours montrée récalcitrante à ingurgiter des informations non comprises. C’est ainsi que j’ai toujours été minable dans les matières de connaissance brute. À titre d’exemple, et je ne grossis pas le trait, les deux seules dates de notre histoire que j’ai pu enregistrer pendant ma scolarité sont 1515 et 1789.

1515 est une friandise pour un matheux qui y entend une forme de palindrome lorsqu’il est prononcé (quinze cent quinze). Quand à 1789, il se pourrait fort que l’idée d’une révolution m’ait fait tourner la tête…

Ces trois chiffres ne sont pas tous des nombres premiers, ils ne forment pas une suite. Si on les additionne, on obtient 20, mais on s’en fout !! Non, ce n’est pas mon âge ! 965 ans, ça va pas non !!! Mais alors quezaco, comme disait mon grand père !

C’est en fait relatif aux médicaments que j’absorbe quotidiennement, à savoir neuf gélules ou comprimés de six médicaments différents pris à cinq moments de la journée.

7h00 : 2 anti hypertension, 1 contre les diarrhées


13h00 : 1 contre les diarrhées, 1 pour faire baisser l’acide urique

19h00 : 1 anti hypertension

20h00 : 1 anti cancer, 1 contre les diarrhées


23h00 : 1 contre les remontées gastriques


Avant le traitement anti cancer, je prenais déjà 1 comprimé pour traiter mon hypertension, précieux héritage familiale.

Le traitement anti cancer a généré tous les autres, destinés à minorer les effets secondaires.

Ne suis-je pas un bon sponsor pour l’industrie pharmaceutique !!

DÉBUT DE CYCLE

Non vous ne vous trouvez pas à l’avant d’un vélo, ni au début d’un cycle de Kondratieff bien connu des économistes : cycles économiques de longue durée (40 à 60 ans).

Ce soir, je reprends mon médicament après 1 semaine d’arrêt. Pendant deux semaines, tous les soirs je prend la gélule qui mène la vie dure à mon cancer. En quatre mois, ce médicament a fait diminuer la tumeur de moitié. C’est un constat encourageant qui permet de faciliter l’acceptation de la liste d’effets secondaires plus ou moins pénibles que le médicament salvateur assène.

Le médicament est de type anti angiogénique. Pour expliquer brièvement, les tumeurs ont besoin d’oxygène pour se développer. Le médicament lutte contre la vascularisation de manière à « couper » cette alimentation en oxygène.

J’ai récemment découvert le prix de la boite. Vous êtes assis(es) ? La boite contenant 28 gélules coûte 4300 euros, soit 153,57 euros la gélule. Le coût moyen d’un traitement de cancer, tout type confondu est de 300.000 euros. Sans sécurité sociale et mutuelle, ce serait totalement inabordable.

Donc ce soir après une semaine sans médicament, je suis en relativement bonne forme, je mange presque normalement, j’ai presque le goût des aliments et ai retrouvé un semblant d’odorat. Et je sais que très vite, cette nuit, demain ou la nuit suivante, les premiers effets secondaires vont revenir troubler mes nuits, et rendre mes journées de plus en plus inconfortables et fatiguantes.

Avant d’avaler cette fameuse gélule, je l’ai regardé bizarrement, car je sais qu’elle va me faire passer de la quasi normalité à un état où plein de points vont se dégrader, certains prévisibles et d’autres pas.

Notion de cycle façon Steampunk : https://www.facebook.com/regis.vignon/posts/10212593054200944
Autre cycles façon Steampunk : https://www.facebook.com/regis.vignon/posts/10212473445250795

Musique industrielle

Lorsque l’on entre dans la salle de l’IRM, l’anneau trône au centre de la pièce, comme une bouche dont sort une langue droite sur laquelle je vais m’allonger.Je passe sur les préparatifs, un produit devant être m’être injecté en cours de séance, et sur le casque que l’on va me poser sur les oreilles, car l’IRM est particulièrement bruyant. C’est cela que je vais tenter de relater.

La séance est une succession de phases ponctuées par un bruit métallique assez industriel, court, fort, mat et vibrant, qui s’arrête aussi vite qu’il est arrivé et se répète un grand nombre de fois, puis rien, puis la séquence recommence.

A chaque Tac, c’est comme si quelque chose venait se caler sur l’angle suivant, et un TAC après l’autre, finissait par faire un 360° de votre serviteur.

Je me demande combien de temps va durer ce découpage en tranche fine comme je l’imagine mais sans ressentir aucune douleur.

Pour passer le temps, je me mets à compter le nombre de coups et arrive assez vite à 55.

Le comptage semble faire passer l’examen plus vite. Une fois je me suis interdit de compter de manière à mieux percevoir les bruits. J’en suis ressorti avec des bruits industriels variés : bruit court et sec de crantage, Tac plus fort de réglage, séquence de tirs entrecoupée par une voix féminine « inspirez et bloquez votre respiration » avant le tir puis « vous pouvez respirer normalement ».

Le temps s’écoule, d’une vague à l’autre. Le tout durant une trentaine de minutes. En tant que musicien, j’ai tenté en vain de trouver un alibi musical, mais il n’en est rien ressorti. Il s’agit d’une non-musique, sans tension sans ressort dramatique si ce n’est ses propres angoisses, et sans résolution, la seule étant l’infirmier ou l’infirmière qui vous libère d’un sybillin « c’est fini, monsieur ! ».

Pour ma part, c’est tous les trois mois. Juste après un scanner abdominal. Un combo quoi !

IRM : Imagerie par Résonance Magnétique